Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures.

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dimanche 22 août 2021

L'actualité des pirates ( Cliquer sur l'image ) | France culture 22/08/2021

Le pirate a généré, au fil de l’histoire, un grand nombre de représentations. On l’a affublé des qualificatifs les plus divers : « l’ennemi de tous », « ennemi du genre humain », « l’ennemi injuste », sans jamais réussir à le disqualifier définitivement. Car le pirate incarne aussi une aspiration à la liberté aussi ancienne que l’homme lui-même. Puisque le pirate est une véritable catégorie politique, qui ne cesse de se recomposer à chaque époque, cette semaine propose de prendre au sérieux les courants contemporains qui se réclament de lui - des partis pirates aux hackers en passant par les terroristes ou la finance internationale - pour comprendre un peu mieux notre monde si troublé. 

À retrouver dans l'émission MATIÈRES À PENSER par Antoine Garapon, Patrick Boucheron, René Frydman, Dominique Rousset et Frédéric Worms

TOUS LES ÉPISODES


>>> Un panorama historique

Le pirate a généré, au fil de l’histoire, un grand nombre de représentations. On l’a affublé des qualificatifs les plus divers : "ennemi de tous", "ennemi...


>>> L’imaginaire pirate du protestantisme

Le pirate a généré, au fil de l’histoire, un grand nombre de représentations. On l’a affublé des qualificatifs les plus divers : « l’ennemi de tous »,...


>>> L’entreprise est-elle une organisation pirate ?

Le pirate a généré, au fil de l’histoire, un grand nombre de représentations. On l’a affublé des qualificatifs les plus divers : "ennemi de tous", "ennemi...


>>> Les hackers sont-ils de nouveaux pirates ?

Cette semaine propose de prendre au sérieux les courants contemporains qui se réclament du pirate, des partis pirates aux hackers en passant par les terroristes...


>>> Les pirates au cinéma

Le pirate a généré, au fil de l’histoire, un grand nombre de représentations. On l’a affublé des qualificatifs les plus divers : "l’ennemi de tous", "l’ennemi...

Une série proposée par Antoine Garapon.

lundi 2 août 2021

Covid-19 : les laboratoires en profitent, les prix des vaccins flambent | euronews 1 août 2021


Pfizer et Moderna ont augmenté les prix de leurs vaccins vendus à l'Union Européenne, c'est ce que révèle le Financial Times.

samedi 31 juillet 2021

Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir, pour un monde en quête de sens ( Cliquer sur l'image ) | France culture 10/07/2021

À retrouver dans l'émission DE CAUSE À EFFETS, LE MAGAZINE DE L'ENVIRONNEMENT par Aurélie Luneau

Deux profils, deux regards, deux "gêneurs"...

Pensées vertes

"Nous ne traversons pas un moment de crise anodine, nous vivons un moment décisif pour l'avenir de l'humanité...".

Deux hommes engagés pour l'environnement, deux profils différents, mais deux figures emblématiques et populaires ont choisi de croiser la parole et de livrer leurs pensées pour faire avancer le monde de demain et sortir de l'impasse. Deux voix emblématiques et populaires qui se sont couplées pour refuser la fatalité et faire entendre leur quête de sens. 

Avec Nicolas Hulot, Président d’honneur de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, et ancien ministre de la transition écologique et Frédéric Lenoir, philosophe, sociologue et écrivain. Tous les deux sont auteurs du livre « D’un monde à l’autre. Le temps des consciences » paru chez Fayard, livre dans lequel ils nous font part de leurs réflexions, nourries d'expériences professionnelles et de terrain, expériences qui montrent la difficulté d’agir, souvent en haut lieu, face aux enjeux majeurs du XXIe siècle. Un livre qui est un dialogue, celui de deux « gêneurs », selon leurs mots, avec une volonté de « gêner » sans juger, mais aussi et surtout d’ouvrir les esprits.

Avec nous également Simon Roger, rédacteur en chef des pages Planète du journal Le Monde, notre partenaire.

Les phrases mantras de nos invités : 

  • Nicolas Hulot : "Nous sommes d’étranges créatures qui nous affligeons des effets mais qui continuons à adorer les causes" (Bossuet)
  • Frédéric Lenoir : "Soyez le changement que vous voulez dans le monde" (Gandhi)

Les conseils littéraires de nos invités :

  • Nicolas Hulot : Quand la beauté nous sauve, Charles Pépin
  • Frédéric Lenoir : Le poème Le Crapaud de Victor Hugo dans La Légende des siècles (en lien avec les animaux)

Les conseils cinés de nos invités :

  • Nicolas Hulot : Le Syndrome du Titanic de Jean-Albert Lièvre, Nicolas Hulot

Les gestes écolos de nos invités :

  • Nicolas Hulot : "Manger moins de viande"
  • Frédéric Lenoir : "Consommer local et acheter le moins possible de produits alimentaires emballés dans des plastiques"

Les Liens en plus

>>> Site de la >>> Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme

L'œil du Monde Planète

>>> Bruno Meyerfeld, « Cette réserve a perdu sa raison d’être » : en Amazonie, le rêve brisé d’une forêt durable, Le Monde, le 26 août 2020

Illustrations sonores

  • Musique : Grand Corps malade « Effets secondaires »
  • Extrait émission : Panorama International n° 75 : Théodore Monod, naturaliste, France Culture, 29/12/1990
  • Extrait reportage France 3 : Plan de relance : 100 milliards d’euros pour redresser la France, J.-B. Marteau, A. Brogat, F. Foget, T. Le Bras, F. Goncalves, Y. Saidani, France 3, 03/09/2020
  • Extrait émission : Paul Emile Victor, Parti pris, France Culture,  07/05/1976

Afghanistan : le grand retour des talibans | Le Point 22 juil. 2021


Grand reporter au Point, Armin Arefi s'est rendu en Afghanistan pour assister au départ des troupes américaines du pays, alors même que les talibans sont en train de reprendre le pouvoir sur tout le territoire. 

C'est un échec pour la démocratie et une opération militaire ratée de plus pour les États-Unis au Moyen Orient... Un dossier à retrouver dans Le Point de cette semaine.

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Le capitalisme démocratique. La fin d’une exception historique ? par Jean-Fabien Spitz | LA VIE DES IDÉES 10 juillet 2018

Le capitalisme et la démocratie semblaient, il y a encore quelques années, faire bon ménage. Mais le divorce est consommé, analyse Jean-Fabien Spitz : le marché se porte bien, les régimes autoritaires fleurissent et le désintérêt pour les droits des individus ne cesse de grandir.

À l’occasion du bicentenaire de la Révolution française et de la chute du mur de Berlin, François Furet et bien d’autres célébraient les noces éternelles du capitalisme et des droits de l’homme. 

Trente ans après, les époux sont au bord du divorce : des partis racistes et xénophobes sont aux portes du pouvoir ou les ont déjà franchies dans plusieurs pays de l’Union européenne, la Turquie connaît une dérive autoritaire qui bafoue les libertés fondamentales, le Royaume-Uni est saisi d’une fièvre de repli et de rejet des étrangers, les États-Unis enfin, la plus ancienne démocratie du monde, ont porté à la présidence un homme que le racisme n’effraye pas et qui semble prêt à faire toutes les entorses possibles aux principes écrits et non écrits d’une constitution destinée à protéger les libertés individuelles de l’ensemble des citoyens [1]. Le capitalisme se porte mieux que jamais et jamais le marché n’a étendu son emprise aussi loin ni annexé autant de secteurs de l’existence humaine, mais cette extension sans précédent ne profite ni aux droits de l’homme ni aux principes du libéralisme, qui font l’objet aujourd’hui d’un scepticisme de plus en plus avéré.

La déconsolidation démocratique

Plus grave encore, les politologues Yasha Mounk et Roberto Stefan Foa ont montré qu’une bonne partie des habitants des pays riches étaient affectés par une « déconnexion » vis-à-vis des valeurs de la démocratie, et que cet éloignement ou cette indifférence conduisait à une « déconsolidation » de cette dernière. Interrogés sur la valeur du régime démocratique, les citoyens de ces pays — en particulier les plus jeunes — se montrent de moins en moins attachés à cette forme de gouvernement politique et de plus en plus tentés par diverses formes de radicalité. Si l’importance de l’élection des gouvernants conserve encore une partie de sa valeur, les composantes libérales de la démocratie, notamment le respect pour les droits individuels et la nécessité de conduire les changements politiques dans les formes institutionnelles prévues, semblent faire l’objet d’une désaffection ou en tout cas d’un moindre soutien que dans les années 1950 et 1960. Quant à l’engagement et à la pratique des droits politiques, ils ne sont plus perçus comme des éléments essentiels d’une vie démocratique et le désintérêt qu’ils inspirent ne semble pas comblé par l’attraction de formes nouvelles et non conventionnelles de participation civique.

Enfin, le recours à des solutions autoritaires pour trancher les problèmes les plus pressants ne fait plus l’objet d’un rejet aussi systématique. 24 % des citoyens des États-Unis — tous âges confondus — déclarent par exemple qu’il serait bon pour leur pays d’avoir un dirigeant fort (a strong leader) qui n’aurait à se préoccuper ni du Congrès ni des élections, tandis qu’une proportion plus élevée encore pense que ce serait une bonne chose de confier la gestion des problèmes les plus complexes à des experts [2]. Aux États-Unis, des propositions comme celle qui vise à repousser les élections à une date plus tardive pour permettre de constituer des listes électorales fiables excluant toute possibilité de vote pour les non-citoyens ne paraissent pas scandaleuses, pas plus que des attitudes qui, naguère, auraient profondément heurté les règles non écrites du jeu politique, par exemple celle de la majorité républicaine du Congrès refusant purement et simplement d’examiner la nomination à la Cour suprême de la personnalité pressentie par Barack Obama à la fin de son mandat pour remplacer le juge Scalia.

Il semble au demeurant que, pour beaucoup, l’adhésion aux valeurs « libérales » (les droits des individus et les freins institutionnels) ait reposé — pendant la période de consolidation de l’après-Seconde Guerre mondiale — sur des bases purement instrumentales, c’est-à-dire sur la capacité des régimes démocratiques de cette période à promouvoir une hausse continue du niveau de vie pour le plus grand nombre. Comme l’écrivent Foa et Mounk, « il se pourrait que l’attachement très largement répandu à la démocratie ait dépendu d’une rapide augmentation des niveaux de vie pour les gens ordinaires », et que « les gains de la croissance économique aient été plus concentrés entre les mains des plus riches dans les démocraties qui connaissent cette forme de déconsolidation que dans les pays ou le consensus démocratique perdure » [3]. En clair, il n’est pas surprenant que le monde anglo-américain — où la répartition équitable des fruits de la prospérité a été moins accentuée qu’ailleurs en Europe — soit le premier et le plus sérieusement touché par la vague de déconsolidation démocratique.

L’alliance prétendument indéfectible entre, d’un côté, un régime politique d’essence démocratique fondé à la fois sur le rule of law et les libertés individuelles, mais aussi sur la souveraineté de la volonté collective, et de l’autre côté un régime économique fondé sur la propriété privée et la libre contractualité, semble donc avoir vécu. Alors que chacun de ces deux régimes était censé renforcer l’autre et lui donner une base plus stable, on s’aperçoit aujourd’hui qu’il s’agissait d’une illusion et que ce renforcement mutuel n’a existé que dans un moment historique très particulier au cours duquel le premier a montré sa capacité à domestiquer le second et à maîtriser ses excès. Sur le long terme, le marché engendre de telles inégalités qu’il sape les fondements mêmes de la démocratie, c’est-à-dire le principe égalitaire qui en forme le cœur.

L’alliance des deux régimes peut certes fonctionner de manière harmonieuse et équilibrer les deux éléments lorsque la démocratie est robuste et démontre sa capacité à contrôler le capitalisme et à contraindre les forces du marché à se plier aux exigences de l’intérêt général, c’est-à-dire à se traduire par des avantages réels — qui peuvent au demeurant être inégaux — pour l’ensemble des groupes sociaux. Quand ce cercle vertueux est à l’œuvre, le contrôle que la démocratie est en mesure d’exercer sur le marché conforte sa propre légitimité et engendre une adhésion des citoyens qui est d’autant plus solide que le régime démocratique démontre sa capacité à maintenir les inégalités dans des limites acceptables et à répartir de manière équitable — par des transferts sociaux et des services publics — les avantages de la coopération sociale.

Mais la « mondialisation dérégulatrice » — qui est le fruit de décisions politiques délibérées et mûrement pesées — prive les États nationaux de la possibilité de contrôler efficacement le marché tout en se déployant de manière à empêcher l’émergence d’une instance politique supra nationale qui pourrait prendre efficacement le relais. Ce dispositif est conçu pour permettre aux inégalités de reprendre leur marche en avant et aux secteurs les plus riches de monopoliser les fruits d’une croissance ralentie. La rétractation ou la disparition des avantages matériels pour le plus grand nombre — voire, pour des pans entiers de la société, la dégradation de leur situation — provoque alors la désaffection démocratique que l’on constate aujourd’hui. Conjointement, cette mondialisation dérégulatrice déplace le centre de gravité du pouvoir en même temps que celui de la répartition des richesses [4], et elle accroît l’influence des élites, qui sont de plus en plus difficiles à contrôler en raison de l’absence d’institutions politiques mondiales. Ces élites favorisent quant à elles une dérégulation qui sert leurs intérêts et produit une concentration des revenus à l’extrémité haute de l’échelle.

Le cercle vicieux est dès lors enclenché : plus de dérégulation — ou plutôt plus de remodelage délibéré des régulations en faveur de la concentration des patrimoines et des revenus — engendre un surcroît d’inégalités, qui se traduit par le tassement des niveaux de vie pour le plus grand nombre, réduisant d’autant la légitimité d’un régime politique auquel les citoyens n’adhèrent que lorsqu’il se traduit pour eux par des avantages matériels. L’affaiblissement de la légitimité entraîne la déconsolidation, une attention faiblissante pour la chose politique, des comportements et des choix dictés par la surface des choses et non par les enjeux véritables et, par ricochet, moins de contrôle public sur la richesse privée. À son tour, cet affaiblissement du contrôle public sur les acteurs privés se traduit par un surcroît de mondialisation, un renforcement de l’autonomie des élites, une fuite en avant dans la « re-régulation » favorable à la minorité la plus riche, et l’affaiblissement correspondant d’une légitimité démocratique déjà fortement écornée. Moins les régimes démocratiques tiennent leur promesse de contrôle des excès du capitalisme et de répartition juste des effets de la croissance, moins ils apparaissent comme légitimes ; et moins ils apparaissent comme légitimes, plus ils sont capturés par une minorité qui les plie à son service, accentuant encore plus les effets de déconsolidation isolés par Mounk et Foa. Ce ne sont donc pas le capitalisme et l’économie de marché qui renforcent la légitimité de la démocratie, mais au contraire la capacité de cette dernière à les contrôler et à en limiter les effets inégalitaires. Comme l’écrit Robert Kuttner [5],

"un capitalisme sans limites anémie et érode la démocratie en engendrant la pulsion populiste."

Le paradoxe, c’est bien entendu que la démocratie doit exister pour que le capitalisme puisse faire l’objet de cette limitation, et elle doit tenir sa robustesse de facteurs autres que sa capacité à contrôler le capitalisme dans la mesure où l’effet ne peut pas précéder la cause. C’est ce qui s’est passé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand le souvenir de la Grande Dépression et le combat contre le nazisme ont fait lever une très forte aspiration démocratique au sens propre, c’est-à-dire une forte aspiration égalitaire doublée d’une forte conscience que les soubresauts inégalitaires du capitalisme livré à lui-même étaient à la racine de la catastrophe historique qui venait d’avoir lieu. Des conditions externes ont ainsi conduit à cette limitation du capitalisme qui, à son tour, a renforcé l’adhésion aux régimes démocratiques.

Inégalités et désaffection pour les valeurs démocratiques

Il y a donc un lien de causalité entre la déconsolidation démocratique et le fait que, dans la période récente, la captation de la quasi-totalité des fruits de la croissance économique par la petite minorité des plus aisés se soit accompagnée d’une stagnation voire d’une régression du niveau de vie du plus grand nombre. En son temps, Tocqueville avait lui aussi remarqué qu’il existait deux formes d’adhésion au régime démocratique — l’une fondée sur son utilité et l’autre sur la valeur intrinsèque de ses idéaux. À ses yeux, seule la seconde pouvait réellement « consolider » la démocratie et il soulignait également qu’en apportant leur soutien à ce régime pour des considérations purement utilitaires et conséquentialistes, les individus modernes risquaient de perdre sur les deux tableaux, car un régime auquel les citoyens n’accordent pas une adhésion de principe perd à terme les caractéristiques qui lui permettent de produire l’utilité sur laquelle repose son pouvoir d’attraction.

Au cours des trente dernières années, c’est donc l’incapacité — ou le refus ? — des pays riches à promouvoir une économie dont les fruits seraient largement partagés qui provoque désormais un reflux, une désadhésion qui va jusqu’au soupçon selon lequel les valeurs démocratiques — les libertés personnelles et les mécanismes institutionnels destinés à prévenir l’abus du pouvoir et les dérives autoritaires — pourraient être non pas des compagnons obligés, mais des entraves à cette promotion d’une prospérité largement partagée. L’exemple de pays qui, comme la Chine, ont connu des avancées économiques inédites sans l’ombre d’un progrès vers plus de contrôle démocratique du pouvoir ou vers plus de respect des droits individuels alimente également ce soupçon [6]. Après la Grande Dépression des années 1930, l’hypothèse de Karl Polanyi semble ainsi trouver une seconde confirmation [7] : l’extension sans limites des rapports de marché, lorsqu’elle affecte les cadres mêmes de la société que sont l’homme et la nature — comme c’est le cas aujourd’hui après une période d’encastrement institutionnel prononcé du marché — provoque un choc en retour sous la forme d’une mise en cause qui atteint les fondements intellectuels de cette même extension. Et dans ce choc en retour, les droits personnels et les formes institutionnelles de la démocratie souffrent d’une désaffection au moins aussi grande — voire même plus — que celle qui atteint les droits proprement économiques de propriété et de contrat dont la sanctuarisation est au fondement de la stagnation des niveaux de vie qui affecte le plus grand nombre.

Cette asymétrie est difficile à comprendre. Pourquoi les droits économiques — pourtant responsables au premier chef de l’explosion des inégalités — continuent-ils de faire l’objet d’une adhésion élevée, alors que les droits personnels et les mécanismes démocratiques sont quant à eux victimes d’un scepticisme croissant ? Pourquoi le choc en retour prend-il une forme conservatrice (racisme, exclusions, fermeture des frontières, raidissement sécuritaire, tolérance accrue envers une surveillance étroite de la vie privée par le pouvoir politique, etc.), et non pas la forme progressiste d’une aspiration à limiter les droits économiques, à réguler l’usage de la propriété et sa circulation, à veiller à l’équité des contrats, et à mettre en place, au delà de l’épuisement des formes classiques de l’État social, de nouvelles modalités de la maîtrise des inégalités engendrées par le marché ? On sait bien entendu que, dans toute période de crise, les collectivités humaines ont une tendance au repli identitaire vers leurs racines historiques et que l’étranger fait classiquement office de bouc émissaire. Mais cette explication est un peu courte pour rendre compte de l’ampleur du phénomène.

lundi 26 juillet 2021

Une militante française anti-charbon couronnée du prestigieux "Prix Goldman" ( Cliquer sur l'image ) | France culture 24/07/2021

À retrouver dans l'émission DE CAUSE À EFFETS, LE MAGAZINE DE L'ENVIRONNEMENT par Aurélie Luneau

Quand le combat de Lucie Pinson provoque le divorce entre la finance et le charbon...

Quel est le rôle du monde de la finance et du système
 bancaire dans les questions écologique ?

Quand un Prix remis à une militante française anti-charbon prend l'allure d'une carte de vœux et lève un vent d'espoir, c’est la planète qui reprend un peu de son souffle…

Couronnée du prestigieux "Prix Goldman 2020" pour l'environnement, Lucie Pinson voit son parcours et ses objectifs mis à l'honneur ; elle qui œuvre en faveur d’un divorce entre la finance et le charbon.

Remis chaque année à six activistes engagés pour la protection de la planète et du vivant, depuis 1989, le Prix Goldman est souvent présenté comme le Nobel de l’environnement. Il vient saluer le travail acharné de cette Nantaise de 35 ans qui lutte contre les financements destinés à l'exploitation du charbon via de grandes banques, des sociétés d'assurance et d'investissements.

Lucie Pinson, fondatrice et directrice de l’ONG ‘Reclaim Finance’, ses victoires remportées en France et à l'échelle européenne font d'elle l'une des figures du combat contre le réchauffement climatique.

Avec nous, aussi, l'économiste Laurence Scialom, professeure d'économie à l'Université Paris-Nanterre, auteure notamment du livre "La fascination de l'ogre. Ou comment desserrer l'étau de la finance", paru chez Fayard.

Regards croisés, afin de mieux comprendre le rôle du monde de la finance et du système bancaire dans les questions écologiques, d'analyser leur politique, leur impact sur les enjeux environnementaux ; et de questionner l’avenir de ce secteur face à la double urgence climatique et financière.

>>> Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir, pour un monde en quête de sens

L'Œil du Monde

Audrey Garric, >>> Dans les îles Marshall, « nous paierons le plus lourd tribut d’une crise climatique qui ne faiblit pas », Le Monde, 12/12/2020

Illustrations sonores

  • Extrait reportage Eurnonews : En Bosnie, les ravages causés par une centrale à charbon, Euronews 14/02/2020
  • Extrait reportage France 2 :Finance verte, les banques tiennent-elles leurs promesses ?, L'Oeil du 20 heures, France Télévisions, Y. Sanchez, H. Pozzo, P. Juvigny, T. Mandard, X. Lepetit, L. Totorino, 12/11/2020
  • Extrait France Info TV : La dette publique se creuse, la France devra-t-elle la rembourser ? , Anaïs Hanquet, 01/07/2020

dimanche 25 juillet 2021

Comment le tourisme spatial rebat les cartes du ciel / Crise migratoire : le coût de la sous-traitance ( Cliquer sur l'image ) | France culture 24/07/2021

À retrouver dans l'émission LE MAGAZINE DU WEEK-END par Zoé Sfez

Que se cache-t-il derrière la notion de tourisme spatial, et plus particulièrement dans le secteur industriel ? / Se dessinerait-il un nouveau pacte européen pour l’asile et les migrations, qui miserait tout sur la logique d’externalisation ?

L'équipage de la fusée New Shepard de Blue Origin
(de gauche à droite) Jeff Bezos, Wally Funk,
Oliver Daemen et Mark Bezos s'approche du booster
pour prendre une photo après s'être envolé dans l'espace.
Le 20 juillet 2021 à Van Horn, au Texas

Première partie - Comment le tourisme spatial rebat les cartes du ciel 

Jeff Bezos s’inquiétait de la fragilité de la Terre au retour de son échappée dans l’espace à bord de sa capsule Blue Origin. Neuf jours plus tôt, c’était Richard Branson qui réussissait son premier vol à  bord du VSS Unity de Virgin Galactic, avion spatial suborbital, passant plus de 90 secondes en apesanteur. 

Au-delà des ambitions apparemment mégalomanes de ces figures, auxquelles il convient d’ajouter celle d’Elon Musk, que se cache-t-il derrière la notion de tourisme spatial, et plus particulièrement dans le secteur industriel ?  Comment l’émergence d’acteurs privés en Occident, mais aussi bientôt en Chine dessine-t-elle une nouvelle géopolitique du ciel ? Quel sera le rôle des Etats, mais aussi du droit pour encadrer ces voyages d’un nouveau type ? A quelles conséquences économiques mais aussi écologiques doit-on s’attendre à l’aube de cette nouvelle ère de l’exploration spatiale ? 

"Avec Emmanuelle Rio, enseignante-chercheuse en physique à l’université Paris-Saclay, Lucien Rapp, professeur de droit à l’université Toulouse 1-Capitole, spécialiste des secteurs de l’aéronautique et du spatial, directeur scientifique de la Chaire Sirius et Jean-Claude Worms, directeur exécutif du Comité international pour la recherche spatiale" COSpAR

"Les auteurs du Traité de l’espace ont conçu un projet qui consistait à proposer que l’espace était l’apanage de l’humanité tout en entière. Ils voulaient derrière cette formule dire que l’espace et son exploitation ne pouvait pas être le fait d’une poignée de nations. Ces entrepreneurs sont en train de rendre l’espace doublement accessible - techniquement et financièrement - , car n’oublions pas qu’ils ont divisé par 5 le coût des lancements. (....) Il faut avoir confiance en la capacité non seulement des ingénieurs et des techniciens à trouver des solutions techniques à des problèmes qui se présentent mais encore et peut-être surtout à la capacité des Etats à organiser un cadre réglementaire national et international qui soit adapté au cadre de la science." Lucien Rapp

"Il faut relativiser largement puisque même en divisant par 5 les prix, on est quand même à quelque chose qui reste très localisé sur les plus riches de la planète et donc une articulation entre une activité qui pollue beaucoup qui est centré vraiment sur les plus riches et qui justement ouvre l’espace à l’humanité.  On peut se poser la question de savoir si cet espace ne devrait pas rester "intouché"."

"Si on veut rester dans l’accord de Paris, il ne faut pas dépasser 2 tonnes de CO2 par personne par an et aujourd’hui un vol c’est 4 tonnes de CO2 par personne. Donc la généralisation des vols suborbitaux comme ils ont été fait la semaine dernière, ça veut dire qu'à chaque fois c’est chaque personne qui part dans l’espace qui brûle 2 années de ce qu’un humain a le droit de brûler pour rester dans les accords. (…) C’est extrêmement dangereux de généraliser ce genre de choses d’autant plus que quand on parle d’aller sur l’ISS ou sur la Lune, on est à 100 ans ou 200 ans de ce qu’on a le droit d’émettre comme CO2." Emmanuelle Rio

"Pour essayer de résumer, je suis pour la recherche et le développement économique et je suis contre Far West. Je pense qu’il faut éviter à tout prix qu’on soit dans une situation dans quelques années où l’espace extra atmosphérique, puis la Lune puis Mars puis le système solaire se trouvent être le nouveau Far West." Jean-Claude Worms

Choix musical : Ballaké Sissoko - Nan Sira Madi

Deuxième partie - Crise migratoire : le coût de la sous-traitance

Le personnel de la Border Force (BF) britannique ramène à terre un groupe de personnes supposées être des migrants, dont des enfants, trouvés dans la Manche au large de Douvres, à Douvres, Kent, Grande-Bretagne, le 22 juillet 2021. 

Le personnel de la Border Force (BF) britannique
 ramène à terre un groupe de personnes supposées
être des migrants, dont des enfants, trouvés dans la
Manche au large de Douvres, à Douvres, Kent,
Grande-Bretagne, le 22 juillet 2021. 

Après un net coup d’arrêt au début de la pandémie, la crise migratoire s’impose à nouveau avec une actualité pressante. Quelques chiffres éloquents : mardi, plus de 300 personnes ont escaladé la triple clôture métallique qui sépare le Maroc de l’enclave espagnole de Melilla, et ce, malgré un accord avec le Maroc. Jeudi soir, un bateau transportant 45 migrants a coulé, dans les eaux grecques, au large des côtes sud de la Turquie, avec laquelle l’Union Européenne a pourtant aussi un accord. Lundi, c’étaient 430 migrants qui tentaient de traverser la Manche,  au large de Calais pour rejoindre le Royaume-Uni. C'était la journée d'un triste record qui a donné lieu à une entrevue entre Gérard Darmanin et son homologue britannique, et à un nouvel accord de coopération entre Londres et Paris pour surveiller la frontière.  

Les pays européens et l’UE ont aujourd’hui plus de 400 accords de ce type, entre eux mais aussi avec d'autres Etats auxquels ils délèguent la gestion de leurs frontières, et même peut-être de leur droit d’asile. Se dessinerait-il un nouveau pacte européen pour l’asile et les migrations, qui miserait tout sur la logique d’externalisation ? Mais combien au juste dépense-t-on dans cette approche de la politique migratoire ? Est-elle seulement efficiente ? Quel est le coût de la sous-traitance ? 

Avec François Gemenne, spécialiste de la gouvernance du climat et des migrations, directeur de l’Observatoire Hugo à l’université de Liège, enseignant à Sciences-Po et à la Sorbonne, Catherine Wihtol de Wenden, professeure au CERI Sciences-Po, spécialiste des migrations et Ekrame Boubtane, économiste spécialiste des migrations internationales, maîtresse de conférences à l’université Clermont Auvergne, autrice de l’ouvrage « L’économie de l’immigration » paru en 2018 aux Presses Universitaires Blaise Pascal

"Lorsque l'on prend en considération l’ensemble de  la dynamique économique, ce qu’on démontre c’est que l’immigration ne réduit pas le niveau de vie des Européens, ne contribue pas à la hausse du chômage, il y a un effet plutôt positif de cette immigration. (..) Si je prends particulièrement le cas des demandeurs d’asile, leur contribution est neutre les premières années mais une fois qu’ils ont accédé au statut de réfugié, leur contribution est aussi positive." Ekrame Boubtane

"La politique de fermeture et d’hostilité à l’asile n’a pas de rationalité économique. C'est une politique qui est strictement idéologique et en plus ne fonctionne pas et produit des drames à n’en plus finir aux frontières de l’Europe." François Gemenne

samedi 24 juillet 2021

« Jeux d’influence » : les pesticides au cœur d’un thriller politique | France Inter 13 juin 2019


Le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade s’attaque au sujet des lobbies et des multinationales de l'agrochimie.


Qui se cache derrière les lobbys ? | Le Monde 20 sept. 2018


Gaz de schiste, nucléaire, sodas ou taxis… ces dossiers ont tous un point commun : les lobbys. 

Régulièrement pointés du doigt, ils sont accusés de tous les maux. Et surtout de menacer la démocratie, en privilégiant les profit d’intérêts particuliers plutôt que l’intérêt général. Certains politiques osent dénoncer cette ingérence, à l’image de Nicolas Hulot.

Le jour de sa démission, l’ancien ministre de la transition énergétique a notamment dénoncé la pression exercée par Thierry Coste, un lobbyiste lié au milieu de la chasse. « C’est symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir », avait-il regretté sur France inter. 

De leur côté, les lobbys se défendent. Leur présence serait « utile et légitime dans le dialogue démocratique ». Mais alors qui se cache derrière les lobbys et comment travaillent-ils ? Plongée dans les coulisses du pouvoir.

vendredi 23 juillet 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Walter Lippmann et le libéralisme, par Fabrice Copeau | Contrepoints 10 NOVEMBRE 2010

Walter Lippmann et le libéralisme

À la loi naturelle qu’il fustige, Lippmann oppose le droit artificiel fondé sur l’usage de la raison

>>> Walter Lippmann (1889-1974) LE PUBLIC FANTÔME (Extrait de The Phantom Public)

Walter Lippmann s’ouvre certes au libéralisme par l’entremise de Graham Wallas, mais aussi par celle de William James. Dans un livre sobrement intitulé Le Pragmatisme (1907), à la fois programme philosophique et méthode, James fait sienne la philosophie de Charles Sanders Peirce, pour lequel non seulement la pensée n’est rien sans l’action, mais encore celle-ci ne prend sens que dans l’action. C’est par l’action qu’apparaît la signification d’une pensée. Comme l’écrit James : « Pour que nos pensées à propos d’un objet soient parfaitement claires, il nous suffit de considérer quels effets d’ordres pratiques nous pouvons concevoir que l’objet puisse impliquer – quelles sensations en attendre, et quelles réactions préparer. Notre conception de ces effets, immédiats ou éloignés, est en somme ce à quoi se réduit notre conception de l’objet, pour autant qu’elle ait un sens positif »[1]

L’autre influence majeure du libéralisme de Lippmann est incarnée par John Dewey. Celui-ci fait paraître en 1930 Individualism, Old and New, puis en 1935 Liberalism and Social Action.  Il s’en prend à l’école de Manchester, aux utilitaristes anglais, au laissez-fairisme, et récupère à son profit le mot même de « libéralisme » qui était tombé en désuétude depuis Herbert Spencer[2]. Lippmann prolonge pour partie la diatribe de Dewey, à ceci près qu’il se prononce également contre une intervention excessive de l’Etat dans l’économie, et contre le collectivisme. S’il reproche au libéralisme de s’être mué en un « dogme obscurantiste et pédantesque », c’est pour mieux le redéfinir : il crée ainsi le concept de néo-libéralisme, sorte de troisième voie entre le modern liberalism américain gauchisé et le libéralisme classique moribond. Il convient de noter que le néo-libéralisme des années trente n’a pas du tout le sens polémique qu’on lui confère souvent aujourd’hui, lorsqu’on assimile sans craindre la contradiction des penseurs de courants fort divers dans un même ensemble[3].

Le pragmatisme post-machiavélien

Lippmann, sa vie durant, aura incarné ce pragmatisme philosophique, qui s’oppose épistémologiquement tant à l’idéalisme, qu’au positivisme ou à l’empirisme. C’est par leurs effets dans l’expérience que l’on peut mesurer la vérité de nos énoncés, et pas autrement. Ce n’est donc pas d’un principe ou d’une essence fixée axiomatiquement ou ab initio que nous pouvons déduire ce que sont les choses, mais des possibilités offertes par la situation dans laquelle nous nous trouvons.

L’illustration la plus flamboyante que Lippmann donnera au pragmatisme, c’est son ouvrage de 1927, Le Public fantôme[4]. Lippmann y retourne son lecteur comme une crêpe. Tocqueville, étudiant la démocratie américaine, montra en son temps que loin d’être l’incarnation d’un passé antique, médiéval, féodal, ou d’un quelconque ancien régime, l’Amérique était en réalité l’incarnation de notre avenir. Lippmann fait de même et nous montre, lui, que les fondements mêmes de la démocratie représentative et de l’intérêt général, que le mythe d’un citoyen éclairé et apte à trancher au sein de l’Agora, n’ont aucun sens, et que c’est sur un substrat autrement plus modeste – mais aussi autrement plus fragile – que tient notre démocratie. Comme l’écrit Bruno Latour, « si la lecture de Machiavel fut dure à ceux qui cherchaient la vertu ailleurs que dans la force, la fortune et l’astuce, celle de Lippmann sera plus douloureuse encore car c’est à l’idée même de représentation, de peuple et de public qu’il vient s’attaquer »[5].

Lippmann cherche à comprendre comment faire participer le mieux possible les citoyens, tout en tenant compte des limites pratiques qui rendent impossible l’utopie rousseauiste. Le concept de volonté générale n’a pour lui aucun sens, d’une part parce qu’il y voit un retour aux prérogatives des anciens seigneurs et maîtres, et donc du principe d’autorité[6], et d’autre part parce qu’il ne dit rien sur la réalité des choses. Or c’est cette seule réalité que veut regarder Lippmann.

Non, nous dit Lippmann, dans la Grande société, les citoyens ne sont pas en mesure d’appréhender les affaires qu’on leur soumet. Ils ont déjà suffisamment à faire avec leurs propres problèmes quotidiens. A cette dure réalité nul n’échappe, ni le philosophe, ni le politique, ni le journaliste, ni l’expert[7]. Aucune théorie politique n’a de vraisemblance si elle suppose, au-dessus de cette connaissance étriquée, quiconque ou quelconque qui lui serait supérieure. Il n’y a pas de volonté générale, il n’y a que des problèmes ponctuels et particuliers, pour lesquels la seule différence de fond est celle qui oppose ceux qui sont de la partie (insiders) et les autres, immensément plus nombreux (outsiders).

Le pragmatisme de Lippmann nous contraint à regarder la réalité en face : « Les problèmes les plus frustrants de la démocratie sont justement ceux qu’on ne peut pas résoudre par des principes démocratiques. »[8] Ce qui doit céder, ce qu’il faut abandonner, c’est l’idée même de Public, avec un grand P, issu de la tradition rousseauiste. C’est lui le fantôme qui effraye la démocratie et lui interdit d’être adulte.

Il n’y a pas de Public, mais il y a le public, qui incarne un tragique paradoxe. Lorsque les précédents manquent, lorsque tout est inédit et confus, le public doit pourtant prendre ses décisions les plus importantes et trancher les différends, dans toute son incompétence. C’est au moment où tous les autres ont failli que le public doit résoudre l’affaire malgré toute son incompétence, sa fragilité et son amateurisme. Mais il serait illusoire de lui prêter des vertus qu’il n’aura jamais : le public n’est qu’un juge de dernière instance, et accessoirement un incapable.

Dans son travail de sape, Lippmann ne s’arrête pas en chemin. Comme Adam Smith avant lui, il affirme qu’il n’y a que des gens intéressés. Nous sommes liés les uns aux autres, non par l’existence préalable d’une quelconque communauté, mais par le fait que nos affaires ne cessent de s’emmêler les unes les autres. La société n’existe pas. Il n’y a que des ajustements entre les gens et leurs affaires. Dans ce relativisme assumé, les gouvernants ne sont évidemment pas les dépositaires du Bien public grâce à leur désintéressement et à leur vision d’avenir ; ils ne sont que des spécialistes délégués et payés pour essayer tant bien que mal de faire appliquer les règles qui ont émergé à la suite des crises précédentes – car on ne va que de crise en crise, en titubant.

La décision publique n’est pas celle des philosophes, mais celle des sociologues : elle est comme l’onde concentrique d’un caillou porté à la surface de l’eau. Si les parties à un différend ne s’entendent pas, les gouvernants interviennent ; si les gouvernants ne parviennent pas à maintenir les règles, les activistes interviennent. Et lorsque les esprits des activistes s’échauffent, le public, attiré « par la scène comme des badauds par un accident », selon le mot de Latour, commence à s’impliquer, mais pour un temps seulement et pour une fonction très précise. Celle qui consiste à soutenir une décision par essence relative à une situation donnée à un moment donné. A rebours de l’esprit français, qui établit la vie publique sur un accord unanime, Lippmann la reconstruit sur les désaccords, les cassures, les ajustements et l’appel aux modus vivendi.

De surcroît, le public n’apprécie qu’au jugé, en ne retenant que les différences les plus superficielles et les plus dramatisées. Personne ne peut avoir de vision d’ensemble. Personne ne tutoie la volonté générale.

En analysant le processus de décision, Lippmann montre que le public parvient, par une série de questions simples sinon sommaires, à discerner laquelle des parties en présence est la plus partisane, pour peser ensuite de tout son poids en faveur de celui qui paraît l’être moins. Et c’est tout. Le public doit laisser les activistes, les militants, se saisir des détails, et doit en retour se tourner et soutenir ceux qui lui paraissent les plus recommandables. Comme l’écrit Bruno Latour, « mettre son poids dans la balance sans interférer, c’est l’exact contraire de l’immobilité mobilisée et de l’engagement dégagé de ceux qui se croient politiques parce qu’ils s’émeuvent sans bouger aux effrayants spectacles de la télévision ».

La fonction réelle des citoyens, lorsqu’ils forment un public, est de s’aligner derrière ceux qui vont gouverner effectivement. Le fait de voter n’est pas l’expression de nos idées – un même vote peut avoir une signification et des raisons différentes –, mais une promesse de soutien[9].

C’est justement parce qu’il y a des rapports de force que les ajustements sont possibles. Lippmann laïcise la politique ; il ringardise ceux qui croient que la démocratie repose sur le Peuple représenté, qui serait une sorte de pouvoir de droit divin.

Si le pragmatisme caractérise si bien la pensée de Lippmann, le relativisme tout autant sinon plus. Il n’a rien d’un « réaliste » qui aurait jeté son idéal aux orties. Il craint et voue aux gémonies les réformistes, qu’il considère comme encore plus rêveurs que les révolutionnaires : ceux-ci croient à la totalité qu’on pourrait renverser, ceux-là s’occupent des détails et laissent le tout à l’écart. Qu’on prétende le renverser ou le laisser intact, c’est la même illusion, le même fantôme. En réalité, Il n’y a pas de Tout.

Le libéralisme de La Cité libre

Alors qu’à la fin des années vingt, Lippmann avait écrit A Preface to Morals (examinant les rapports entre modernité et religion), ce n’est qu’après la Conférence économique de Londres de juillet 1933 qu’il va vraiment s’intéresser au libéralisme alors contesté et menacé de toutes parts. Il donne à Harvard plusieurs conférences en mai 1934, publiées l’année même sous le titre de Method of Freedom. Il y constate l’impossibilité de restaurer l’économie mondiale sur la base des principes d’avant-guerre. L’arrivée des masses dans le champ du politique, la suppression, pendant la guerre, de la séparation entre les pouvoirs politiques et économiques marquent à jamais un changement d’époque. Le laissez-faire était déjà selon lui à bout de souffle avant 1914 ; il est illusoire de vouloir le restaurer. L’Etat est à présent tenu pour responsable de l’activité économique ; le gouvernement a donc le choix entre deux grandes voies : le système d’économie dirigée (ou collectivisme absolu), et le système d’économie compensée (collectivisme libre). Ce dernier concept, que Lippmann s’attache à forger, est « collectiviste parce qu’il reconnaît l’obligation de l’Etat non seulement dans la poursuite d’un certain standard de vie, mais également dans le fonctionnement global de l’ordre économique. Il est libre parce qu’il préserve, à l’intérieur de très larges limites, la liberté des transactions. Son objet n’est pas de diriger les entreprises privées selon un plan officiel, mais de les mettre et de les conserver dans un équilibre convenable. Sa méthode consiste à redresser la balance des actions privées par des actions publiques de compensation. » Quant au collectivisme absolu, Lippmann ne le voit pas seulement dans les expériences communistes, fascistes et nazies, mais aussi dans certaines tendances planistes du New Deal.

A la charnière de ses réflexions encore teintées d’un keynésianisme assumé[10], Lippmann fait alors la découverte des ouvrages de Ludwig von Mises et de Friedrich A. Hayek, dont il écrit que leur « critique de l’économie planifiée a apporté une nouvelle compréhension de tout le problème du collectivisme[11] ». Lippmann s’intéresse en particulier à deux évolutions qu’il considère comme cruciales : d’une part, poursuivant ses réflexions antérieures, il s’interroge sur les conséquences politiques qui s’imposent à un Etat qui sort de la neutralité économique pour être en butte à une multitude d’intérêts particuliers. Il juge le parlement trop soumis aux pressions des lobbies. D’autre part, il s’inquiète de l’affaiblissement de la classe moyenne, en qui il voit pourtant un antidote apte à atténuer le pouvoir de l’alliance de la ploutocratie et du prolétariat.

Ses recherches aboutissent à la publication, en 1937, de The Good Society, rapidement traduit par la Librairie de Médicis sous le titre La Cité libre, avec une préface d’André Maurois.

Bien que Lippmann ne mentionne personne en particulier lorsqu’il critique le programme illibéral des gouvernements américains, il est clair que les articles de l’Atlantic Magazine collationnés dans La Cité libre sont inspirés par la publication de Democracy in Crisis par Harold Laski en 1933[12].  Ce dernier, membre de la commission exécutive de la Fabian Society, est le successeur de Wallas à la chaire d’économie politique de la London School of Economics, et le futur président du Parti travailliste britannique. De surcroît, Laski est « l’éminence rouge » de F.D. Roosevelt, selon le mot de Gary Best[13]. La Cité libre est donc aussi une réaction au New Deal. Lippmann a commencé l’écriture de son ouvrage la même année que Laski publie son livre. Avant même sa sortie, Laski confiait à Felix Frankfurter qu’il s’attendait à ce que son livre cause à Lippmann un « malaise aigu ». En un sens, le livre de Laski est une sorte de défi lancé à Lippmann par le marxiste britannique.

Laski écrit que l’apparition de la Grande Dépression révèle l’incapacité du capitalisme à assurer de façon adéquate la subsistance des travailleurs, et souligne l’existence d’une classe de privilégiés vivant à proximité des masses appauvries, spectacle intolérable pour une société dans laquelle les pauvres ont le droit de vote. Aux Etats-Unis, écrit Laski, il y a aujourd’hui  « une plus grande désillusion démocratique, un plus grand scepticisme à l’égard des institutions populaires, qu’à n’importe quelle période de son histoire. […] Le malaise de la démocratie capitaliste est incurable aussi longtemps qu’elle reste capitaliste, pour la simple raison que c’est contre les conditions inhérentes du capitalisme que les hommes se révoltent. » Ainsi, pour Laski, soit les capitalistes seront contraints d’éliminer la démocratie, soit la démocratie fera disparaître le capitalisme.

Lippmann rétorque dans le premier chapitre de son ouvrage que le seul instrument dans lequel les collectivistes « aient confiance, c’est l’autorité gouvernementale. On dirait qu’ils ne peuvent rien imaginer d’autre, et qu’ils ont oublié que tous les progrès qui leurs sont chers ont été obtenus en émancipant les hommes de la puissance politique, en limitant le pouvoir, en libérant les énergies individuelles de l’autorité et de la contrainte collective. Presque toutes les doctrines que l’on considère aujourd’hui comme « progressistes » en Angleterre et aux États-Unis proclament la nécessité d’un accroissement des pouvoirs de l’État. On demande toujours plus de fonctionnaires exerçant un pouvoir toujours plus étendu sur un nombre toujours plus grand d’activités humaines. »

Il ajoute : « nous appartenons à une génération qui a perdu sa voie. Incapable de développer les grandes vérités qu’elle a reçues des émancipateurs, elle est revenue aux hérésies de l’absolutisme, de l’autorité, et de la domination de l’homme par l’homme. L’esprit progressiste du monde occidental n’est qu’une longue et toujours plus vive protestation contre toutes ces idées. Nous avons déchiré l’esprit humain, et ceux dont les sympathies profondes semblaient les destiner à être les porteurs de la tradition civilisatrice se sont dressés les uns contre les autres dans une lutte fratricide. »

Lippmann développe cinq idées principales dans La Cité libre.

En premier lieu, il se demande pourquoi le libéralisme, qui a été le moteur de la Révolution industrielle, qui a « eu pour mission historique de découvrir la division du travail », qui a engendré la prospérité économique autant que les libertés individuelles, n’a été vraiment « l’étoile polaire de l’esprit humain » que jusque vers 1870. Après cet âge d’or, l’ascension du collectivisme commence. Les hommes, à nouveau, se mettent à penser en termes d’organisation, d’autorité, de rapport de forces, de recherche de privilèges. A l’enrichissement mutuel, succède l’égoïsme, les relations économiques vues comme un jeu à somme nulle[14]. Si la Grande révolution (le nom qu’il donne à la Révolution industrielle) a été une source incontestable de progrès, elle a aussi des conséquences néfastes : paupérisation de certaines couches de la société, déracinement des hommes, … Ces maux ont provoqué un rejet de l’économie de marché qui s’est traduit par une double réaction collectiviste. La doctrine du laisser faire a retardé longtemps toute législation protectrice du travail et des loisirs. L’homme a été traité par l’industrie comme une chose, au lieu de l’être comme une personne. Une réaction était inévitable. Elle est venue et elle a été terrible.

D’un côté, à droite, l’alliance des militaires et des politiciens prône le nationalisme économique, l’impérialisme et les monopoles. De l’autre, à gauche, cette révolte a donné naissance à un courant socialisant également étatiste. Quelle que soit sa forme, le collectivisme tend à contrôler le marché et à lui substituer l’autorité de l’Etat. Dès le moment où pouvoir économique et pouvoir politique sont réunis dans les mêmes mains, l’individu se voit sans recours contre les abus. « Le collectivisme, dit Lippmann, crée une nouvelle forme de propriété : celle du bureaucrate. La lutte pour la richesse devient lutte pour le pouvoir. » L’inégalité se fait plus insupportable que jamais.

La meilleure preuve de l’échec de ces régimes, c’est qu’ils ne peuvent se maintenir que grâce à la plus cruelle sévérité. « Si la doctrine collectiviste était conforme aux données de l’expérience et des besoins humains, il ne serait pas nécessaire d’administrer le collectivisme en dressant le peuple, en le stérilisant contre les idées subversives, en le terrorisant, en le corrompant, en l’endormant et en l’amusant. Les fourmis vivent, il est vrai, sous un régime collectiviste et il n’est pas prouvé qu’elles aient besoin de ministres de la propagande, de censeurs, d’inquisiteurs, de police secrète, d’espions et d’indicateurs pour les rappeler à leurs devoirs. Mais les hommes ne peuvent pas vivre comme des fourmis… »

Si Lippmann ne nie pas les maux engendrés par la Grand révolution, cela ne le conduit pas du tout à rejeter le libéralisme. Au contraire, il veut renforcer les mécanismes de marché de manière à neutraliser les menaces que font peser sur celui-ci les monopoles. Devant ce défi, les derniers libéraux – il pense notamment à Herbert Spencer (1820-1903) – n’ont pas été à la hauteur. Lippmann note que « du moment que les marxistes et les derniers libéraux partaient des mêmes prémisses, à savoir que l’ordre social du XIXe siècle était l’ordre nécessaire, l’ordre approprié, qu’il était le reflet parfait du nouveau mode de production, toute leur querelle consistait à décider si l’ordre en question était bon ou mauvais[15] », et rien de plus. Or, c’est au contraire à une véritable refondation qu’il entend se livrer.

Lippmann trouve la cause de la déchéance du libéralisme dans la sacralisation du laissez-faire manchestérien, qu’il critique vertement[16]. Depuis Smith et surtout Ricardo, ce dernier aboutit à distinguer un champ de l’économie, lieu des lois naturelles, de la sphère de la politique, régie par les lois des hommes[17]. Ce « dilemme de Burke », comme il l’appelle[18], trouve un écho dans l’histoire contemporaine des Etats-Unis. A la fin du XIXe et au début du XXe siècle, un conflit féroce oppose en effet la Cour suprême, qui soutient que l’Etat ne doit pas intervenir dans l’économie, et de nombreux hommes politiques, qui soutiennent le contraire. Cette opposition, observe Lippmann, ne porte pas seulement sur la volonté d’améliorer la situation ouvrière ; mais aussi sur la façon de concevoir la loi.

Cette observation nous mène au troisième temps de l’analyse que Lippmann déploie dans La Cité libre. Il prône un retour vers la tradition juridique anglaise du XVIIe siècle. Il soutient que l’architectonique des lois des Manchestériens n’est pas conforme à la tradition anglaise, issue de lord Coke et de la lutte contre la monarchie absolue. S’appuyant sur les thèses de Roscoe Pound, un juriste de Harvard, Lippmann rappelle qu’il y a deux manières de concevoir la loi[19]. Soit comme une série de commandements, selon la tradition autoritaire, soit comme l’expression de relations entre des êtres humains ou des choses, selon la tradition libérale. Pour expliquer cette opposition, Lippmann revient au conflit qui a opposé, au XVIIe siècle, le roi Jacques Ier au Parlement anglais et à Lord Coke. Alors que le roi, dans un élan louis-quatorzesque, prétendait que la loi était « l’émanation de la volonté du souverain », Lord Coke répliqua que ce dernier « est soumis à Dieu et à la loi ». « La loi, dit Lippmann, est conçue comme tirant son origine de la nature des choses et le rapport du roi à ses sujets, et de tout homme avec les autres, est considéré comme établi par des lois impersonnelles qui obligent tout le monde[20] ». Prolongeant cette idée, Hannah Arendt dira plus tard que la loi libérale, la lex, est une « liaison étroite, c’est-à-dire quelque chose qui relie deux choses ou deux partenaires que les circonstances extérieures ont réunis[21] ».  Penser la loi en termes de relations présente l’avantage d’envisager le domaine de la loi non plus de manière verticale, du pouvoir vers la masse, mais de manière multidimensionnelle, d’individualiser les hommes, de conjuguer singularité et vie en société. A l’inverse, des lois entendues comme des commandements poussent soit au totalitarisme, lorsque l’essentiel de la communication politique médiatisée par la loi a lieu, non pas entre les individus, mais entre les autorités et la masse des hommes[22], soit à l’atomisme, lorsqu’on se focalise sur les transactions entre les autorités et l’individu[23]. De plus, on ne peut pas, par cette conception, traiter les individus comme s’ils étaient isolés, comme s’ils étaient des « Robinson Crusoë avant l’apparition de Vendredi », puisque l’important réside dans le traitement des interactions.

Nous arrivons ainsi à la quatrième thèse de Lippmann, celle qui l’éloigne le plus nettement d’une partie importante des penseurs libéraux. Il considère que les économistes manchestériens, à partir de David Ricardo, ont cédé à la tentation autoritaire. Il les accuse, par l’introduction du droit naturel, d’avoir conçu « un ordre social imaginaire », à coup d’hypothèses, dans lesquelles ils ont souvent introduit « les conclusions qu’ils prétendaient en tirer ». Walter Lippmann s’oppose donc tout à fait à la méthode hypothético-déductive, et préfère – en bon disciple de Graham Wallas – se placer dans le cadre de la rationalité limitée.

Si Keynes, lorsqu’il s’interroge sur les raisons pour lesquelles le laissez-faire a pu s’imposer dans l’esprit des populations, en impute la raison aux géniaux vulgarisateurs que sont Marcet[24] ou Bastiat[25], Lippmann, lui, trouve un fondement plus lointain à ces thèses. Il remarque qu’après Ricardo l’économie devient une science des lois et que ces lois sont des lois naturelles. S’ils ne citent ni Leibnitz, ni Malebranche, les économistes classiques ont cru, comme ceux-ci, en une harmonie fondée sur un « ordre social imaginaire », le « monde tel qu’il faudrait le refaire », dira encore Lippmann dans des développements mordants[26]. Chez ces philosophes et chez les économistes post-smithiens, il n’y a pas tant pour Lippmann une adhésion joyeuse à une harmonie – comme chez certains vulgarisateurs –, qu’un dessein d’imposer aux hommes l’ordre du monde qu’ils croient le meilleur, leurs « monades » axiomatiques.

A cette loi naturelle qu’il fustige, Lippmann oppose le droit artificiel fondé sur l’usage de la raison pour améliorer l’état des choses. Il développe une thèse originale de l’articulation des relations entre la loi et la raison qui se veut un vrai retour à Grotius, à Newton et à Montesquieu. Pour l’avocat batave, la raison est conçue comme venant limiter le despotisme de l’Etat ou du souverain. Mais les lois restent des commandements de l’autorité. Ce qui distingue Grotius de ses prédécesseurs, c’est que désormais, on doit s’assurer que ces commandements sont rationnels. Avec Pound, Lippmann se pose la question de savoir comment établir des lois qui ne dérivent ni de la volonté de l’Etat, ni d’un absolu. C’est à travers l’expérience et la raison qu’il faut y répondre. Comme l’écrivait Coke, la loi n’est « pas trouvée par la raison naturelle, mais par la raison artificielle ». La raison n’est ni infinie, ni immuable, comme Malebranche le pensait. Lippmann la considère comme un concept contingent, pragmatique, mais universel dans ses intentions.

Enfin, la dernière partie de La Cité libre s’intitule l’ « agenda du libéralisme ». Lippmann y développe sa conception du gouvernement libéral, qu’il voit comme celui du peuple par « la loi commune qui définit les droits et les obligations réciproques des parties ». Derrière cette définition, en apparence anodine, Lippmann entend résoudre le dilemme de Burke. L’Etat de Lippmann est fondé à légiférer partout, car tout est rapport et relation ; le problème qui se pose au gouvernement libéral est celui de savoir de quelle façon gouverner et légiférer. Il ne doit légiférer qu’au moyen de lois traitant de façon générale des rapports des hommes entre eux.

Si Lippmann affiche une sympathie relative pour le programme social de Roosevelt (impôt progressif, allocations chômage, régulations économiques type loi antitrust) et pour l’analyse keynésienne (investissement public, politique monétaire), il s’oppose en revanche fermement au collectivisme progressif, qu’il appelle aussi « collectivisme démocratique ». Il refuse d’abandonner le « principe de Jefferson » qui voulait ne donner de privilèges à personne. Il craint la fin de la généralité de la loi. Il reproche aux socialistes de vouloir « donner des privilèges à tout le monde ». Il fait siens les propos de Wilson, qui disait « je ne veux pas de philanthropie, je ne veux pas d’un gouvernement qui prenne soin de moi […] Nous voulons un gouvernement juste[27] ».

En conséquence, si Lippmann est favorable à l’expertise, il prend garde à ce que celle-ci ne sombre ni dans le planisme, ni dans le constructivisme. Le scientifique de Lippmann ne découvre pas les lois nécessaires de la nature, mais participe seulement à une tentative de rationalisation des choses, que les hommes peuvent accepter ou réfuter en se fondant sur une loi suprême de nature morale. Les experts ne sont qu’un élément d’un ensemble institutionnel de pouvoir et contre-pouvoir qui doit chercher à fabriquer du consentement. Anticipant les fondements de ce que sera le New Public Management britannique de la fin du XXe siècle, il se prononce pour une administration publique prenant la forme d’agences spécialisées, moins dangereuses pour les libertés qu’une grande fonction publique monolithique, et placées sous l’autorité d’un gouvernement qui devient dès lors une sorte d’instance d’appel.

mercredi 21 juillet 2021

Variant Delta : nouvelle menace, nouvelles restrictions ? | FRANCE 24 24 juin 2021


Un été enfin paisible en Europe ? Après 2020 marqué par les vagues successives de coronavirus, la vaccination offrait l'espoir de sortir enfin la tête de l'eau. Pour l'industrie touristique du moins. 

C'était compter sans un nouveau variant. 

Après l'Alpha venu d'Angleterre, voici le Delta, déjà à l'origine d'une explosion des cas en Inde. Il inquiète en Europe, aux États-Unis, en Russie, en Israël… Des pays qui pensaient être en passe de sortir de la crise sanitaire. Faut-il s'inquiéter ?

Les fruits du capitalisme ( Cliquer sur l'image ) | France culture 14/05/2018

À retrouver dans l'émission ENTENDEZ-VOUS L'ÉCO ? par Tiphaine de Rocquigny

TOUS LES ÉPISODES


>>> Le régime industriel de la banane

Avec “La Loi de la banane”, la documentariste et historienne Mathilde Damoisel délivre une parabole sur les dérives du libéralisme et les moyens gigantesques...


>>> Le ketchup, un concentré de capitalisme

La production de la tomate d’industrie, décrite dans le documentaire "L'empire de l'or rouge", se fait miroir de processus économiques tels que la mondialisation...


>>> L'empreinte écologique de l'huile de palme

Un produit de grande consommation sur 10 vendus en Europe contiendrait de l’huile de palme. Une filière tropicale complexe, mondialisée, aux acteurs porteurs...


>>> Le sens de la terre

C'est l'histoire de paysans qui veulent donner un sens à la terre. Ils pratiquent l'agriculture familiale ou l'agroécologie, ils passent d'une production...

jeudi 15 juillet 2021

Olivier Blanchard : changer les règles budgétaires pour changer l’Europe ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 26/04/2021

À retrouver dans l'émission LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert

Il réfléchit à l'économie de l’après-Covid : Olivier Blanchard, professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology, ancien conseiller économique et ancien directeur du département des études du FMI, propose avec d'autres économistes de changer les règles budgétaires de l'Union européenne.

Olivier Blanchard, alors  conseiller économique
et Directeur du Département des études
 du FMI, à Mumbai (Inde) le 14 février 2009

Olivier Blanchard est professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology (MIT), ancien conseiller économique et Directeur du Département des études du Front Monétaire International (FMI). 

Après y avoir travaillé pendant sept ans, il a rejoint le think tank indépendant Peterson Institute for International Economics.

"Il y a maintenant plus de supports pour l'idée que, quelques fois, il faut se préparer aux catastrophes, que l'Etat doit faire quelque chose." Olivier Blanchard


Olivier Blanchard a mené avec Jean Tirole (Prix Nobel d’économie 2014) une « commission d’experts sur les grands défis économiques » lancée le 29 mai par l’Elysée. Le rapport de cette commission centrée sur des questions de moyen et de long terme dans l'après-crise devait être rendu en décembre 2020, mais la poursuite de la crise en a décidé autrement.

"Les gens ont beaucoup épargné depuis un an, donc ils vont probablement vouloir dépenser. Il se peut que la demande privée soit suffisante pour relancer l’économie." Olivier Blanchard

"Dans les années qui viennent, il va falloir retourner à ces grandes questions qui étaient là avant le Covid : le réchauffement climatique, les inégalités, le vieillissement." Olivier Blanchard

"Le “quoi qu’il en coûte" était absolument la bonne stratégie." Olivier Blanchard

Dans un document de travail de l’Institut Peterson d’Economie Internationale (PIIE), Olivier Blanchard et deux autres économistes - Álvaro Leandro, économiste à la CaixaBank Research, et Jeromin Zettelmeyer, directeur adjoint du département de la stratégie, des politiques et des revues du FMI - , proposent d’abolir les règles budgétaires européennes pour les remplacer par des standards budgétaires, auxquels s'ajouteraient un dispositif visant à les faire appliquer. Ces idées sont également exposées dans une tribune dans la revue Le Grand Continent. 

"Peut-on écrire des règles arithmétiques qui capturent la bonne décision ? Non, je pense que c’est impossible. Ce qu'il faut, ce ne sont pas des règles formelles parce que la réalité est plus compliquée que ça, mais une évaluation chaque année de l’évolution de la dette pour chaque pays." Olivier Blanchard

Extraits sonores : 

  • Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, sur l'accord trouvé par les 27 pays de l'UE sur un plan de relance de l'économie après la pandémie du coronavirus (france tv info, 21/07/2020)
  • Wolfgang Schäuble, ministre des Finances allemand en 2017 - France Inter
  • Joe Biden sur le plan de relance (ABC7,12 mars 2021)

mercredi 14 juillet 2021

Will China become the centre of the world economy? | Financial Times 21 juin 2021


The global economy is shifting away from the US and Europe towards Asia. The FT's global China editor James Kynge and FT economics commentator Martin Sandbu discuss whether China will dominate global commerce or whether the world economy could split along regional lines.

Le monde de Xi Jinping | ARTE 7 juil. 2021


Derrière son apparente bonhomie se cache un chef redoutable, prêt à tout pour faire de la Chine la première puissance mondiale, d'ici au centenaire de la République populaire, en 2049. Ce portrait très documenté du leader chinois donne un aperçu inédit de sa politique et montre comment l'itinéraire de Xi Jinping a façonné ses choix.

En mars 2018, à l’issue de vastes purges, Xi Jinping modifie la Constitution et s’intronise "président à vie". Une concentration des pouvoirs sans précédent depuis la fin de l'ère maoïste. Né en 1953, ce fils d’un proche de Mao Zedong révoqué pour "complot antiparti" choisit à l'adolescence, en pleine tourmente de la révolution culturelle, un exil volontaire à la campagne, comme pour racheter la déchéance paternelle. Revendiquant une fidélité aveugle au Parti, il gravira en apparatchik "plus rouge que rouge" tous les degrés du pouvoir. Depuis son accession au secrétariat général du Parti en 2012, puis à la présidence l'année suivante, les autocritiques d'opposants ont réapparu, par le biais de confessions télévisées. Et on met à l'essai un système de surveillance généralisée censé faire le tri entre les bons et les mauvais citoyens. Inflexible sur le plan intérieur, Xi Jinping s'est donné comme objectif de supplanter l'Occident à la tête d’un nouvel ordre mondial. Son projet des "routes de la soie" a ainsi considérablement étendu le réseau des infrastructures chinoises à l’échelle planétaire. Cet expansionnisme stratégique, jusque-là développé en silence, inquiète de plus en plus l'Europe et les États-Unis. Son pouvoir et ses ambitions sont d’autant plus renforcés qu’il apparaît comme le grand gagnant de la crise du coronavirus. Entre contrefeux et dissimulation, il poursuit à vitesse grand V son agenda politique et diplomatique afin d’intégrer les minorités au géant chinois, quitte à recourir à la violence. Génocide des Ouïghours, Hongkong, Taïwan : par sa politique, Xi Jinping revendique, plus que jamais, la force de l’hégémonie du régime chinois aussi bien dans les domaines économique et militaire que diplomatique. Avec un seul but : faire de la Chine la première puissance mondiale.
Impériale revancheDans ce portrait très documenté du leader chinois, Sophie Lepault et Romain Franklin donnent un aperçu inédit de sa politique et montrent comment l'itinéraire de Xi Jinping a façonné ses choix. De Pékin à Djibouti – l'ancienne colonie française est depuis 2017 la première base militaire chinoise à l’étranger – en passant par la mer de Chine méridionale et l’Australie, les réalisateurs passent au crible les projets et les stratégies d’influence du nouvel homme fort de la planète. Nourrie d’images d’archives et de témoignages (de nombreux experts et de dissidents, mais aussi d'un haut gradé proche du pouvoir), leur enquête montre comment Xi Jinping a donné à la reconquête nationaliste de la grandeur impériale chinoise, projet nourri dès l'origine par la République populaire, une spectaculaire ampleur. Elle jette aussi une lumière éloquente sur le système de fichage numérique de la population mis en place sous l'égide du "président à vie", qui a montré, avec la crise du coronavirus, sa redoutable efficacité.

Documentaire de Sophie Lepault (France, 2021, 1h30mn)

Disponible jusqu'au 12/08/2021

La Chine à la conquête du monde : les nouvelles routes de la soie | Documentaire Société 13 avr. 2021


C’est le "projet du siècle" selon Xi Jinping, le président chinois. Depuis 2013 la Chine investit plus de 100 milliard de dollars pour bâtir des voies ferrées, des ports et des zones économiques à travers le monde. Nom de code du projet, les “Nouvelles routes de la soie”. Objectif, en faire les vecteurs d’un nouvel expansionnisme de la Chine à travers le monde.

Problème, cette intrusion des intérêts chinois fait grincer les dents. A Gwadar au Pakistan ou dans la Corne de l’Afrique, le choc des cultures est brutal. Du coeur de la Chine à Wuhan jusqu’au Pakistan, en passant par Djibouti et l’Ethiopie, reportage sur la piste des intérêts chinois à la conquête du monde.

Réalisation : Elvire Berahya-Lazarus

Le monde selon Xi Jinping | Marco Freeman 25 mai 2020

dimanche 11 juillet 2021

Brexit, une histoire sans fin ? Avec Robert Tombs ( Cliquer sur l'image ) | France culture 10/12/2020

À retrouver dans l'émission LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert

Le Brexit, un choix démocratique et raisonnable ? Rendez-vous avec l'historien Robert Tombs, alors que les négociations son toujours en cours et que pèse le risque d'un "no deal".

Billets de 20 livres et de 20 euros

>>> Robert Tombs est l’un des historiens anglo-saxons de la France du XIXe siècle les plus connus, et un spécialiste de la Commune de Paris. Il enseigne au Saint-John’s College (Cambridge). 

Il a aussi beaucoup travaillé sur la relation entre l'Europe et la Grande-Bretagne. On lui doit notamment La Guerre contre Paris, 1871 (Aubier, 1998) et La France et le Royaume-Uni, des ennemis intimes (avec Isabelle Tombs, Armand Colin, 2012).

"Au début du procédé, on a été un peu naïfs, on pensait qu'un accord serait facilement résolu, que l'amitié entre les pays européens et l'Angleterre serait protégée et que la prospérité des deux côtés serait ce qui compte le plus. Mais je pense que l'U.E. a adopté une position idéologiquement rigide qu'il est très difficile pour un gouvernement d'accepter." Robert Tombs

Robert Tombs s'est prononcé en faveur du >>> Brexit, du Leave. Dans l'ouvrage qu'il fera paraître en janvier 2021 aux éditions Allen Lane - This Sovereign Isle. Britain In and Out of Europe – il montre que le vote pour le Brexit est explicable. Il revient ainsi sur cet événement toujours en cours, ce long feuilleton. Car si le Brexit devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2021, les négociations se heurtent à de nombreuses frictions, autour de la pêche et de la concurrence notamment. Cela fait encore craindre un « no deal ».

"Le continent a toujours été extrêmement important pour la Grande Bretagne, et il le restera. (…) Mais on a des relations et des liens affectifs,  économiques,  politiques avec d'autres parties du monde. L'Europe n'est pas notre seul continent." Robert Tombs

L'auteur revient sur l'avenir de la Grande Bretagne étant données les circonstances actuelles de la pandémie, et interroge : qui a voté Leave ou Remain, pourquoi de tels choix...? Une perspective qui vise notamment à dédiaboliser le vote pro-Brexit, contre les récits dominant en Europe - à commencer par celui du Remain - qui en feraient un vote nationaliste et xénophobe.  

"Je ne dis pas que ce que je dis est une simple vérité, mais beaucoup d'experts se présentent comme ayant la vérité pure, et ils sont, comme les  autres, des partisans dans un débat politique." Robert Tombs

Le choix du >>> Brexit correspondrait ainsi à un vote de confiance dans les institutions démocratiques nationales. L'approche historique permet en outre à l'auteur de montrer que les croyances sur le passé pèsent aujourd'hui sur les relations entre la Grande Bretagne et l'Union européenne. La Grande Bretagne n'ayant pas vécu les mêmes conflits ni les mêmes traumatismes que de nombreux autres pays européens, elle n'en partage pas le même souci d'une Europe unie. Par sa langue notamment, elle a souvent plus de relations avec les pays hors Europe qu'au sein de celle-ci.

Extraits sonores:

  • Brexit : le Parlement rejette l’accord défendu par Theresa May 
  • Alastair Campbell (France Culture, Les Matins, 10/12/20)

mercredi 30 juin 2021

Les lendemains de crise ( Cliquer sur l'image ) | France culture 18/05/2021

Jean-François Ponsot et Michel Rocca, dans leur article : Le renouvellement de la pensée économique durant la crise des années 1930, s’intéressent au découplage théorie économique / politique économique en temps de crise. Ainsi introduisent-ils leur article en soulignant qu’au moment de l’éclatement de crises de grande envergure, la question de l’efficacité de la pensée économique se pose naturellement et systématiquement : l’économiste est interpelé sur l’utilité de son savoir pour la marche de la société. Par exemple, inaugurant un nouvel immeuble de la London School of Economics en novembre 2008, la reine d’Angleterre déclarait ainsi « c’est affreux, si les choses étaient aussi graves, comment se fait-il que personne ne les ait vu venir ? ».

M. Garicano, directeur de recherche à la LSE, répondait à cette question en éclairant sur la conception de la grande majorité des économistes de profession : « à chaque étape, quelqu’un comptait sur quelqu’un d’autre, et tout le monde croyait qu’il faisait ce qu’il fallait ». 

Que peuvent les économistes face aux crises ?  Comment se structurent les débats économiques sur le moment ?  Comment évolue donc la pensée économique lorsqu’elle est confrontée à une grave crise économique et financière ?

Il s’agira de comprendre, dans ces émissions, comment s’articulent policy making (les politiques économiques), et les théories économiques, et de s’interroger sur la nécessité des théories économiques de se renouveler face aux crises. Car on a tendance à dessiner l’histoire de la pensée à l’aune des grandes crises : jusqu'en 1929, la théorie libérale domine, puis c'est la crise de 1929 qui rend légitime l'intervention publique avec Keynes, qui est alors critiqué en 1973, face à l’inflation et chômage, avec un retour de la domination des libéraux, jusqu’en 2008… Cette réalité, lorsque l’on regarde la façon dont se structurent les débats économiques à l’époque, semble être plus complexe que ce que l’histoire en retient. Sans tomber dans la vacuité de certaines comparaisons historiques, on gardera en tête les débats actuels autour de la santé des économies en ces temps de crise, et les débats qui divisent les économistes autour de la dette. 

À retrouver dans l'émission ENTENDEZ-VOUS L'ÉCO ? par Tiphaine de Rocquigny

L' ÉPISODE


>>> Après 1929, le pari du New Deal

Alors qu’on pourrait analyser a posteriori le New Deal de Roosevelt comme une évidence de relance keynésienne, les débats étaient en réalité vifs à l’époque...


>>> Face aux chocs pétroliers, le carburant libéral

Le choc pétrolier de 1973 et la crise qui s’en suit mettent fin à la prospérité des Trente Glorieuses, et remet en question l'hégémonie des principes keynésiens...


>>> 2008 ou le piège de l’austérité

En 2008, à la London School of Economics, la reine Élisabeth II pose une question restée célèbre aux professeurs à propos de la crise financière : « Why...

Colonisations : mémoires sensibles ( Cliquer sur l'image ) | France culture 01/02/2021

A l'occasion de la remise du rapport Stora sur les questions mémorielles entre la France et l’Algérie, une série pour voir comment, à travers le monde, les passés coloniaux continuent de peser sur les relations diplomatiques actuelles. Comment ces blessures mémorielles peuvent-elles refaire surface, de quelle manière peuvent-elles être instrumentalisées, aujourd'hui, dans les rapports de force internationaux ?

À retrouver dans l'émission CULTURES MONDE par Florian Delorme

TOUS LES ÉPISODES


>>> France-Algérie : faire la lumière sur le passé

Fin janvier 2021, Benjamin Stora remettait à Emmanuel Macron un rapport sur “les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie"....


>>> Japon-Corée du Sud : des blessures non cicatrisées

Les conflits portant sur les mémoires de la colonisation japonaise de la péninsule coréenne ressurgissent régulièrement entre Tokyo et Séoul, et cela en...


>>> Belgique-RDC : les regrets du roi Philippe

En juin 2020, le roi Philippe transmettait pour la première fois à la RDC ses "profonds regrets" pour les "blessures" causées par la colonisation. Le fait-elle...


>>> Portugal-Angola : de l’exploitation à la coopération

Dans les discours officiels, dirigeants angolais et portugais mettent en avant leur histoire partagée, donnant l’impression d’une relation post-coloniale...