Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures.

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samedi 11 janvier 2020

Conférence de Pierre Mollier à la GLNF le 17 janvier 2019 sur la formation du Rite Français au siècle des Lumières et Le Régulateur du Maçon | Nous vous présentons nos excuses pour la mauvaise qualité du son durant les 12 premières minutes



"La formation du Rite Français au siècle des Lumières et Le Régulateur du Maçon"

Conférencier : Pierre Mollier - Modérateur : Yonnel Ghernaouti - Grand Témoin : Gilles Pasquier

SOMMAIRE :

1/ La présentation de Yonnel Ghernaouti, modérateur de la soirée à 00:00:53
2/ La conférence de Pierre Mollier à 00:12:46
3/ Gilles Pasquier, Grand Témoin, et les échanges avec l'assemblée à 00:59:25

PRÉSENTATION PAR LE CONFÉRENCIER

Le 12 août 1785, après une dizaine d’années de « longs et pénibles efforts », le Grand Orient de France adoptait enfin un rituel de référence pour ses Loges. Rituel connu sous le nom que lui donnèrent ses divulgateurs au tout début de XIXe siècle : Le Régulateur du Maçon. Ce Régulateur codifiait les usages de la Maçonnerie française des années 1770 pour les trois premiers grades. L’étudier c’est s’interroger sur les origines, la formation et la réalité plurielle du Rite Français au Siècle des lumières. N’est-il que la version française du Rite des Moderns ? A-t-il d’autres sources ? Quelle est sa sensibilité philosophique et religieuse ? Le Régulateur est-il vraiment fidèle à la pratique du XVIIIe siècle ? Autant de questions qui peuvent aussi éclairer notre façon de vivre le Rite Français aujourd’hui.

C'est dans cet esprit que le RF Jean-Luc Bergonzi VM de la RL L'Épée et la rose n°1116, Loge de travail et de recherche au troisième grade du Rite Français selon le rituel de 1785, a invité Pierre Mollier à venir nous faire part de sa vision.

PRÉSENTATION DU CONFÉRENCIER

Pierre Mollier est directeur de la Bibliothèque du Grand Orient de France et conservateur du Musée de la franc-maçonnerie. Il a publié de nombreux articles et une dizaine de livres sur l’histoire de la franc-maçonnerie. Il s’est notamment spécialisé dans l’étude des rituels et des rites. Commissaire de la grande exposition « La franc-maçonnerie » à la Bibliothèque nationale en 2016, il a été récemment nommé membre du Haut Conseil des Musées de France du ministère de la Culture.

Derniers ouvrages parus :

− Le Régulateur du Maçon, les grades symboliques du Rite Français : histoire et textes fondateurs (nouvelle édition corrigée et augmentée du n°73), Éditions Dervy, 2018, 488 pages.
− Les hauts grades du Rite Français : histoire et textes fondateurs, Le Régulateur des Chevaliers Maçons, Éditions Dervy, 2017, 428 pages.

L'ORGANISATION

Sous les auspices de la Grande Loge Nationale Française et de la Grande Loge Provinciale de Neuilly-Bineau, la RL « L’Épée et la Rose » n°1116, Loge de travail et de recherche au troisième grade du Rite Français, cette conférence était animée par le TRF Yonnel Ghernaouti et avait pour Grand Témoin, le RF Gilles Pasquier.

Chaîne de la Grande Loge Nationale Française : http://www.glnf.fr

jeudi 8 juillet 2021

Faut-il désirer la transparence en politique ? par BET Marion | ESPRIT

Il est peu probable que les mesures de moralisation de la vie publique et la mise en place d’une idéologie de la transparence puissent réconcilier les sceptiques avec leurs gouvernants, tout simplement parce que ces mesures émanent de ceux-là mêmes dont il faut surveiller les méthodes.

« Notre vie publique a aujourd’hui besoin d'un “choc de confiance”», formulait le projet de loi organique du 14 juin 2017 pour moraliser la vie publique. Bien des efforts avaient déjà été faits en ce sens, pourtant : en octobre 2013, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) remplaçait la Commission pour la transparence financière de la vie politique. Les hommes politiques devraient désormais déclarer sans omission les immeubles « bâtis et non bâtis », les valeurs mobilières, les assurances vie, les comptes bancaires, les « véhicules terrestres à moteur, les bateaux et les avions » ou encore les « fonds de commerce ou clientèles et les charges et offices[1] ». Un an plus tard, l’ONG Transparency International inaugurait une plateforme pour permettre à chaque citoyen de combattre la corruption en France : le site « Agir contre la corruption » invitait les internautes à « consulter en préfecture la déclaration de patrimoine de [son] député ou sénateur », et détaillait six procédures pour faciliter la moralisation de la politique, depuis le « signal d’un conflit d’intérêts » à « l’encouragement des élus à être exemplaires ». La course à la transparence était lancée.

Sur le plan juridique, toute une série de lois a également été proposée après l’élection d’Emmanuel Macron pour mettre un terme aux comportements jugés répréhensibles au sein de la classe politique française : interdiction des emplois familiaux, suppression de la réserve parlementaire afin de réduire les pratiques clientélistes, contrôle du financement des partis. Les lois votées par l’Assemblée en juillet dernier révèlent un état d’esprit réformiste où il s’agit d’assainir les organes du pouvoir. Une nouvelle obligation pour les candidats à l’élection présidentielle avait également été instituée, celle de remettre au Conseil constitutionnel une déclaration d’intérêts et d’activités.

Une moralisation d’apparat ?

Il est indéniable que l’institution d’un tel contrôle ainsi que l’obligation, pour les parlementaires, les députés européens, les élus locaux ou encore les dirigeants des entreprises publiques, de déclarer leur patrimoine et leurs biens ne peuvent que les inciter à se montrer plus scrupuleux. La HATVP, en relation étroite avec l’administration fiscale, a en théorie les moyens de vérifier l’ensemble des déclarations, notamment en incitant Bercy à s’intéresser de près aux cas jugés trop flous, suspects ou insuffisamment renseignés[2].

Mais la confiance se met-elle en place par des décrets ou des institutions ? De plus, la Haute autorité ne peut être tout à fait omnisciente, compte tenu de la disproportion entre son faible effectif et le nombre de cas qu’il lui faut examiner : à peu près 9 000, quand la HATVP est constituée d’une trentaine de contrôleurs. Nul doute que l’organe est voué à se perfectionner.

Quant au projet de loi de juin dernier, il a été pensé trop vite. L’interdiction de rémunérer un membre de la famille comme assistant parlementaire, par exemple, trouve rapidement ses limites, certains députés ayant opté pour la solution de recruter l’enfant d’un collègue et vice versa. D’autres problèmes, comme le cumul des fonctions ou le pantouflage, ont tout simplement été ignorés par les textes. De quoi nous rappeler que ces mesures ont été conçues par ceux dont il fallait précisément régler le comportement. Or il est clair que jusqu’ici, la capacité des acteurs de la vie publique à s’autoréguler a été plus que laxiste. Ces lois de moralisation contiennent donc en elles-mêmes la possibilité de leur contournement.

D’où l’inévitable impression d’enfumage pour celui qui regarde l’exécutif s’affairer à ces réformes. C’est là un paradoxe – voire une maladresse – que la transparence est vantée par ceux qu’elle risque de mettre en péril : le crime et le châtiment logent à la même enseigne. D’un point de vue logique, il est donc peu probable que les mesures de moralisation de la vie publique et la mise en place d’une idéologie de la transparence puissent réconcilier les sceptiques avec leurs gouvernants, tout simplement parce que ces mesures émanent de ceux-là mêmes dont il faut surveiller les méthodes.

L’intention qui préside à toute entreprise de dévoilement suffit de toute manière à fausser le jeu. Pour le plus grand nombre, l’Etat expose ce qu’il veut bien exposer, selon l’idée de Valéry que « la politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde[3] », et qu’il faut se méfier de la mortification ostentatoire. En montrant un peu, on laisse croire au dévoilement du tout, et l’on dissuade les inquisiteurs les plus tenaces de conduire leurs enquêtes[4]. N’était-ce pas déjà la stratégie de Tartuffe ? Orgon, ayant été prévenu que le faux dévot courtisait son épouse, exige des explications du « saint homme », mais ce dernier retourne la situation en sa faveur par une confession excessive : « Oui, mon frère, je suis un méchant, un coupable, […]/ De quelque grand forfait qu’on me puisse reprendre,/ Je n’ai garde d’avoir l’orgueil de m’en défendre[5] ». Face à de tels aveux, Orgon ne peut qu’innocenter Tartuffe, car c’est le propre du chrétien sans reproche que de se flageller alors même qu’il est pur…

« Le pouvoir corrompt »

La logique actuelle de publicisation pèche peut-être en ce qu’elle dévoile ce que sont socialement les hommes politiques, qu’on aimerait voir plutôt austères, corps et âme dévoués à la chose publique et capables de se contenter de peu. La réalité témoigne souvent du contraire, et la révélation croissante de cet état de fait étend la possibilité, pour les gouvernés, de se comparer aux gouvernants, et d’accuser les inégalités – ce qui fait monter la contestation.

L’exposition des comportements a donc tendance à renforcer la désaffection et la défiance du politique car elle ne montre que des aspects intimes ou sociaux de la vie des hommes politiques (fréquentations, train de vie, habitudes ou relations amoureuses) qui, bien que légaux, sont jugés moralement répréhensibles. La modernité a ceci de nouveau que ce n’est plus seulement l’illégalité qui fait scandale, mais le comportement ou le mode de vie jugé intolérable, quoiqu’il ne contrevienne pas à la loi : un salaire trop élevé, la superficie démesurée d’un appartement de fonction, comme ce fut le cas dans l’affaire Gaymard en 2005. De quoi entériner le mean world syndrome (« syndrome du grand méchant monde »)[6].

L’idéologie à tout crin de la transparence épouse finalement une tendance de l’opinion, à savoir que le pouvoir corrompt, et que les délits sont le fait spécifique de la classe politique. Tout homme d’Etat est suspect et doit pour cela ritualiser sa confession. Mais de « tous suspects » à « tous pourris », le glissement est rapide, de sorte que cette transparence qui visait à remédier au désenchantement des masses finit par l’accélérer, car elle accrédite l’idée que le monde politico-administratif est une antichambre où s’épanouissent les privilèges.

Transparence juridique, transparence sociale

On croit assainir les choses en généralisant l’exposition de l’intime et du privé et en dévoilant le quotidien des représentants publics. Mais c’est peut-être là confondre la probité et la transparence, puis la transparence et la publicité. Une telle exposition se révèle même une pratique dangereuse, parce qu’elle soumet les hommes politiques à la vindicte populaire. Les couvertures people nous montrant un président de la République ou un ministre à la plage avec sa maîtresse et le mépris qu’elles nous inspirent ne font que confirmer les ravages de la surexposition médiatique, qui contraint les politiques à regagner, heure par heure, quelque crédibilité auprès des gouvernés. « Le prestige ne peut aller sans mystère car on révère peu ce qu’on l’on connaît trop bien. » La formule gaullienne était juste : le prestige requis par la fonction publique s’accommode mal des révélations du privé.

Ce type de publicité atteste par ailleurs d’une « confusion des ordres » pascalienne. Le don de soi au sens de l’exposition complète de son for intérieur s’inscrit dans une conception antique de l’amitié qui suppose une lisibilité de cœur à cœur – une intimité – entre deux individus qui mettent leur propre personne en partage. Dans tout exercice du pouvoir, au contraire, il y a une positivité et une nécessité de « la limitation de la connaissance réciproque[7] », comme le rappelle Georg Simmel, et une dualité à préserver, entre monstration et impénétrabilité.

D’où la nécessité de faire la distinction entre la transparence juridique et la transparence sociale. La première est nécessaire, parce qu’elle garantit de sévir contre toutes les formes de corruption. Elle se définit négativement comme le fait de ne pas enfreindre la loi et constitue effectivement une forme de lutte efficace contre tous les types de corruption. On peut gager que le droit commun suffit à la mettre en œuvre. La seconde est un objectif risqué, qui consiste à publier l’intimité et les conditions de vie de ceux qui dirigent la nation.

Une réflexion sur la transparence est aussi l’occasion de se demander dans quelle mesure il est normal de demander aux hommes politiques qu’ils révèlent autant de leur vie privée et de leurs possessions sur un site internet consultable par tous, contrainte que l’on n’oserait imposer à aucun citoyen français « ordinaire ». La déclaration de Najat Vallaud-Belkacem détaillait ainsi l’ensemble de ses biens mobiliers et leur « valeur d’assurance » : « lits (1 adulte, 2 enfants), tables (3), canapé (1), fauteuils (2), chaises (10), réfrigérateur, machine à laver, bijoux[8]». Osons croire que les citoyens n’en demandent pas tant. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître le nombre de visites quotidiennes sur le site de la HATVP, et de distinguer les consultations de journalistes en quête d’informations et celles des citoyens qui se préoccupent effectivement du patrimoine de leurs hommes politiques. En Suède, où le principe de transparence (offentlighetsprincipen) a été institué dès 1766, une enquête réalisée au début des années 1980 révélait que les demandes de consultation émanant des citoyens étaient en réalité très rares et venaient principalement des journalistes et des entreprises commerciales[9].

L’obligation de transparence et ses institutions témoignent d’un mauvais traitement du problème, qui entérine par ailleurs l’idée que les hommes politiques ne sont pas des citoyens ordinaires – ce dont on peut à la rigueur convenir – et que, pour cela, ils ne peuvent pas être soumis à la même juridiction et aux mêmes procédures que ceux qu’ils représentent. Le droit stipule déjà que tout citoyen français doit déclarer ses revenus et payer ses impôts : pourquoi était-il nécessaire, pour garantir la probité des hommes politiques, d’instaurer ce type de tribunal hyperbolique où chacun peut s’improviser procureur derrière son écran ? En revanche, si le problème véritable du système est que les délits de la classe politique ne sont jamais sanctionnés par les organes judiciaires officiels, la solution n’est pas de doubler la justice par un tribunal populaire naturellement plus sévère, mais de supprimer la Cour de justice de la République qui juge spécifiquement les crimes commis par les membres du gouvernement, depuis sa création en 1993. Parmi toutes les affaires traitées, aucune n’a été suivie d’emprisonnement. Une énième preuve que cette transparence de décorum n’est peut-être qu’un écran, qui perpétue une différence de traitement entre le citoyen ordinaire et la classe politique.

Transparence, réseaux sociaux et médiations

Le problème de la politique occidentale moderne est qu’elle se méprend sur le sens de la transparence et qu’elle propose de fausses équivalences – entre transparence et rectitude morale, mais aussi entre transparence et absence de médiations. L’interaction directe entre gouvernants et gouvernés sur Internet est aujourd’hui présentée comme le meilleur moyen de clarifier les enjeux politiques contemporains et de favoriser le débat public. On souhaite, autant que possible, mettre les internautes en contact avec leurs dirigeants grâce aux réseaux sociaux, selon l’idée que toutes les formes d’intermédiation sont une offense faite au citoyen qui souhaite émettre un avis. Selon Gaspard Gantzer, l’ex-communicant de François Hollande, c’est là que réside le prochain enjeu de la communication politique : rendre possible le dialogue entre le citoyen et les ministres, sans médiation ni modérateur. À ce titre, Ségolène Royal avait une longueur d’avance en inaugurant « Désirs d’avenir » en 2006, un laboratoire d’idées où les citoyens pouvaient directement soumettre leurs propositions avant la présidentielle.

Avec l’avènement de la cyber-participation sur Twitter, Instagram ou Facebook, on espère enfin sacrer la démocratie délibérative habermassienne, et passer d’un « univers passionnel (identifié au règne de l’opacité) » à « un monde de la discussion rationnelle[10]», pour reprendre une formule de Rosanvallon. L’utopie des années 1960-1970 gageait qu’un monde politique dévoilé, exposé, expliqué, susciterait davantage la confiance et l’adhésion des gouvernés ; et, partant, que les conflits sociaux reposaient essentiellement sur des malentendus.

Ces réseaux sociaux donnent donc à leurs adeptes l’illusion de participer continûment et en direct à la délibération politique. La possibilité de réagir sans délai, depuis chez soi et derrière son écran, conforte les internautes dans la certitude qu’ils dialoguent effectivement avec la classe politique et qu’ils ont réconcilié l’antinomie entre les devoirs publics et la vie personnelle – comme si la modernité technologique avait rendu possible la participation au bien commun sans le sacrifice du bonheur privé : l’ère de « la politique dans un fauteuil ».

Cette illusion ne va pas sans risque, car elle entérine le refus de toutes les formes de médiation, dont on croit qu’elles biaisent ou opacifient la perception du politique. D’où la crise des partis qui se produit actuellement[11]. Les organes militants sont désormais appréhendés comme des relais douteux de la chose publique ; on leur attribue les mêmes défauts qu’au traducteur ou au copiste, toujours susceptible de trahir l’original. De nouvelles formes de citoyenneté se forgent au rythme des nouvelles formes d’immédiateté participative, selon l’idée que l’horizontalité et la transparence sont les nouveaux murs porteurs de l’édifice démocratique. Ainsi va le mythe de la nouvelle accessibilité politique, nourri par la certitude dangereuse que les réseaux sociaux garantissent l’omniscience du citoyen et sont de bonnes plateformes de débat public.

Débats virtuels, désinformation et dépolitisation

Mais cette transparence est une piperie, car la communication mise en œuvre par les réseaux sociaux a des effets bien plus pernicieux qu’une intermédiation visible. Elle cadre arbitrairement le débat public par des mécanismes d’agenda eux-mêmes peu compatibles avec les ambitions de la transparence : les phénomènes de buzz accordent une importance parfois hors de propos à des sujets qui vont accaparer la scène délibérative virtuelle et imposent les disputandum du débat public en masquant les plus impopulaires. La hiérarchisation des informations ne se fait pas selon leur degré d’importance ou de pertinence, mais selon leur potentiel spectaculaire : nouvelles à tonalité pathétique, comique – une information cocasse a plus de chances de circuler sur Facebook qu’un bilan économique complexe –, funny facts et mèmes composent le grand panorama de l’info-divertissement.

Ce n’est donc pas tant la transparence qui demeure au principe du réseau social, qu’une spectacularisation qui entraîne des phénomènes de masquage : l’information particulièrement populaire va faire écran sur toutes les autres et orienter les échanges dans une certaine direction, neutralisant le reste des événements dans l’invisibilité médiatique. De sorte que ce type de transparence fonctionne finalement comme une opacification du politique, et scénarise un espace public artificiel.

La conséquence majeure de ces nouvelles façons d’appréhender le politique est paradoxalement la dissuasion de l’élan participatif : les réseaux sociaux accréditent l’idée d’une équivalence participation virtuelle/participation physique. Mieux, en faisant croire à leurs adeptes que la participation virtuelle a ceci de rafraîchissant et de plus démocratique qu’elle se passe d’intermédiation et donne un accès direct au politique, ils affaiblissent la volonté de l’internaute de s’investir concrètement. Le commentaire Facebook posté sous quelque billet d’humeur ou le statut Twitter relayé sur la toile vaut pour participation. De sorte que l’abolition des médiations ne propose qu’une transparence de mauvais aloi, qui dissémine et dévalue l’investissement citoyen.

La crise du sens du politique

A une époque où le politique semble traverser une crise de signification et avoir perdu sa fonction initiale, qui était d’élaborer un futur désirable et une réalité alternative, on peut se demander si la moralisation à outrance n’est pas la dernière solution pour des gouvernants qui veulent remédier à la défiance des gouvernés. La transparence est peut-être moins une requête naturelle de la société qu’un dérivatif imaginé par l’exécutif lui-même pour redonner, à l’ère du désengagement et de la contestation, quelque légitimité à l’État. Comme l’écrit Pierre Rosanvallon, « faute de savoir ce que le pouvoir doit positivement faire, on ne se soucie plus que ce qu’il devrait être[12] ». En ce sens, l’idéologie de la transparence est commode, parce qu’elle fait illusion, c’est-à-dire diversion.

Il est vrai que ces réserves ne doivent pas nous dissuader toutefois de réguler les pratiques du personnel politique et de proposer des lois adéquates. Le juridique est après tout la première étape dans la transformation des mentalités. Et une surveillance aussi scrupuleuse peut avoir des effets salutaires, car elle ne peut que dissuader les gouvernants de multiplier les comportements illicites.

La classe politique a un devoir d’exemplarité et la tâche exceptionnelle qui lui incombe requiert des qualités exceptionnelles – c’est-à-dire, entre autres, une honnêteté irréprochable. Néanmoins, cette course à la transparence ne doit pas dispenser la démocratie d’une véritable introspection – sur son avenir, toujours à élaborer, sur ses objectifs à court et long terme, sur le sens de son action. La transparence ne suffira jamais à faire vivre la démocratie, car le problème n’est pas celui de la visibilité des décisions et des comptes en banque, mais celui d’une conscience et d’une responsabilité politiques à éveiller chez les gouvernants et les gouvernés.

mardi 23 février 2021

"La franc-maçonnerie : une religion parmi d’autres ?"

Chère Madame, Cher Monsieur,

Vous vous êtes inscrit.e à la CHAIRE VERHAEGEN 2021 sur le thème "La franc-maçonnerie : une religion parmi d’autres ?"

Cinq conférences seront dispensées par le conférencier-invité et titulaire de la chaire 2019-2020 et 2020-2021, Baudouin DECHARNEUX, Philosophe et historien des religions à l’ULB.

  • La séance inaugurale se déroulera ce mercredi 24 février à 18h00 de manière virtuelle sur la plateforme TEAMS via le lien d’accès suivant :

>>> Participer à l’événement en direct

La séance se déroulera de la manière suivante :

Introduction générale de la Chaire Verhaegen 2021 par Jean-Philippe SCHREIBER, Responsable de la chaire et Professeur au Département de Philosophie, Ethique et Sciences des religions et de la laïcité

Conférence donnée par Baudouin DECHARNEUX, conférencier-invité

Séance de questions-réponses - modérateur: Jean-Philippe SCHREIBER

Voici les liens d’accès pour les séances suivantes:

  • 03 mars 2021 (18h-20h): La franc-maçonnerie : un espoir spirituel pour le futur ? : lien d’accès à la leçon 2 
  • 10 mars 2021 (18h-20h): Cultes à mystères et franc-maçonnerie : l’inspiration égyptienne : lien d’accès à la leçon 3
  • 17 mars 2021 (18h-20h): Cultes à mystères et franc-maçonnerie : l’inspiration de Mithra : lien d’accès à la leçon 4
  • 24 mars 2021 (18h-20h): Cultes à mystères et franc-maçonnerie : l’inspiration des religions asiatiques : lien d’accès à la leçon 5

Les séances débuteront à l’heure annoncée et se termineront au plus tard à 20h.

Ne manquez pas les différents rendez-vous.

Bien cordialement,

Cellule Communication

ULB - Faculté de Philosophie et Sciences sociales

dimanche 14 juin 2020

Alain Supiot : « La démocratie, malade du marché » | Institut français de recherche sur le Japon 24 nov. 2019



Conférence donnée à l'Institut français de recherche sur le Japon à la Maison franco-japonaise le 3 juin 2019.

Conférencier : Alain SUPIOT (Collège de France)
Discutant : NISHITANI Osamu (prof. émérite de l’univ. des langues étrangères de Tokyo)
Modérateur : HASHIMOTO Kazumichi (univ. de Waseda)

La démocratie est née d'une pratique plutôt rare, consistant pour les membres d'une société donnée, à former des « assemblées de parole », pour s'accorder sur les règles qui s'imposeront à tous. Cette construction est sapée par l'analyse économique du droit, qui assimile la démocratie à un « marché des idées ». Dès lors, la sphère du marché absorbe celle du politique (marché électoral) et celle du sacré (marché des religions), et la figure du citoyen s'estompe au profit de celle du consommateur.

Alain SUPIOT est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités ». Ses travaux se sont principalement déployés sur deux terrains complémentaires : le droit social et la théorie du droit. Il est notamment l'auteur de Homo juridicus. Essai sur la fonction anthropologique du Droit, (Seuil, 2005, traduit en 10 langues, dont le japonais) ; L'esprit de Philadelphie. La justice sociale face au Marché total, (Paris, Seuil, 2010, trad. en 6 langues), La gouvernance par les nombres, (Fayard, 2015, trad. anglaise Hart 2017).

NISHITANI Osamu est professeur émérite de l’université des langues étrangères de Tokyo, où il était chargé d'un cours intitulé « Global Studies Laboratory » : études transdisciplinaires de la mutation du monde contemporain. Il est également l'auteur de très nombreux ouvrages sur la mondialisation, la modernité, la notion de guerre, et traducteur notamment de Georges Bataille, Jean-Luc Nancy et Pierre Legendre.

mercredi 25 septembre 2019

L’édition maçonnique : Quand les francs-maçons lisent et écrivent… de Jiri Pragman

L’édition maçonnique
Quand les francs-maçons lisent et écrivent…
de Jiri Pragman
Préface d’Alain-Noël Dubart, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France

Le livre

Certains prétendent que les francs-maçons écrivent beaucoup mais lisent peu ! Avec une bonne centaine d’auteurs en activité et autant d’ouvrages en français chaque année, le marché du livre maçonnique est un marché de niche avec une production difficilement appréhendable par les profanes, et parfois même par les initiés !

L'édition maçonnique vise à explorer l’écosystème très particulier de l’édition maçonnique et à examiner ses transformations.

Qui sont les auteurs ? Qu'écrivent-ils ? Qui sont les meilleurs vendeurs ?  Quelles sont les particularités des ouvrages maçonniques ? Qui les édite ? Comment ces livres spécialisés trouvent-ils un public ? Quelques-unes des questions traitées ici par Jiri Pragman, lui-même auteur et critique, et ancien organisateur  de salon du livre maçonnique.

L’auteur

Journaliste, spécialiste de l'Internet maçonnique (ancien éditeur du Blog Maçonnique Hiram.be de 2004 à 2014), chroniqueur à Franc-Maçonnerie Magazine, Jiri Pragman a publié depuis 2004 des ouvrages sur la franc-maçonnerie, sur ses rapports avec l'Internet, sur l'antimaçonnisme et même des livrets humoristiques ! Il a participé comme auteur, modérateur à plusieurs salons du livre maçonnique et est à l'initiative de Masonica à Bruxelles. Il a été initié en 2001 dans une Loge du Grand Orient de Belgique.

ISBN : 9781099756948
Independently Published, septembre 2019, format 13,3 x x 20,3 cm, 159 pp.
Disponible chez Amazon.fr : version brochée : 9,50 € - version numérique (Kindle) : 2,99 € 

Préface

On connaissait Jiri Pragman en tant que fondateur et animateur du blog maçonnique Hiram.be, qui suscitait et suscite toujours l’intérêt et la curiosité d’un nombreux public, maçonnique certes le plus souvent, mais aussi d’un public plus large, attiré par les supposés « Grands Mystères » de la Franc-Maçonnerie, ou plus simplement désireux d’en apprendre un peu plus sur cette discrète Institution qui œuvre depuis trois siècles.

Après cette aventure passionnante pour lui, Jiri Pragman s’est davantage intéressé aux problèmes liés à la résurgence inquiétante de l’antimaçonnisme à l’intérieur de nos démocraties occidentales, et aussi à l’usage, intrusif parfois, de l’internet et des réseaux sociaux dans la pratique maçonnique elle-même.

Avec cet ouvrage, Jiri aborde une nouvelle facette de la vie maçonnique, celle de la communication, essentiellement par le biais du livre et par tout ce qui est connexe à l’écriture, à l’édition, à la promotion et à la vente en librairie, vente traditionnelle ou achat sur internet.

Il s’agit là d’un ouvrage de prime abord technique, recensant les différents types de publications, les auteurs connus ou plus confidentiels, les « scores de publication », et analysant en profondeur les multiples modalités d’édition, de contrats d’auteurs, de financement et de diffusion.

Mais c’est aussi, sous cette apparence technique, un excellent mode d’emploi pour tous les auteurs maçonniques, débutants ou confirmés, qui se verront incités à faire « bien », sans trop se tromper sur la présentation de leurs ouvrages, et sans trop se faire d’illusions sur le tirage de leurs textes, pas plus que sur la fortune personnelle que ceux-ci ne manqueront pas de leur apporter… Autant voir la réalité telle qu’elle existe !

C’est aussi un vade mecum utile aux auteurs pour assurer la promotion de leurs œuvres, et le suivi de leurs ventes : salons du livre, radios, vidéos, réseaux sociaux, tout ce qu’il est nécessaire de connaître et de pratiquer pour avoir une audience.

Une liste des éditeurs, des salons maçonniques du livre, et des prix littéraires spécifiques, complète très utilement ce livre, à mettre entre toutes les mains, celles des auteurs bien sûr, celles des lecteurs qui peuvent ainsi accéder à la réalité de la communication maçonnique sous ses différentes formes, et plus généralement celles de « l’honnête homme » de notre temps, à qui rien d’humain ne doit être étranger.

En résumé, un bel ouvrage pour tous et pour chacun d’entre nous.
Alain-Noël Dubart, ancien Grand Maître
de la Grande Loge de France

lundi 31 décembre 2018

LE MODÉRATEUR, DERNIER MAILLON DU JOURNALISME WEB

La précarisation du métier de journaliste et l’immédiateté de l’information recherchée (à tort ?) par de nombreuses rédactions web ont deux conséquences fortement néfastes pour la profession comme pour les lecteurs : une baisse généralisée de la qualité des articles publiés (sur le fond comme sur la forme) et une extrême abondance de ces derniers, la fameuse infobésité. Cessons là cette ébauche d’analyse du journalisme web en citant cet excellent billet qui pose deux questions pleine de sens. Peut-on faire un bon article de 3000 signes en une heure ? Peut-il être bien relu en cinq minutes ? On vous laisse méditer.

lundi 15 octobre 2018

TROIS SIÈCLES DE FRANC-MAÇONNERIE… ET APRÈS ? | HIRAM.be

Hervé Hasquin est actuellement Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Arts et des Sciences de Belgique. Il est historien, écrivain et homme politique belge. Docteur en philosophie et lettres, professeur à l’ULB, dont il fût recteur et président du Conseil d’administration, il y créa la première chaire de maçonnologie de Belgique, la chaire Théodore Verhaegen.

Eddy Caekelberghs est un journaliste belge, animateur, fondateur et présentateur d’émissions radiophoniques quotidiennes de débats de société, de cultures et d’actualités sur les radios de la RTBF. Reconnu pour ses nombreuses activités en tant que modérateur de débat, il est également un humaniste et franc-maçon qui plaide régulièrement pour des causes d’ouverture et de tolérance. Il a été premier grand maître adjoint du Grand Orient de Belgique, et président de l’Union des Anciens Etudiants de l’ULB pendant plusieurs années.

Dans ce livre ils développent une analyse historique et philosophique des origines de la Franc-Maçonnerie, en resituant sa genèse en lien avec la naissance en Angleterre de la démocratie moderne, ainsi qu’avec les idéaux des Lumières. Aujourd’hui, face à la remise en cause de ces idéaux, que peut apporter la Franc-Maçonnerie ? Au-delà des fantasmes et de la désinformation, quelle est son actualité et quels sont ses défis ?

Trois siècles de franc-maçonnerie… et après ? Hervé Hasquin, entretiens avec Eddy Caekelberghs Paru aux Editions du CEP. Cet ouvrage est disponible notamment aux Presses Universitaires de Bruxelles et à la libraire TaPage, Cours Saint Michel à Etterbeek. Les Presses Universitaires de Bruxelles (PUB) sont une asbl créé au service de la communauté universitaire ULB, et qui mène depuis toujours une véritable politique sociale. Elles sont gérées conjointement par des représentants des étudiants et de l’Union des Anciens Etudiants (UAE Alumni ULB).

lundi 15 mai 2017

LES 300 ANS DE LA FRANC-MAÇONNERIE SPÉCULATIVE FÊTÉS À BRUXELLES LE 24 JUIN

Lorsque les frères de 4 loges se réunissent à l'auberge Goose and Gridiron ("L'Oie et le Grill") le 24 juin 1717, songent-ils qu'ils sont en train de donner forme à la 1ere structure qui va pérenniser la franc-maçonnerie ?

C’est sous l’égide de la loge de recherche de la Grande Loge de Belgique l’Âne d’Or que, pour fêter les 300 ans de la franc-maçonnerie spéculative, seront présentées le samedi 24 juin de 16h30 à 18h30 dans les locaux de l’Académie Royale de Belgique à Bruxelles (1, rue Ducale) des saynètes et des rappels historiques. L’après-midi se conclura par un diner.

Les orateurs seront : Hervé Hasquin, historien, ULB, Académie Royale de Belgique ; Jean-Jacques Wunenburger, philosophe, Université de Lyon III ; Emiliano Acosta, philosophe, VUB, UGent ; Lambros Couloubaritsis, philosophe, ULB, Académie Royale de Belgique ; René Vermeir, historien, UGent.

Le modérateur sera Bauduin Decharneux, philosophe, ULB, Académie Royale de Belgique.

Tenue de ville, profanes amis bienvenus. Participation : 45 € (dîner + 2 boissons).
Verser 45 € x le nombre de participants en indiquant clairement le nom et la mention « repas juin » sur le compte IBAN BE30 3631 6641 0311
Contact et renseignements : phuge@telenet.be

mardi 22 novembre 2016

07/12/2016 – Fraternité 2016: Laïcité, seul rempart contre les extrémismes!

Centre Culturel Jacques Franck Chaussée de Waterloo, 94 à 1060 Bruxelles

Rachid Benzine est un islamologue, politologue et enseignant franco-marocain. Il est l'une des figures de l'Islam libéral francophone.

Firouzeh Nahavandi est une sociologue belge d'origine iranienne. Elle enseigne à l'ULB.

Henri Bartholomeeusen, président du CAL (Centre d'Action Laïque). Ghaleb Bencheikh, islamologue, théologien et philosophe.

Modérateur: Eddy Caeckelberghs, journaliste à la RTBF.

Réservation indispensable: 02/543.02.70 ou info@cclj.be