Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures.

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jeudi 15 juillet 2021

Sexualité : en finir avec les injonctions paradoxales, par Maïa Mazaurette | Le Monde 23 février 2020

« Il faut pimenter sa vie sexuelle », « le sexe est meilleur quand il fait un peu mal »... Les femmes sont victimes de matraquage, dénonce Maïa Mazaurette dans une chronique « coup de gueule ». Car comment réussir à s’écouter quand on demande de considérer l’insulte comme un compliment et la douleur comme un plaisir ?

Dans l’introduction de son célèbre Erotisme, paru en 1957, Georges Bataille écrit que « si l’union des deux amants est l’effet de la passion, elle appelle la mort, le désir de meurtre ou de suicide ». Charmant, n’est-ce pas ?

On pourrait se dire que l’auteur avait oublié son Prozac ce matin-là. Que les temps ont bien changé. Ou que Georges Bataille s’inspirait d’un autre George : Orwell. En 1949, ce dernier inventait la novlangue, dans son roman culte 1984. Ses formules paradoxales sont entrées dans la légende : « la guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ».

Or, dans le domaine sexuel, en 2020, Bataille et Orwell n’ont rien perdu de leur pertinence. Au contraire, d’ailleurs, puisque le cocktail « contradiction + aliénation » semble constituer l’imparable formule magique des injonctions sexuelles destinées aux femmes. Et ça fait des décennies que ça dure...

La liste est longue :

– Il faut « pimenter sa vie sexuelle ». (Rappel : le piment, ça brûle. Personne ne devrait nous demander de passer nos précieux organes génitaux au chalumeau.)

– Le sexe est meilleur quand il fait « un peu » mal. (Corollaire : il faut ressentir de la douleur pour se sentir vivante. Sub-corollaire : les femmes sont toutes masochistes, parfois « sans le savoir ».)

– Quand elle dit non, elle pense oui. (17 % des Français adhèrent à cette formule, 18 % pensent que les femmes prennent du plaisir à être forcées, selon l’enquête Ipsos/Mémoire Traumatique de 2019.)

– Le désir des femmes consiste à être désirées. (Traduction : le désir des femmes est sous-traité à leurs partenaires, elles n’ont pas besoin d’en ressentir elles-mêmes, il est donc parfaitement naturel qu’elles se forcent quand elles ont la libido au fond du panier à linge sale.)

– Pour augmenter son excitation sexuelle, il faut utiliser des mots qui délégitiment le désir sexuel. (Par exemple en utilisant du dirty talking, en acceptant de se faire traiter de noms d’oiseaux.)

– Quand on est exaspérée par notre partenaire, rien de tel que le hate sex, soit littéralement le « sexe haine » – Orwell aurait apprécié, lui qui avait inventé le « crimesex ». (Traduction : quand l’autre nous a blessée psychologiquement, laissons-le nous blesser physiquement avec des rapports sexuels brutaux.)

– Quand une femme hétérosexuelle est vraiment amoureuse de son partenaire, elle consent à des plans à trois avec une autre femme. (Une hétérosexuelle est toujours un peu bisexuelle. Les fantasmes du partenaire sont plus importants que nos propres préférences.)

– Une femme libérée se reconnaît à son acceptation de la contrainte (dans le bondage, par exemple).

– Quand la sexualité conjugale nous ennuie, il faut acheter un Kamasutra. (Traduction : quand la pénétration vaginale nous ennuie, il faut se référer à un ouvrage proposant d’autres pénétrations vaginales.)

– La zone de confort est ennuyeuse, mais l’ennui est inconfortable, le confort est donc inconfortable. (Nous voici en plein sophisme.)

– Pour se redécouvrir mutuellement, il faut tenter le quick sex – le « petit coup vite fait ». (Autrement dit, en prenant moins de temps l’un pour l’autre, en se consacrant moins d’attention, on va évidemment faire des étincelles.)

– Pour être un bon coup, il vaut mieux prétendre n’avoir aucune expérience. (Insérez ici vos fantasmes de Pygmalion et autres métaphores sur la supériorité des amantes « fraîches ».)

– Pour atteindre l’orgasme, il faut lâcher prise (et pourtant, dans aucun autre domaine on ne demanderait à quiconque de « lâcher » pour « atteindre »).

– Les fantasmes de viol et de soumission sont totalement compatibles avec le féminisme. (Si cette idée ne grattait pas aux entournures, les féministes n’en discuteraient pas aussi souvent.)

– Pour vraiment incarner son féminin, il faut embrasser sa passivité et son absence. (Le point « tantra et complémentarité Mars-Vénus » de cette chronique est officiellement atteint.)

Soyons claire : l’objectif ici n’est pas de juger les personnes qui sont en accord avec ces « conseils ». Nous sommes des êtres humains complexes, nous pouvons parfaitement vivre (et être heureux) en enchaînant les grands écarts intellectuels et les saltos arrière mentaux.

Cependant, cette répétition des injonctions paradoxales et des doubles discours devrait nous alerter. Ainsi que leurs destinataires. Parce que quand un homme dit non, personne ne vient lui expliquer qu’il pense oui. Parce que quand il a mal, personne ne prétend que c’est pour son bien, que ça n’a pas d’importance, ou qu’il doit réessayer pour s’habituer. Aucun magazine masculin ne propose de se frotter le pénis contre une râpe à fromage avant un rapport pour « pimenter » ses ébats.

Le point commun de ce matraquage est simple : aux femmes, et aux femmes seulement, on demande de nier leur propre ressenti. Pas parce qu’elles sont folles, mais parce que leur ressenti constitue un bâton dans les roues des partenaires égoïstes (tous les hommes ne sont pas égoïstes). Si les femmes cessent de se faire confiance, alors on peut leur faire subir absolument n’importe quoi : en l’occurrence des violences, des injures, des rapports non désirés et des techniques sexuelles inefficaces.

Tour de passe-passe

Dans son ouvrage Pourquoi le patriarcat ? (Flammarion, 2019), la psychologue américaine Carol Gilligan raconte comment la construction de l’identité féminine repose sur ce tour de passe-passe. Vers la pré-adolescence, les filles apprennent à dire « I don’t know » (« je ne sais pas »), tandis qu’encore plus tôt, les petits garçons apprennent à dire « I don’t care » (« je m’en fiche »).

Cette réduction au silence de ses propres émotions génère des conséquences bien réelles, comme des troubles de la concordance sexuelle. Les travaux de la sexologue américaine Meredith Chivers démontrent en effet que même quand les femmes ressentent une excitation physique (afflux sanguin dans les zones génitales, lubrification), elles n’en sont pas toujours conscientes. Exactement comme s’il existait une barrière invisible entre la tête et le corps.

Cette discordance est probablement multifactorielle (autocensure, tests mal adaptés, etc.), mais tout de même : comment s’écouter soi-même, quand notre culture sexuelle nous demande en permanence de considérer l’insulte comme un compliment, la douleur comme un plaisir, ou le ressentiment comme un motif de désir ? Quand il faut en permanence « transcender » les signaux les plus élémentaires du corps ?

Ces aphorismes ne concernent d’ailleurs pas seulement le champ sexuel : « la force des femmes, c’est leur faiblesse », « Les plus visibles sont les plus minces », « L’accouchement est le plus beau jour de leur vie ». On fait comme si les femmes étaient irrationnelles (ce qui revient à les psychiatriser), alors que c’est la logique sous-jacente qui est irrationnelle. Et abusive. « Elle dit non, elle pense oui », « elle dit oui, elle pense oui », « quand on aime son conjoint, on lui donne des rapports », « quand on déteste son conjoint, on lui donne des rapports » : la ficelle est énorme, et nous valons mieux que ces discours littéralement aberrants.

Depuis le mouvement #metoo, nous avons beaucoup encouragé les femmes à parler. Nous avons beaucoup demandé aux hommes d’écouter. Mais si les femmes ne s’écoutent pas elles-mêmes, tout cela ne servira à rien.

Maïa Mazaurette

Olivier Blanchard : changer les règles budgétaires pour changer l’Europe ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 26/04/2021

À retrouver dans l'émission LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert

Il réfléchit à l'économie de l’après-Covid : Olivier Blanchard, professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology, ancien conseiller économique et ancien directeur du département des études du FMI, propose avec d'autres économistes de changer les règles budgétaires de l'Union européenne.

Olivier Blanchard, alors  conseiller économique
et Directeur du Département des études
 du FMI, à Mumbai (Inde) le 14 février 2009

Olivier Blanchard est professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology (MIT), ancien conseiller économique et Directeur du Département des études du Front Monétaire International (FMI). 

Après y avoir travaillé pendant sept ans, il a rejoint le think tank indépendant Peterson Institute for International Economics.

"Il y a maintenant plus de supports pour l'idée que, quelques fois, il faut se préparer aux catastrophes, que l'Etat doit faire quelque chose." Olivier Blanchard


Olivier Blanchard a mené avec Jean Tirole (Prix Nobel d’économie 2014) une « commission d’experts sur les grands défis économiques » lancée le 29 mai par l’Elysée. Le rapport de cette commission centrée sur des questions de moyen et de long terme dans l'après-crise devait être rendu en décembre 2020, mais la poursuite de la crise en a décidé autrement.

"Les gens ont beaucoup épargné depuis un an, donc ils vont probablement vouloir dépenser. Il se peut que la demande privée soit suffisante pour relancer l’économie." Olivier Blanchard

"Dans les années qui viennent, il va falloir retourner à ces grandes questions qui étaient là avant le Covid : le réchauffement climatique, les inégalités, le vieillissement." Olivier Blanchard

"Le “quoi qu’il en coûte" était absolument la bonne stratégie." Olivier Blanchard

Dans un document de travail de l’Institut Peterson d’Economie Internationale (PIIE), Olivier Blanchard et deux autres économistes - Álvaro Leandro, économiste à la CaixaBank Research, et Jeromin Zettelmeyer, directeur adjoint du département de la stratégie, des politiques et des revues du FMI - , proposent d’abolir les règles budgétaires européennes pour les remplacer par des standards budgétaires, auxquels s'ajouteraient un dispositif visant à les faire appliquer. Ces idées sont également exposées dans une tribune dans la revue Le Grand Continent. 

"Peut-on écrire des règles arithmétiques qui capturent la bonne décision ? Non, je pense que c’est impossible. Ce qu'il faut, ce ne sont pas des règles formelles parce que la réalité est plus compliquée que ça, mais une évaluation chaque année de l’évolution de la dette pour chaque pays." Olivier Blanchard

Extraits sonores : 

  • Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, sur l'accord trouvé par les 27 pays de l'UE sur un plan de relance de l'économie après la pandémie du coronavirus (france tv info, 21/07/2020)
  • Wolfgang Schäuble, ministre des Finances allemand en 2017 - France Inter
  • Joe Biden sur le plan de relance (ABC7,12 mars 2021)

mercredi 14 juillet 2021

Serge et Arno Klarsfeld : « Les juifs doivent se tenir à l’écart de l’extrême droite » | Le Monde Serge Klarsfeld 11 juillet 2021

Le président de l’association Les Fils et filles des déportés juifs de France et l’avocat estiment, dans une tribune au « Monde », que les prises de position d’Eric Zemmour transgressent à la fois les valeurs républicaines et les valeurs juives.

Tribune. La révolution française a libéré les juifs et leur a permis, selon leurs mérites, d’accéder à toutes les positions tant privées que publiques. Un siècle et demi plus tard, Hitler, le nazisme, le maréchal Pétain à la tête du régime Vichy qui s’est associé à la solution finale firent périr un quart des juifs de France. Les trois quarts restant durent leur survie à une population française compatissante et à une Eglise qui avait appris de ses erreurs : esprit républicain et charité chrétienne.

Les juifs de France sont dans leur immense majorité fidèles à l’esprit républicain et se répartissent plus ou moins équitablement entre le centre gauche et le centre droit. Pourtant depuis une dizaine d’années, un certain nombre d’entre eux, craignant un islamisme conquérant et antijuif qui s’est manifesté par des attentats sanglants, sont tentés par un vote à l’extrême droite.

Selon une étude menée par l’Ifop en 2014, ils étaient 4 % à voter pour le Front national de Jean-Marie Le Pen en 2007. En 2012, ils étaient 13,5 % à voter pour Marine Le Pen, alors que dans la population générale, ils étaient 19 %. A l’élection présidentielle de 2017, les juifs de France ont majoritairement voté pour Macron au second tour. Quant aux juifs français installés en Israël, ils n’étaient que 4 % à voter pour le candidat de l’extrême droite.

Réhabilitation de Pétain

Aujourd’hui, non seulement certains juifs s’engagent publiquement dans les médias pour soutenir les positions de l’extrême droite, mais Eric Zemmour, un juif dont les aïeux sont devenus Français en 1870 par le décret Crémieux, qui attribua la citoyenneté française aux « Israélites indigènes d’Algérie », veut devenir l’étendard de l’extrême droite à l’élection présidentielle de 2022.

Pour cela, il transgresse certaines valeurs républicaines et certaines valeurs juives. Il milite pour la réhabilitation de Pétain, qui selon lui aurait sauvé les juifs français en donnant aux Allemands les familles juives étrangères, dont des milliers d’enfants nés en France et donc Français. La meilleure défense des juifs français pour Pétain aurait été de dire : « Cet abominable travail, faites-le vous-même, ce n’est pas dans nos traditions. Nous ne sommes pas des monstres. Nous sommes la France ! »

>>> Eric Zemmour, poursuivi pour « contestation de crime contre l’humanité », a été relaxé

Au lieu de cela, Vichy a fait arrêter des milliers de familles juives en zone libre, et en zone occupée, a fait séparer les mères des enfants du Vél d’Hiv [lors de la rafle du 16 juillet 1942] à coups de crosse. Que pouvaient penser les Allemands ? Que Vichy protégeait ses juifs ? Le crime commis par l’Etat français a été de s’associer aux nazis dans le déroulement de la « solution finale ». Cette responsabilité de Vichy a été reconnue et condamnée par les présidents Jacques Chirac, François Hollande et Emmanuel Macron dans leurs discours commémoratifs du Vél d’Hiv.

Le négationnisme est une agression contre l’histoire

Eric Zemmour milite aussi pour l’abrogation de la loi Gayssot [punissant la contestation de l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité], qui pourtant ne restreint pas la liberté d’opinion, car le négationnisme constitue une agression contre l’histoire : la recherche historique ne se confond pas avec la falsification ou la manipulation consciente des faits.

Zemmour transgresse aussi les valeurs juives selon lesquelles les juifs doivent se souvenir qu’ils ont été eux-mêmes étrangers en Egypte. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas régler une immigration qui est devenue bien souvent incontrôlée. Mais cela signifie qu’il ne faut pas stigmatiser les étrangers dans leur généralité, comme il le fait trop souvent – ce qui lui a d’ailleurs valu des condamnations.

Les juifs doivent se tenir à l’écart de l’extrême droite. Ils doivent se tenir à l’écart de tous les extrêmes de gauche et de droite, comme doivent le faire d’ailleurs tous les Français, qui doivent se retourner sur l’histoire du XXe siècle et tenir compte du fait que les extrêmes, quand ils ont été au pouvoir, n’ont apporté que misères et souffrances.

Serge Klarsfeld, Président de l’association Les Fils et filles des déportés juifs de France et Arno Klarsfeld, Avocat

Will China become the centre of the world economy? | Financial Times 21 juin 2021


The global economy is shifting away from the US and Europe towards Asia. The FT's global China editor James Kynge and FT economics commentator Martin Sandbu discuss whether China will dominate global commerce or whether the world economy could split along regional lines.

Le monde de Xi Jinping | ARTE 7 juil. 2021


Derrière son apparente bonhomie se cache un chef redoutable, prêt à tout pour faire de la Chine la première puissance mondiale, d'ici au centenaire de la République populaire, en 2049. Ce portrait très documenté du leader chinois donne un aperçu inédit de sa politique et montre comment l'itinéraire de Xi Jinping a façonné ses choix.

En mars 2018, à l’issue de vastes purges, Xi Jinping modifie la Constitution et s’intronise "président à vie". Une concentration des pouvoirs sans précédent depuis la fin de l'ère maoïste. Né en 1953, ce fils d’un proche de Mao Zedong révoqué pour "complot antiparti" choisit à l'adolescence, en pleine tourmente de la révolution culturelle, un exil volontaire à la campagne, comme pour racheter la déchéance paternelle. Revendiquant une fidélité aveugle au Parti, il gravira en apparatchik "plus rouge que rouge" tous les degrés du pouvoir. Depuis son accession au secrétariat général du Parti en 2012, puis à la présidence l'année suivante, les autocritiques d'opposants ont réapparu, par le biais de confessions télévisées. Et on met à l'essai un système de surveillance généralisée censé faire le tri entre les bons et les mauvais citoyens. Inflexible sur le plan intérieur, Xi Jinping s'est donné comme objectif de supplanter l'Occident à la tête d’un nouvel ordre mondial. Son projet des "routes de la soie" a ainsi considérablement étendu le réseau des infrastructures chinoises à l’échelle planétaire. Cet expansionnisme stratégique, jusque-là développé en silence, inquiète de plus en plus l'Europe et les États-Unis. Son pouvoir et ses ambitions sont d’autant plus renforcés qu’il apparaît comme le grand gagnant de la crise du coronavirus. Entre contrefeux et dissimulation, il poursuit à vitesse grand V son agenda politique et diplomatique afin d’intégrer les minorités au géant chinois, quitte à recourir à la violence. Génocide des Ouïghours, Hongkong, Taïwan : par sa politique, Xi Jinping revendique, plus que jamais, la force de l’hégémonie du régime chinois aussi bien dans les domaines économique et militaire que diplomatique. Avec un seul but : faire de la Chine la première puissance mondiale.
Impériale revancheDans ce portrait très documenté du leader chinois, Sophie Lepault et Romain Franklin donnent un aperçu inédit de sa politique et montrent comment l'itinéraire de Xi Jinping a façonné ses choix. De Pékin à Djibouti – l'ancienne colonie française est depuis 2017 la première base militaire chinoise à l’étranger – en passant par la mer de Chine méridionale et l’Australie, les réalisateurs passent au crible les projets et les stratégies d’influence du nouvel homme fort de la planète. Nourrie d’images d’archives et de témoignages (de nombreux experts et de dissidents, mais aussi d'un haut gradé proche du pouvoir), leur enquête montre comment Xi Jinping a donné à la reconquête nationaliste de la grandeur impériale chinoise, projet nourri dès l'origine par la République populaire, une spectaculaire ampleur. Elle jette aussi une lumière éloquente sur le système de fichage numérique de la population mis en place sous l'égide du "président à vie", qui a montré, avec la crise du coronavirus, sa redoutable efficacité.

Documentaire de Sophie Lepault (France, 2021, 1h30mn)

Disponible jusqu'au 12/08/2021

La Chine à la conquête du monde : les nouvelles routes de la soie | Documentaire Société 13 avr. 2021


C’est le "projet du siècle" selon Xi Jinping, le président chinois. Depuis 2013 la Chine investit plus de 100 milliard de dollars pour bâtir des voies ferrées, des ports et des zones économiques à travers le monde. Nom de code du projet, les “Nouvelles routes de la soie”. Objectif, en faire les vecteurs d’un nouvel expansionnisme de la Chine à travers le monde.

Problème, cette intrusion des intérêts chinois fait grincer les dents. A Gwadar au Pakistan ou dans la Corne de l’Afrique, le choc des cultures est brutal. Du coeur de la Chine à Wuhan jusqu’au Pakistan, en passant par Djibouti et l’Ethiopie, reportage sur la piste des intérêts chinois à la conquête du monde.

Réalisation : Elvire Berahya-Lazarus

Le monde selon Xi Jinping | Marco Freeman 25 mai 2020

mardi 13 juillet 2021

∆∆∆ Beaumarchais ou l'aventure de la liberté, par Erik Orsenna ( Ckiquer sur l'image ) | France culture 24/08/2019

Erik Orsenna

Ecrivain et financier, espion et horloger, maître de musique et défenseur des révoltes américaines face aux colonisateurs anglais … c’est en inventeur du « en même temps » qu’Erik Orsenna dépeint Beaumarchais dans son nouveau livre.

Après Pasteur, Le Nôtre et La Fontaine, l’académicien livre avec « Beaumarchais, un aventurier de la liberté », le portrait d’un personnage ambitieux, déterminé, qui incarne l’ivresse de vivre au 18ème siècle.  

Notre invité est >>> Erik Orsenna, lui-même multiple puisque romancier, membre de l’Académie française, essayiste, économiste, ancien conseiller d’Etat, et aujourd’hui auteur de “Beaumarchais, un aventurier de la liberté” co-édité par les éditions Stock et France Culture. 

Auteur de pièces géniales, espion à Londres pour Louis XV puis Louis XVI, administrateur de la compagnie des eaux, armateur mais aussi marchand d’armes, Beaumarchais a eu une vie trépidante. Tout l’été, Erik Orsenna vous invite à découvrir l’ivresse de vivre de l’auteur du Mariage de Figaro.

L’existence de Beaumarchais est une ivresse de vivre. Une suite de folles journées. Inventeur de l’« échappement à double virgule » dans les mécanismes horlogers, il devient « maître de musique » auprès des filles de Louis XV. Lieutenant général des chasses, administrateur de la Compagnie des eaux, il est aussi armateur et marchand d’armes. Tout en étant espion à Londres pour Louis XV puis Louis XVI, il négocie le traité d’indépendance des États-Unis. Auteur de pièces tantôt géniales, tantôt très oubliables, il devient révolutionnaire malgré lui. Parmi les nombreux paris fous qu’il lance, il y a celui-ci : établir un droit qui protège les auteurs. Et un autre pari, encore : éditer les œuvres complètes de Voltaire, tout juste disparu. La colère du Roi, les tempêtes des tribunaux retentiront plus d’une fois. Et les femmes ? « En fait d’amour, vois-tu, trop n’est pas même assez. » nous répond Beaumarchais, par la voix de Figaro.

TOUTES LES DIFFUSIONS


>>> Un survivant qui a su bien mourir

À 60 ans, Beaumarchais pourrait profiter de sa situation et couler des jours tranquilles dans son palais de la Bastille. Mais, désireux de participer à...


>>> Un guerluchonneur qui a su aimer

Beaumarchais renoue avec ses bonheurs enfantins en faisant l'acquisition d'une demeure à Paris dans laquelle il vit avec son père et ses deux sœurs. Tous...


>>> Un révolutionnaire

Fin stratège, Pierre Caron de Beaumarchais a su déjouer la censure pour faire connaître son oeuvre aux plus grands aristocrates d'Europe. Avec l'aide de...


>>> Un fabricant de ma liberté

En 1775, Beaumarchais vient lire sa nouvelle pièce, Le Barbier de Séville, devant le comité de la Comédie française. Une vie des plus agréables attend...


>>> Un homme de services secrets

Charismatique, intelligent, séducteur : Beaumarchais est le candidat idéal pour être espion du Royaume de France. Ça tombe bien, Choiseul, le plus grand...


>>> Un combattant perpétuel

Alors que tout semble lui sourire, les ennuis commencent pour le jeune Beaumarchais. Ses premiers tracas sont financiers et les pièces qu'il écrit ne rencontrent...


>>> Un ami de la finance

En faisant ses comptes, Beaumarchais s'aperçoit que ses finances battent de l'aile et son activité d'horloger ne se montre plus suffisante pour maintenir...


>>> Un jeune homme gâté et impatient

Né au milieu du siècle des Lumières, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais est un enfant choyé au sein d'une famille bourgeoise. Ambitieux, il joue de...

Beaumarchais, Au coeur de l'histoire avec Franck Ferrand | 17 avr. 2019


C’est un personnage haut en couleurs que Franck Ferrand a choisi de nous présenter, jeudi après-midi. A la fois auteur de pièces de théâtre et esprit libre, homme d’affaires, horloger et… espion : vous aurez reconnu le fascinant M. de Beaumarchais. Franck Ferrand reçoit Christophe Mory, l’homme de tous les théâtres.

dimanche 11 juillet 2021

Les Rencontres de Pétrarque 2021 ( Cliquer sur l'image ) | France culture 05/07/2021

Pour cette 35e  édition des Rencontres de Pétrarque, France Culture s’installe à nouveau dans la cour du rectorat de Montpellier et retrouve le public pour une semaine de débats qui franchiront toutes les frontières et aborderont l’avenir, le regard tourné vers le continent africain. Devançant le sommet Afrique-France qui se tiendra à Montpellier les 8, 9 et 10 octobre prochains, grands intellectuels et meilleurs experts questionneront, autour d’Hervé Gardette, mémoires et identités, appropriation culturelle et restitution du patrimoine africain, gestion des pandémies, jeunesses et nouvelles technologies, changement climatique.

À retrouver dans l'émission LE TEMPS DU DÉBAT D'ÉTÉ par Quentin Lafay, François Saltiel et Hervé Gardette

TOUS LES ÉPISODES


>>> Leçon inaugurale : Afrique-France, la réparation ?

L'histoire des rapports entre la France et l'Afrique croise celle de l'esclavage et de la colonisation. Comment transmettre cette mémoire et réparer les...


>>> Pandémie : les leçons africaines ?

Les pays africains ont semble-t-il mieux surmonté que d'autres la pandémie de Covid-19. Il est vrai que le continent a eu à gérer de nombreuses autres...


>>> L'Afrique est-elle la nouvelle "startup nation" ?

La crise sanitaire mondiale, en réduisant les échanges commerciaux, a fragilisé les économies africaines. La situation reste fragile. Mais le continent,...


>>> L'art africain doit-il rester en Afrique ?

La restitution du patrimoine culturel africain reste un sujet d’actualité. Mais les rapports entre l’Afrique et l’Europe en matière d’art ne se résument...


>>> Climat : l'Afrique en première ligne ?

Davantage de chaleur, d'épisodes de sécheresse, de catastrophes naturelles : le changement climatique menace la planète entière. Un phénomène global qui...

Brexit, une histoire sans fin ? Avec Robert Tombs ( Cliquer sur l'image ) | France culture 10/12/2020

À retrouver dans l'émission LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert

Le Brexit, un choix démocratique et raisonnable ? Rendez-vous avec l'historien Robert Tombs, alors que les négociations son toujours en cours et que pèse le risque d'un "no deal".

Billets de 20 livres et de 20 euros

>>> Robert Tombs est l’un des historiens anglo-saxons de la France du XIXe siècle les plus connus, et un spécialiste de la Commune de Paris. Il enseigne au Saint-John’s College (Cambridge). 

Il a aussi beaucoup travaillé sur la relation entre l'Europe et la Grande-Bretagne. On lui doit notamment La Guerre contre Paris, 1871 (Aubier, 1998) et La France et le Royaume-Uni, des ennemis intimes (avec Isabelle Tombs, Armand Colin, 2012).

"Au début du procédé, on a été un peu naïfs, on pensait qu'un accord serait facilement résolu, que l'amitié entre les pays européens et l'Angleterre serait protégée et que la prospérité des deux côtés serait ce qui compte le plus. Mais je pense que l'U.E. a adopté une position idéologiquement rigide qu'il est très difficile pour un gouvernement d'accepter." Robert Tombs

Robert Tombs s'est prononcé en faveur du >>> Brexit, du Leave. Dans l'ouvrage qu'il fera paraître en janvier 2021 aux éditions Allen Lane - This Sovereign Isle. Britain In and Out of Europe – il montre que le vote pour le Brexit est explicable. Il revient ainsi sur cet événement toujours en cours, ce long feuilleton. Car si le Brexit devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2021, les négociations se heurtent à de nombreuses frictions, autour de la pêche et de la concurrence notamment. Cela fait encore craindre un « no deal ».

"Le continent a toujours été extrêmement important pour la Grande Bretagne, et il le restera. (…) Mais on a des relations et des liens affectifs,  économiques,  politiques avec d'autres parties du monde. L'Europe n'est pas notre seul continent." Robert Tombs

L'auteur revient sur l'avenir de la Grande Bretagne étant données les circonstances actuelles de la pandémie, et interroge : qui a voté Leave ou Remain, pourquoi de tels choix...? Une perspective qui vise notamment à dédiaboliser le vote pro-Brexit, contre les récits dominant en Europe - à commencer par celui du Remain - qui en feraient un vote nationaliste et xénophobe.  

"Je ne dis pas que ce que je dis est une simple vérité, mais beaucoup d'experts se présentent comme ayant la vérité pure, et ils sont, comme les  autres, des partisans dans un débat politique." Robert Tombs

Le choix du >>> Brexit correspondrait ainsi à un vote de confiance dans les institutions démocratiques nationales. L'approche historique permet en outre à l'auteur de montrer que les croyances sur le passé pèsent aujourd'hui sur les relations entre la Grande Bretagne et l'Union européenne. La Grande Bretagne n'ayant pas vécu les mêmes conflits ni les mêmes traumatismes que de nombreux autres pays européens, elle n'en partage pas le même souci d'une Europe unie. Par sa langue notamment, elle a souvent plus de relations avec les pays hors Europe qu'au sein de celle-ci.

Extraits sonores:

  • Brexit : le Parlement rejette l’accord défendu par Theresa May 
  • Alastair Campbell (France Culture, Les Matins, 10/12/20)

Génération Mitterrand : la culture comme citoyenneté ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 09/07/2021


À retrouver dans l'émission GRANDE TRAVERSÉE : FRANÇOIS MITTERRAND, UN MYTHE FRANÇAIS par Raphaël Bourgois

Retour sur mandats Mitterrand au prisme de sa politique culturelle. Une politique qui élargit le sens du mot culture, aux formes d’expressions artistiques jusque-là méprisées, mais aussi à la culture comme affirmation des identités multiples. De la à créer une véritable génération Mitterrand ?

Francois Mitterrand pour les 10 ans
de "Sos Racisme" le 13 décembre 1994

Une série documentaire produite par Raphaël Bourgois réalisée par Somany Na

Quand François Mitterrand arrive au pouvoir, il se présente comme un homme cultivé, il se dit vouloir être perçu comme un homme de lettres avant d’être perçu comme un homme politique. 

Il est donc l’homme idéal pour porter la politique culturelle ambitieuse que projetait de mettre en place le parti socialiste.



François Mitterrand inaugure
la Pyramide du Louvre en 1989

Avec son ministre Jack Lang, il double le budget de la culture, fait la loi sur le prix unique du livre, lance une politique des grands travaux, ouvre la culture aux arts populaires, célèbre la première fête de la musique en France... C’est un vent de liberté qu’il veut promouvoir, dans la lignée des aspirations de mai 68 qu’il s’agit de concrétiser. Sous son premier septennat, les ondes se libèrent, les premières marches de fiertés apparaissent, la première Marche pour l’égalité et contre le racisme aussi... Dans son sillage, SOS Racisme est créé.


La Marche pour l'Égalité et contre le Racisme
est de passage en Alsace

François Mitterrand accompagne ces transformations. Lors de sa campagne pour les élections de 1988, il s’adresse aux jeunes, s’appuie sur le slogan de la génération Mitterrand, une nouvelle génération pour une vision multiculturelle de la France.

Seulement, même sur le plan du rapport à la culture, François Mitterrand n’est pas exempt d'ambiguïté. 

Son discours sur la culture et la société française va ainsi se transformer à la fin des années 1980. 

Le déclin du marxisme, l'échec du projet de rupture avec le capitalisme et l'essoufflement des idées vont mener plusieurs courants politiques à se recentrer sur un nouveau discours républicain.

La chanteuse américaine Jessye Norman chante la
Marseillaise pour le bicentenaire de la révolution

En 1989, la France fête le bicentenaire de la révolution, le monde entier a les yeux rivés sur la France et sur la manière dont elle célébrera l’événement. 

Alors, l’heure n’est plus au multiculturalisme, mais à la promotion d’une unité française, celle d’une République une et indivisible,

"C’est dans ce rôle que François Mitterrand va se révéler le meilleur. 

Évidemment, parce que le discours républicain, lui qui est né sous la troisième, éduqué dans l'amour de la République et de la France, apparaît comme un discours qu'il connaît par cœur et sur lequel il est particulièrement à l'aise." Vincent Martigny

Dès ce moment François Mitterrand va faire l’apologie d’une certaine unité française dans un contexte où les sphères médiatiques et politiques, de droite comme de gauche, se déchirent sur des questions d’éducation et d’islam. Avec l’affaire du voile, à Creil en 1989, la décennie se termine  sur des débats dont l'écho se fait toujours entendre.

"Les espoirs qui étaient ceux de cette génération étaient grands, instruits maintenant par l'expérience et par quarante ans d'exercice du pouvoir, notamment par la gauche et par les échecs. Force est de constater que le combat antiraciste de ces générations se heurte, quarante ans plus tard, à l'imminence d'une prise du pouvoir par l'extrême droite, aujourd'hui. Nous n'avons pas apporté assez de soin à la question de l'égalité." Benoît Hamon

Prise de son : Lucas Derode, Frédéric Cayrou, Yves Lehors, Olivia Branger et Philip Merscher

Archives INA : Clary Monaque et Manuela Dubessy

Mixage : Eric Boisset

Textes lus : "La"Bof" Génération" dans le Nouvel Observateur, 1978

Un grand merci à François Hourmant

samedi 10 juillet 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Comment la démocratie est apparue. Et comment elle pourrait disparaître... ( Cliquer sur l'image ) | France culture 29/08/2019

Républicains, pas démocrates.
À retrouver dans l'émission LE TOUR DU MONDE DES IDÉES par Brice Couturier

La démocratie est plus récente que nous le croyons. Mais plus si jeune non plus...

Dans son essai "Libérer le peuple" qui se veut une histoire de la démocratie, le politologue John Dunn nous invite à un regard lucide sur la démocratie. En quoi son histoire est-elle différente ?

Parce qu’elle invite à rompre avec le mythe d’un courant démocratique souterrain, mais vivace, apparu dans la Grèce antique, puis hantant toute l’histoire européenne, pour réapparaître miraculeusement, à la fin du XVIII° siècle, en Amérique du Nord, puis en France. 

>>> John Dunn insiste ainsi sur le discrédit dans lequel était tombée l’idée de démocratie. Durant deux millénaires, elle a été synonyme de chaos social et de guerre civile. Comme il le rappelle, à Athènes même, berceau supposé de nos démocraties, d’excellents esprits jugeaient ce type de régime catastrophique. A commencer par Platon. 

Le fameux philosophe y voyait – je cite Dunn "une folie capable de dissoudre les valeurs, les convenances, le bon sens. Un mode de gouvernement potentiellement brutal, fait pour les fous et les méchants." Quant à Aristote, il estimait que la démocratie favorisait excessivement les pauvres au détriment des intérêts généraux de la Cité. Il décrit ce type de gouvernement comme "violent, instable et menaçant". Il vantait la politeia. Pas la demokratia. 

Bien entendu, la République romaine n’était nullement démocratique. Le pouvoir y était détenu par le Sénat (aristocratique) et par les consuls. Et les révoltes plébéiennes, comme celles des frères Gracques, y furent systématiquement écrasées. 

Au XVII° siècle, le mot démocratie commence à perdre ses connotations négatives

Retraçant l’histoire du mot démocratie, John Dunn le repère pour la première fois en 1260 dans une traduction en latin de La Politique d’Aristote par un dominicain. Mais il faut attendre le XVII° siècle pour trouver des usages du mot dépourvus des habituelles connotations négatives. Ainsi, le juriste perpignanais  Andreu Bosch vante-t-il "le gouvernement du peuple" qui caractérise, selon lui, la politique en Catalogne. A la même époque, à La Haye, le philosophe Spinoza plaide en faveur de la liberté d’expression. Liberté qui, dit-il, pourrait être protégée aussi bien par un régime monarchique, aristocratique, que démocratique. Ah tiens, voilà la démocratie qui montre le bout de son nez…

Le régime politique qu'entendent créer tant les insurgés américains que les révolutionnaires français, est une république. Pas une démocratie.

Remarquez que les concepteurs de la Constitution américaine, James Madison et Alexander Hamilton récusent le label démocratie. Ils lui préfèrent celui de République. Les Etats-Unis sont déjà trop peuplés pour être gouvernés selon l’esprit de la démocratie, explique Madison. Le pouvoir devra y être délégué, tant au niveau des Etats confédérés qu’au niveau fédéral. Dans les démocraties, poursuit-il, ce pouvoir est exercé plus directement. 

Les révolutionnaires français de 1789 sont sur la même ligne. Selon Sieyès, je cite "la véritable démocratie étant impossible chez un peuple nombreux, il est insensé d’y croire ou d’avoir l’air de la redouter." La France aussi sera donc une République. C’est avec Robespierre, en 1793, que République et démocratie deviennent réellement synonymes. Le ressort d’un tel régime, selon l’Incorruptible, c’est la vertu civique, "l’amour de la patrie et de ses lois." La liberté des Anciens. Non pas celle des Modernes, pour reprendre la distinction posée par Benjamin Constant après l'épisode révolutionnaire. 

Nous autres, modernes, avons sacrifié une partie de nos droits de participation à la chose publique, contre la possibilité de vivre à notre guise. 

Mais la voie que nous avons choisie, dès cette époque, c'est la seconde. A savoir, la possibilité de vivre selon ses désirs, dans les limites du droit et des possibilités matérielles de chacun. Du coup, suggère John Dunn, nous avons eu tendance à sacrifier une partie de nos droits de participation à la chose publique. Et les inégalités se sont aggravées.

Pour cet auteur, ce qui fait que nous autres, modernes, aimons tant l’idée de démocratie, c’est qu’elle nous donne l’illusion de détenir le pouvoir. "La démocratie, écrit-il, est devenue notre mot favori pour désigner la seule base à partir de laquelle nous acceptons notre appartenance et notre dépendance." Il n’est pas loin d’y voir une ultime ruse des classes dirigeantes pour obtenir l’obéissance des peuples. Il est moins humiliant d'obéir à un pouvoir qui se présente comme émanant de nous-mêmes que de subir la contrainte d'une force distincte et extérieure. 

Autre symptôme de l’inquiétude qu’inspire l’état de santé de nos démocraties, un essai intitulé "Comment la démocratie finit".

How Democracy Ends de David Runciman. Pas encore traduit en français. Oui, en réalité, Runciman est moins pessimiste que le titre de son livre ne le laisse paraître. Il pense simplement que les démocraties sont atteintes par ce que les Britanniques appellent une "mid-life crisis", la fameuse crise du milieu de la vie. 

A ses yeux, en effet, les démocraties dans lesquelles nous vivons doivent l’essentiel de leurs traits à des décisions collectives prises après soit la Première, soit la Seconde Guerre mondiale. Elles sont donc plus récentes qu’elles ne le croient. Mais plus si jeunes non plus. Et c’est pourquoi elles se trouvent actuellement face à des choix cruciaux. 

Pour ce politologue tocquevillien, la démocratie, avant d’être un régime politique, est aimantée par deux idées : la poursuite d’une forme d’égalité, d’une part, la promesse d’une prise de contrôle de leur propre destin, par les individus et les collectivités de l’autre. Or, constate-t-il, les deux sont actuellement en crise. Les inégalités se creusent dans tous les domaines. Et les peuples ont le sentiment d’avoir perdu prise sur leur existence. 

D’où la popularité des politiques qui promettent de "reprendre le contrôle". C’était justement le slogan des Brexiters. Take back control. Et aujourd’hui, un Premier ministre issu de leurs rangs se permet de mettre le Parlement britannique en congé. Décidément, la démocratie ne se porte pas bien.

Rouget de Lisle franc-maçon, un cas d’école | RASSEMBLER CE QUI EST ÉPARS

Rouget_de_Lisle_chantant_la_Marseillaise
Depuis la fondation de la IIIe République, la question de l’appartenance maçonnique des plus ou moins grands acteurs de l’histoire de France est devenue un enjeu idéologique. D’un coté la Maçonnerie n’hésita pas à revendiquer d’illustres personnages étrangers aux Loges bien que bons républicains, de l’autre les adversaires de l’Ordre contestèrent ou minorèrent des engagements maçonniques, parfois inattendus, mais clairement établis par les archives. 

Dans cette querelle des ancêtres, la personnalité de Rouget de Lisle occupe une place un peu particulière. Si le rôle réel de l’auteur de La Marseillaise dans la Révolution est modeste et de courte durée, sa contribution à l’histoire de notre pays est hautement symbolique. Elle a d’ailleurs donné lieu à toute une mythologie républicaine. Or Rouget de Lisle a été franc-maçon, mais comment évaluer la ferveur de son engagement maçonnique qui ne nous est connu que par un unique document ?

A l’entrée Rouget de Lisle, on peut lire dans le Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie de Daniel Ligou :

Rouget de Lisle (Claude Joseph), 1760-1836. Le célèbre auteur de La Marseillaise a appartenu à la loge Les Frères Discrets, Orient de Charleville. Plusieurs membres de sa famille ont appartenu à la loge L’Intimité, Orient de Niort.

Intéressant mais lapidaire… si l’on peut dire ! Mais on ne saurait en tenir rigueur à un dictionnaire qui nous a mis sur la piste. Pour aller plus loin, il convient donc de se lancer dans l’exploration des archives du Grand Orient de France aujourd’hui conservées à la Bibliothèque nationale.

Les archives de la correspondance du Grand Orient avec la R:.L:. Les Frères Discrets à l’O:. de Charleville – de son agrégation en 1775 à sa mise en sommeil en 1790 – sont conservées sous la cote FM2 210. Au folio 127, on découvre le « Tableau des frères membres et affiliés voyageurs qui composent la respectable loge de St Jean constituée sous le titre distinctif des frères discrets, séant à l’orient de Charleville pour l’année de la grande lumière 5782 ». Une mention a été rajoutée qui précise « enregistré par la Chambre du GO le 12 aôut 1782 ». Ce tableau comprend 24 noms dont un abbé et 16 militaires – 8 dragons du régiment de Belsunce, 3 du génie et 3 artilleurs – parmi eux les comtes de Monet et de Cérisy et le vicomte des Androuin. Au verso du folio 127, le 22ème membre est « Claude Joseph / Rouget de l’Isle / officier du Génie / membre né / maître symbolique ». Cette unique ligne dans le tableau de 1782 est jusqu’à présent la seule attestation de la qualité maçonnique de Rouget de l’Isle qui n’apparaît plus jamais dans les archives et notamment pas sur les tableaux des Frères discrets de 1783, 1785 et 1788.

Alors comment apprécier la curieuse, et semble-t-il courte, carrière maçonnique du frère Rouget de l’Isle ? L’engagement maçonnique de l’auteur de La Marseillaise aurait-il été si éphémère et ne relèverait-il donc que de l’anecdote sans signification ? L’étude du tableau de 1782 et plusieurs autres documents permettent peut-être de l’éclairer au regard de la réalité maçonnique de l’époque. Tout d’abord plusieurs frères sont qualifiés de « membre aggrégé (sic)» ou de « membre externe », la mention « membre né » signifie donc très probablement que Rouget de l’Isle a été initié aux Frères Discrets. Par ailleurs, tous les frères sont détenteurs de hauts-grades, – Élus, Chevalier d’Orient, Rose-Croix et même Ch[evaliers] de D[ieu] et de s[on] T[emple] – sauf les quatre derniers de la liste dont Rouget de l’Isle. Cela tend à confirmer qu’il s’agit des frères récemment reçus qui ont obtenu les trois premiers grades dans les mois précédant la rédaction du tableau. Cela est d’ailleurs conforme aux usages maçonniques du temps.

D’autres éléments des archives permettent de mieux connaître le contexte maçonnique dans lequel a évolué Rouget de l’Isle et peut-être de mieux saisir ce qu’a pu être sa vie maçonnique. Ainsi le « 1er jour du 5 mois de l’an de la Grande Lumière 5782 », le Vénérable Maître de la R:.L:. Les Frères Discrets écrit au Grand Orient :

« Si vous nous faites la faveur de jetter un coup d’œil sur notre tableau, nous vous prions de bien vouloir y distinguer les frères domiciliés d’avec ceux qui ne sont point à postes fixes dans cette ville. Vous n’en trouverez que cinq dans le premier cas, et quatre autres qui demeurant dans les environs ne paraissent en loge qu’une ou deux fois par an. En conséquence, si la garnison vient à partir de notre orient, comme nous devons toujours nous y attendre, il est de toute évidence que les cinq frères qui resteront, n’étant pas riches se trouveront surchargés de frais ; la location du Temple et son entretien journalier ne pouvant plus rouler que sur eux. Il n’est pas difficile d’en conclure, TT:.RR:.et PP:.FF:. que la loge est dans l’impossibilité absolue d’accepter la cotisation que vous lui demandez, vu que nous ne serions plus assez nombreux pour y suffire, et que nous ne pouvons un instant compter sur les frères militaires qui peuvent partir d’un moment à l’autre par ordre du roy, ou donner leur démission à la loge » (ff°75-76).

Cette situation ne s’améliorera pas au fil des années puisque « le 5ème j. du 4m. 5788 » soit six ans après, le Vénérable écrit au nouveau au Grand Orient :

« Nous avons l’avantage de vous envoyer le tableau des frères qui composent notre faible et respectable loge, par le relachement des maçons qui ne sont pas plutôt maîtres symboliques qu’ils demandent leurs patentes puis donnent leurs démissions. Et c’est donc sur quelques frères zélés que retombent tous les frais que la loge est obligée de faire ».

Au XVIIIème siècle les loges sont en effet ouvertes à tout visiteur porteur d’un diplôme maçonnique authentique. Aussi, certains frères – et en particulier les frères militaires – étaient suspectés de n’être membres actifs d’une loge que jusqu’à l’obtention de ce sésame maçonnique… pour ensuite visiter de ci de là sans supporter les coûts et les obligations imposer par la vie d’une Loge ! Initié, passé au grade de Compagnon puis élevé à la Maîtrise en 1782 en quelques mois, selon les usages de l’époque, le frère Rouget de l’Isle a ensuite probablement visité les loges au gré de ses affectations… sans pour autant supporter les contraintes d’une affiliation en bonne et due forme à une loge particulière… et laisser dans les archives les traces de sa carrière maçonnique.

Au-delà du cas intéressant de l’auteur de l’hymne national, ce petit problème d’érudition maçonnique souligne la difficulté d’évaluer la réalité d’un engagement maçonnique au XVIIIe siècle et donc de cerner la signification que peut lui donner l’historien.

Libéralisme, démocratie, conservatisme: situer Tocqueville. Avec Françoise Mélonio et François-Xavier Bellamy ( Cliquer sur l'image ) | France culture 06/07/2021

Photo d'une statue d'Alexis de Tocqueville réalisée
par l'artiste mayennais Louis Derbré, prise,
le 12 mai 2005 à Saint-Lô dans
la cour du Conseil Général. 
À retrouver dans l'émission L'INVITÉ(E) DES MATINS D'ÉTÉ par Chloë Cambreling et Guillaume Erner

Crise de la démocratie, abstention, période de doutes, de transition, crise sanitaire, risque populiste... 

Comment Tocqueville peut-il nous aider à penser notre présent et notre rapport à la démocratie aujourd’hui ? Pour en parler, nous recevons Françoise Mélonio et François-Xavier Bellamy.

Le 3 juin dernier est sorti Correspondance à divers (Gallimard), le 17e et dernier tome de la collection des Œuvres compètes de Tocqueville. Une aventure éditoriale qui s’étire sur près de 70 ans et qui a poursuivi l’objectif de publier, de rendre visible et intelligible l’œuvre d’Alexis de Tocqueville, philosophe politique, écrivain, penseur et homme politique. 

Tocqueville : le penseur de la démocratie

Alexis de Tocqueville est connu et reconnu comme le penseur de la démocratie grâce à son ouvrage paru en deux volumes : De la démocratie en Amérique (1835-1840). Il y développe l’idée que la révolution démocratique n’est pas qu’un changement de régime et de statut politique : pour lui l’égalisation des conditions engendre une transformation totale de la société et de ses individus. Sa pensée est novatrice car il est le premier à étudier la démocratie comme une mutation générale de l’humanité dans laquelle tout va changer : les sentiments, les mœurs, les idées, de ses institutions politiques, en passant par la famille, les relations hommes-femmes, par la religion, ou même la science historique. 

"Cet enfant de l'aristocratie adopte la démocratie tout en étant lucide sur le fait que la démocratie peut détruire les conditions même de son existence. [...] Ce n'est pas un esprit de système, c'est un homme de l'entre deux, ce n'est pas un dogmatique, il regarde la démocratie avec le soutien sincère et l'inquiétude qu'il éprouve devant les risques qu'elle comporte." François-Xavier Bellamy

"Dans "La Démocratie en Amérique", il est très sensible à tout ce qui a changé alors même que cela n'avait pas tant changé à l'époque. Et en même temps il est sensible à ce qu'on perd du système aristocratique: une certaine forme de culture élaborée, l'autorité naturelle." Françoise Mélonio 

Une pensée qui éclaire notre présent

Mise de côté durant de nombreuses décennies, la pensée de Tocqueville est aujourd’hui plus que jamais d’actualité. Parce qu’elle permet de comprendre les risques, les dynamiques, les limites, les tendances du régime démocratique, sa pensée nous amène à réfléchir sur la crise qui le traverse, entre abstention, populisme, individualisme… 

"Tocqueville nous parle aujourd'hui car nous vivons un moment où nous nous interrogeons sur la démocratie elle-même." François-Xavier Bellamy 

"Ce qu'il a analysé de manière extraordinaire c'est le danger que peut représenter la démocratie pour la liberté." Françoise Mélonio 

Un homme politique engagé

Tocqueville considère qu’à son époque la démocratie est un fait inéluctable, car l’histoire converge vers la liberté et l’égalité et donc vers le régime démocratique après des siècles de système monarchique. Pour autant, même s’il considère ce processus comme allant de soit à l’époque, il a conscience que la démocratie n’est ni naturelle, ni immortelle et peut donc finir un jour. Pour lui une des manières d'assurer la pérennité de ce système repose dans l'exercice politique qui doit servir les citoyens. Son engagement comme député de la Manche durant plus de dix ans (1839-1851) illustre l'importance qu'il accordait à la vie politique locale pour assurer le bon fonctionnement du régime démocratique. 

"Ce qu'il a admiré sur la côte Est américaine, c'est la vie locale, la vie communale dont il dit que c'est l'école primaire de la liberté." Françoise Mélonio 

"Pour Tocqueville ce qui compte c'est l'esprit de la démocratie. La démocratie c'est le régime dans lequel il ne faut pas tout attendre d'un souverain et l'on doit se prendre en charge, s'engager." François-Xavier Bellamy 

Françoise Mélonio est professeure émérite de littérature française à l’Université Paris IV Sorbonne et spécialiste de Tocqueville. Elle participe depuis 1980 à la publication des Œuvres complètes d’Alexis de Tocqueville par Gallimard.

François-Xavier Bellamy est normalien, agrégé de philosophie et député européen. Il a enseigné la philosophie au lycée et en classe préparatoire.

jeudi 8 juillet 2021

Faut-il désirer la transparence en politique ? par BET Marion | ESPRIT

Il est peu probable que les mesures de moralisation de la vie publique et la mise en place d’une idéologie de la transparence puissent réconcilier les sceptiques avec leurs gouvernants, tout simplement parce que ces mesures émanent de ceux-là mêmes dont il faut surveiller les méthodes.

« Notre vie publique a aujourd’hui besoin d'un “choc de confiance”», formulait le projet de loi organique du 14 juin 2017 pour moraliser la vie publique. Bien des efforts avaient déjà été faits en ce sens, pourtant : en octobre 2013, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) remplaçait la Commission pour la transparence financière de la vie politique. Les hommes politiques devraient désormais déclarer sans omission les immeubles « bâtis et non bâtis », les valeurs mobilières, les assurances vie, les comptes bancaires, les « véhicules terrestres à moteur, les bateaux et les avions » ou encore les « fonds de commerce ou clientèles et les charges et offices[1] ». Un an plus tard, l’ONG Transparency International inaugurait une plateforme pour permettre à chaque citoyen de combattre la corruption en France : le site « Agir contre la corruption » invitait les internautes à « consulter en préfecture la déclaration de patrimoine de [son] député ou sénateur », et détaillait six procédures pour faciliter la moralisation de la politique, depuis le « signal d’un conflit d’intérêts » à « l’encouragement des élus à être exemplaires ». La course à la transparence était lancée.

Sur le plan juridique, toute une série de lois a également été proposée après l’élection d’Emmanuel Macron pour mettre un terme aux comportements jugés répréhensibles au sein de la classe politique française : interdiction des emplois familiaux, suppression de la réserve parlementaire afin de réduire les pratiques clientélistes, contrôle du financement des partis. Les lois votées par l’Assemblée en juillet dernier révèlent un état d’esprit réformiste où il s’agit d’assainir les organes du pouvoir. Une nouvelle obligation pour les candidats à l’élection présidentielle avait également été instituée, celle de remettre au Conseil constitutionnel une déclaration d’intérêts et d’activités.

Une moralisation d’apparat ?

Il est indéniable que l’institution d’un tel contrôle ainsi que l’obligation, pour les parlementaires, les députés européens, les élus locaux ou encore les dirigeants des entreprises publiques, de déclarer leur patrimoine et leurs biens ne peuvent que les inciter à se montrer plus scrupuleux. La HATVP, en relation étroite avec l’administration fiscale, a en théorie les moyens de vérifier l’ensemble des déclarations, notamment en incitant Bercy à s’intéresser de près aux cas jugés trop flous, suspects ou insuffisamment renseignés[2].

Mais la confiance se met-elle en place par des décrets ou des institutions ? De plus, la Haute autorité ne peut être tout à fait omnisciente, compte tenu de la disproportion entre son faible effectif et le nombre de cas qu’il lui faut examiner : à peu près 9 000, quand la HATVP est constituée d’une trentaine de contrôleurs. Nul doute que l’organe est voué à se perfectionner.

Quant au projet de loi de juin dernier, il a été pensé trop vite. L’interdiction de rémunérer un membre de la famille comme assistant parlementaire, par exemple, trouve rapidement ses limites, certains députés ayant opté pour la solution de recruter l’enfant d’un collègue et vice versa. D’autres problèmes, comme le cumul des fonctions ou le pantouflage, ont tout simplement été ignorés par les textes. De quoi nous rappeler que ces mesures ont été conçues par ceux dont il fallait précisément régler le comportement. Or il est clair que jusqu’ici, la capacité des acteurs de la vie publique à s’autoréguler a été plus que laxiste. Ces lois de moralisation contiennent donc en elles-mêmes la possibilité de leur contournement.

D’où l’inévitable impression d’enfumage pour celui qui regarde l’exécutif s’affairer à ces réformes. C’est là un paradoxe – voire une maladresse – que la transparence est vantée par ceux qu’elle risque de mettre en péril : le crime et le châtiment logent à la même enseigne. D’un point de vue logique, il est donc peu probable que les mesures de moralisation de la vie publique et la mise en place d’une idéologie de la transparence puissent réconcilier les sceptiques avec leurs gouvernants, tout simplement parce que ces mesures émanent de ceux-là mêmes dont il faut surveiller les méthodes.

L’intention qui préside à toute entreprise de dévoilement suffit de toute manière à fausser le jeu. Pour le plus grand nombre, l’Etat expose ce qu’il veut bien exposer, selon l’idée de Valéry que « la politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde[3] », et qu’il faut se méfier de la mortification ostentatoire. En montrant un peu, on laisse croire au dévoilement du tout, et l’on dissuade les inquisiteurs les plus tenaces de conduire leurs enquêtes[4]. N’était-ce pas déjà la stratégie de Tartuffe ? Orgon, ayant été prévenu que le faux dévot courtisait son épouse, exige des explications du « saint homme », mais ce dernier retourne la situation en sa faveur par une confession excessive : « Oui, mon frère, je suis un méchant, un coupable, […]/ De quelque grand forfait qu’on me puisse reprendre,/ Je n’ai garde d’avoir l’orgueil de m’en défendre[5] ». Face à de tels aveux, Orgon ne peut qu’innocenter Tartuffe, car c’est le propre du chrétien sans reproche que de se flageller alors même qu’il est pur…

« Le pouvoir corrompt »

La logique actuelle de publicisation pèche peut-être en ce qu’elle dévoile ce que sont socialement les hommes politiques, qu’on aimerait voir plutôt austères, corps et âme dévoués à la chose publique et capables de se contenter de peu. La réalité témoigne souvent du contraire, et la révélation croissante de cet état de fait étend la possibilité, pour les gouvernés, de se comparer aux gouvernants, et d’accuser les inégalités – ce qui fait monter la contestation.

L’exposition des comportements a donc tendance à renforcer la désaffection et la défiance du politique car elle ne montre que des aspects intimes ou sociaux de la vie des hommes politiques (fréquentations, train de vie, habitudes ou relations amoureuses) qui, bien que légaux, sont jugés moralement répréhensibles. La modernité a ceci de nouveau que ce n’est plus seulement l’illégalité qui fait scandale, mais le comportement ou le mode de vie jugé intolérable, quoiqu’il ne contrevienne pas à la loi : un salaire trop élevé, la superficie démesurée d’un appartement de fonction, comme ce fut le cas dans l’affaire Gaymard en 2005. De quoi entériner le mean world syndrome (« syndrome du grand méchant monde »)[6].

L’idéologie à tout crin de la transparence épouse finalement une tendance de l’opinion, à savoir que le pouvoir corrompt, et que les délits sont le fait spécifique de la classe politique. Tout homme d’Etat est suspect et doit pour cela ritualiser sa confession. Mais de « tous suspects » à « tous pourris », le glissement est rapide, de sorte que cette transparence qui visait à remédier au désenchantement des masses finit par l’accélérer, car elle accrédite l’idée que le monde politico-administratif est une antichambre où s’épanouissent les privilèges.

Transparence juridique, transparence sociale

On croit assainir les choses en généralisant l’exposition de l’intime et du privé et en dévoilant le quotidien des représentants publics. Mais c’est peut-être là confondre la probité et la transparence, puis la transparence et la publicité. Une telle exposition se révèle même une pratique dangereuse, parce qu’elle soumet les hommes politiques à la vindicte populaire. Les couvertures people nous montrant un président de la République ou un ministre à la plage avec sa maîtresse et le mépris qu’elles nous inspirent ne font que confirmer les ravages de la surexposition médiatique, qui contraint les politiques à regagner, heure par heure, quelque crédibilité auprès des gouvernés. « Le prestige ne peut aller sans mystère car on révère peu ce qu’on l’on connaît trop bien. » La formule gaullienne était juste : le prestige requis par la fonction publique s’accommode mal des révélations du privé.

Ce type de publicité atteste par ailleurs d’une « confusion des ordres » pascalienne. Le don de soi au sens de l’exposition complète de son for intérieur s’inscrit dans une conception antique de l’amitié qui suppose une lisibilité de cœur à cœur – une intimité – entre deux individus qui mettent leur propre personne en partage. Dans tout exercice du pouvoir, au contraire, il y a une positivité et une nécessité de « la limitation de la connaissance réciproque[7] », comme le rappelle Georg Simmel, et une dualité à préserver, entre monstration et impénétrabilité.

D’où la nécessité de faire la distinction entre la transparence juridique et la transparence sociale. La première est nécessaire, parce qu’elle garantit de sévir contre toutes les formes de corruption. Elle se définit négativement comme le fait de ne pas enfreindre la loi et constitue effectivement une forme de lutte efficace contre tous les types de corruption. On peut gager que le droit commun suffit à la mettre en œuvre. La seconde est un objectif risqué, qui consiste à publier l’intimité et les conditions de vie de ceux qui dirigent la nation.

Une réflexion sur la transparence est aussi l’occasion de se demander dans quelle mesure il est normal de demander aux hommes politiques qu’ils révèlent autant de leur vie privée et de leurs possessions sur un site internet consultable par tous, contrainte que l’on n’oserait imposer à aucun citoyen français « ordinaire ». La déclaration de Najat Vallaud-Belkacem détaillait ainsi l’ensemble de ses biens mobiliers et leur « valeur d’assurance » : « lits (1 adulte, 2 enfants), tables (3), canapé (1), fauteuils (2), chaises (10), réfrigérateur, machine à laver, bijoux[8]». Osons croire que les citoyens n’en demandent pas tant. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître le nombre de visites quotidiennes sur le site de la HATVP, et de distinguer les consultations de journalistes en quête d’informations et celles des citoyens qui se préoccupent effectivement du patrimoine de leurs hommes politiques. En Suède, où le principe de transparence (offentlighetsprincipen) a été institué dès 1766, une enquête réalisée au début des années 1980 révélait que les demandes de consultation émanant des citoyens étaient en réalité très rares et venaient principalement des journalistes et des entreprises commerciales[9].

L’obligation de transparence et ses institutions témoignent d’un mauvais traitement du problème, qui entérine par ailleurs l’idée que les hommes politiques ne sont pas des citoyens ordinaires – ce dont on peut à la rigueur convenir – et que, pour cela, ils ne peuvent pas être soumis à la même juridiction et aux mêmes procédures que ceux qu’ils représentent. Le droit stipule déjà que tout citoyen français doit déclarer ses revenus et payer ses impôts : pourquoi était-il nécessaire, pour garantir la probité des hommes politiques, d’instaurer ce type de tribunal hyperbolique où chacun peut s’improviser procureur derrière son écran ? En revanche, si le problème véritable du système est que les délits de la classe politique ne sont jamais sanctionnés par les organes judiciaires officiels, la solution n’est pas de doubler la justice par un tribunal populaire naturellement plus sévère, mais de supprimer la Cour de justice de la République qui juge spécifiquement les crimes commis par les membres du gouvernement, depuis sa création en 1993. Parmi toutes les affaires traitées, aucune n’a été suivie d’emprisonnement. Une énième preuve que cette transparence de décorum n’est peut-être qu’un écran, qui perpétue une différence de traitement entre le citoyen ordinaire et la classe politique.

Transparence, réseaux sociaux et médiations

Le problème de la politique occidentale moderne est qu’elle se méprend sur le sens de la transparence et qu’elle propose de fausses équivalences – entre transparence et rectitude morale, mais aussi entre transparence et absence de médiations. L’interaction directe entre gouvernants et gouvernés sur Internet est aujourd’hui présentée comme le meilleur moyen de clarifier les enjeux politiques contemporains et de favoriser le débat public. On souhaite, autant que possible, mettre les internautes en contact avec leurs dirigeants grâce aux réseaux sociaux, selon l’idée que toutes les formes d’intermédiation sont une offense faite au citoyen qui souhaite émettre un avis. Selon Gaspard Gantzer, l’ex-communicant de François Hollande, c’est là que réside le prochain enjeu de la communication politique : rendre possible le dialogue entre le citoyen et les ministres, sans médiation ni modérateur. À ce titre, Ségolène Royal avait une longueur d’avance en inaugurant « Désirs d’avenir » en 2006, un laboratoire d’idées où les citoyens pouvaient directement soumettre leurs propositions avant la présidentielle.

Avec l’avènement de la cyber-participation sur Twitter, Instagram ou Facebook, on espère enfin sacrer la démocratie délibérative habermassienne, et passer d’un « univers passionnel (identifié au règne de l’opacité) » à « un monde de la discussion rationnelle[10]», pour reprendre une formule de Rosanvallon. L’utopie des années 1960-1970 gageait qu’un monde politique dévoilé, exposé, expliqué, susciterait davantage la confiance et l’adhésion des gouvernés ; et, partant, que les conflits sociaux reposaient essentiellement sur des malentendus.

Ces réseaux sociaux donnent donc à leurs adeptes l’illusion de participer continûment et en direct à la délibération politique. La possibilité de réagir sans délai, depuis chez soi et derrière son écran, conforte les internautes dans la certitude qu’ils dialoguent effectivement avec la classe politique et qu’ils ont réconcilié l’antinomie entre les devoirs publics et la vie personnelle – comme si la modernité technologique avait rendu possible la participation au bien commun sans le sacrifice du bonheur privé : l’ère de « la politique dans un fauteuil ».

Cette illusion ne va pas sans risque, car elle entérine le refus de toutes les formes de médiation, dont on croit qu’elles biaisent ou opacifient la perception du politique. D’où la crise des partis qui se produit actuellement[11]. Les organes militants sont désormais appréhendés comme des relais douteux de la chose publique ; on leur attribue les mêmes défauts qu’au traducteur ou au copiste, toujours susceptible de trahir l’original. De nouvelles formes de citoyenneté se forgent au rythme des nouvelles formes d’immédiateté participative, selon l’idée que l’horizontalité et la transparence sont les nouveaux murs porteurs de l’édifice démocratique. Ainsi va le mythe de la nouvelle accessibilité politique, nourri par la certitude dangereuse que les réseaux sociaux garantissent l’omniscience du citoyen et sont de bonnes plateformes de débat public.

Débats virtuels, désinformation et dépolitisation

Mais cette transparence est une piperie, car la communication mise en œuvre par les réseaux sociaux a des effets bien plus pernicieux qu’une intermédiation visible. Elle cadre arbitrairement le débat public par des mécanismes d’agenda eux-mêmes peu compatibles avec les ambitions de la transparence : les phénomènes de buzz accordent une importance parfois hors de propos à des sujets qui vont accaparer la scène délibérative virtuelle et imposent les disputandum du débat public en masquant les plus impopulaires. La hiérarchisation des informations ne se fait pas selon leur degré d’importance ou de pertinence, mais selon leur potentiel spectaculaire : nouvelles à tonalité pathétique, comique – une information cocasse a plus de chances de circuler sur Facebook qu’un bilan économique complexe –, funny facts et mèmes composent le grand panorama de l’info-divertissement.

Ce n’est donc pas tant la transparence qui demeure au principe du réseau social, qu’une spectacularisation qui entraîne des phénomènes de masquage : l’information particulièrement populaire va faire écran sur toutes les autres et orienter les échanges dans une certaine direction, neutralisant le reste des événements dans l’invisibilité médiatique. De sorte que ce type de transparence fonctionne finalement comme une opacification du politique, et scénarise un espace public artificiel.

La conséquence majeure de ces nouvelles façons d’appréhender le politique est paradoxalement la dissuasion de l’élan participatif : les réseaux sociaux accréditent l’idée d’une équivalence participation virtuelle/participation physique. Mieux, en faisant croire à leurs adeptes que la participation virtuelle a ceci de rafraîchissant et de plus démocratique qu’elle se passe d’intermédiation et donne un accès direct au politique, ils affaiblissent la volonté de l’internaute de s’investir concrètement. Le commentaire Facebook posté sous quelque billet d’humeur ou le statut Twitter relayé sur la toile vaut pour participation. De sorte que l’abolition des médiations ne propose qu’une transparence de mauvais aloi, qui dissémine et dévalue l’investissement citoyen.

La crise du sens du politique

A une époque où le politique semble traverser une crise de signification et avoir perdu sa fonction initiale, qui était d’élaborer un futur désirable et une réalité alternative, on peut se demander si la moralisation à outrance n’est pas la dernière solution pour des gouvernants qui veulent remédier à la défiance des gouvernés. La transparence est peut-être moins une requête naturelle de la société qu’un dérivatif imaginé par l’exécutif lui-même pour redonner, à l’ère du désengagement et de la contestation, quelque légitimité à l’État. Comme l’écrit Pierre Rosanvallon, « faute de savoir ce que le pouvoir doit positivement faire, on ne se soucie plus que ce qu’il devrait être[12] ». En ce sens, l’idéologie de la transparence est commode, parce qu’elle fait illusion, c’est-à-dire diversion.

Il est vrai que ces réserves ne doivent pas nous dissuader toutefois de réguler les pratiques du personnel politique et de proposer des lois adéquates. Le juridique est après tout la première étape dans la transformation des mentalités. Et une surveillance aussi scrupuleuse peut avoir des effets salutaires, car elle ne peut que dissuader les gouvernants de multiplier les comportements illicites.

La classe politique a un devoir d’exemplarité et la tâche exceptionnelle qui lui incombe requiert des qualités exceptionnelles – c’est-à-dire, entre autres, une honnêteté irréprochable. Néanmoins, cette course à la transparence ne doit pas dispenser la démocratie d’une véritable introspection – sur son avenir, toujours à élaborer, sur ses objectifs à court et long terme, sur le sens de son action. La transparence ne suffira jamais à faire vivre la démocratie, car le problème n’est pas celui de la visibilité des décisions et des comptes en banque, mais celui d’une conscience et d’une responsabilité politiques à éveiller chez les gouvernants et les gouvernés.

« Emmanuel Macron n’a pas souhaité commémorer la Commune : nous, francs-maçons, ne pouvons rester absents ou silencieux » | Le Monde Georges Sérignac, grand maître du Grand Orient de France 03 juin 2021

Le chef de l’Etat a honoré la mémoire de Napoléon aux Invalides, mais pas les 150 ans de la Commune, ce « moment fondateur et populaire » de la République, déplore, dans une tribune au « Monde », Georges Sérignac, grand maître du Grand Orient de France.

Tribune. A Paris, le 28 mai 1871, au cimetière du Père-Lachaise, 147 fédérés furent exécutés de façon sommaire puis jetés dans une fosse commune. Dans les jours suivants, les versaillais y ensevelirent également les dépouilles des autres communards morts dans les quartiers voisins sous les balles d’un pouvoir assassin.

Chaque mois de mai depuis vingt-cinq ans, à l’initiative du Grand Orient de France (GODF), les francs-maçons célèbrent leur mémoire en se réunissant au mur des Fédérés, lieu de recueillement mais aussi d’espoir et d’exigence.

>>> Les francs-maçons et la Commune

Si cette manifestation est le signe de notre combat pour la République, pour une société plus juste, plus fraternelle, elle est aussi une ode à la mémoire et au temps long, le temps de la perspective, le temps du souvenir et de la mise à distance.

Conclusion tragique de la « >>> semaine sanglante », cette infamie reste emblématique de la violence dont est capable le pouvoir quand il n’a plus que la force des armes pour seul recours face à la remise en cause de l’ordre qu’il veut imposer. En écrasant par le fer et le feu cette insurrection révolutionnaire, Adolphe Thiers [président de la République, 1871-1873] et les versaillais, qui pensaient l’anéantir et la précipiter dans l’oubli, lui ont donné l’éternité et la force du mythe.

« La Commune, c’est aussi, l’égalité des salaires, le droit au divorce pour les femmes, les premières écoles primaires de filles. »

Par leur courage, mais également par leur action législatrice qui sera un déterminant républicain majeur malgré sa brièveté, les communards sont entrés en soixante-douze jours dans la mémoire collective.

La Commune [18 mars-28 mai 1871] décréta la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la suppression du budget des cultes, la laïcisation des services publics, et notamment des hôpitaux. Elle instaura les bases de l’école laïque, instituant la gratuité, le droit pour les filles à l’instruction laïque et à la formation professionnelle, créant les premières écoles primaires de filles. La Commune, c’est aussi l’égalité des salaires, le droit au divorce pour les femmes, l’égalité entre enfants légitimes et naturels, épouses et concubines, et l’abolition de la prostitution.

On lui connaît de nombreux autres projets, pionniers de notre République, tels l’abolition de la peine de mort, la révocabilité des élus, la gratuité de la justice, le développement de modèles de coopératives de production, la réduction de la journée de travail, la suppression des amendes patronales.

Un idéal et un combat

La Commune exprime un idéal qui est celui du peuple français, une exigence d’égalité démocratique, de justice sociale et de solidarité. En faisant le choix de commémorer les 147 martyrs fusillés puis jetés dans une fosse commune, nous refusons d’oublier le combat pour la liberté et la justice.

Peu à peu, loi après loi, entre avancées et reculs, le projet républicain démocratique, laïque et social s’est mis en place. Il reste encore imparfait, mais son modèle continue d’inspirer les peuples du monde, quoi que veuillent faire croire ses concurrents et adversaires.

Pour autant, depuis quelques années, la vague républicaine s’affaiblit, laissant la place à un reflux risquant d’emporter avec lui nos valeurs les plus essentielles. La République recule, laissant s’accroître les inégalités et les fractures sociales. La Commune le portait déjà, il n’y a de projet républicain qu’avec un projet de justice sociale.

La Commune a été un moment fondateur et populaire, animé de l’enthousiasme que peut susciter la République quand elle accomplit l’authentique égalité démocratique et trouve son aboutissement dans la justice sociale, dans l’égalité, sans laquelle la fraternité et la liberté ne sont réservées qu’à quelques-uns.

>>> Six idées pour se souvenir de la Commune

Se souvenir de la Commune, c’est faire vivre cet idéal de justice et de progrès. Se souvenir de la Commune, c’est se rappeler ses héros, mais aussi ses héroïnes, oubliées pour la plupart. Il y a Louise Michel, bien sûr, mais aussi Nathalie Lemel et Elisabeth Dmitrieff, fondatrices de l’Union des femmes, Victorine Rouchy, Léontine Suétens, et les innombrables autres, condamnées, déportées ou mortes sous les balles des versaillais. Elles ont combattu pour leur émancipation, leur liberté, pour l’avènement de la République. Se souvenir de la Commune est plus que jamais une absolue nécessité dans le moment que nous vivons.

Le spectre d’une arrivée au pouvoir de l’extrême droite, avec son cortège de reculs démocratiques et républicains, est dans tous les esprits. Sur la place publique, les discours de haine et d’exclusion dont beaucoup pensaient la nation prémunie se multiplient.

>>> « Légende noire » contre « légende rouge » : la difficile commémoration des 150 ans de la Commune de Paris

En miroir de l’extrême droite et la renforçant, le surgissement au premier plan de revendications identitaires méconnaît le risque d’une fragmentation de la société en groupes rivaux, générant des replis communautaires porteurs de division et de violences civiles.

Face à ces risques tous azimuts de dévoiement et de déchéance de la République, et alors que le chef de l’Etat n’a pas souhaité commémorer les 150 ans de la Commune, lui préférant d’autres symboles, nous, francs-maçons, ne pouvons rester absents ou silencieux.

Si l’Histoire est mémoire et souvenir, elle est aussi espoir. Les républicains sincères ne peuvent oublier les héros de la Commune, non pas seulement le jour d’un hommage, mais à chaque instant de leur engagement. L’année des 150 ans de la Commune n’est pas terminée. Le pouvoir républicain peut encore choisir d’honorer cette histoire.

>>> « La Commune de Paris est un bien commun que la République se doit de célébrer »

Georges Sérignac est grand maître du Grand Orient de France

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Généalogies de l’état civil – 1. L’état de nature selon Hobbes, Locke et Rousseau | Cincinnatus, 3 mai 2021

Hobbes Locke Rousseau
Je m’éloigne quelques semaines de l’écume de l’actualité pour me ressourcer aux œuvres de ces classiques dont les pensées peuvent éclairer nos réflexions. 

Les théories de l’état de nature et du contrat social occupent une place centrale dans la pensée politique moderne. Quoiqu’elles semblent passées de mode, elles continuent pourtant d’irriguer, de manière presque subliminale, toutes nos conceptions contradictoires et conflictuelles de l’État, de la souveraineté, de la démocratie, de la république, de la citoyenneté… Il ne s’agit donc en rien d’objets surannés, de ratiocinations de philosophes d’un autre âge qui, pris dans les affaires de leur temps, n’auraient plus rien à nous dire. 

Au contraire ! Si ces systèmes philosophiques répondaient alors à des considérations très concrètes auxquelles devaient faire face leurs auteurs, ceux-ci ont eu l’intelligence de s’en abstraire pour forger des concepts universels qui nous parviennent avec une puissance inchangée. Voilà une raison de plus pour s’y intéresser, si le simple bonheur de côtoyer des géants de la pensée ne suffisait pas à convaincre de l’intérêt de se frotter à ces textes [1].

Sommaire :

  • Introduction
  • Des mythes politiques
  • Hobbes et Locke : la guerre et la paix
  • L’homme naturel chez Rousseau : un « animal stupide et borné »
  • L’évolution de l’état de nature chez Rousseau : vers le contrat social

>>> Lire la suite…