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samedi 14 mai 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Comment Vladimir Poutine a ressuscité l’OTAN, par Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen) et Elise Vincent

Privée de ses ennemis traditionnels à la fin de la guerre froide, écartelée entre allégeance atlantique et défense européenne, l’OTAN a retrouvé sa raison d’être initiale et son unité depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Vacillant sous les coups de butoir d’un Donald Trump qui, à peine élu président des Etats-Unis, en 2017, l’avait décrétée « obsolète », diagnostiquée en « mort cérébrale » deux ans plus tard par Emmanuel Macron, rongée par des divisions internes et les entorses réitérées par le turbulent membre turc, affaiblie par le manque criant de concertation entre alliés, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a essuyé tant de crises qu’elle a bien souvent paru à l’agonie.

Bien malgré lui, Vladimir Poutine l’a brutalement ranimée, en la ramenant à sa mission première : contrer la menace russe depuis l’invasion de l’Ukraine, le 24 février. Illustration de cette force d’attraction renouvelée, la Finlande et la Suède sont sur le point d’officialiser leur demande d’adhésion. Le principe de neutralité, pourtant ancré dans l’histoire de ces deux pays, a été balayé par la violence de l’agression de Moscou, à laquelle beaucoup avaient refusé de croire jusqu’au dernier moment. La perspective d’une protection collective, garantie par l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord – l’attaque contre un membre est considérée comme une attaque dirigée contre tous –, a eu raison des fortes réticences qui s’exprimaient jusqu’alors dans une partie des opinions publiques finlandaise et suédoise.

>>> Histoire d’une notion : la « finlandisation », ou la neutralité obligée

Alors que chaque élargissement de l’OTAN a été perçu et dénoncé par le Kremlin comme autant de preuves d’hostilité à son égard, l’annonce de ces possibles adhésions a aussitôt fait réagir Moscou, qui a notamment menacé de renforcer son arsenal nucléaire en mer Baltique. Avec l’entrée de la Finlande dans les rangs de l’Alliance, la Russie devra faire face à un nouveau membre, doté d’une forte capacité de mobilisation militaire et avec lequel elle partage une frontière terrestre longue de 1 340 kilomètres.

>>> La Finlande souhaite que le processus d’adhésion à l’OTAN soit le « plus rapide possible »

Ennemis volatilisés

Alors que l’OTAN avait été conçue au début de la guerre froide pour protéger l’Occident d’une éventuelle agression de l’Est, sa principale raison d’être s’était comme évanouie en 1991, en même temps que l’Union soviétique. Et ses ennemis traditionnels s’étaient volatilisés avec la dissolution du pacte de Varsovie. Soixante-treize ans après sa création, le 4 avril 1949, à Washington, l’Alliance a repris des couleurs, revigorée par une unité qui lui a longtemps fait défaut et une légitimité que personne, dans le camp occidental, ne lui conteste – pour l’instant.

Un soldat britannique se démaquille après avoir
 participé à un exercice militaire à Niinisalo
en Finlande, le 4 mai 2022, unissant les forces
 finlandaises, américaines, britanniques,
lettonnes et estoniennes.

Posée à intervalles réguliers depuis plus de trente ans, la question de la survie ou du « réveil » de l’OTAN est aujourd’hui éclipsée par ce qu’Andrew A. Michta et Paal Sigurd Hilde, auteurs de The Future of NATO (« l’avenir de l’OTAN », University of Michigan Press, non traduit, 2014), appelaient alors le « projet néo-impérialiste russe » visant, selon eux, l’Ukraine mais aussi la Moldavie, la Géorgie, voire le Kazakhstan. « Cette nouvelle réalité géostratégique exigera une réponse », prophétisaient-ils.

Cette réponse a été longue à venir. Avec la fin de la guerre froide, le maître mot était devenu « paix », et il fallait en garantir les « dividendes ». Haro, donc, sur les dépenses militaires et remise en question de la pertinence de l’OTAN, avec des visions divergentes sur la nature des relations qu’il convenait d’entretenir désormais avec la Russie. Grands vainqueurs de la confrontation entre les deux blocs, les Etats-Unis se sont volontiers laissé bercer par l’illusion d’une « fin de l’Histoire » annoncée par l’économiste américain Francis Fukuyama, persuadé que l’humanité allait enfin enterrer les guerres idéologiques au profit de la seule démocratie libérale promise à se répandre sur le globe.

>>> L’Occident et la fin de l’URSS, histoire d’un double échec

De leur côté, les alliés européens ont misé sur des relations pacifiées avec la Russie. Le 16 juillet 1990, l’OTAN dépêche ainsi, dans la capitale russe, son secrétaire général en personne, pour prêcher la bonne parole : l’Allemand Manfred Wörner (1988-1994) délivre alors un long discours de réconciliation et d’amitié devant le Soviet suprême. Salué à l’époque comme une première historique, le Conseil de coopération nord-atlantique (CCNA) est inauguré, le 20 décembre de la même année, à Bruxelles, en présence des seize ministres des affaires étrangères alliés et de leurs homologues de l’ex-pacte de Varsovie.

En 1990, Boris Eltsine salue l’émergence d’un « nouveau système de sécurité, de Vancouver à Vladivostok ». Il évoque même « l’adhésion de la Russie à l’OTAN en tant qu’objectif politique à long terme »

L’exercice de la « main tendue » entre anciens ennemis dépasse toutes les expectatives. Très en forme, Boris Eltsine, le président russe, se félicite de l’émergence d’un « nouveau système de sécurité, de Vancouver à Vladivostok ». Il évoque même « la question de l’adhésion de la Russie à l’OTAN en tant qu’objectif politique à long terme ». Puis, coup de théâtre, l’ambassadeur de l’Union soviétique, Nikolaï Afanassievski, annonce que son pays vient d’être dissous et qu’il faut donc le remplacer dans le communiqué final par « Fédération de Russie ». Le CCNA a intégré les onze anciennes républiques soviétiques de la Communauté d’Etats indépendants nouvellement constituée. La Géorgie et l’Azerbaïdjan le rejoindront en 1992, suivis de l’Albanie puis des républiques d’Asie centrale.

>>> La Russie espère adhérer, à terme, à l’OTAN

Commencée sous les meilleurs auspices, cette réorganisation de l’espace européen menée par l’OTAN va pourtant mener à deux politiques antagonistes, comme le souligne Amélie Zima, chercheuse à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire et autrice, notamment, de L’OTAN (« Que sais-je ? », PUF, 2021) : d’une part, apporter une réponse aux pays d’Europe centrale et orientale candidats à l’adhésion ; de l’autre, assurer à la Russie que l’OTAN n’aspire pas à ériger un nouveau rideau de fer, en l’incluant dans la mise au point d’une « nouvelle architecture de sécurité ». Un exercice ambigu qui va, selon Mme Zima, compliquer les relations avec Moscou, « d’autant que l’élite russe est divisée sur le rôle et la place de l’Alliance dans un environnement post-guerre froide ».

A l’intérieur du pays, la transition postsoviétique rêvée par les Occidentaux se heurte aux ravages d’une crise économique et sociale qui ruine la population russe autant qu’elle attise un sentiment de déclassement et de frustration qui feront le lit de l’élection de Vladimir Poutine, un ex-lieutenant colonel du KGB soviétique.

L’Acte fondateur OTAN-Russie, premier geste de coopération depuis la fin de la guerre froide, signé en 1997, vise ainsi à l’instauration d’une paix « durable et inclusive ». Un Conseil conjoint instaure une consultation permanente sur les questions sécuritaires, tout en envisageant des actions communes (maintien de la paix, désarmement, lutte contre le terrorisme…). En 2002 naît enfin le Conseil OTAN-Russie, une enceinte dans laquelle la Russie, dont Vladimir Poutine est le président depuis mai 2000, siège pour la première fois sur un pied d’égalité avec chacun des pays membres de l’Alliance.

Par l’Acte fondateur, les deux parties ne se considèrent plus comme des « adversaires ». L’OTAN s’engage, entre autres, à ne pas déployer d’armes nucléaires sur le territoire de futurs adhérents et à ne pas renforcer ses troupes permanentes en Europe. Tout déploiement militaire au-dessus de la brigade – soit environ 3 000 hommes, selon la définition américaine – est interdit. Une « interopérabilité » militaire est même évoquée. Autant d’initiatives visant à éviter l’écueil d’une nouvelle rupture entre les anciens rivaux, mais aussi à rassurer Moscou sur les ambitions de l’Alliance.

Les Géorgiens écrasés en cinq jours

Si l’OTAN a perdu, en apparence, son ennemi historique russe, elle poursuit son élargissement. « Il n’y a jamais eu de véritable endormissement de l’OTAN, qui a toujours été une organisation vivante », estime Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, à Paris. Malgré les réticences de l’administration américaine, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque ont rejoint les rangs de l’organisation dès 1999. Moscou allait-il y voir une provocation ? Le président Bill Clinton a fini par céder face à l’insistance des dirigeants de ces pays candidats – dont le Tchèque Vaclav Havel, méfiant à l’égard de Moscou. Suivent, en 2004, les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), ainsi que la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie. Viendront encore l’Albanie et la Croatie en 2009, le Monténégro en 2017 et, enfin, la Macédoine du Nord en 2020.

Le 4 mai 2022 à Niinisalo, en Finlande,
deux tankistes britanniques participent à un
exercice militaire unissant les forces finlandaises,
 américaines, britanniques, lettonnes et estoniennes.

L’Ukraine, en revanche, reste à la porte, comme la Géorgie : à Bucarest, lors d’un sommet de l’Alliance tenu en avril 2008, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Nicolas Sarkozy, ont mis un veto au processus d’adhésion, arguant que ces démocraties n’étaient pas « assez stables ». Selon certains observateurs, ce refus franco-allemand s’expliquerait plutôt par la volonté de ménager la relation avec Moscou, ce dont se défend encore aujourd’hui Mme Merkel, mise en cause pour sa politique jugée trop laxiste envers la Russie. A l’époque, l’OTAN s’était contentée de se féliciter des « aspirations euroatlantiques de l’Ukraine et de la Géorgie ». Quatre mois plus tard, les chars russes entraient en Géorgie.

>>> L’Allemagne s’interroge sur la responsabilité d’Angela Merkel dans l’escalade agressive de Vladimir Poutine

A la suite d’accrochages entre séparatistes sud-ossètes et armée géorgienne, cette dernière intervient militairement. Le conflit s’étend à l’Abkhazie. La Russie déploie 40 000 soldats en soutien aux séparatistes. En cinq jours, les troupes de Tbilissi sont écrasées. L’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud est reconnue par Moscou, qui conserve le contrôle de 20 % du territoire géorgien. Par cette manœuvre, Vladimir Poutine témoigne concrètement – et pas pour la dernière fois – de son exaspération face aux ambitions pro-européennes et atlantistes d’un Etat. Pour Alexandra de Hoop Scheffer, directrice du bureau parisien du German Marshall Fund of the United States, l’OTAN, par le « flou stratégique » qu’elle a entretenu, a transformé l’Ukraine et la Géorgie en ennemis de Moscou, tout en leur déniant une garantie de sécurité.

En juin 1999, malgré un veto russe et donc sans mandat explicite des Nations unies, l’OTAN procède à des frappes aériennes au Kosovo, avant de déployer des troupes au sol, point de départ des tensions avec la Russie

Depuis, l’élargissement de l’OTAN est devenu « la » question centrale, source de tensions, de conflits larvés, puis bien réels avec la Russie. Le contenu exact des négociations menées au début des années 1990 a fait débat : des promesses ont-elles été formulées par les dirigeants occidentaux pour préserver la stabilité de l’Europe ? Les pouvoirs russes successifs ont-ils exploité cette préoccupation pour obtenir des concessions, exercer une forme de chantage et, finalement, utiliser l’argument des prétendues menaces à leurs frontières pour déclencher un conflit sanglant ?

De fait, Moscou a bel et bien enfreint le mémorandum de Budapest, signé en 1994, en violant l’intégrité territoriale ukrainienne vingt ans plus tard, lors de l’annexion de la péninsule de Crimée. En échange de la dénucléarisation de l’Ukraine et de son adhésion au traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, Etats-Unis, Royaume-Uni et Russie s’étaient engagés à « respecter son indépendance, sa souveraineté et ses frontières existantes » – sauf en cas de « légitime défense ». C’est cette exception que met en avant Vladimir Poutine quand il affirme voler au secours de populations russophones ukrainiennes menacées de « génocide » par les « nazis » de Kiev.

>>> Vladimir Poutine, le culte de la guerre

Avant d’atteindre leur paroxysme avec l’invasion de l’Ukraine, les tensions entre la Russie et l’OTAN ont toujours existé. Avec comme point de départ probable, quelques années seulement après la chute du mur de Berlin, les conflits qui enflammèrent les Balkans après la dislocation de la Yougoslavie.

Alors que 60 000 soldats sous commandement de l’OTAN ont déjà été dépêchés dans la région dans la foulée des accords de Dayton, le 14 décembre 1995, la Russie va assister, impuissante, à la plus importante opération militaire jamais effectuée par l’Alliance. Du 23 mars au 10 juin 1999, malgré un veto russe et donc sans mandat explicite des Nations unies, l’opération « Force alliée » procède à des frappes aériennes au Kosovo, avant de déployer des troupes au sol. Aux yeux de Moscou, le maître de Belgrade, Slobodan Milosevic, n’est pas qu’un allié, il est le dirigeant du peuple serbe, slave et orthodoxe – un pays « frère ».

Si la Russie participe à l’élaboration d’une solution diplomatique et contribue à une mission de maintien de la paix – en envoyant un contingent militaire au sein de la Force de maintien de la paix au Kosovo mise en œuvre par l’OTAN –, l’épisode est vécu comme une terrible humiliation. En particulier par le chef du FSB, un dénommé Vladimir Poutine, qui déclare à ce sujet, en mai 1999 : « Nous assistons à une tentative unilatérale de détruire l’ordre mondial qui a été créé sous l’égide des Nations unies après la seconde guerre mondiale. Nous devons réagir à ce défi en changeant la conception de notre sécurité nationale. »

En 2011, l’opération de l’OTAN au sein de la coalition internationale en Libye représente un autre camouflet. Non seulement, la chute du régime du colonel Kadhafi met à mal les importants intérêts russes dans ce pays, mais cet interventionnisme occidental pourrait en augurer d’autres en ces heures cruciales où les rives arabes de la Méditerranée s’embrasent les unes après les autres pour réclamer la fin de l’autoritarisme. L’OTAN était intervenue au Kosovo pour mettre un terme au nettoyage ethnique perpétré par les Serbes ? Elle bombarde les troupes kadhafiennes pour éviter à Benghazi, selon les mots du président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, « ce qui s’était passé à Srebrenica » ? La Russie est entrée en Géorgie « pour défendre ses citoyens » dans les régions séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, où des passeports russes avaient été généreusement distribués. En 2015, Moscou envoie ses plus gros bombardiers en Syrie, pour sauver le président Bachar Al-Assad de la vindicte de sa population, tout entière rangée sous la catégorie de « terroriste ». L’engrenage est lancé.

Débandade afghane

Les travaux du Conseil OTAN-Russie, « suspendus » lors de l’invasion de la Géorgie en 2008, subissent une nouvelle dégradation en 2014, avec l’annexion de la Crimée et le conflit dans le Donbass ukrainien. Entre 2016 et 2019, le Conseil ne se réunit qu’à cinq reprises, dont la dernière en janvier. Le secrétaire général de l’Alliance atlantique, le Norvégien Jens Stoltenberg, y voit alors un « signal positif » – ledit « signal » étant simplement le fait que la rencontre ait eu lieu…

C’est désormais une évidence, les « ex-ennemis » sont redevenus des ennemis tout court. L’OTAN expulse des « diplomates » russes accusés d’espionnage ; Moscou exige une « refonte » de l’architecture européenne, l’arrêt de tout élargissement et une discussion avec les seuls Etats-Unis. Le risque d’un conflit armé est « réel », alerte M. Stoltenberg, sur la foi d’informations des services de renseignement américains et britanniques, mais il peine à convaincre. Les réticences européennes à envisager un scénario catastrophe s’expliquent peut-être par l’idée que la bureaucratie politico-militaire otanienne cherchait à amplifier la menace russe pour faire oublier la débandade afghane de l’été 2021. La prise de Kaboul par les talibans, en dix jours, aura marqué d’un sceau cruel la fin d’une mission qui se résume à une défaite stratégique des Etats-Unis et à une communication désastreuse entre Washington et ses alliés.

Ce n’est pas la seule erreur commise. Le manque de réactions concernant les demandes d’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine en 2008 a été, pour nombre d’experts, annonciateur de la guerre actuelle. « C’était la pire des solutions, c’était agacer la Russie sans protéger ces deux pays, estime M. Tertrais. S’il y a eu endormissement [de l’OTAN], c’est dans la planification des défenses à l’est. Avant l’invasion de la Crimée en 2014, l’OTAN n’avait plus de défense dans cette zone. » En 2009, dans le souci de ménager Moscou, Washington a abandonné son projet d’installer des systèmes antimissiles en silos en Pologne, alors qu’il avait réduit ses troupes en Europe : il y avait 305 000 militaires américains en Europe en 1991, un peu plus de 100 000 en 1997. Et 64 000 en 2020.

L’accalmie en trompe-l’œil des relations avec la Russie et le « pivot » vers l’Asie décidé par l’administration de Barack Obama en 2012 ont participé à une démobilisation de l’Alliance

En 2004 a bien été créée une Force de réaction rapide de l’OTAN, un système de troupes, de moyens aériens et navals prêts à être déployés dans un délai de cinq à trente jours. Mais, jusqu’en 2014, les pays membres ont parfois rechigné à contribuer à cette structure. L’accalmie en trompe-l’œil des relations avec la Russie et le « pivot » vers l’Asie décidé par l’administration de Barack Obama, en 2012, ont participé à une démobilisation de l’Alliance, alors qu’étaient démantelés les accords sur la non-prolifération des armements. Ne subsiste aujourd’hui que le traité New Start qui limite, en principe, le nombre de têtes et de lanceurs nucléaires. « Tout le savoir issu du contrôle des armements » a été perdu, estime Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales.

C’est le président Macron, avec son verdict de « mort cérébrale », en 2019, qui aura brutalement réveillé les alliés européens, plongés dans une sorte de doute existentiel depuis que M. Trump avait condamné l’OTAN à l’obsolescence. Pour le Français, il était temps de muscler la défense européenne, hors OTAN. Une vision que ne partagent pas, à l’époque, les Etats d’Europe centrale et les pays baltes, qui y voient une concurrence néfaste à l’efficacité de la protection de l’Europe. Au sein de l’organisation transatlantique, partisans et adversaires de l’Europe de la défense se livrent alors à un combat feutré, tandis qu’est lancé, en avril 2021, un Fonds européen de défense et des projets de développement capacitaire dans le cadre de la Coopération structurée permanente.

>>> 1966 : la France tourne le dos à l’OTAN

La guerre en Ukraine a eu pour effet de calmer ce débat, et d’autres questions qui fâchent ont été mises sous le boisseau. La Turquie, qui avait acquis des missiles russes incompatibles avec les normes de l’OTAN, en 2019, et frôlé un incident grave avec un navire français en Méditerranée, en juin 2020, peut désormais se poser à la fois en médiatrice et en alliée fidèle : après hésitations, elle a appliqué la convention de Montreux de 1936, qui lui permet de réglementer le trafic maritime à travers les détroits du Bosphore et des Dardanelles, entre la Méditerranée et la mer Noire, et donc d’interdire le passage aux bâtiments militaires russes. Une décision qui rend « difficile, désormais, la relance des discussions sur les ambiguïtés d’Erdogan », souligne un diplomate otanien..

Un militaire finlandais observe le
 déroulement de l’exercice militaire
du 4 mai 2022 à Niinisalo en Finlande,
 unissant les forces finlandaises, américaines,
 britanniques, lettonnes et estoniennes

Mais, au-delà de l’Ukraine, la question de la relation instable entre Européens et Américains n’est pas résolue. A Bruxelles, tout le monde se rappelle avec effroi l’inauguration du nouveau siège de l’OTAN, en 2017, par un Donald Trump insultant l’Allemagne en raison de la faiblesse de son budget de défense et évoquant la possibilité que Washington n’accorde plus sa protection aux pays qui ne partageraient pas le « fardeau » financier – l’un des leitmotivs de ses années de présidence. Le climat est tout autre avec un Joe Biden qui, même s’il voulait se concentrer sur la Chine et réclamait, à son tour, une plus grande implication européenne dans la défense collective, a massivement réengagé son pays en Europe. Notamment pour obtenir un soutien sans faille aux sanctions contre le Kremlin.

Nouveau concept stratégique

Le nombre de soldats américains présents en Europe est repassé à 100 000, dont une petite partie sous commandement de l’OTAN. Ajoutés au déploiement en Pologne, au mois de mars, de systèmes antimissiles Patriot, le flanc est de l’Alliance est désormais considérablement fortifié. Le poste de commandement suprême des forces alliées en Europe a, lui aussi, été renforcé, avec la création d’une centaine de postes depuis 2014.

Plus unie et revenue à ses fondamentaux, l’OTAN ne pourra pas cependant échapper aux contreparties du réinvestissement américain en Europe : une hausse des dépendances militaires et une plus forte mobilisation aux côtés des Etats-Unis. Nul doute que Washington entend les impliquer dans sa relation conflictuelle avec la Chine.

Balayé d’un revers de main par M. Macron, qui juge que la question chinoise n’a rien à voir avec les missions de l’Alliance atlantique, le sujet a souvent été évoqué par le patron de l’Alliance, Jens Stoltenberg, dont le mandat s’achèvera à l’été 2023. Son projet de « transformation » et de nouveau concept stratégique, qui doit être discuté au sommet de Madrid fin juin, range désormais la menace chinoise dans la liste des nouveaux défis de l’Alliance. « La sécurité mondiale est entrée dans une nouvelle ère, dans laquelle des puissances autoritaires, telles que la Russie et la Chine, contestent ouvertement des principes fondamentaux pour notre sécurité et cherchent à redéfinir complètement l’ordre international dont dépendent notre paix et notre prospérité », notait-il dans son rapport annuel 2021.

Les autres défis étant la prolifération nucléaire, les cyberattaques, le changement climatique et le terrorisme, sans compter le domaine spatial et, surtout, la disponibilité opérationnelle des forces. Car, au-delà des discours et des projets, la guerre en Ukraine a remis à l’ordre du jour une question oubliée : en cas d’aggravation, l’Alliance disposera-t-elle des ressources et d’une capacité de riposte nécessaires ? « Rester vivant ne signifie pas obligatoirement être efficace », ironise une source américaine.

>>> Retrouvez l’intégralité de nos dossiers géopolitiques.

Jean-Pierre Stroobants, Bruxelles, bureau européen

Elise Vincent

vendredi 13 mai 2022

"Poutine, chef de guerre très isolé" | Public Sénat 9 mai 2022


Vladimir Poutine s’est adressé aux Russes avant le traditionnel défilé militaire moscovite du 9 mai célébrant la victoire de l’URSS sur l’Allemagne nazie. 

« Aujourd’hui comme hier, vous vous battez pour notre peuple dans le Donbass, pour la sécurité de notre patrie, la Russie », a-t-il lancé aux soldats déployés en Ukraine. 

Le chef du Kremlin en a profité pour justifier son « opération spéciale » en Ukraine « Une invasion de nos terres historiques, y compris de la Crimée, se préparait ouvertement. Tout indiquait qu’un affrontement avec les >>> néonazis serait inévitable », a regretté Vladimir Poutine

mercredi 11 mai 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ « La guerre en Ukraine met en évidence le fossé qui s’est creusé entre “l’Ouest” et “le Reste” de la planète » par Gilles Paris, Editorialiste au « Monde » | Le Monde 11/05/2022

Plusieurs grands pays ont fait le choix de renvoyer dos à dos la Russie et l’Ukraine. Ce qui illustre la perte d’influence du camp occidental, analyse dans sa chronique, Gilles Paris, éditorialiste au « Monde ».

La captation mémorielle à laquelle les célébrations des 8 et 9-Mai ont donné lieu à Kiev et à Moscou en témoigne : la guerre en Ukraine s’enfonce dans une phase de durcissement synonyme de conflit prolongé, avec la certitude de morts et de dévastations supplémentaires. Dès lors qu’il est défini de part et d’autre comme existentiel, le conflit ne peut guère offrir leurs chances à la négociation et au compromis.

C’est d’autant plus vrai que le durcissement ne concerne pas seulement les deux protagonistes, il s’étend également aux acteurs périphériques.

Les Etats-Unis ont fait le choix de s’engager pleinement dans cette guerre par procuration, ajoutant l’objectif d’une Russie « affaiblie » à celui, initial, du soutien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, conformément au droit international. A leur manière, plus alambiquée du fait de leurs hésitations ou divisions, les Européens ont effectué un choix similaire. Les autres membres du club occidental qu’est le G7, le Japon comme le Canada, dont le premier ministre, Justin Trudeau, a effectué à son tour le déplacement à Kiev, campent sur la même ligne, à la différence de nombreuses autres démocraties.

>>> Comment les hommes du président Biden s’emparent de la guerre en Ukraine

L’ancien président du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva, qui espère effectuer en octobre un spectaculaire retour aux affaires à l’occasion de la prochaine élection présidentielle, a été la dernière figure en date à renvoyer dos à dos l’agresseur et l’agressé, le bourreau et la victime, au cours d’un entretien avec le magazine Time. « Je vois le président ukrainien être applaudi debout par tous les Parlements. Mais ce type est aussi responsable que Poutine. Une guerre n’a jamais un seul coupable », a-t-il assuré, avant d’accuser les Occidentaux « d’inciter à la haine contre Poutine ».

Le choix du non-alignement

Avant lui, d’autres responsables de géants mondiaux ont fait de même. Cyril Ramaphosa, en Afrique du Sud, a souligné dès le mois de mars une responsabilité supposée de l’OTAN. Narendra Modi, en Inde, s’en tient également à une position d’équidistance, comme Andres Manuel Lopez Obrador, au Mexique. En Indonésie, quatrième pays mondial en matière de population et futur hôte du G20, le président, Joko Widodo, a annoncé, le 29 avril, avoir invité le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, tout comme celui qui a encore justifié, le 9 mai, sa « guerre de choix », son homologue russe Vladimir Poutine.

>>> Lula et la gauche brésilienne cultivent l’ambiguïté sur la guerre en Ukraine

Ni le respect de la souveraineté d’un pays, ni les pilonnages à répétition de zones résidentielles, ni les découvertes d’atrocités que tout désigne comme des crimes de guerre ne font fléchir les réticents. Au contraire, ils réaffirment leur position alors que leurs pays sont déjà touchés par les répliques, dans le domaine de l’énergie ou de l’alimentaire, du séisme déclenché par l’agression russe.

Le soutien apporté par Pékin à Moscou était évidemment attendu, comme celui des pires régimes de la planète. Liés par leur mépris des libertés et le culte de l’homme fort et infaillible, avec les résultats actuels que l’on sait, les deux pays, qualifiés de « puissances révisionnistes » dans la vision stratégique des Etats-Unis publiée en 2017, ne cachent pas leur désir de reformuler, à leur avantage, les équilibres mondiaux.

Certes, les liens tissés avec l’ancienne Union soviétique, puis avec la Russie, expliquent en bonne partie le choix du non-alignement fait par de nombreux pays. Cela vaut pour l’Inde, dont l’équipement militaire en provient très majoritairement, comme pour l’Afrique du Sud ou le Brésil. Cependant, la présence de grandes démocraties parmi ceux qui apportent un soutien tacite à la Russie en refusant l’évidence d’une condamnation, ne serait-ce que verbale, brouille complètement la (di)vision du monde opérée par le président des Etats-Unis, Joe Biden.

Un cas d’école

Ce dernier a tracé, avant même son arrivée à la Maison Blanche, une ligne de partage entre les démocraties et la large palette des régimes autoritaires. Elle montre aujourd’hui ses faiblesses. Non seulement les démocraties sont en recul de toutes parts, avec parfois des effets de cliquet, comme l’illustre le retour à Manille, aux Philippines, du fils de l’ancien dictateur Ferdinand Marcos, élu sur les brisées du populiste Rodrigo Duterte, mais elles se divisent à propos de la guerre, qui constitue pourtant pour le camp occidental un cas d’école chimiquement pur.

>>> Cérémonies du 9-Mai : Vladimir Poutine, un chef de plus en plus isolé sur la scène internationale

Dans les heures qui avaient suivi l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, Joe Biden en avait pris l’engagement publiquement. « Poutine sera un paria sur la scène internationale », avait-il annoncé au cours d’une intervention solennelle.

Près de trois mois plus tard, les sanctions continuent de s’empiler, les livraisons d’armes lourdes sont désormais assumées, mais le président russe n’est pas devenu le pestiféré imaginé par son homologue américain. Les relations cultivées en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique comme en Amérique latine ont produit leurs effets, même si la Russie paiera un prix pour les erreurs stratégiques commises en Ukraine, qui vont ternir durablement son image.

>>> Ukraine : l’inavouable euphorie de Washington vis-à-vis de Moscou

L’Ukraine met ainsi en évidence le fossé qui s’est creusé entre « l’Ouest » et « le Reste » (de la planète), selon la formule de la géopoliticienne Angela Stent, chercheuse associée à la Brookings Institution, un cercle de réflexion de Washington, qui donne son titre à un article publié par Foreign Policy.

Ce fossé est une très mauvaise nouvelle pour les espoirs d’une meilleure gouvernance mondiale, à l’heure où l’Organisation des Nations unies essuie humiliations sur échecs. Conjoncturellement, avec une invasion russe sur laquelle elle se montre incapable de peser. Structurellement, avec une catastrophe climatique pour laquelle elle est réduite à un rôle de lanceuse d’alerte quasi aphone. La brève pax americana, ô combien imparfaite, a vécu. A sa place, une ère d’extrême instabilité et d’imprévisibilité renforcée s’installe.

Gilles Paris, Editorialiste au « Monde »

Les nouveaux soldats de la Chine | Arte 18 avr. 2022


Depuis les premières attaques de hackers chinois contre des sites américains dans les années 2000 jusqu’aux récents vols de documents diplomatiques européens, en passant par l'offensive du géant Huawei sur la 5G, enquête et révélations sur l'émergence de la cyberpuissance chinoise.

Chine, Russie, Etats-Unis : qui règnera sur l'Arctique ? - Géopoliticus | Lumni 26 févr. 2021


Pétrole, gaz, navigation... La région Arctique polarise les convoitises. Quels sont les enjeux ? Pourquoi la Chine, qui n'a pas d'intérêt géographique direct, y augmente-t-elle sa présence ?

Au pôle Nord, la région Arctique attise les convoitises des États qui la bordent. De nombreux intérêts géostratégiques, économiques et scientifiques s’entremêlent. Le réchauffement climatique  et la fonte des glaces accentuent ces enjeux en augmentant les espaces maritimes navigables et en facilitant l’accès aux ressources naturelles.

Qu'est-ce que le Conseil de l'Arctique ?

Le Conseil de l’Arctique, créé en 1996, réunit les 8 États ayant des intérêts géographiques directs en Arctique : Russie, États-Unis, Canada, Islande, Danemark, Norvège, Finlande et Suède.

Pour affirmer leur légitimité et revendiquer leurs droits dans la région, ces États s’appuient sur le droit international et sur leurs réseaux diplomatiques et militaires. Ils développent leurs flottes de navires brise-glaces qui permettent de créer des passages dans la banquise, exploitent et prospectent les gisements gaziers et pétroliers, et multiplient les expéditions scientifiques.

Quelle est la stratégie de la Russie et des Etats-Unis dans l'Arctique ?
C’est le cas de la Russie qui a déployé et modernisé le long de son littoral un grand nombre de bases militaires, de radars et de systèmes de missiles, s’assurant ainsi le contrôle de la route du Nord.

Les États-Unis ont eux aussi développé des bases militaires et radars, notamment en Alaska.

Sur les questions énergétiques, si la Russie n’a jamais cessé de prospecter dans ses eaux territoriales, Donald Trump a autorisé des forages jusqu’alors interdits en Alaska.

Le Canada et les pays du Nord de l’Europe manifestent leurs intérêts.
Pour autant, les autres États membres du Conseil de l’Arctique bénéficient de l’accès à leurs territoires du pôle Nord et manifestent leurs intérêts.

Ainsi, le Canada exploite de nombreux sites miniers et pétro-gaziers et possède, après la Russie, la plus grande flotte de navires brise-glaces.
Les États d’Europe du Nord, la Norvège, le Danemark, la Finlande et l’Islande revendiquent également des espaces au-delà de leurs territoires marins et multiplient les investissements.

La Chine de plus en plus active dans la région

La Chine, membre observateur du Conseil de l’Arctique, se montre particulièrement active et affiche un intérêt croissant pour la région. Elle voit dans la route maritime du nord une nouvelle route commerciale vers l’Europe, plus courte de 4 600 km et donc plus rentable. Cette route maritime fait partie du projet chinois de développement de nouvelles routes commerciales à travers le monde : >>> les nouvelles routes de la Soie.

La Chine augmente donc sa présence diplomatique et commerciale et multiplie les expéditions scientifiques et touristiques dans la région.

Quant à l’Union européenne, elle pourrait jouer un rôle diplomatique pour faire valoir les intérêts de ses États membres… à condition qu’elle développe une réelle stratégie Arctique commune.

Asie-Pacifique : la nouvelle poudrière | ARTE 7 mai 2022

Le monde de Xi Jinping | ARTE 10 mai 2022

dimanche 8 mai 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Ukraine : Odessa, les enjeux de la mer Noire | Le Dessous des cartes - L’essentiel ARTE 10 mars 2022


Ukraine : Odessa, les enjeux de la mer Noire. Trois minutes pour comprendre les enjeux de la guerre en Ukraine. "Le Dessous des cartes - L’essentiel" rebat les cartes des relations internationales. 

Odessa, le plus grand port d’Ukraine, vital pour l'économie ukrainienne, est menacé par l'invasion russe. Le port est ouvert sur la mer Noire, une mer stratégique pour Vladimir Poutine qui s’y déploie militairement et trouve face à lui un certain Recep Tayip Erdogan. Pour mieux comprendre la relation Russie-Turquie à travers la mer Noire, sortons nos cartes.

Le leader turc profite de la guerre en Ukraine pour se remettre au centre : sanctionnant la Russie à l’ONU, reprenant toute sa place à l’OTAN par son rôle stratégique en mer Noire tout en jouant les médiateurs en ayant accueilli ce jeudi 10 mars 2022 la rencontre diplomatique russo-ukrainienne.

samedi 7 mai 2022

Ukraine : pourquoi l’armée russe piétine-t-elle ? | Public Sénat 3 mai 2022


L'armée russe et les forces prorusses ont lancé mardi un "puissant assaut" contre l’aciérie Azovstal, dernière poche de résistance ukrainienne à Marioupol, a annoncé un commandant du régiment qui la défend. Une centaine de civils ont été évacués ce week-end de l'aciérie Azovstal à Marioupol. Ils sont arrivés ce mardi à Zaporijjia. "Je suis heureuse et soulagée de confirmer que 101 civils ont été évacués avec succès", a indiqué mardi la coordinatrice humanitaire des Nations unies pour l'Ukraine Osnat Lubrani, citée dans un communiqué.

Bauer : "La Russie n'a plus la maitrise de l'air" | RMC 28 avr. 2022

L'Ukraine, une nouvelle arène pour la Russie et les États-Unis | France Culture 4 mai 2022


Pour beaucoup, la guerre en Ukraine est en partie un échec de la diplomatie occidentale et son incapacité à établir un dialogue stratégique avec Moscou. Place alors aux solutions bellicistes ? 
En tout cas, Washington a annoncé augmenter son assistance à l’Ukraine, notamment sur le plan militaire. Un regain de tension qui pourrait bouleverser tout l'ordre mondial.

Pour en parler, Guillaume Erner reçoit :

- Bertrand Badie, politiste, spécialiste des relations internationales, professeur émérite des universités à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI)
- Annick Cizel, enseignante-chercheuse spécialiste de politique étrangère américaine à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3

jeudi 5 mai 2022

∆∆∆ Qui a peur de Milton Friedman ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 19/01/2021

Prix Nobel de l'économie en 1976, Milton Friedman est un des auteurs les plus influents de la deuxième moitié du XXe siècle.

À retrouver dans l'émission ENTENDEZ-VOUS L'ÉCO ? par Tiphaine de Rocquigny

  • Dans le premier épisode, nous nous intéressons à son libéralisme économique et politique.
  • Dans le deuxième épisode, nous nous penchons sur le rôle de l'État dans sa pensée.
  • Dans le troisième épisode, cherchons à comprendre les bases du monétarisme, le courant de pensée qu'il a contribué à créer. 

TOUS LES ÉPISODES


>>> La liberté à tout prix

Du monde universitaire au monde de politique, Milton Friedman a marqué la deuxième moitié du XXe siècle. Quelle était sa vision du monde et quelle cohérence...


>>> L’Etat à sa juste place

L'État, un parasite économique ? Milton Friedman est présenté comme le chantre du libéralisme de la seconde moitié du XXe siècle, en opposition à un Keynes,...


>>> L’obsession de la monnaie

Pourtant partisan du libre marché et de la concurrence, il y a un domaine dans lequel Milton Friedman est favorable au centralisme : la monnaie. Opposé...

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Dans la tête de Friedrich Hayek ( Cliquer sur l'image ) | France culture 05/05/2022

"La société n'existe pas" : cette phrase prononcée par Margareth Thatcher en 1987 est en réalité empruntée à un économiste autrichien : Friedrich von Hayek. Trente ans après sa mort, le penseur d'obédience libérale exerce encore une grande influence sur les idées économiques...

À retrouver dans l'émission ENTENDEZ-VOUS L'ÉCO ? par Tiphaine de Rocquigny

TOUS LES ÉPISODES


>>> La psychologie au service du libéralisme

Et si l’on savait moins de choses que l'on en ignorait ? C'est l'une des questions fondamentales de Friedrich August von Hayek, qui structure sa théorie économique. On revient sur son épistémologie, l'influence de la psychologie sur son oeuvre et ses influences philosophiques...


>>> Un économiste paria

A partir de la crise de 1929, Hayek mène avec acharnement une double lutte, contre l’interventionnisme keynésien d’une part, contre le socialisme de l’autre. C'est grâce à ces controverses qu'il se forge un nom en économie, mais qu'il devient aussi, peu à peu, isolé des cercles académiques.

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Les leçons de Keynes ( Cliquer sur l'image ) | France culture 10/11/2020

En 2008, Keynes redevenait l’économiste le plus en vue. Tous les dirigeants s’en réclamaient. Depuis la crise de la demande ne semble s’être jamais résorbée et la pandémie rajoute une crise inédite de l’offre. Vivons-nous un moment Keynésien ?

À retrouver dans l'émission ENTENDEZ-VOUS L'ÉCO ? par Tiphaine de Rocquigny

TOUS LES ÉPISODES


>>> Monnaie : le carburant de la croissance

John Maynard Keynes a révolutionné la théorie économique de son époque alors dominée par les penseurs classiques. Pour cela, il mettra au centre de sa..

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>>> Le chômage : un équilibre involontaire

Dans les années 1930, où le chômage atteint des niveaux historiquement élevés aux Etats-Unis mais aussi en Grande-Bretagne depuis quelques années, Keynes...


>>> Keynésianisme : l’héritage de la discorde

John Maynard Keynes est mort le 21 avril 1946, dans sa ferme de Tilton à Firle en Grande-Bretagne, victime d’une crise cardiaque. Pourtant, on ne peut...


À PROPOS DE LA SÉRIE

Dans le premier épisode, nous nous intéressons à la théorie monétaire de Keynes.

Dans le deuxième épisode, nous nous penchons sur la question du travail, et notamment du "chômage involontaire" chez Keynes.

Dans le troisième épisode, cherchons à comprendre les lignes de fracture qu'il peut y avoir entre keynésiens et post-keynésiens.

mardi 3 mai 2022

Vladimir Poutine, le culte de la guerre, par Isabelle Mandraud et Madjid Zerrouky | Le Monde 22 avril 2022

Depuis plus de vingt ans, Vladimir Poutine a mené quatre guerres en utilisant le même subterfuge : elle n’existe pas, c’est une « opération militaire spéciale ». Jamais assumée dans les mots, la violence armée est son instrument pour se mesurer à l’Occident.

Dmitri Siline affiche un grand sourire. Ce 8 avril, ce petit entrepreneur d’Ivanovo, au nord-est de Moscou, distribue gracieusement des exemplaires de 1984, de George Orwell. Le célèbre roman décrivant l’enfer du totalitarisme après une guerre nucléaire connaît un véritable engouement en Russie. Selon le quotidien économique Vedomosti du 12 avril, ses ventes s’envolent. Mais l’initiative du libraire improvisé, pris sur le vif par une photo publiée sur les réseaux sociaux, tourne court. Aussitôt interpellé, il doit désormais répondre du délit de… « dénigrement de l’armée russe » au tribunal. Une accusation qui témoigne jusqu’à l’absurde de l’ordre martial régnant dans ce pays, où même le mot « guerre » est interdit.

>>> Guerre en Ukraine en direct : au moins huit morts dans des bombardements à Odessa, et six morts dans la région du Louhansk

Pour ne pas avoir à l’employer, en risquant une peine de quinze ans de prison, les derniers médias russes indépendants se sont sabordés. Soumis à la même pression, les citoyens qui osent défier cette loi du 4 mars sont poursuivis. La guerre en Ukraine n’existe pas. C’est une « opération militaire spéciale » déclenchée par Vladimir Poutine, le 24 février, pour asservir un pays voisin, éliminer son président, Volodymyr Zelensky, et un gouvernement qualifié de « junte nazie ». « La guerre présuppose que le pays contre qui vous la faites est indépendant, or Poutine ne reconnaissant pas l’Ukraine, il s’agissait dans son esprit d’une opération de police », souligne l’historienne Françoise Thom, spécialiste de l’URSS et de la Russie. La résistance ukrainienne a ruiné, du moins dans la première phase des combats, les plans du Kremlin. Reste l’interdit.

>>> « Vladimir Poutine mène une guerre de civilisation », estime l’essayiste Michel Eltchaninoff

Au pouvoir depuis plus de vingt ans, Vladimir Poutine a mené quatre guerres en utilisant le même subterfuge. La deuxième guerre de Tchétchénie (1999-2009), lors de laquelle il n’avait pas hésité à poser aux commandes d’un avion de chasse Soukhoï, était une « opération antiterroriste ». La guerre de 2008 en Géorgie, une campagne « pour défendre ses citoyens » dans les régions séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, où des passeports russes avaient été distribués. Celle commencée en 2015 en Syrie, rien d’autre qu’une « intervention », faite « à la demande » de son allié Bachar Al-Assad, pour lutter « contre des terroristes internationaux ». En 2014, dans le Donbass, dans l’est de l’Ukraine, la présence de soldats russes sur le terrain a tout simplement été niée.

A bord de leur camion, des soldats russes saluent des photographes à leur manière, alors qu’ils s’apprêtent à pénétrer en Tchétchénie depuis l’Ingouchie, le 28 décembre 1999.

La guerre ne fait pas partie du vocabulaire du chef du Kremlin, sauf lorsqu’il s’agit de la « grande guerre patriotique » de 1941-1945, dont la commémoration, le 9 mai, n’a cessé de dériver, année après année, en manifestations de plus en plus grandioses, au service, non pas du souvenir, mais d’une préparation des esprits au sacrifice de soi et à l’idée que la Russie serait, comme hier, assiégée. Il aurait sans doute fallu prêter plus d’attention aux menus objets – ces petits chaussons de feutre en forme de char, par exemple – qui se sont répandus dans les marchés russes, ou à ces capots de voiture couverts de messages agressifs faisant allusion à la prise de Berlin en 1945 : « Nous pouvons le refaire ».

L'armée russe toujours sur le pied de guerre

dimanche 1 mai 2022

US, UK, France Dock Nuke Submarines In Scotland l NATO's Clear Message To Putin Amid Ukraine War ? | CRUX 30/04/2022


The nuclear-powered submarines of three western powers including the US, UK and France have docked in Scotland’s naval base HMNB Clyde. The confluence of nuclear-submarines in Scotland come amid heightened tensions between NATO and Russia over Ukraine.

While the gathering of NATO submarines could be coincidental, it comes amid heightened tension with Russia. Adding to the speculation is the fact that there is no official submarine drill scheduled in Clyde. All three countries have appeared secretive about the movement of their nuclear submarines to Scotland.

America First, le bilan | ARTE 7 avr. 2021


Au fil du récit d’acteurs clés et de témoins, cette investigation fait pénétrer au cœur des sommets et des tractations internationales du mandat Trump, offrant le rare et réjouissant privilège de les suivre en différé des coulisses. 

Reconstituant minutieusement l’histoire en marche dans les pas des dirigeants, selon la méthode éprouvée des productions Brook Lapping, cette série documentaire, qui rappelle les éructations du président américain battu par Joe Biden en novembre dernier et la stupéfaction, au mieux amusée, de ceux auxquels elles s’adressent, met aussi à nu les failles de la diplomatie et la fragilité des équilibres planétaires. Car les homologues de Donald Trump et l’armada de ses conseillers (dont ceux qu’il se targue d’avoir remerciés, même s’ils ont démissionné) racontent aussi leur impuissance à contrôler un chef d’État qui entend diriger son pays − et imprimer le monde de sa marque ignorante au péril de la paix − comme il a géré son empire, sûr que tous les coups ou presque sont permis.

America First, le bilan

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ D’où vient l’obsession russe d’une Ukraine «nazie» ? par Korine Amacher | Heidi.news 27 mars 2022

Depuis le lundi 7 mars, >>> Heidi.news invite à prendre de la hauteur par rapport à la guerre en Ukraine et son flot incessant d'informations. Pour cette «semaine des spécialistes», nous sommes partis à la recherche d’esprits aiguisés pour nous aider à mieux comprendre ce qui se joue là, sous nos yeux, à notre porte. >>> Korine Amacher, professeure d'histoire russe et soviétique à l’Université de Genève, revient sur ce leitmotiv du discours officiel du Kremlin: la volonté de «dénazifier» l’Ukraine.

En janvier 2010, après le premier tour de l’élection présidentielle ukrainienne, Viktor Iouchtchenko, vainqueur de la «révolution orange» en 2004 et candidat à sa réélection, attribua le titre de héros national à Stepan Bandera, le dirigeant d’une organisation nationaliste ukrainienne radicale (>>> OUN) née en Ukraine occidentale, polonaise durant l’entre-deux-guerres. Or, l’OUN avait collaboré avec les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, dans l’espoir d’obtenir leur soutien à l’établissement d’une Ukraine indépendante. La décision de Iouchtchenko eut beau être invalidée par la justice après sa défaite de 2010, le mal était fait.

Cette décision suscita l’émoi en Ukraine orientale, mais aussi en Russie, où la «Grande Victoire» occupait depuis le milieu des années 2000 une place de plus en plus centrale dans l’espace public et mémoriel et où les fêtes du 9 mai (jour de commémoration de la victoire sur l’Allemagne nazie, ndlr.) avaient renoué avec le faste de la période soviétique. En Pologne aussi, l’émotion fut vive. En effet, en 1942-1943, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, branche armée de l’OUN, avait mené une véritable opération de purification ethnique à l’encontre de la population polonaise des villages de Galicie et de Volhynie.

Une mémoire clivée

L’héroïsation de >>> Stepan Bandera, et plus largement des nationalistes ukrainiens qui avaient participé à des massacres de Juifs et de Polonais durant la guerre, puis lutté contre l’URSS, ne datait toutefois pas de 2010. Dès les années 1990, dans la partie occidentale de l’Ukraine, un processus de réhabilitation des nationalistes ukrainiens d’extrême-droite s’était mis en place. Des noms de rues leur avaient étaient accordés, des statues de Bandera avaient commencé à apparaître. Cette héroïsation des nationalistes ukrainiens a rendu impossible l’établissement d’une mémoire partagée de la Grande Guerre patriotique en Ukraine.

Entre l’est du pays, qui condamnait cette héroïsation et cultivait, comme en Russie, le mythe de la Grande Guerre patriotique, et l’ouest du pays, qui entendait préserver la mémoire de ceux qui avaient lutté pour l’indépendance nationale de l’Ukraine, fut-ce au prix d’un pacte avec le diable, le dialogue était de plus en plus difficile. Dans le reste de l’Ukraine, les positions étaient partagées entre les partisans de l’héroïsation des nationalistes ukrainiens et leurs adversaires, sans compter les indifférents.

Quand vint la révolution de Maïdan

>>> Les événements sur la place Maïdan en 2013-2014 ont largement contribué au renforcement de l’image positive de Stepan Bandera. Aux côtés d’activistes radicaux d’extrême-droite, ouvertement bandéristes, bon nombre de manifestant.e.s qui rêvaient de démocratie et qui ignoraient visiblement tout de l’histoire se sont mis à scander le mot d’ordre utilisé par les membres de l’OUN: >>> «Gloire à l’Ukraine! Gloire aux héros!».

Ce mot d’ordre est rapidement devenu le symbole du soutien à l’Ukraine indépendante, après l’annexion de la Crimée et la guerre dans le Donbass. Et pas seulement en Ukraine: des spécialistes de l’Europe centrale et orientale, peu soucieux du poids des mots, l’utilisent aussi en marque de soutien à l’Ukraine.

Une extrême-droite en perte de vitesse

Est-ce à dire, comme le prétend Vladimir Poutine, que l’Ukraine doit être «dénazifiée» ? Depuis des années, le pouvoir russe exagère délibérément l’importance des groupes ukrainiens d’extrême-droite.

L’un d’entre eux, le Secteur droit (Pravy Sektor) a effectivement joué un rôle important durant les événements du Maïdan, et a participé à la formation du >>> «bataillon Azov», dont les milliers de volontaires ont combattu les séparatistes prorusses dans le Donbass. En septembre 2014, le bataillon Azov a été intégré dans l’armée régulière ukrainienne.

Quant au parti d’extrême-droite Svoboda, s’il a remporté 10% des suffrages aux élections législatives de 2012, il ne joue guère de rôle depuis 2014 dans l’échiquier politique ukrainien.

Il en va de même pour Secteur droit, devenu un parti politique en 2014. Son score aux élections législatives et présidentielles est aujourd’hui minime.

Enfin, si le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, russophone et d’origine juive, élu à 73%, termine ses discours par les mots: «Gloire à l’Ukraine!», il s’arrête là et ne rend pas gloire aux héros ukrainiens d’extrême-droite.

Tous les résistants seront des «nazis»

Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas, en Ukraine, un nationalisme d’extrême-droite, voire des groupes d’extrême-droite. C’est un phénomène qui, faut-il le rappeler, ne touche de loin pas que l’Ukraine. Mais la propagande du pouvoir russe, puissante, a fait son effet. Aujourd’hui en Russie, nombreux sont celles et ceux qui sont persuadés que la société ukrainienne adhère massivement aux idéologies d’extrême-droite, et considèrent que le pays est infesté de néo-nazis.

En Europe, les partis politiques européens d’extrême-droite hésitent entre leur loyauté envers le Kremlin et la solidarité avec l’Ukraine attaquée par la Russie. D’aucuns s’en sortent en se désolidarisant de l’invasion russe, tout en rejetant la faute sur l’Occident antirusse.

Quant aux militants de l’extrême-droite européenne, ils ne forment pas non plus un front uni. Certains partent lutter aux côtés des Ukrainiens. D’autres, comme à Belgrade il y a quelques jours, défilent dans les rues en brandissant des drapeaux russes. D’autres enfin combattent aux côtés des séparatistes du Donbass et des soldats russes, sans que cela ne suscite le moindre problème au chef du Kremlin – pourtant si soucieux de «dénazifier» l’Ukraine.

En réalité, le projet de Vladimir Poutine de «dénazification» de l’Ukraine apparaît avant tout comme une justification de sa politique impérialiste et expansionniste et de sa négation de l’Ukraine en tant qu’État indépendant. Et le flou de ce terme lui permettra, en cas d’occupation de l’Ukraine, d’accuser toutes les personnes qui résistent d’avoir été ou d’être des néo-nazis.

mardi 26 avril 2022

Armes, la course | Géopolitis 22 avr. 2022


Sur fond de tensions croissantes entre Occidentaux, Russes et Chinois, les Etats se réarment et les budgets militaires battent des records.
Invitée : Sophie Lefeez, chercheuse associée à l'IRIS
Présentation : Jean-Philippe Schaller

C'est une "Zeitenwende", un tournant historique pour l'Allemagne. Le 27 février dernier, trois jours après le début de l'offensive russe en Ukraine, Olaf Scholz annonce une enveloppe exceptionnelle de 100 milliards d'euros pour moderniser l'armée allemande, mais aussi une augmentation du budget de la défense à plus de 2% du PIB. L’Allemagne se réarme et tourne le dos au pacifisme qui a régit sa politique extérieure pendant de nombreuses années.

Face au retour de la guerre en Europe, la Pologne, la Belgique, la Suède ou encore le Danemark annoncent des fonds supplémentaires pour leurs armées. Les Etats-Unis, dont le budget militaire est déjà de loin le plus élevé du monde, pourraient aussi avancer dans cette voie. Le président Joe Biden a demandé, fin mars au Congrès d’allouer 813 milliards de dollars à la défense en 2023, soit une augmentation de 31 milliards, ce qui en ferait le plus gros budget militaire de tous les temps.

Des armes toujours plus chères

Ces annonces vont encore renforcer la tendance à la hausse observée au niveau mondial: les dépenses en termes d'armement ont augmenté de 9,3 % entre 2011 et 2020, selon le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri). Dans la région européenne, Russie comprise, l'augmentation est marquée, avec +16% sur cette même période. "C'est surtout utilisé pour moderniser les équipements, ce qui avait été un peu délaissé pendant longtemps", analyse Sophie Lefeez, chercheuse associée à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). "Les matériels modernes coûtent beaucoup plus cher que les matériels anciens." Ils seraient 5 à 10 fois plus coûteux que ceux de la génération précédente, selon cette spécialiste de l'armement.

Les pays européens membres de l'OTAN ont aussi réinvesti dans le militaire pour se conformer aux engagements pris en 2014, lors du sommet de l'organisation au Pays de Galles: consacrer au minimum 2% de leur PIB aux dépenses de défense. Une engagement qui avait été formalisé quelques mois à peine après l'annexion de la Crimée par la Russie.

Au sommaire:

- Des budgets militaires en hausse face à la guerre en Ukraine 
- Sophie Lefeez: "Je me demande si on peut financièrement continuer cette course aux armements"
- Les puissances nucléaires étoffent et perfectionnent leurs arsenaux atomiques
- Sophie Lefeez: "La Russie n'a pas les moyens de développer le même type de bouclier antimissiles que les pays de l'OTAN"
- En Ukraine, quel impact de la cyberguerre ?
- L’agent orange détruit encore des vies des années après la guerre du Vietnam

Géopolitis est une émission de la Radio Télévision Suisse et TV5 Monde. La rédaction décode les affaires du monde, en s'entourant des meilleurs experts et observateurs des relations internationales. Politique, commerce, santé, coopération ou écologie, retrouvez l'actualité de la planète sur le web en tout temps, le dimanche à 13h10 sur RTS 1 et sur tous les canaux de TV5 Monde.

Le site de Géopolitis : >>> http://geopolitis.ch

Le Nouveau Désordre Mondial


Conséquence de l’affaiblissement de l’Union soviétique, la chute du mur, qui met symboliquement fin à la guerre froide, retentit en 1989 comme la victoire totale du "monde libre" sur le communisme. D’abord stupéfaits, les Occidentaux ont alors voulu croire que les événements leur assureraient la suprématie politique sur le reste du monde. Pourtant, force est de constater que "la nouvelle ère", annoncée par le président Bush père, le 11 septembre 1991, "davantage axée sur la recherche de la justice, plus sûre en matière de paix et pendant laquelle les nations prospéreront et vivront en harmonie", n’a jamais vraiment vu le jour.

En fait, la globalisation a au contraire favorisé l’émergence d’autres puissances qui ont rendu impossible un leadership occidental et bouleversé l’équilibre de la planète. En à peine une vingtaine d’années, on est ainsi passé d’un monde unipolaire avec une Amérique dominante à un monde multipolaire instable et pas toujours intelligible. Comment négocier avec la Russie de Vladimir Poutine et la Chine de Xi Jinping ?

Dans ce documentaire, l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, ainsi que plusieurs spécialistes décryptent et mettent en perspective les grands événements des dernières décennies.

00:00 La planète Terre avant l'embrasement général
02:00 Washington 11 Septembre 1991
03:41 16 janvier 1991, les armes vont parler
07:01 11 septembre 2001, se rendre à l'évidence
09:35 15 février 2003, des manifestants contre la guerre en Irak
12:18 Le Caire, 4 juin 2009 : Obama plaide pour un "nouveau départ entre les musulmans
14:16 14 février 1945 - Le " Pacte du Quincy "
16:00 Téhéran 11 février 1979, l'Iran devient une République islamique
18:59 Images de propagande
25:00 Astana 23-24 juin 2017, ironie de l'histoire
29:50 4 mai 1990, Déclaration d'indépendance de la Lettonie
41:02 7 février 1992 - Le traité de Maastricht
43:22 Traité de l'Elysée (22 janvier 1963)
1:00:31 l'Amérique de Trump impuissante

Une production Kuiv-Michel Rotman avec la participation de France Télévisions
Un film de Bertrand Delais
Consultant Hubert Védrine
Avec la voix de Nazim Boudjenah
Montage Sylvie Bourget