Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures.

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vendredi 17 septembre 2021

André Gide, le choix d'être soi ( Cliquer sur l'image ) | France culture 30/07/2021

>>> André Gide s'est engagé dans tous les grands remous politiques et sociétaux de son temps : l'Affaire Dreyfus, les affres du colonialisme, le communisme, l'homosexualité. Ne craignant ni scandale, ni critique, a construit une œuvre à son image, libre, émancipée des carcans.

En 1949, Jean Amrouche enregistre avec son ami André Gide une série d'entretiens. La forme de ce tête-à-tête qui prête à la réflexion tout en garantissant la plus grande liberté de ton est innovante. Elle laisse une trace encore vivante dans la réalisation radiophonique. 

André Gide se livre sur ses jeunes années. La Roque, le domaine familial où il cultive sa solitude, et Paris ou il fréquente avec son ami Pierre Louÿs les salons littéraires de José-Maria de Heredia et de Mallarmé. Il est question de littérature aussi quand il explique dans quel état d'esprit il écrit Paludes, Les nourritures terrestres ou Corydon. 

Les voyages sont dans la vie d'André Gide, le ferment de son engagement politique Sa découverte au Congo de la maltraitance et des injustices subies par les autochtones marque son adhésion enthousiaste aux théorie communiste. Plus tard, son voyage en U.R.S.S signe sa désaffection pour ce projet politique. Un désamour qui provoque le scandale mais Gide assume ses convictions. De même, la publication de Corydon, un essai sur l'homosexualité, lui vaudra la perte de nombreux amis. 

À retrouver dans l'émission À VOIX NUE

TOUS LES ÉPISODES


>>> "Je pensais que ma vie s'arrêtait là"

André Gide revient sur ses jeunes années d'après-lycée. Le château familial de La Roque, les salons littéraires parisiens, et ses premières œuvres dont...


>>> "Replonger aux sources de la littérature, de son existence même : la vie"

À l'écriture de "Paludes" succède celle des "Nourritures terrestres", marquées par la source de vie qu’est pour André Gide la littérature grecque antique. En...


>>> "Plus un auteur différait de moi plus je m’éprenais de lui"

André Gide, écrivain et un temps critique littéraire à La Revue blanche, nous parle des œuvres et des auteurs qui accompagnent sa vie. Certains, tel Paul...


>>> "J'ai épousé la théorie communiste avec enthousiasme et, je peux dire, avec aveuglement"

Un voyage au Congo et la découverte des réalités coloniales poussent André Gide à s'engager politiquement. Avec passion et exaltation, il adhère aux théories...


>>> "J'estimais qu'il était indispensable pour moi de dire des choses que j'étais le seul à pouvoir dire"

Désillusions et scandales marquent la vie d'André Gide. Désillusion politique qui le détourne du communisme et désillusion amicale due à la publication...

Sortir des assignations avec Rachel Khan | France culture 12 mars 2021


Rachel Khan ne rentre sous aucune étiquette. Née d'un père gambien musulman et d'une mère juive polonaise, son identité est plurielle : elle est juriste, comédienne, ancienne athlète de haut niveau. Quand elle n’est pas à La Place, centre culturel consacré au hip-hop à Paris, elle est présidente de la commission jeunesse et sport de la LICRA, ou en train d’animer un atelier en prison.  

Elle est auteure de “Racée”, qui sort aux éditions de l'Observatoire, ouvrage dans lequel elle renouvelle son attachement à l’universalisme.

L'invité des Matins de France Culture.
Comprendre le monde c'est déjà le transformer, l’invité était Rachel Khan (07h40 - 08h00 - 11 Mars 2021)
Retrouvez tous les invités de Guillaume Erner sur www.franceculture.fr

Cynthia Fleury, repenser le soin ( Cliquer sur l'image ) | France culture 14/09/2021

À retrouver dans l'émission TRACTS, LE PODCAST

Tracts, le podcast |Que serait une société qui ne se soucierait pas du soin ? Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, ne l'envisage pas. "Quand la civilisation n’est pas soin, elle n’est rien", déclare l'auteure du Tracts "Le Soin est humanisme". Comment les humanités peuvent-elles habiter le temps du soin ? Comment comprendre le sens de notre vulnérabilité ?

Cynthia Fleury, en 2016

En observant les "corps fatigués" et les "esprits abîmés" des citoyens lors de la crise des Gilets Jaunes et, aujourd'hui, subissant les conséquences de la pandémie, Cynthia Fleury a décelé la "trace d'une vraie usure", révélatrice d'une crise de la subjectivité, d'un manque de soin de soi et d'autrui et d'un défaut de considération pour le soin dans notre Etat de droit.

Or le soin se trouve au fondement de notre humanisme estime la philosophe et psychanalyste, professeure titulaire de la chaire Humanités et Santé au Conservatoire national des arts et métiers et directrice de  la chaire de philosophie à l'hôpital Sainte-Anne du GHU Paris psychiatrie et neurosciences. Dans ce Tracts, Cynthia Fleury défend une conception politique du soin. "Quand la civilisation n’est pas soin, elle n’est rien, constate-t-elle. Les humanités doivent prendre racine et promouvoir une vie sociale et politique fondée sur l’attention créatrice de chacun à chacun."

"L’Etat social de droit ne tient que par la mise en place d’un ethos du soin. On a vu à quel point lorsque tout s’écroule, à cause d'une catastrophe, de l'inédit, du réel dans sa dimension d'ébranlement, les choses classiques s'effondrent. Mais il y a une chose qui ne s'écroule pas, c'est l'ethos. C'est-à-dire les valeurs, les gestes solidaires, la culture, le capital social… Tout cela ne s'écroule pas, car ce n'est pas que matériel, c'est quelque chose qui tient par l'implication des individus." Cynthia Fleury

>>> Cynthia Fleury : " Éduquer, soigner sont les gestes paradigmatiques de la société."

En envisageant le soin comme un souci de "rendre capacitaires" les individus - c'est à dire de leur rendre leur souveraineté - s'ouvre la possibilité d'envisager la vulnérabilité comme quelque chose qui n'est pas seulement un déficit :

"C'est terrible parce que la pandémie raconte l'expérience d'une vulnérabilité systémique. Nous sommes vulnérables, c'est notre condition. Mais nous avons aussi en partage le déni de la vulnérabilité, ce qui ne nous aide pas parce que la vulnérabilité est un réel qu’on ne peut pas nier. On peut tout faire pour l'éviter, le réduire, et c'est bien l'enjeu. Mais le fait de le dénier empêche d'en faire un levier capacitaire." Cynthia Fleury

"La pandémie a été un terrain de jeu - et de non-jeu - pour expérimenter cette crise, mais plus viscéralement, cette rupture de paradigme, cette entrée dans un monde autre. Ce sont des expériences d'effondrement, des expériences de raréfaction d'accès à la ressource quelle qu'elle soit - la liberté, les vaccins...- et nous allons rentrer dans un monde de priorisation, d'exception de la raison gouvernementale, c'est-à-dire, en gros, tout ce qui menace les humanités." Cynthia Fleury

>>> Cynthia Fleury : "C'est en préservant sa responsabilité qu'on préserve sa liberté"

Viendrons-nous un jour à bout des inégalités ? Avec Thomas Piketty | France Culture 15 sept. 2021


Thomas Piketty est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et professeur à l’École d’économie de Paris. Il est notamment connu pour son bestseller "Capital au XXIe siècle" (2013).

Il revient aujourd'hui avec "Une brève histoire de l'égalité" (Seuil, septembre 2021). Synthèse de ses livres destinée au grand public, l'ouvrage décrit une longue marche historique vers l'égalité.

Le sens de la gauche ? Avec Raphaël Glucksmann et Stéphanie Roza | France Culture 14 sept. 2021


Les annonces de candidatures se multiplient à gauche, des écologistes aux Insoumis. On frôle la balkanisation. Raphaël Glucksmann, député européen, ne se fatigue pas d’appeler à l’union. Au risque de verser dans l'incantation ? 

L’unité, quoi qu’il en soit, n’est pas la seule difficulté rencontrée par cette famille politique, qui semble peiner à imposer ses thèmes dans le débat d’idées. Pourtant, il semblerait que les citoyens français soient toujours enclins à se déclarer en faveur de mesures et de principes qui sont traditionnellement les siens. Comment expliquer ce paradoxe ? S’agit-il d’une difficulté à articuler, voire hiérarchiser, les multiples combats, démocratique, politique et social, que la gauche entend porter ? Ou d’une incapacité à former le bloc social qui lui permettrait d’accéder au pouvoir, entre retraités et jeunes, classe moyenne et ouvriers. 

Aux côtés du cofondateur du mouvement Place publique Raphaël Glucksmann, la spécialiste de philosophie politique Stéphanie Roza éclaire le sujet. 

L'invité des Matins de France Culture.
Comprendre le monde c'est déjà le transformer (07h40 - 08h00 - 14 Septembre 2021)
Retrouvez tous les invités de Guillaume Erner sur www.franceculture.fr

mercredi 15 septembre 2021

Alain Finkielkraut : littérature sous influence ou sans influence ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 14/09/2021

À retrouver dans l'émission LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert

Aurions-nous basculé dans une nouvelle ère artistique où l'éthique l'emporte sur l'esthétique ? Le philosophe et écrivain Alain Finkielkraut pose son diagnostic dans son essai "L'après littérature" (Stock, septembre 2021).

Alain Finkielkraut

Avec >>> L'après littérature (Stock, septembre 2021),  c'est une vue d'ensemble sur l'art du XXème siècle que nous livre Alain Finkielkraut. Ses conclusions : le mot est remplacé par l'écran, la subtilité par l'émotivité, la complexité ambiguë du roman par la transparence inflexible d'un nouvel ordre moral. 

"Quand la vision littéraire s’éloigne, l’idéologie prend toute la place, et on en crève" Alain Finkielkraut

Ce "nouvel ordre moral", autrefois incarné par le politiquement correct et aujourd'hui par les wokes serait incompatible avec un art dont il ne comprend plus la nécessité : 

"Ce dont souffre notre présent, c'est précisément de se suffire à lui-même. Il manque de manquer."  Alain Finkielkraut

A la libération attendue de la littérature se substituerait alors, en ce début de XXIème siècle, une autre forme de morale : 

"Le communisme est derrière nous, mais d'autres idéologies ont pris le relais, qui nous empêchent d'y voir clair, qui nous empêchent de penser ... Nous assistons à une reglaciation de la vie littéraire. Le débat intellectuel par exemple, ne se place plus sous le modèle de la conversation, mais sous le modèle de la guerre. On préfère les disqualifications, on préfère les anathèmes." Alain Finkielkraut

Or la littérature, pour l'écrivain, est moins affaire de causes à défendre que de choses à comprendre :

"La littérature fait œuvre de connaissance, elle est une invention, une découverte, elle élucide l’existence : c’est là son rôle majeur. Donc il ne s'agit pas d'écrire contre ou pour, il s'agit d'aider à voir clair, d’aider à comprendre." Alain Finkielkraut

>>> Nadav Lapid, libre et debout

Extraits sonores

  • Christine Angot sur France Culture, août 2021
  • Milan Kundera sur Apostrophe

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Les enfants de Torquemada | CINCIVOX

Tribunal de l’Inquisition,
Francisco de Goya (1812-1819)

Autoproclamés représentants de minorités supposément opprimées, néoféministes intersectionnels, porte-étendards de conceptions très particulières de la justice, fanatiques « éveillés » (« woke » dans la langue originelle de ce produit d’importation) aux discriminations réelles ou imaginaires… médias et réseaux dits sociaux vivent au rythme de leurs oukases et fatwas. Les Fouquier-Tinville de bac à sable ne supportent aucune restriction à leurs caprices, aucun frein à leurs libertés – quoiqu’ils n’aient pas la moindre idée de ce que signifie ce mot. Ils hurlent à la dictature et au complot contre la jeunesse lorsque des mesures prophylactiques sont adoptées pour protéger la population. Ils combattent la grammaire et censurent la culture au nom d’un féminisme dévoyé et d’un « antiracisme » racialiste. Ils brisent des enseignants et mettent des vies en danger pour complaire aux pires archaïsmes religieux. Tous les prétextes sont bons pour lancer des campagnes dans lesquelles les revendications, pleurnicheries et mises au pilori se mélangent dans un tourbillon de violence et de haine.

Sommaire :

  • La justice victime du déballage médiatique
  • Une crise d’adolescence collective
  • Un puritanisme étouffant

La justice victime du déballage médiatique

Le moindre fait divers sordide se voit monté en épingle au nom d’une conception viciée de la justice. L’opinion se régale de ces scandales qui déboulonnent avec une joie mauvaise les célèbres et les puissants. Les médias courent après les réseaux sociaux, dans une accélération délétère, déballant sans ordre ni méthode, sans recul ni vérification, les révélations les plus intimes, les plus obscènes. Le buzz n’est rien d’autre qu’une cacophonie assourdissante de tout ce que l’humain porte en lui de plus vil. Et peu importe si le temps de la justice, nécessairement plus long que l’impératif instantané des médias, démontre finalement la folie d’un tel carnage. Se souvient-on de Perben ? Se souvient-on d’Outreau ?

À quoi bon une enquête à la recherche des faits, quand on est persuadé de détenir la vérité ?

À quoi bon le principe du contradictoire quand la parole de la victime est sanctifiée a priori ?

À quoi bon les droits de la défense quand on a déjà désigné le coupable ?

Justice doit être rendue pour les victimes, pour les accusés, pour la société, pour la nation, pour la loi… mais pas pour l’opinion. Cette justice médiatique n’a rien à voir avec la justice, mais tout avec une forme de vengeance idéologique terrifiante. Les « procès » y sont conduits à charge dans des cabales irresponsables où quelques fanatiques confisquent les rôles de procureur, juge et bourreau à la fois. Foin de la présomption d’innocence et de l’État de droit : les charognards se jettent avidement sur les carcasses qui bougent encore. Sans se soucier de dévorer en même temps les supposées victimes livrées à lumière crue d’une publicité qui les dépasse et les sacrifie.

Affirmer hargneusement, dans une forme de serment solennel sur l’autel de l’irrationnel, « quoi que vous disiez, nous vous croyons », ce n’est pas rendre service aux victimes qui obtiennent temporairement une sympathie superficielle aussi intense qu’éphémère. Surtout, ce n’est pas œuvrer pour la justice. Parce qu’il n’est pas question, en matière de justice, de croire ou de ne pas croire ce que disent l’accusateur ou l’accusé. La justice exige l’établissement de faits ; la justice médiatique ne vit que de la saturation de l’émotion. L’enquête nécessite une sérénité devenue impossible par l’exhibitionnisme médiatique.

Lorsque les victimes sont réelles, cette confusion entre justice et vendetta médiatique ne peut en aucun cas les aider puisqu’elles sont manipulées à des fins qui les dépassent. Pire : lorsqu’elles sont imaginaires, la puissance d’écho des réseaux dits sociaux transforme la diffamation en arme de destruction massive. Peu importe que les accusés-condamnés soient ensuite réhabilités par la véritable justice : le mal causé ne peut pas être effacé et les responsables, ces militants fanatiques, n’ont jamais à répondre de leurs actes – dans le meilleur des cas, ils en réchappent avec un benêt « c’était pour la bonne cause » et s’empressent de commanditer les assassinats sociaux suivants.

Une crise d’adolescence collective

Du plus répugnant au plus ridicule, tout devient prétexte à ces gesticulations outrées. La moindre égratignure justifie des mouvements d’humeur disproportionnés. Prend le pouvoir une génération de sales gosses tyranniques à la sensibilité exacerbée, qui ne se définit pas par la révolte ni même par l’indignation mais par l’offense. Un rien les émeut aux larmes et aux cris. Les névroses individuelles s’élèvent au collectif et se prétendent actes militants. Comme le montre Camus, la révolte est une réponse positive à l’absurde – mais rien de tel ici : point de révolte contre l’insupportable hiatus entre notre quête de sens et l’assourdissant silence du monde. Non. Seulement des réactions épidermiques à des outrages imaginaires. Alors ça geint et ça pleurniche. Bienvenue en chochottocratie !

Ainsi a-t-on assisté au Canada à un psychodrame ahurissant. Des étudiants en littérature découvrent qu’un livre à leur programme contient le mot « nègre »… et qu’on ne les a pas prévenus ! Les pauvres petits choupinous, « traumatisés », « choqués », harcèlent leur enseignante de leur ressentiment et exigent des excuses – qu’elle ne cesse de présenter (contre toute logique !) mais qui ne sont jamais jugées suffisamment « sincères ».

Et l’université leur donne raison !

On marche sur la tête.

De tels énergumènes n’ont pas leur place à l’université mais en hôpital psychiatrique ! Quant aux parents qui ont élevé ces monstres de stupidité, ils devraient être interdits d’enfanter et déchus de leurs droits civiques. Cette pantalonnade n’a rien d’anecdotique : elle n’est qu’un exemple de la terreur qui règne dans les campus anglo-saxons et qui s’installe dans les universités françaises, où les militants imposent leurs névroses.

Dans les universités… et bien au-delà ! Du haut de leur inculture revendiquée et de leur immaturité assumée, ils font sans cesse la leçon aux autres. Et avec quel esprit de sérieux ! quelle absence totale de légèreté ! Sur les réseaux dit sociaux, les tombereaux de haine déversés au nom de bons sentiments mièvres et d’une moraline écœurante ne comprennent ni ne supportent l’humour, le second degré ni la nuance. Plutôt pontifier que penser ; plutôt sermonner que discuter ; plutôt crier qu’ironiser.

Il y a dans cette arrogance acnéique une sorte parfaite conformité au temps présent. Comme une quintessence de synchronicité. Ces petits Narcisse, archétypes du nombrilisme, sont complètement en phase avec leur époque – ce qui n’est pas trivial. Le mouvement dit « woke », comme tous ses clones et avatars, incarne peut-être la figure la plus aboutie de l’individualisme postmoderne. Quoi que ses représentants en disent, ils se font les meilleurs agents du néolibéralisme triomphant et de son idéologie. Le consumérisme atteint jusqu’à leur manière de « militer » qui est au militantisme ce que la mode du « développement personnel » est à la psychothérapie : c’est rapide, ça se partage dans un entre-soi réconfortant, ça ne demande pas trop d’engagement ni d’effort… et surtout on évite soigneusement de se remettre en question profondément.

Leur bonne conscience en étendard, les petits inquisiteurs exhibent fièrement leur vertu. Quelle hypocrisie que cet altruisme égocentrique ! Pour mieux vendre leur bien-pensance, ils ont besoin d’inventer des torts au point de transformer toute différence en injustice. Par un étrange masochisme artificiel, ils se créent de toute pièce des adversaires, imaginent sans cesse de nouvelles oppressions pour mieux pouvoir les corriger. Tout y passe et on les voit ainsi, sous le fallacieux prétexte de la « déconstruction », détruire leur propre langue, leur propre culture, leurs propres traditions philosophiques dans une effarante haine de soi.

Un puritanisme étouffant

Le « militantisme de la rancœur » [1] est un militantisme à moindre frais qui monte en épingle des sujets insignifiants, comme la supposée absence de sparadraps de couleurs, pour ne pas avoir à affronter les enjeux politiques réels. Ces ultrasensibles de métier prennent le monde qu’ils imaginent pour plus réel que le monde matériel. Après tout, pourquoi pas : ils ne seraient pas les premiers à délirer. L’extrême danger vient de qu’ils imposent avec violence leur délire aux autres. Au nom de la tolérance, leur intolérance agressive dirige des chasses aux sorcières dignes du Moyen-Âge, dont les conséquences peuvent être dramatiques [2].

La dénonciation de crimes imaginaires provoque une jouissance morbide qui s’étale et résonne sur les réseaux dits sociaux. Paranoïa et complotisme s’expriment dans une détestation de tout ce qui n’est pas soi. Ces rebelles sur canapé sont incapables d’envisager qu’il soit possible de penser autrement, de voir les choses différemment. Toute altérité doit être combattue – mieux : abattue – parce qu’elle est le symptôme d’une injuste domination. Pas de débat : seulement l’annihilation de l’autre ; pas d’adversaire : seulement des ennemis mortels. La stratégie rhétorique fonctionne à merveille puisque la diabolisation de l’autre, réduit à la figure du mal à détruire, légitime le refus d’entendre ses arguments, crée une polarisation dont il ne peut s’échapper et enferme cet adversaire infréquentable dans une position nécessairement défensive. Dans un renversement de culpabilité classique mais toujours très efficace, ce sont les victimes d’invectives, d’intimidations, de caricatures, de calomnie… qui doivent se justifier.

Or, une vision du monde, de l’homme et de la société, aussi simpliste, ne reposant que sur l’opposition entre le Camp du Bien©, c’est-à-dire ce « nous » exclusif, et… tout le reste, ça marche ! Ils ont beau n’avoir que des nouilles trop cuites entre les oreilles, leur entreprise réussit au-delà de toutes leurs espérances. Pour preuve : ils ont réussi à confisquer luttes sociales et causes politiques, et à occuper tout l’espace médiatique. Médias mais aussi monde de la culture, universités, syndicats, partis politiques… les digues cèdent un peu partout et l’idéologie des nouveaux inquisiteurs imprègne des champs de plus en plus larges. Ces sinistres pantins qui se prennent pour des Gardes rouges et rêvent d’importer les méthodes de la Révolution culturelle chinoise imposent leur rééducation idéologique.

Surtout, ceux qui s’opposent à ce raz-de-marée sont contraints d’y répondre et de se détourner de leurs propres objectifs. Les défenseurs de l’universalisme, de la laïcité, de la République… sont sommés de jouer sur le terrain de leurs adversaires. Ce combat se mène d’ailleurs à fronts renversés puisque sont accusés d’être « réactionnaires » ceux qui défendent les idéaux des Lumières et les principes qui ont guidé la Révolution ; et se prennent pour révolutionnaires ceux-là mêmes qui promeuvent une conception du monde très Ancien régime, des archaïsmes religieux, des catégorisations pré-scientifiques, des superstitions et paranoïas, l’inculture… et un ordre moral d’une rigueur très… réactionnaire ! Peu étonnant que les religieux les plus orthodoxes et les plus orthopraxes se régalent de ce spectacle qui accroît leur emprise sur les esprits. Tout cela « sent le curé froid », comme disait Cavanna !

La création d’antagonismes sommaires au nom d’une morale dévoyée nie la complexité du réel. Le manichéisme accusatoire et victimaire divise selon le critère fantasmé de la domination, dont les grands ordonnateurs sont ces justiciers qui ont depuis longtemps tourné le dos à toute justice. L’objectif : instaurer un nouvel ordre moral dans une eschatologie à la fois crétine et terroriste. Ce puritanisme autoritaire trahit une obsession pathologique de la pureté. L’épuration de tout ce qui ne cadre pas permet la création d’un univers où l’on n’est bien que dans un entre-soi rassurant. Ainsi voit-on les néoféministes sexistes défendre la ségrégation sexuelle et les « antiracistes » racialistes organiser la ségrégation raciale ! Ateliers, colloques et autres événements [3] interdits à tout ce qui n’a pas le bon patrimoine génétique, le bon taux de mélanine, la bonne inclination érotique, la bonne religion… se multiplient dans une célébration communautaire de l’apartheid bon teint.

Les geignards divisent, cloisonnent, séparent, étiquettent, classent, listent… Sous leur joug, les individus sont réduits à des critères qui leur sont imposés pour les embrigader dans des forteresses en guerre les unes contre les autres. Les demi-instruits à l’idéologie criminelle, les déplorables sycophantes de crimes imaginaires, les descendants de Torquemada et Savonarole qui ne rêvent que de purification par le feu menacent la civilisation de leurs caprices puérils.

Cincinnatus, 29 mars 2021

[1] J’emprunte l’expression à Jean Szlamowicz, Le sexe et la langue, éd. Intervalles, 2018.

[2] Par exemples : le harcèlement d’adolescentes ou la décapitation de professeurs.

[3] Et même cérémonies de remise de diplômes, comme à l’Université de Columbia !

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Critique de la politique de l'identité ( Cliquer sur l'image ) | France culture Critique de la politique de l'identité 08/02/2021 Via notre F Pierre V

A partir de la lecture de "Genre, race, identité. La grande déraison" de l'essayiste britannique Douglas Murray, Brice Couturier présente les termes du débat idéologique qui oppose une gauche universaliste, héritière des Lumières, et une gauche woke, attachée à défendre la politique des identités.

À retrouver dans l'émission LE TOUR DU MONDE DES IDÉES par Brice Couturier

"Si on peut qualifier les thèses que développe Douglas Murray dans son dernier essai, Genre, race, identité. La grande déraison (L’Artilleur), cela ne me paraît pas une raison suffisante pour n’en pas parler… D’autant que pas mal de gens qui se reconnaissent de gauche, disons de la gauche old school, universaliste, rationaliste et héritière des Lumières, commencent à perdre patience face à la gauche >>> "woke", particulariste et ennemie déclarée des Lumières." Brice Couturier

A partir de la lecture de l'essai de Douglas Murray, qui vient d'être traduit en français, et qui sous son titre original The Madness of Crowds, Gender Race and Identity, a été l’une des meilleures ventes en 2020 en Grande-Bretagne, Brice Couturier présente dans cette série de chroniques des analyses critiques de notions structurantes du débat public - autant que de la recherche universitaire - dans les pays anglo-saxons comme l’intersectionnalité, les études de genre, les études subalternes et post-coloniales.

TOUS LES ÉPISODES


>>> Douglas Murray : quand politique de l'identité rime avec déraison

Il arrive que des livres à contre-courant, voire franchement réactionnaires, enregistrent d’importants succès de librairie. C'est le cas notamment des...


>>> La notion de "communauté LGBT" remise en cause

Dans un essai polémique intitulé "La grande déraison", l'écrivain britannique néo-conservateur Douglas Murray brocarde la politique des identités : celles...


>>> Le woke ou la trahison des idéaux des années 1960

Défenseurs d'une justice sociale fondée sur les critères de race et de genre, les tenants de la culture woke revendiquent l'héritage des mouvements d’émancipation...


>>> "Woke", une pensée pleine de contradictions ?

Entre affirmation de la fluidité de l'appartenance de genre, de race, et dénonciation de l'appropriation culturelle, la pensée woke ne propose-t-elle pas...


>>> Contrepoints : Culture woke, vers une société totalitaire ?

>>> Contrepoints : Les “woke”, idiots utiles de l’extrême droite

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ "On brandit les mots "cancel culture" comme un épouvantail" ( Cliquer sur l'image ) | France culture 07/05/2021

À retrouver dans l'émission AFFAIRE EN COURS par Marie Sorbier

Alors que la scène du baiser dans "Blanche-Neige" fait polémique sur la toile, André Gunthert, maître de conférence en histoire visuelle à l'EHESS, analyse les dynamiques propres à la "cancel culture" qui s'articulent autour du film d'animation de Disney.

La scène du baiser entre le prince et
Blanche-Neige.

Une nouvelle polémique a jailli cette semaine autour du film d'animation Blanche-Neige de Disney. Un article signé par deux journalistes du journal San Francisco Gate interroge le fameux baiser du prince : s'agit-il d'un acte non consenti ? Les films Disney véhiculent-ils des archétypes du patriarcat ? Faut il supprimer cette scène ? Le maître de conférence en histoire visuelle à l'EHESS André Gunthert revient au micro de Marie Sorbier sur ce nouveau sujet mis sous la loupe de la cancel culture. 

Pour André Gunthert, c'est la loupe de la cancel culture qui rend cette scène de Blanche-Neige sujette à polémique. L'article du San Francisco Gate qui en est à la source fait avant tout l'éloge de la réouverture du parc d'attraction Disneyland situé aux Etats-Unis, faisant notamment la louange de la nouvelle attraction "Blanche-Neige", dont les différentes étapes suivent le scénario du dessin animé. Les autrices de l'article émettent néanmoins une réserve concernant la scène du baiser entre le prince et Blanche-Neige. Comme le rappelle André Gunthert, le caractère problématique de cette scène n'a rien de nouveau, et a déjà donné lieu à de nombreux débats au sein des communautés militantes et progressistes américaines. 

"Le débat ne vient pas du tout de cet article, mais de l'amplification qui est donnée à cette affaire par Fox News. La chaîne reprend avec plusieurs interviews ce sujet et fait monter en sauce un scandale à partir de rien. Cancel culture veut dire "culture de l'annulation", mais est-ce que quelqu'un a demandé d'annuler Blanche-Neige, de retirer cette oeuvre et d'y couper une scène ? Absolument pas. Il n'y a pas eu de censure." André Gunthert

D'un débat cinéphile où chacun discute de l'appréciation d'une oeuvre, Fox News fait une guerre culturelle, estime André Gunthert. Selon lui, cette polémique révèle une dynamique de la cancel culture où ceux qui critiquent l'américanisation du débat en France emploient en même temps une terminologie américaine (cancel culture, woke) de mots-épouvantails qui créent une indignation à partir d'un problème sans consistence. 

"La polémique suite à la réaction de Nicolas Sarkozy dans l'émission "Quotidien" au changement de titre du roman Les dix petits nègres est un exemple similaire. Ce changement est une décision de l'éditeur, non pas de militants. D'ailleurs, le titre en anglais avait déjà changé depuis longtemps, car il posait problème, et c'est normal d'en discuter." André Gunthert

"Les modèles culturels ont une influence et il est tout à fait normal qu'on en discute et qu'ils évoluent. La culture n'est pas un patrimoine muséal intangible, c'est quelque chose qui bouge, fait d'adaptations, de reprises, de changements. C'est ce qui la rend vivante et intéressante. Imaginer qu'on est face à une sorte de musée où il ne faudrait rien toucher est un argument fallacieux qui dissimule la critique faite aux camps progressistes qui remettent en question les modèles culturels." André Gunthert

Ces dernières années, les modèles culturels ont beaucoup évolué, en raison de nombreuses évolutions sociales liées aux droits fondamentaux de différentes minorités. Selon André Gunthert, certains réduisent ces évolutions majeures à une cancel culture, comme pour masquer leur manque d'arguments véritables contre les changements de paradigmes moraux. En brandissant le terme cancel culture comme un épouvantail, ses détracteurs amplifient les débats, en font une caricature, et finissent par se moquer de cette caricature qu'ils ont eux-mêmes produite.

La polémique liée à Blanche-Neige a pris un nouveau tournant en France avec une caricature de presse signée par Coco dans Libération le 6 mai. Dans cette relecture de la scène du baiser, le prince demande à Blanche-Neige son autorisation pour l'embrasser, qui lui répond laconiquement qu'il devrait être plus sûr de lui. 

La dessinatrice Coco réagit à la polémique liée
à la scène du baiser dans "Blanche-Neige",
 dans Libération le 6 mai 2021.

Pour André Gunthert, ce dessin est symptomatique de la manière dont s'articule le débat de la cancel culture en France non seulement car il rebondit sur une affaire sans fondements véritables, mais aussi parce qu'il le fait avec le même ton de moquerie qui amplifie le débat tout en le rendant dérisoire. 

"Coco rit avec Fox News, se moque d'une préoccupation tout à fait légitime et contre laquelle on n'a pas beaucoup d'arguments à opposer. Alors, on essaye de rendre ridicule et de placer sous la protection du patrimoine Blanche-Neige. Toute discussion sur Blanche-Neige en devient insupportable." André Gunthert

"En essayant d'exagérer le phénomène, les partisans de la dénonciation de la cancel culture tombent facilement dans la caricature, et dans l'aveu de leurs préjugés. Faire dire à Blanche-Neige que l'embrasser n'est pas très grave parce qu'elle a déjà couché avec les sept nains, c'est problématique au niveau du consentement et de la culture du viol." André Gunthert

Au-delà de la controverse liée à Blanche-Neige, les questions relatives aux droits des femmes et à la manière dont elles sont représentées méritent d'être posées face aux oeuvres Disney. Comme le rappelle André Gunthert, la position accordée aux femmes dans les histoires Disney, notamment via les personnages de princesses, fait l'objet de nombreuses discussions dans la littérature féministe. 

"Les princesses Disney ne véhiculent pas un modèle de société progressiste. Alors pourquoi se moquer de ceux qui essayent de réfléchir sur ce modèle ? Sans le vouloir, ce que dit le dessin de Coco, en se moquant des progressistes et en abondant dans le sens des réactionnaires, c'est qu'on préfèrerait ne rien changer et conserver le modèle patriarcal." André Gunthert

INTERVENANTS

André Gunthert, Maître de conférences en histoire visuelle à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)

mardi 14 septembre 2021

Dulce Pontes-Canção do Mar


Fui a bailar en mi barco
Más allá del mar cruel
Y el mar bramando
Dice que fui a robar
La luz sin par
De tu mirar tan lindo

Ven a saber si el mar tendrá razón
Ven aquí a ver bailar mi corazón

Si bailo en mi barco
No voy al mar cruel
Y no le digo a dónde fui a cantar
Sonreír, bailar, vivir, soñar contigo

Ven a saber si el mar tendrá razón
Ven aquí a ver bailar mi corazón

Si bailo en mi barco
No voy al mar cruel
Y no le digo a dónde fui a cantar
Sonreír, bailar, vivir, soñar contigo

lundi 13 septembre 2021

China’s economy: what’s its weak spot? | The Economist 25 juin 2021


Les liens ci-dessous renvoient vers un site extérieur à YouTube (econ.st).
>>> Cliquer sur "ACCÉDER AU SITE"


The number of working-age people in China is shrinking. Could this threaten the country’s rise as an economic superpower? Read more here: >>> https://econ.st/3dgzqz0 Find all of our coverage about China here: >>> https://econ.st/3qpd7wz Read our special report about Chinese youth: >>> https://econ.st/2TXmwzd Is China’s population shrinking? >>> https://econ.st/3vTXxu2 Listen to an episode of “The Intelligence” podcast about China’s census: >>> https://econ.st/3wSqrvK How can countries such as America and China raise birth rates? >>> https://econ.st/3wVlXEP China’s economy zooms back to its pre-covid growth rate: >>> https://econ.st/3wTjt9V How education in China is becoming increasingly unfair to the poor: >>> https://econ.st/35Tr8cc Why more young Chinese want to be civil servants: >>> https://econ.st/2U2my8R China’s Communist Party at 100: the secret of its longevity: >>> https://econ.st/3gQQopP Read our special report about 100 years of the Chinese Communist Party: >>> https://econ.st/3vUkOM8 Little red look: 100 years of Chinese Communist Party style: >>> https://econ.st/3wVhrpF Read about the racially targeted birth-control policies in Xinjiang, China: >>> https://econ.st/2U0CBUI Kai-Fu Lee on how covid spurs China’s great robotic leap forward: >>> https://econ.st/2U1dscN

La petite reine et le terrible roi ( Cliquer sur l'image ) | France culture 11/09/2021

Au début du XXe siècle, l’invention du pneumatique en caoutchouc révolutionne les modes de vie. Dans l’État Indépendant du Congo, propriété privée de Leopold II roi des Belges, les colons terrorisent les populations locales pour intensifier la production de caoutchouc

Les colons iront jusqu'à instaurer la pratique des mains coupées. Mais une série de photos, en appui d’une campagne internationale, va faire basculer les opinions en Europe et aux Etats-Unis.

À retrouver dans l'émission UNE HISTOIRE PARTICULIÈRE, UN RÉCIT DOCUMENTAIRE EN DEUX PARTIES

TOUS LES ÉPISODES


>>> Produire du caoutchouc à tout prix

Au début du 20e siècle, l’invention de la bicyclette avec des roues en caoutchouc est une jolie révolution dans la vie quotidienne. Rapidement, “la petite reine“, surnom du vélo, est un succès : les Européens s’équipent de ce nouveau moyen de transport. Un vent de liberté souffle sur ce début de siècle. Et avec les pneumatiques et les chambres à air, la demande en caoutchouc augmente partout, et c’est une immense opportunité de marché. 


>>> La photo du scandale

Comment connaissons-nous cette histoire ? Les mains coupées du Congo sont restées le symbole de la démesure de la violence exercée sous l’égide de Leopold II, roi des Belges, au Congo dont il est propriétaire pour exploiter les ressources naturelles du pays à son profit.

Une femme, Alice Seeley Harris, missionnaire protestante britannique, vit au Congo depuis 1898. Alice Seeley Harris a eu le réflexe de prendre une photo, première d’une série qui va faire le tour du monde. Nous sommes le 14 mai 1904. La vie d'Alice Seeley Harris et de son mari John bascule. La connaissance de l’histoire du Congo aussi. 

Un documentaire d'Élise Gruau, réalisé par François Teste.

dimanche 12 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Are the brains of atheists different to those of religious people ? Scientists are trying to find out, by Miguel Farias, Associate Professor in Experimental Psychology, Coventry University [ Google Traduction ] | The Conversation January 18, 2021 Via notre F P V

The cognitive study of religion has recently reached a new, unknown land: the minds of unbelievers. Do atheists think differently from religious people? Is there something special about how their brains work? To illustrate what they’ve found, I will focus on three key snapshots.

The first one, from 2003, is probably the most photogenic moment of “neuro-atheism”. Biologist and atheist Richard Dawkins travelled to the lab of Canadian neuroscientist Michael Persinger in the hope of having a religious experience. In this BBC Horizon film, God on the Brain, a retro science-fiction helmet was placed on Dawkins head. This “god helmet” generated weak magnetic fields, applied to the temporal lobes.

Picture of Richard Dawkins

Persinger had previously shown that this kind of stimulation triggered a wide range of religious phenomena – from sensing the presence of someone invisible to prompting out-of-body experiences. With Dawkins, though, the experiment failed. As it turned out, Persinger explained, Dawkins’ temporal lobe sensitivity was “much, much lower” than is common in most people.

The idea that the temporal lobes may be the seat of religious experience has been around since the 1960s. But this was the first time that the hypothesis was extended to explain the lack of religious experience based on the lower sensitivity of a brain region. Despite the exciting possibility of testing this hypothesis with a larger sample of atheists, it remains to be done.

Image of Rodin's
The Thinker

The second snapshot takes us to 2012. Three articles published by labs in the USA and Canada presented the first evidence linking an analytical, logical thinking style to unbelief. Psychologists have been theorising about different ways that brains process information for a long time: conscious versus unconscious, reflective versus experiential, analytical versus intuitive. These are linked to activity in certain brain areas, and can be triggered by stimuli including art. The researchers asked participants to contemplate Rodin’s famous sculpture, The Thinker, and then assessed their analytical thinking and disbelief in god. They found that those who had viewed the sculpture performed better on the analytical thinking task and reported less belief in god than people who hadn’t seen the image.

In the same year, a Finnish lab published the results of a study where their scientists tried to provoke atheists into thinking supernaturally by presenting them with a series of short stories and asking if the punchline was a “sign of the universe” (interpreting something as a “sign” is more supernatural than interpreting something as, for example, a coincidence). They did this while scanning their brains using functional magnetic resonance imaging (fMRI). The more the participants suppressed supernatural thinking, the stronger the activation of the right inferior frontal gyrus was. We know this area is involved in cognitive inhibition, an ability to refrain from certain thoughts and behaviours.

Together, these studies suggest that atheists have a propensity to engage more in analytical or reflective thinking. If believing in gods is intuitive, then this intuition can be overridden by more careful thinking. This finding certainly raised the possibility that the minds of atheists are simply different from those of believers.

Replication crisis

So how robust are the findings? In 2015, a “replication crisis” hit the field of psychology. It turned out that the results of many classic studies couldn’t be achieved when running them again. The psychology of religion and atheism was no exception.

The experiment with Rodin’s Thinker was the first to be investigated. Three new studies were conducted with larger samples than the original — and they all failed to replicate the original results. With one sample, they found the very opposite: contemplating the Thinker increased religious belief.

One possible limitation with the original studies is that they had all been undertaken in the USA. Could culture act in such a decisive way that the analytical cognitive style associated with atheism in one country might be nonexistent elsewhere? The author of the original Rodin study attempted to answer this in a new study which included individuals from 13 countries. The results confirmed that a cognitive analytical style was only linked to atheism in three countries: Australia, Singapore and the USA.

In 2017, a double-blind study was carried out to test in a more robust way the link between unbelief and cognitive inhibition. Instead of using brain imaging to see which area lit up, they used a brain stimulation technique to directly stimulate the area responsible for cognitive inhibition: the right inferior frontal gyrus. Half of the participants, however were given a fake stimulus. The results showed that the brain stimulation worked: participants who had it achieved better in a cognitive inhibition task. However, this had no effect on decreasing supernatural belief.

The complexity of atheism

The third snapshot is this one: a man is standing against a background which looks like a church. He appears to be doing the sign of the cross with his right hand while his left hand rests on his heart. He is a priest – but not of any church that believes in gods: he presides over the Positivist Temple of Humanity, a church for atheists and agnostics created by August Comte in the 19th century. This priest is not doing the sign of cross but the Positivist blessing.

Together with photographer Aubrey Wade, I stumbled upon this active temple in the south of Brazil, while collecting data for a large ongoing project involving over 20 labs across the world: Understanding Unbelief.

Image of a man doing
the positivist blessing.

Finding an active church of unbelievers dedicated to the love of humanity — its golden principle being “live for others” — ruptured how I thought of atheists and the boundary separating them from the religious. And this has implications for how we develop studies in this area. When doing experiments with believers we can use multiple stimuli, from religious images to music, to trigger a religious effect or cognition in the lab. But finding an equivalent for unbelievers has proved hard.

One brain imaging study conducted at Oxford University compared an image of the Virgin Mary with that of a regular woman, both painted in the same period. Researchers found that when Roman Catholics concentrated on the Virgin Mary while being subjected to electric shocks, this alleviated their perception of pain compared to looking at the other woman. This decrease in pain was associated with an engagement of the right ventro-lateral prefrontal cortex, a region known to drive pain inhibitory circuits.

No similar effect was found for the unbelievers, although they rated the secular image as more pleasant than the religious one. But what if the unbelievers being tested were members of the Positivist Temple and were instead shown an image of their goddess of humanity — would this have alleviated pain in a similar way to that experienced by the religious individuals?

The future cognitive science of atheism will have to think hard about how to move forward. It needs to develop models that account for cultural variations as well as consider the implications of atheists engaging with rituals that celebrate humanity.

[ Le cerveau des athées est-il différent de celui des religieux ? Les scientifiques essaient de le découvrir, par Miguel Farias, professeur agrégé en psychologie expérimentale, Université de Coventry

L'étude cognitive de la religion a récemment atteint un nouveau pays inconnu: l'esprit des incroyants. Les athées pensent-ils différemment des religieux ? Y a-t-il quelque chose de spécial dans le fonctionnement de leur cerveau ? Pour illustrer ce qu’ils ont trouvé, je me concentrerai sur trois instantanés clés.

  • Le premier, de 2003, est probablement le moment le plus photogénique du «neuro-athéisme». Le biologiste et athée >>> Richard Dawkins s'est rendu au laboratoire du neuroscientifique canadien Michael Persinger dans l'espoir de vivre une expérience religieuse. Dans ce film de BBC Horizon, God on the Brain, un casque de science-fiction rétro a été placé sur la tête de Dawkins. Ce «casque de dieu» a généré de faibles champs magnétiques, appliqués aux lobes temporaux.

Persinger avait précédemment montré que ce type de stimulation déclenchait un large éventail de phénomènes religieux - de la détection de la présence d'une personne invisible à l'incitation à des expériences hors du corps. Avec Dawkins, cependant, l'expérience a échoué. En fait, a expliqué Persinger, la sensibilité du lobe temporal de Dawkins était «beaucoup, beaucoup plus faible» que ce qui est commun chez la plupart des gens.

L'idée que les lobes temporels peuvent être le siège de l'expérience religieuse existe depuis les années 1960. Mais c'était la première fois que l'hypothèse était étendue pour expliquer le manque d'expérience religieuse basée sur la moindre sensibilité d'une région cérébrale. Malgré la possibilité intéressante de tester cette hypothèse avec un plus grand échantillon d'athées, il reste à faire.

  • Le deuxième instantané nous amène à 2012. Trois articles publiés par des laboratoires aux États-Unis et au Canada ont présenté la première preuve liant un style de pensée analytique et logique à l'incrédulité. Les psychologues théorisent depuis longtemps sur les différentes façons dont le cerveau traite l'information: conscient contre inconscient, réflexif contre expérientiel, analytique contre intuitif. Celles-ci sont liées à l'activité dans certaines zones du cerveau et peuvent être déclenchées par des stimuli, y compris l'art. Les chercheurs ont demandé aux participants de contempler la célèbre sculpture de Rodin, Le Penseur, puis ont évalué leur pensée analytique et leur incrédulité en Dieu. Ils ont constaté que ceux qui avaient vu la sculpture avaient de meilleures performances dans la tâche de réflexion analytique et ont déclaré moins croire en Dieu que les personnes qui n'avaient pas vu l'image.
  • La même année, un laboratoire finlandais a publié les résultats d'une étude où leurs scientifiques ont tenté de provoquer des athées à penser de manière surnaturelle en leur présentant une série d'histoires courtes et en leur demandant si la punchline était un «signe de l'univers» (interpréter quelque chose comme un «signe» est plus surnaturel que d'interpréter quelque chose comme, par exemple, une coïncidence). Ils l'ont fait en scannant leur cerveau à l'aide de l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Plus les participants supprimaient la pensée surnaturelle, plus l'activation du gyrus frontal inférieur droit était forte. Nous savons que ce domaine est impliqué dans l'inhibition cognitive, une capacité à s'abstenir de certaines pensées et comportements.

Ensemble, ces études suggèrent que les athées ont une propension à s'engager davantage dans une pensée analytique ou réflexive. Si croire aux dieux est intuitif, alors cette intuition peut être annulée par une réflexion plus prudente. Cette découverte a certainement soulevé la possibilité que l'esprit des athées soit simplement différent de celui des croyants.

Crise de réplication

Alors, quelle est la robustesse des résultats? En 2015, une «crise de réplication» a frappé le champ de la psychologie. Il s'est avéré que les résultats de nombreuses études classiques ne pouvaient pas être atteints lors de leur réexécution. La psychologie de la religion et de l'athéisme ne faisait pas exception.

L'expérience avec le Penseur de Rodin a été la première à être étudiée. Trois nouvelles études ont été menées avec des échantillons plus grands que l'original - et elles ont toutes échoué à reproduire les résultats originaux. Avec un échantillon, ils ont trouvé le contraire: la contemplation du Penseur augmentait la croyance religieuse.

Une limite possible avec les études originales est qu'elles avaient toutes été entreprises aux États-Unis. La culture pourrait-elle agir d'une manière si décisive que le style cognitif analytique associé à l'athéisme dans un pays pourrait être inexistant ailleurs? L'auteur de l'étude originale Rodin a tenté d'y répondre dans une nouvelle étude qui comprenait des individus de 13 pays. Les résultats ont confirmé qu'un style d'analyse cognitive n'était lié à l'athéisme que dans trois pays: l'Australie, Singapour et les États-Unis.

En 2017, une étude en double aveugle a été menée pour tester de manière plus robuste le lien entre incrédulité et inhibition cognitive. Au lieu d'utiliser l'imagerie cérébrale pour voir quelle zone éclairée, ils ont utilisé une technique de stimulation cérébrale pour stimuler directement la zone responsable de l'inhibition cognitive: le gyrus frontal inférieur droit. Cependant, la moitié des participants ont reçu un faux stimulant. Les résultats ont montré que la stimulation cérébrale fonctionnait: les participants qui l'avaient réalisé mieux dans une tâche d'inhibition cognitive. Cependant, cela n'a eu aucun effet sur la diminution de la croyance surnaturelle.

La complexité de l'athéisme

Le troisième instantané est celui-ci: un homme se tient sur un fond qui ressemble à une église. Il semble faire le signe de la croix avec sa main droite tandis que sa main gauche repose sur son cœur. C'est un prêtre - mais pas d'une église qui croit aux dieux: il préside le Temple positiviste de l'humanité, une église pour athées et agnostiques créée par August Comte au 19ème siècle. Ce prêtre ne fait pas le signe de croix mais la bénédiction positiviste.

Avec le photographe Aubrey Wade, je suis tombé sur ce temple actif dans le sud du Brésil, tout en collectant des données pour un grand projet en cours impliquant plus de 20 laboratoires à travers le monde: Comprendre l'incrédulité.

Trouver une église active d'incroyants dédiée à l'amour de l'humanité - son principe d'or étant «vivre pour les autres» - a rompu ma façon de penser les athées et la frontière qui les sépare des religieux. Et cela a des implications sur la façon dont nous développons des études dans ce domaine. Lorsque nous faisons des expériences avec des croyants, nous pouvons utiliser plusieurs stimuli, des images religieuses à la musique, pour déclencher un effet religieux ou une cognition en laboratoire. Mais trouver un équivalent pour les incroyants s'est avéré difficile.

Une étude d'imagerie cérébrale menée à l'Université d'Oxford a comparé une image de la Vierge Marie à celle d'une femme ordinaire, toutes deux peintes à la même période. Les chercheurs ont découvert que lorsque les catholiques romains se concentraient sur la Vierge Marie tout en étant soumis à des chocs électriques, cela atténuait leur perception de la douleur par rapport au fait de regarder l'autre femme. Cette diminution de la douleur était associée à un engagement du cortex préfrontal ventro-latéral droit, une région connue pour entraîner les circuits d'inhibition de la douleur.

Aucun effet similaire n'a été trouvé pour les incroyants, bien qu'ils aient évalué l'image profane comme plus agréable que l'image religieuse. Mais que se passerait-il si les incroyants testés étaient membres du Temple positiviste et se voyaient plutôt montrer une image de leur déesse de l'humanité - cela aurait-il soulagé la douleur d'une manière similaire à celle ressentie par les individus religieux ?

La future science cognitive de l'athéisme devra réfléchir sérieusement à la manière d'avancer. Il doit développer des modèles qui tiennent compte des variations culturelles et tenir compte des implications des athées s'engageant dans des rituels qui célèbrent l'humanité. ]

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ L’Origine des espèces de Darwin ( Cliquer sur l'image ) | France culture 08/02/2021

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> Aux origines d’une théorie

La première édition de L’Origine des espèces de Darwin est épuisée le jour même de sa parution, le 24 novembre 1859. Que renferme ce livre essentiel ?...


>>> Qu’est-ce que la sélection naturelle ?

Et si derrière la beauté et l'harmonie de la nature se cachait en fait le chaos ? Les plus forts survivent et les autres disparaissent dans une lutte acharnée...


>>> Faut-il lutter pour exister ?

Les êtres semblent évoluer de manière hasardeuse, au fil de variations infinies et indéfinies. Mais ces variations n'obéissent-elles pas à des lois ? Est-ce...


>>> Le darwinisme a-t-il évolué ?

Quels ont été les apports du darwinisme à la compréhension de l’homme, de la société mais aussi de la culture ? De Richard Dawkins à Stephen Jay Gould,...