Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures.

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jeudi 23 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Coup de poker sur l'essence | Granite Cours 18 sept. 2021


∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Pétrole, une histoire de pouvoir (2/2) | ARTE 22 sept. 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Pétrole, une histoire de pouvoir (1/2) | ARTE 22 sept. 2021


Comment le pétrole, matière première aujourd’hui indispensable, a bouleversé non seulement nos modes de vie et l’économie, mais aussi l’ordre géopolitique mondial ? Un passionnant retour aux sources de l’or noir.

L’apparition de l’or noir fut en son temps une révolution miraculeuse : les lampes à pétrole éclairaient les demeures comme jamais auparavant, les usines employant des machines à moteur décuplaient soudainement leur productivité... Grâce au pétrole, la croissance économique a bondi et la fortune de certains, comme John D. Rockefeller, premier milliardaire de l’histoire, a atteint des sommes record. La médaille, bien sûr, a son revers, notamment l’influence du pétrole sur le cours des deux guerres mondiales.

Goût amer

Marquant le commencement de la dépendance occidentale, le premier choc pétrolier, exposé dans le second épisode du documentaire d’Andreas Sawall, prend rétrospectivement le goût amer d’une occasion manquée : la recherche sur les énergies renouvelables, prometteuse mais sous-investie, aurait pu constituer une porte de sortie. Physiciens, historiens et journalistes prennent la parole dans ce documentaire riche en anecdotes, qui retrace l’avènement du pétrole en tant que matière première indissociable de notre mode de vie. Alors que les États-Unis se sont imposés comme premier producteur mondial, il semble peu probable que l’Occident délaisse cette ressource – indispensable aux produits cosmétiques, pharmaceutiques et électroniques – dont nous sommes devenus plus que dépendants.

Documentaire d'Andreas Sawall (Allemagne, 2020, 53mn)

Disponible jusqu'au 21/10/2021

mardi 21 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ "Liaisons dangereuses : islamogauchisme, antisémitisme et antisionisme" de Pierre-André Taguieff | Via LES AMIS PHILOSOPHES REIMS Ed. Hermann

Introduction

Qu’est-ce que l’islamo-gauchisme ? Un ensemble d’alliances stratégiques et de convergences idéologiques entre des groupes d’extrême gauche et diverses mouvances islamistes.

Qu’est-ce qu’un islamo-gauchiste ? C’est soit un militant d’extrême gauche qui s’allie avec des groupes islamistes au nom de certains causes supposées révolutionnaires (anticapitalisme, anti-impérialisme, antisionisme, etc.), soit un islamiste qui se rapproche de l’extrême gauche pour des raisons tactico-stratégiques, en épousant certains de ses thèmes mobilisateurs.

Dans les deux cas, l’antiracisme est invoqué. Tout islamo-gauchiste prétend lutter contre le racisme. Mais le « racisme » qu’il combat est avant tout le « racisme systémique », censé structurer les sociétés occidentales, dites encore « blanches ». Il s’ensuit que l’antiracisme des islamo-gauchistes se réduit au projet de détruire les sociétés occidentales accusées d’être intrinsèquement racistes. L’ennemi désigné est donc l’Occident et les sociétés occidentalisées. La « lutte contre le racisme » se transforme en lutte contre le « racisme systémique » ou contre toutes les discriminations dites « systémiques » (de race, de genre, de religion, etc.).

Comme les idéologues décoloniaux, les islamo-gauchistes contemporains ont repris à leur compte cette vision antiraciste du monde, dans laquelle le « racisme systémique » est censé se manifester par un racisme sociétal et un « racisme d’État » caractérisant les sociétés occidentales. Mais ils ne s’en tiennent pas là. Leur thèse fondamentale est que le « racisme d’État » est avant tout une « islamophobie d’État ». Dès lors, la lutte contre le racisme tend à se réduire à la lutte contre l’islamophobie. Il y a là un alignement sur la propagande islamiste.

Ils y ajoutent ce que j’appelle la thèse de la substitution, qui postule que, dans les sociétés occidentales, l’antisémitisme a été aujourd’hui remplacé par l’islamophobie. Ils peuvent en conséquence dénoncer la lutte contre l’antisémitisme comme une stratégie de diversion permettant de détourner l’attention de la véritable menace, l’islamophobie, et du véritable racisme qui est à leurs yeux le « sionisme », un sionisme fantasmé et diabolisé. C’est ainsi que l’islamo-gauchisme s’inscrit dans le champ de la propagande antisioniste.

I. Islamo-nazisme et islamo-gauchisme                

Je commencerai par souligner le fait que mon livre, intitulé Liaisons dangereuses : islamo-nazisme, islamo-gauchisme, n’est pas sous-titré « De l’islamo-nazisme à l’islamo-gauchisme ». Je distingue en effet clairement les deux phénomènes idéologico-politiques et ne suppose pas l’existence d’une continuité entre eux. Dans ce livre, j’analyse deux figures historiques distinctes des liaisons dangereuses entre diverses mouvances de l’islam politique et des courants idéologiques qu’on peut juger extrémistes, dont le point commun est qu’ils se présentent comme révolutionnaires. Car, faut-il le rappeler, le fascisme et le national-socialisme, comme le communisme, se sont présentés comme des mouvements révolutionnaires.

Disons, pour simplifier, qu’il y a, d’un côté, des islamo-révolutionnaires de droite et, de l’autre, des islamo-révolutionnaires de gauche. Dans la terminologie que je propose, les premiers sont des islamo-nazis ou des islamo-fascistes stricto sensu, les seconds des islamo-gauchistes, catégorie générale comprenant plusieurs variantes historiques (islamo-communisme, islamo-tiers-mondisme, islamo-altermondialisme, islamo-décolonialisme). Je distingue donc les deux traditions que sont l’islamo-nazisme et l’islamo-gauchisme. Ce dernier a une préhistoire, qui commence en 1920 avec la collusion islamo-bolchevique, et une histoire, qui commence en 1978-79 avec l’alliance islamo-communiste en Iran. Quant à l’islamo-nazisme, il a une histoire qui commence en 1933, et une post-histoire qui se déroule depuis 1945.

Dans la préhistoire de l’islamo-gauchisme, il faut d’abord remonter au premier « congrès des peuples de l’Orient », organisé du 1er au 8 septembre 1920 à Bakou par l’Internationale communiste qui venait d’être créée. C’est  alors que Lénine définit l’islam comme la religion de « nations opprimées », voire comme une religion opprimée. Il fallait donc se garder d’offenser les sentiments religieux des paysans musulmans pauvres. Le camarade Zinoviev déclara qu’il fallait « susciter une véritable guerre sainte [jihad] contre les capitalistes anglais et français ». Ce fut l’une des premières apparitions d’une convergence islamo-communiste au nom de l’anti-impérialisme. Mais l’idylle a rapidement mal tourné. En 1923, Staline fait arrêter le dirigeant tatar Mirsaid Sultan Galiev, partisan d’un communisme national musulman.

C’est également sous le signe de l’anti-impérialisme que se tint la conférence de Bandung (18-24 avril 1955), la première conférence afro-asiatique qu’on peut considérer comme l’événement fondateur du tiers-mondisme, qui se développera sur la base d’un rejet du colonialisme, de l’impérialisme et du racisme, et donnera une assise idéologique à l’antisionisme radical et à l’anti-occidentalisme qu’on retrouvera plus tard dans le décolonialisme.

Il faut ensuite souligner l’importance de la Révolution khomeinyste, lorsqu’en 1978-1979 le Parti communiste iranien (le Toudeh), comme tous les groupes de l’opposition de gauche au Shah, a soutenu les islamistes chiites dans leur conquête du pouvoir, sous les applaudissements d’une partie des élites intellectuelles occidentales (dont Michel Foucault et Jean-Paul Sartre), qui y voyaient un nouveau modèle de révolution, supposée dotée d’une dimension « spirituelle ». Les communistes iraniens, comme d’autres formations de gauche, ont cru pouvoir jouer la carte de l’alliance avec les islamistes iraniens. Mais après quatre ans de collaboration avec le pouvoir islamiste, le Toudeh fut brutalement détruit en 1983 sur l’ordre de Khomeiny.

Il faut enfin pointer les rapprochements entre islamistes et révolutionnaires marxistes dans les années 1990 à la faveur du mouvement altermondialiste, dans lequel se sont investies notamment des organisations trotskistes, tel, en Grande-Bretagne, le Parti socialiste des travailleurs, le SWP (Socialist Workers Party). À l’automne 1994, Chris Harman, qui fut l’un des dirigeants de ce parti révolutionnaire, publie un long article intitulé « Le Prophète et le Prolétariat ». Dans ce texte important en tant qu’indice d’un tournant idéologique, Harman théorise une alliance stratégique, mais conditionnelle et conjoncturelle, entre socialistes révolutionnaires et islamistes, notamment sur les fronts de l’anti-impérialisme et de l’antiracisme.

Il arrive aussi que des communistes se convertissent à l’islam : ce fut le cas du terroriste marxiste-léniniste Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos. L’itinéraire du camarade Carlos est emblématique : ce militant communiste d’origine vénézuélienne, tiers-mondiste et terroriste international, s’est converti à un islam de combat après avoir épousé la cause palestinienne. Il s’est ensuite reconnu dans le terrorisme jihadiste d’Al-Qaïda, déclarant le 1er novembre 2001 qu’il a éprouvé « un profond soulagement en voyant les héroïques opérations de sacrifice du 11 septembre 2001 » et rendant ainsi hommage au chef charismatique du groupe jihadiste : « Cheikh Oussama Ben Laden est le modèle du moudjahid. C’est un martyr vivant, un pur. » L’anti-impérialisme constitue sa principale motivation, qui justifie ce qu’il appelle lui-même des « convergences » idéologiques : « Tous ceux qui combattent les ennemis de l’humanité, à savoir l’impérialisme états-unien, les sionistes, leurs alliés et leurs agents, sont mes camarades. »     

Qu’on puisse relever des analogies ou des thèmes communs dans les couplages entre les islamistes et leurs alliés d’extrême droite ou d’extrême gauche est une autre question. Par exemple, la haine des Juifs, sous ses différentes formes, se rencontre dans l’islamo-nazisme comme dans l’islamo-gauchisme : le premier privilégie le racisme antijuif à visée judéocidaire, le second l’antisionisme radical, qui rêve d’un israélicide 2. Il en va de même pour l’anti-impérialisme, thématique adaptable à des contextes très différents. On connaît les motivations « anti-impérialistes » des islamistes qui, dans les années trente et au cours de la Seconde Guerre mondiale, se sont alliés avec les nazis ou les fascistes italiens. Il s’agissait pour eux de lutter le plus efficacement possible contre l’Empire britannique, l’Empire français, le sionisme et le communisme.

II. L’antisémitisme au cœur de l’islamo-nazisme

L’antisémitisme a joué le rôle d’un combat fédérateur, en particulier dans l’alliance, nouée dès le printemps 1933, entre les nazis et les islamo-nationalistes palestiniens, sous la haute direction du « Grand Mufti » de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini (1895-1974), antijuif forcené, qui entretenait des liens d’amitié depuis 1927 avec Hassan al-Banna (1906-1949), le fondateur des Frères musulmans l’année suivante. Le 1er avril 1933, les nazis lancent l’opération de boycottage contre les Juifs allemands, stigmatisés comme les plus redoutables « ennemis de l’État ». La réaction d’al-Husseini ne se fait pas attendre : de Jérusalem, la veille du jour de lancement du boycott, il assure les autorités allemandes de son soutien enthousiaste à l’opération antijuive. Dans son télégramme du 31 mars 1933 envoyé à Berlin, le Consul général d’Allemagne à Jérusalem, Heinrich Wolff, rend ainsi compte de sa rencontre avec le « Grand Mufti » :

« Le mufti m’a assuré aujourd’hui que les musulmans, en Palestine et ailleurs, saluaient le nouveau régime de l’Allemagne et espéraient que des formes anti-démocratiques et fascistes de gouvernement s’installeraient dans d’autres pays. L’actuelle influence économique et politique juive est partout nuisible et doit être combattue. Pour atteindre les Juifs dans leur prospérité, les musulmans espèrent que l’Allemagne va lancer un boycott [des biens juifs], qu’ils soutiendraient avec enthousiasme dans tout le monde musulman. »

Sautons quelques années. Le 20 janvier 1941, al-Husseini adresse à Hitler une lettre personnelle dans laquelle il le félicite et le remercie d’avoir pris parti en faveur de la « cause » de la Palestine, face à l’impérialisme britannique et aux « Juifs du monde entier, ennemis dangereux dont les armes secrètes sont la finance, la corruption et les intrigues ». Dans son discours prononcé le 18 décembre 1942, en présence de Joseph Goebbels, à 
l’occasion de la Fête du sacrifice (l’Aïd el-Kebîr), coïncidant avec le jour de l’inauguration de l’Institut islamique central de Berlin, al-Husseini appelle les musulmans à s’engager inconditionnellement dans la guerre aux côtés de l’Allemagne nazie et réitère son 
thème d’accusation majeur visant les Juifs, désignés comme les « ennemis éternels » des arabo-musulmans.

En 1943, Himmler envoie un télégramme à al-Husseini, dans lequel il lui  rappelle que la « lutte contre la juiverie mondiale » (Weltjudentum) a toujours été un principe du NSDAP depuis sa création et l’assure que les nationaux-socialistes soutiendront la lutte des Arabes, et particulièrement ceux de Palestine, contre les « intrus juifs ».

Le 1er mars 1944, dans son émission retransmise par la radio nazie de Berlin, al-Husseini, désireux d’étendre au Moyen-Orient les exterminations de masse conduites par les nazis, incite les Arabes au meurtre des Juifs au nom d’Allah : « Arabes, levez-vous comme des hommes et combattez pour vos droits sacrés. Tuez les Juifs partout où vous les trouvez. Cela plaît à Dieu, à l’Histoire et à la religion. Cela sauve votre honneur. Dieu est avec vous. » 

Le 7 octobre 1944, en Bosnie, devant une soixantaine d’imams de la 13e division de la Waffen-SS, dite « Handschar » (« Poignard »), al-Husseini déclare : « L’islam et le national-socialisme sont très proches l’un de l’autre dans leur combat contre la juiverie. Presque un tiers du Coran traite des Juifs. Il appelle tous les musulmans à se méfier des Juifs et à les combattre partout où ils se trouvent. »

L’itinéraire de l’idéologue nazi Johann von Leers (1902-1965) après la Seconde Guerre mondiale témoigne de la traduction de son antisémitisme biologique en un antisionisme radical. Sous le Troisième Reich, Leers, un protégé de Goebbels, avait la réputation d’être un spécialiste du meurtre rituel chez les Juifs, qu’il caractérisait comme des créatures sataniques aux pulsions criminelles héréditaires. Dans son livre paru en 1944, Die Verbrechernatur der Juden,Leers se prononce clairement en faveur de l’élimination physique des Juifs, et présente comme un « devoir » l’application du « droit de poursuite à l’égard des Juifs dans tous les pays afin de les détruire et de les exterminer (um sie zu vernichten und auszurotten) ». Et de rappeler sa vision légitimatoire de la guerre raciale d’extermination des Juifs :

« Dans la mesure où il est possible de prouver la nature héréditairement criminelle de la juiverie, chaque peuple est non seulement moralement en droit de détruire les criminels héréditaires, mais, plus encore, chaque peuple qui conserve et protège les Juifs se rend coupable du même délit qu’une personne qui se livre à la culture des bacilles du choléra sans respecter les règles de protection obligatoires. »

Sa perception positive des milieux arabes nationalistes ralliés d’une façon ou d’une autre à la vision d’un islam politique est certainement à l’origine de son choix, fin 1955 (à la suite du renversement du régime péroniste, le 21 septembre 1955, dans l’Argentine où il s’était réfugié), de trouver refuge en Égypte, où il s’installe au printemps 1956. Le « Grand Mufti » l’accueille au Caire par un chaleureux discours de bienvenue : « Nous vous remercions d’être venu jusqu’ici reprendre le combat contre les puissances des ténèbres incarnées dans la juiverie mondiale. » Converti à l’islam l’année suivante avec la bénédiction d’al-Husseini, Leers prend le nom d’Omar Amin, devenant « Omar Amin von Leers ». Le 25 novembre 1957, dans une lettre à son ami et admirateur Harold Keith Thompson, nazi américain qui avait été un agent spécial du SD, il explique pourquoi, lors de sa conversion officielle à l’islam, il a choisi d’adopter les prénoms Omar et Amin : « J’ai moi-même embrassé l’islam et accepté le nouveau prénom Omar Amin, Omar en référence au grand calife Omar qui fut un implacable ennemi des Juifs, Amin en l’honneur de mon ami Haj Amin al-Husseini, le Grand Mufti. »  Leers organise ensuite au Caire, avec Mahmoud Saleh, ancien agent du Welt-Dienst (ou Service mondial, organisme nazi de propagande antijuive fondé en 1933) et collaborateur d’al-Husseini, l’Institut d’étude du sionisme. Il sera jusqu’à sa mort, en 1965, employé par la division de la propagande anti-israélienne au ministère égyptien de l’Intérieur. Il fut notamment speaker à l’émission de radio La Voix des Arabes, qui diffusait en plusieurs langues.

Dans mon livre, j’analyse la nazification de l’islam autant que l’islamisation du nazisme, notamment chez les nazis qui, réfugiés au Moyen-Orient après 1945, se convertirent en masse à l’islam et transformèrent leur antisémitisme en un antisionisme radical visant l’anéantissement de l’État d’Israël. En reconnaissant dans le nazisme l’essentiel de sa vision propre de l’islam, al-Husseini a nazifié l’islam. En reconnaissant dans un islam jihadiste sa conception antijuive du monde, l’hitlérien Leers a fait le chemin inverse : il a islamisé le nazisme.

Après avoir quitté l’Allemagne le 7 mai 1945 pour atterrir à Berne, le criminel de guerreal-Husseini est aussitôt remis par les autorités suisses à la 1ère armée française. À la mi-mai 1945,il est transféré en France pour y être assigné à résidence avec ses deux secrétaires, bénéficiant du statut de réfugié politique, dans une villa confortable de la banlieue parisienne placée sous surveillance policière. Un an plus tard,le 29 mai 1946, al-Husseini réussit, grâce à la bienveillance, voire à la complicité des autorités françaises soumises à la pression des pays arabes, à s’enfuir en Égypte. Le 11 juin 1946, Hassan al-Banna, en tant que guide spirituel des Frères musulmans, lui souhaite la bienvenue :

« Les cœurs des Arabes ont palpité de joie en apprenant que le mufti avait réussi à rejoindre un pays arabe. La nouvelle a fait l’effet d’un coup de tonnerre aux oreilles de certains tyrans américains, britanniques et juifs. Le lion est enfin libre et écumera la jungle arabe pour en chasser tous les loups. (…) Le mufti est la Palestine, et la Palestine est le mufti. (…) Quel héros, quel miracle que cet homme. (…) Oui, ce héros qui a défié un empire et a combattu le sionisme, avec l’aide de Hitler et de l’Allemagne. L’Allemagne et Hitler ont disparu, mais Amin al-Husseini continuera le combat. » 

Les héritiers palestiniens par excellence d’al-Husseini et d’al-Banna ne sont autres que les fondateurs du « Mouvement de la résistance islamique », le Hamas, qui, lancé peu après le déclenchement de la première Intifada (le 9 décembre 1987) par le cheikh Ahmed Yassine, se présente comme l’« une des branches des Frères musulmans en Palestine », selon l’article 2 de la Charte du Hamas. On connaît la prophétie menaçante d’al-Banna qu’on trouve citée dans le préambule de ladite Charte, rendue publique le 18 août 1988 : « Israël s’élèvera et restera en place jusqu’à ce que l’Islam l’élimine, comme il a éliminé ses prédécesseurs. » Khalil Koka, l’un des fondateurs du Hamas, a exposé sans fard la vision islamo-palestinienne de la nouvelle « question juive » au Moyen-Orient : « Dieu a rassemblé les Juifs en Palestine non pas pour leur offrir une patrie, mais pour y creuser leur tombe et débarrasser le monde de leur présence polluante. » Le projet génocidaire se reformule ainsi en s’adaptant au contexte.

Le 10 mai 2016, Yusuf Ida’is, ministre des lieux saints de l’Autorité palestinienne, déclarait au cours de la septième Conférence islamique internationale Bayt al-Maqdis (le Temple du sanctuaire) à Ramallah :

« Cette conférence est une continuation de la première Conférence islamique Bayt al-Maqdis tenue par le défunt mufti Haj Amin al-Husseini sur le sol palestinien en 1931, et aujourd’hui nous marchons sur son chemin en suivant les instructions du Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. »

Cette déclaration, en dépit de son caractère explosif, n’a pas fait scandale, elle n’a même pas provoqué un débat. Et l’on en est droit de s’en étonner. Elle présente en effet d’une façon officielle, comme une évidence bonne à rappeler, que Mahmoud Abbas (né en 1935) est aujourd’hui, après Yasser Arafat (1929-2004), l’héritier du Grand Mufti de Jérusalem. Début juillet 1974, Arafat était présent à Beyrouth, aux côtés d’Abou Iyad (nom de guerre de Salah Khalaf) et d’autres hauts dirigeants du Fatah et de l’OLP, à l’enterrement d’al-Husseini, célébré dans un communiqué comme « le grand leader palestinien ». 

En août 2002, dans une interview donnée au quotidien arabe publié à Londres, Al-Quds, Arafat célèbre Haj Amin en l’appelant « notre héros », un « héros » que les Occidentaux furent incapables d’écarter. Preuve, selon Arafat, que les Palestiniens sont « un peuple puissant ». Et de préciser : « Il y eut nombre de tentatives pour se débarrasser de Haj Amin, qu’ils [les Occidentaux] considéraient comme un allié des nazis. Mais cependant il vécut au Caire et participa à la guerre de 1948, et je fus moi-même l’un de ses soldats. »

Dans les discours de propagande islamo-gauchistes contemporains, on retrouve les thématiques anti-impérialiste et antisioniste, mais l’ennemi principal est l’Occident capitaliste, colonialiste et « raciste », le racisme étant un attribut des seuls « Blancs » (« sionistes » compris) et le « racisme systémique » le propre des « sociétés blanches ». Tel est le dogme fondamental des idéologues décoloniaux et identitaires qui se réclament de l’« antiracisme politique », antiracisme hémiplégique masquant un racisme anti-Blancs non assumé et un antisionisme radical, visant la destruction d’Israël, accusé d’être un « État raciste » ou « d’apartheid ».

Enfin, dans le discours de propagande des deux traditions idéologiquement hybrides, on trouve un balancement stratégique entre la présentation compassionnelle du musulman-victime (du colonialisme, du racisme, etc.) et la célébration héroïsante du musulman-rebelle, du moudjahid, du combattant pour la foi. D’une part, la figure du colonisé-discriminé-« racisé » et, d’autre part, celle du justicier-guerrier, le jihadiste.

III. L’antisionisme radical au cœur de l’islamo-gauchisme

J’ai forgé l’expression « islamo-gauchisme » au tout début des années 2000 pour désigner une alliance militante de fait entre des milieux islamistes et des milieux d’extrême gauche (que j’ai qualifiés de « gauchistes » pour faire court), au nom de la cause palestinienne, érigée en nouvelle grande cause révolutionnaire. Il s’agit donc d’un terme descriptif, référant à un phénomène idéologico-politique observable, notamment sous la forme de manifestations « antisionistes » rassemblant des représentants de groupes islamistes (Hamas, Jihad islamique, Hezbollah) et des militants d’extrême gauche, principalement trotskistes.

Telle que je l’ai observée et analysée en 2000-2002, cette alliance stratégique contre un ennemi commun, Israël ou « le sionisme », se fondait sur une image victimaire du Palestinien, qui commençait alors, dans les mouvances d’extrême gauche, à être transférée sur le Musulman, en se fondant sur  l’axiome selon lequel l’islam est la religion des pauvres, des opprimés et des victimes, tant du colonialisme et de l’impérialisme que du racisme. Dès lors, le péché majeur est l’islamophobie. Être propalestinien, dans la perspective gauchiste, c’est être à la fois antisioniste, anti-impérialiste et islamophile.

Il y a là une rupture de tradition de grande importance. Alors que dans la culture politique de l’extrême gauche, la religion était « l’opium du peuple » qu’il fallait dénoncer, la nouvelle alliance islamo-gauchiste rompt avec cet athéisme militant, mais au seul profit de l’islam politique, perçu comme une force révolutionnaire, voire comme la seule nouvelle force révolutionnaire. Le premier moment de l’alliance islamo-gauchiste est contemporain de la seconde Intifada et de l’essor du mouvement altermondialiste : les antisionistes et les militants altermondialistes voyaient dans les milieux islamistes des alliés possibles, voire nécessaires.

On a assisté à la formation d’une configuration islamo-altermondialiste au cours des années 1990 et au début des années 2000. Dès la fin des années 1990, le Frère musulman d’honneur Tariq Ramadan, qui sera invité à tous les Forums sociaux européens, avait compris qu’il pouvait exploiter l’anticapitalisme supposé partagé par les islamistes et les altermondialistes marxisants.  

Le contexte international était marqué d’abord par la catastrophique conférence de Durban contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance (tenue du 2 au 9 septembre 2001), qui fut un festival de haine antijuive centrée sur la diabolisation du « sionisme » par des centaines d’ONG propalestiniennes, ensuite par les attentats du 11-Septembre commis par une organisation jihadiste, Al-Qaida, dont l’objectif déclaré était de combattre la « coalition judéo-croisée » ou l’« alliance sioniste-croisée ». La fameuse déclaration fondatrice, publiée le 23 février 1998, du « Front islamique mondial pour le jihad contre les Juifs et les Croisés » avait marqué l’entrée dans une nouvelle phase de l’islamisme radical, caractérisée notamment par la désignation des Juifs comme incarnant l’ennemi absolu.

L’ennemi était le même pour les islamistes et pour les nouveaux gauchistes, mais il ne portait pas le même nom : les premiers désignaient « les Juifs », les seconds « les sionistes ». Tous se disaient anticapitalistes et anti-impérialistes. Cette mouvance hybride trouvait alors sa raison d’être dans des convergences idéologiques et des alliances stratégiques autour de ce que j’ai appelé l’« antisionisme radical » ou « absolu », dont l’objectif est la destruction d’Israël. Au cours de ces mobilisations, les « Allahou akbar »  qui fusaient ne gênaient nullement les militants gauchistes présents, pas plus que les appels consensuels à la destruction d’Israël sur l’air de « sionistes = nazis » ou « sionisme = racisme ». Le cri « mort aux Juifs » venait agrémenter ces spectacles islamo-gauchistes qu’étaient les manifestations propalestiniennes, dès octobre 2000.

La dimension antijuive de ces manifestations était  frappante, ainsi que l’importance prise par la nazification des « sionistes » et plus largement des Juifs, destinée à faire entendre ce message résumant l’inversion victimaire en cours : les Juifs-sionistes sont les nouveaux nazis, tandis que les Palestiniens sont les nouveaux Juifs. L’instrumentalisation et le dévoiement de l’antiracisme consistaient alors à lui donner le visage de l’antisionisme, fondé sur l’image du Palestinien victime d’un « sionisme » fantasmé. Ces thèmes de la propagande palestinienne étaient intériorisés par toute l’extrême gauche et une partie de la gauche. Ce fut le premier moment de l’islamo-gauchisme contemporain : la convergence idéologique entre islamistes et gauchistes dérivaient d’un commun antisionisme radical.   L’extrême gauche n’était pas encore totalement convertie à l’islamophilie et la « lutte contre l’islamophobie » – slogan du fréro-salafisme –  n’était pas encore le grand thème mobilisateur.

Je reconnais avoir hésité, il y a vingt ans, entre  les expressions « islamo-tiers-mondisme », « islamo-altermondialisme » et « islamo-progressisme », voire « islamo-communisme ». Par exemple, en 2002, dans La Nouvelle Judéophobie, je recours aux qualificatifs « islamo-tiers-mondiste » ou « islamo-révolutionnaire ». J’ai finalement opté pour « islamo-gauchisme », le mot « gauchisme » ayant pour référence toutes les mouvances de l’extrême gauche. Certes, pour éviter les mésinterprétations du terme, j’aurais pu proposer « islamismo-gauchisme ». Car le préfixe « islamo- » renvoyait à l’islamisme et non à l’islam en général.

Synthèse de l'ouvrage par l'auteur, >>> Pierre-André Taguieff

vendredi 17 septembre 2021

Viendrons-nous un jour à bout des inégalités ? Avec Thomas Piketty | France Culture 15 sept. 2021


Thomas Piketty est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et professeur à l’École d’économie de Paris. Il est notamment connu pour son bestseller "Capital au XXIe siècle" (2013).

Il revient aujourd'hui avec "Une brève histoire de l'égalité" (Seuil, septembre 2021). Synthèse de ses livres destinée au grand public, l'ouvrage décrit une longue marche historique vers l'égalité.

Le sens de la gauche ? Avec Raphaël Glucksmann et Stéphanie Roza | France Culture 14 sept. 2021


Les annonces de candidatures se multiplient à gauche, des écologistes aux Insoumis. On frôle la balkanisation. Raphaël Glucksmann, député européen, ne se fatigue pas d’appeler à l’union. Au risque de verser dans l'incantation ? 

L’unité, quoi qu’il en soit, n’est pas la seule difficulté rencontrée par cette famille politique, qui semble peiner à imposer ses thèmes dans le débat d’idées. Pourtant, il semblerait que les citoyens français soient toujours enclins à se déclarer en faveur de mesures et de principes qui sont traditionnellement les siens. Comment expliquer ce paradoxe ? S’agit-il d’une difficulté à articuler, voire hiérarchiser, les multiples combats, démocratique, politique et social, que la gauche entend porter ? Ou d’une incapacité à former le bloc social qui lui permettrait d’accéder au pouvoir, entre retraités et jeunes, classe moyenne et ouvriers. 

Aux côtés du cofondateur du mouvement Place publique Raphaël Glucksmann, la spécialiste de philosophie politique Stéphanie Roza éclaire le sujet. 

L'invité des Matins de France Culture.
Comprendre le monde c'est déjà le transformer (07h40 - 08h00 - 14 Septembre 2021)
Retrouvez tous les invités de Guillaume Erner sur www.franceculture.fr

lundi 13 septembre 2021

China’s economy: what’s its weak spot? | The Economist 25 juin 2021


Les liens ci-dessous renvoient vers un site extérieur à YouTube (econ.st).
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The number of working-age people in China is shrinking. Could this threaten the country’s rise as an economic superpower? Read more here: >>> https://econ.st/3dgzqz0 Find all of our coverage about China here: >>> https://econ.st/3qpd7wz Read our special report about Chinese youth: >>> https://econ.st/2TXmwzd Is China’s population shrinking? >>> https://econ.st/3vTXxu2 Listen to an episode of “The Intelligence” podcast about China’s census: >>> https://econ.st/3wSqrvK How can countries such as America and China raise birth rates? >>> https://econ.st/3wVlXEP China’s economy zooms back to its pre-covid growth rate: >>> https://econ.st/3wTjt9V How education in China is becoming increasingly unfair to the poor: >>> https://econ.st/35Tr8cc Why more young Chinese want to be civil servants: >>> https://econ.st/2U2my8R China’s Communist Party at 100: the secret of its longevity: >>> https://econ.st/3gQQopP Read our special report about 100 years of the Chinese Communist Party: >>> https://econ.st/3vUkOM8 Little red look: 100 years of Chinese Communist Party style: >>> https://econ.st/3wVhrpF Read about the racially targeted birth-control policies in Xinjiang, China: >>> https://econ.st/2U0CBUI Kai-Fu Lee on how covid spurs China’s great robotic leap forward: >>> https://econ.st/2U1dscN

samedi 11 septembre 2021

Afghanistan crisis: Five lessons learned (or not) since 9/11, by Frank Gardner | BBC security correspondent 11/09/2021

Guantanamo Bay galvanised some
in the Middle East against the US

What lessons, if any, have been learned from the 20 years of fighting terrorism across the world? 

What has worked and what hasn't? 

And today, as Afghanistan is once more ruled by the movement that sheltered al-Qaeda, are we any wiser than we were on the morning of 11 September 2001?

For an America reeling from the worst ever terrorist attack on the continental USA, the world was seen by some in sharp contrast. There were the good guys versus the bad guys. "Every nation, every region," declared President George W Bush, nine days after the 9/11 attacks, "now has a decision to make. Either you are with us or you are with the terrorists".

A so-called "War on Terror" had been declared. It has since led to the invasion of Afghanistan, then Iraq, to the rise of Isis and the proliferation of Iranian-backed militias across the Middle East, and the deaths of thousands of servicemen and women and many more civilians.

Terrorism has not been eliminated - every major European country has suffered attacks in recent years - but there have been successes too. To date, there has never been an attack approaching the scale of 9/11. Al-Qaeda's bases in Afghanistan were destroyed, its leaders hunted down in Pakistan. The self-declared Isis caliphate that terrorised much of Syria and Iraq has been dismantled.

The list below is doubtless contentious and it is far from comprehensive. It is based on my own observations of covering this subject across the Middle East, Afghanistan, Washington and Guantanamo Bay.

1. Share vital intelligence

The clues were there but nobody joined up the dots in time. In the months leading up to 9/11, America's two primary intelligence agencies, the FBI and the CIA, were both aware that some kind of plot was in the wind.

But such was the rivalry between domestic and overseas intelligence-gathering that they kept what they knew to themselves. Since then, the 9/11 Commission Report has exhaustively trawled through the mistakes made and major improvements have been made.

Visiting the US National Counter Terrorism Centre (NCTC) in Virginia in 2006, I was shown how 17 US agencies now pooled their intelligence on a daily basis.

Britain set up its own fusion centre: the Joint Terrorism Analysis Centre (JTAC) where dozens of specialists from MI5, MI6, Defence, Transport, Health and other areas all sit together inside one building on London's Embankment, providing a continual assessment of the ongoing terror threat to UK nationals at home and abroad.

The city of Manchester mourned
bombing victims in 2017
But the system is not perfect. Two years after the JTAC was established al-Qaeda carried out the 7/7 London bombings, using British nationals to kill more than 50 people. A massive plot to bomb multiple airliners in mid-flight was averted the following year with the help of Pakistan but Britain still suffered multiple attacks in 2017 including the Manchester bombing.

So even good intelligence-gathering and sharing can fail to prevent attacks if the wrong decisions are taken on prioritisation of tasks.

The 2015 Bataclan attack in Paris, which killed 130 people and for which >>> the trial is currently under way, was partly the result of a failure by European authorities to share timely intelligence across borders.

2. Define the mission and don't get distracted

Of all the many reasons why Afghanistan has reverted to Taliban rule, one stands out: the US-led invasion of Iraq in 2003. This ill-fated decision became a massive distraction to what was going on in Afghanistan.

Many US and British Special Forces, who had been successfully hunting down al-Qaeda operatives and working with Afghan partners to keep Taliban insurgents on the back foot, were withdrawn and sent to Iraq instead.

This allowed the Taliban and others to regroup and come back stronger. By November 2003, when I visited a US infantry outpost in Afghanistan's Paktika province, Americans were already describing their mission there as "Op Forgotten".

It is easy to forget that the original mission in Afghanistan was clear-cut and well-executed. After the Taliban rulers refused to hand over the perpetrators, the US teamed up with the Northern Alliance (Afghans opposed to the Taliban) to successfully drive out both the Taliban and al-Qaeda.

But in the years that followed the mission then got diluted, spinning off in numerous directions.

Life improved immeasurably during that time for most Afghans but billions of dollars spent on "nation building" have been squandered through corruption and waste.

3. Choose your partners carefully

Britain's partnering with its closest ally, the US, in the 2003 invasion of Iraq meant that the UK was the junior partner in nearly all the key decisions that followed during the subsequent occupation.

Urgent pleas not to disband the Iraqi army or ban all members of the Baath party from government roles were ignored or overruled. The result was a catastrophic alliance between disgruntled and newly unemployed Iraqi military and intelligence officers with fanatical jihadists. This became Isis.

The collective panic that followed 9/11 meant that US and British intelligence ended up cooperating with certain regimes with appalling human rights records. These chickens came home to roost.

For example, after Colonel Gaddafi's hideous regime in Libya was overthrown in 2011 journalists found a letter from a senior MI6 officer to his Libyan counterpart that discussed the extradition of an Islamist dissident to face arrest and mistreatment.

Today, violent jihadism is most resurgent in the poorly governed or ungoverned parts of Africa, posing a problem for who exactly the West should partner with.

4. Respect human rights or lose the moral high ground

Time and again people in the Middle East have told me: "We may not have liked US foreign policy but we always respected its rule of law. Until Guantanamo Bay."

Rounding up suspects "on the battlefield" - including in a few cases innocent civilians who had been sold for a bounty - and then wrapping them in nappies, goggles and earmuffs to be transported halfway across the world to a US naval detention centre on Cuba did untold damage to America and the West's reputation.

US troops swiftly eliminated al-Qaeda and
the Taliban from Afghanistan in 2001,
so why did the war drag on?

Detention without trial was something that happened in autocratic countries back home. Arabs did not expect it of the US.

Worse was to follow, with revelations of "enhanced interrogation", waterboarding and other mistreatment at CIA black sites where suspected terrorists simply disappeared. 

The Obama presidency put a stop to this but the damage was done.


5. Have an exit plan

The western interventions that preceded 9/11 were relatively quick and simple by comparison. Sierre Leone, Kosovo, even the Desert Storm campaign of 1991 - all had a finite ending.

But the US-led invasions of Afghanistan and then Iraq have resulted in what have been called "the forever wars". No one involved back in 2001 or 2003 envisaged that they would still be there two decades later. Put simply, the West did not understand what it was getting into and there was no realistic exit plan.

There is no doubt that if the West had not displaced the Taliban and Al-Qaida in Afghanistan in 2001 then more attacks from there would have ensued. The counter-terrorism mission in that country was not a failure but the nation-building one was never completed.

And today, the one abiding image most people will take away is that of desperate Afghans running alongside a departing USAF C17 transport, trying to escape the country the West has now all but abandoned.

Afghanistan : un pays "accidenté" - Le Dessous des cartes | ARTE 18 août 2021


Zoom sur l'histoire afghane qui se caractérise par un état de guerre quasi permanent : rivalité coloniale entre Angleterre et Russie, invasion soviétique, intervention américaine après le 11-Septembre, sans oublier les relations tortueuses avec le Pakistan voisin, le rôle destructeur des talibans et, aujourd’hui, la présence de Daech.

L'Afghanistan, pays de montagnes infranchissables, dont celles de l’Hindou Koush occupent une grande partie du territoire. Cette géographie "accidentée" est centrale pour expliquer la diversité tribale et ethnique et la volonté farouche d’indépendance du pays.

vendredi 10 septembre 2021

L'histoire à la carte ( Cliquer sur l'image ) | France culture 06/09/2021

Fascinantes cartes anciennes, portulans, atlas et planisphères… Quand les Anciens abattent leurs cartes et les cartographes prennent le large, c’est une aventure, celle de la Société de Géographie ou celle des cartographes de l’imaginaire. Allez, hissez haut !

À retrouver dans l'émission LE COURS DE L'HISTOIRE par Xavier Mauduit

TOUS LES ÉPISODES


>>> Quand les Anciens abattent leurs cartes

Imaginer le monde et se représenter la Terre n'est pas une évidence. Les cartes, atlas ou autres mappemondes n’ont pas toujours existé. Comment la cartographie...


>>> Hissez haut, les cartographes prennent le large

Vastes étendues porteuses de promesses et de dangers, les mers sont à la fois des espaces commerciaux et la voie vers un monde à explorer. À partir du...


>>> La Société de Géographie, deux cents ans d’aventures

Élisée Reclus, Jules Verne, Anatole France... ces illustres personnages ont appartenu à la Société de Géographie, savante organisation fondée en 1821 pour...


>>> Cartographier l’imaginaire

En parallèle des cartes scientifiques, les cartographes développent une autre manière de représenter les espaces géographiques. Continent-visage, île-jambe,...

mercredi 8 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Travailler ? Pour quoi faire... ( Cliquer sur l'image ) | France culture 07/09/2021

À retrouver dans l'émission LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert

Dans son nouvel essai "Troubles dans le travail: sociologie d'une catégorie de pensée" (Puf, 2021), la sociologue Marie-Anne Dujarier revient sur une catégorie de pensée floutée, annonçant différents scénarios pour l'avenir : fin du travail, travail sans fin ou travail de la fin?

Ouvriers pendant une sieste sur une poutre
du chantier du bâtiment RCA, à Manhattan.

La sociologue Marie-Anne Dujarier, professeure à l'université de Paris et membre du >>> Laboratoire de Changement Social et Politique (LCSP) est notre invitée ce matin. Elle est l'autrice de >>> Les travailleurs du management : Acteurs, dispositifs et politiques d’encadrement (2020, Octorès) et de >>> L'idéal au travail (Puf, 2006). 

Avec son nouvel essai >>> Troubles dans le travail : sociologie d'une catégorie de pensée (Puf, 02.09.2021), Marie-Anne Dujarier nous invite à déplier la généalogie du terme "travail" afin d'en comprendre les troubles actuels. 

"On peut observer un flou qui s'entend dans les débats à la fois sociaux mais aussi subjectifs : entre nous et en nous sur ce qui est du "travail". Est-ce qu'un stagiaire travaille? Est-ce qu'un youtubeur travaille? Est-ce qu'une femme au foyer travaille? Est-ce qu'un animal travaille? Est-ce qu'un robot travaille? Toutes ces questions égrainent à la fois nos débats et nos doutes. Alors je me suis intéressée à la question de ce que nous appelons "travail" dans la société aujourd'hui." Marie-Anne Dujarier

Elle souligne notamment la polysémie du terme "travail" qui en avantage certains autant qu'elle en désavantage d'autres. 

"Parfois, la polysémie ce n'est pas un problème, mais une arme." Marie-Anne Dujarier

A l'heure du "capitalocène", où hypocritement les bullshit jobs sont valorisés comme du "travail" tandis que le bénévolat écologique ou le care, lui, ne l'est pas, la sociologue se demande quel avenir est à envisager pour le travail.

Par exemple, Marie-Anne Dujarier cite l'exemple de l'autoproduction, utile du point de vu de l'urgence climatique mais qui n'est pas véritablement incluse dans la catégorie "travail".

"Est-ce que lorsque vous autoproduisez, par exemple quand vous avez un jardin dont vous espérez pouvoir vivre, vous travaillez? On ne sait pas. Parce que ce n'est pas considéré comme du travail par les institutions, ce n'est pas compté comme une richesse ou dans les statistiques, ça ne fait pas partie des politiques publiques, vous ne bénéficiez pas du code du travail." Marie-Anne Dujarier

Finalement,

"L'urgence climatique interroge directement une des dimensions du travail : qu'est-ce qu'il faut produire qui soit utile aujourd'hui? Je suis une de ces personnes qui s'étonne que la cause écologique croise si peu la question du travail." Marie-Anne Dujarier

Extraits sonores:

  • Serge Gainsbourg, Le poinçonneur des lilas
  • Extrait d'une vidéo YouTube de la youtubeuse Léna Situations
  • "Revenu universel", Gaspard Koening, extrait de son Tedx 2017

dimanche 5 septembre 2021

Qui aime le peuple ? Celui qui le flatte ou celui qui l’insulte ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 05/10/2014

À retrouver dans l'émission LE GAI SAVOIR par Raphaël Enthoven

J’aime mieux servir les hommes à ma guise, que les gouverner à la leur…

William Shakespeare

Qu’est-ce que le peuple ? Est-ce la plèbe ou est-ce l’ensemble du corps social ? Qui aime le peuple ? Celui qui le flatte ou celui qui l’insulte ? Bienvenue dans la légende du général Coriolan, le plus grand des patriotes, sinon des patriciens, qui, pour être fidèle à lui-même, dut trahir sa patrie.

Pour obtenir le pouvoir, il faut le désirer. Mais pour être digne du pouvoir, il faut le mépriser. C’est la raison pour laquelle le pouvoir n’est jamais, sinon très rarement, exercé par la bonne personne. Celui qui a l’âme assez flatteuse et torve pour trouver son chemin parmi les courtisans est en général dépourvu de la liberté d’esprit et de l’ampleur de vue qui, seules, font les bons gouvernants.

jeudi 2 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Mon boss est un algorithme ( Cliquer sur l'image ) | France culture 05/07/2021

À retrouver dans l'émission LES PIEDS SUR TERRE par Sonia Kronlund

Julie est micro travailleuse et elle a entraîné Cortana, l’assistante vocale de Microsoft. Nassim, lui, était livreur pour Deliveroo et son temps de travail était décidé par un algorithme. Deux histoires de micro travailleurs précaires qui posent d'importants problèmes éthiques.

Ouvrières et ouvriers du Net, leur boss est
un algorithme ou un robot.

Julie a été micro travailleuse. Après toute une série de tests – non rémunérés – elle est acceptée, dit-elle, par le site de recrutement, suite à quoi elle est envoyée sur une plateforme de micro travail appartenant à Microsoft. Son travail consiste à entraîner Cortana, l’assistante vocale de Microsoft, dans la plus grande précarité. Pour ce faire, elle écoute les conversations et corrige les fautes de l’intelligence artificielle. 

"La société qui m’employait était chinoise, mon manager était basé en Italie, le site fait référence à l’Espagne en ce qui concerne les mentions légales et les paiements venaient des Etats-Unis."

"Au bout d’un moment, il n’y avait plus assez de travail, nous étions trop nombreux à avoir été recrutés. On aurait dit un groupe de vautours qui se jetaient sur toutes les transcriptions qui arrivaient sur la plateforme de micro travail.  C’était impressionnant de voir les chiffres descendre d’un coup. En cinq minutes, les trois milles transcriptions avaient disparu."

"Il fallait faire entre cent-vingt et cent soixante-dix transcriptions à l’heure. Si on en faisait moins, on était expulsés et si on en faisait plus, on était rappelé à l’ordre en nous disant qu’on bâclait notre travail."

>>> Tous évalués : sous le joug des étoiles

Même si Julie parvient à obtenir des transcriptions, son salaire ne dépasse jamais plus de six-cents euros. Son micro-travail est précaire, dans la solitude de son salon ou de sa chambre. D’autre part, l’entrainement d’assistants vocaux pose également des questions éthiques : écoute de conversations privées, employés non soumis à des clauses de confidentialité, enregistrement de conversations alors que assistant vocal n’a pas été sollicité… Ces écoutes pratiquées par de nombreuses entreprises d'informatique mettent en péril le droit à la vie privée et donnent lieu à des questionnements encore inédits. 

"Parfois, Cortana se déclenchait de façon non-sollicitée, donc elle enregistrait quelque chose alors qu’on ne l’avait pas activée. C’est là où des pistes pouvaient durer trois minutes. Elle est aussi connectée à la X-box, donc on entendait les conversations de personnes qui jouent à des jeux en réseau."

"C’étaient des choses complètement privées, les gens n’avaient clairement pas conscience que d’autres personnes allaient entendre leur conversation. Je ne me doutais pas que j’allais avoir accès à toutes ces données personnelles et confidentielles. C’était hyper-alarmant."

>>> Plateformes : qui a envie du salariat ?

De son coté, Nassim a été livreur pour Deliveroo et lui aussi a été un micro travailleur précaire. Il n’a jamais rencontré de représentant. Il dit lui-même que son patron était un algorithme. Peu importe la météo, il effectuait ses livraisons. Au début, il recevait des primes lorsqu’il pleuvait ou neigeait. Mais, en 2019, les primes ont soudain disparu. Pire encore, une nouvelle tarification entre en vigueur : Deliveroo s’aligne sur les prix de Uber Eats et divise le salairedes livreurs par deux.

"J’ai travaillé pendant l’hiver 2018. Je suis arrivé à 62 heures par semaine. Une commande toute les douze, treize minutes."

Après avoir participé à un mouvement social suite à la baisse drastique de son salaire, Nassim reçoit un mail qui lui annonce la fin de son contrat. Aucun motif de renvoi n’est mentionné. Grace à un journaliste du Huffington Post, il découvre qu’il est en fait soupçonné d’avoir volé des commandes qu’il était censé livrer. Le comble étant qu’aucune preuve ne peut être avancée par l’entreprise.

"On travaille pour un robot. Ce n’est pas de l’humain."

"En tant qu’indépendant je n’ai pas droit au chômage. En ayant travaillé cinquante-cinq heures par semaine, en ayant fait plus de deux-cent heures par mois pendant presque un an, je n’ai pas droit au chômage donc à partir de demain, je suis à 0€ par mois."

>>> "Loue un compte Uber Eats, 100 euros par semaine" : enquête sur la livraison en sous-location

Reportage : Martine Abat

Réalisation : Anne-Laure Chanel

Merci à Julie et Nassim.

Musique de fin : "Everyday robots”, Damon Albarn.

mercredi 1 septembre 2021

Les Taliban, nouveaux maîtres de l'Afghanistan | FRANCE 24 31 août 2021


L'armée américaine a annoncé, lundi 30 août aux alentours de minuit, avoir achevé son retrait d'#Afghanistan, à l'issue de la plus longue guerre de l'histoire des États-Unis. Les #Taliban ont salué un "moment historique", tandis que les #ÉtatsUnis ont indiqué qu'ils "travailleront" avec les islamistes s'ils tiennent leurs engagements. Les derniers détails avec notre envoyé spécial Cyril Payen en direct de Kaboul.

L'économie mondiale en rémission ( Cliquer sur l'image ) | France culture 30/08/2021

Alors que la France voit son taux de chômage se renflouer, les Etats-Unis viennent de dépasser leur niveau de production d'avant crise. L'économie mondiale a-t-elle véritablement et durablement retrouvé les chemins de la croissance malgré les risques induits d'une reprise à deux vitesses?

À retrouver dans l'émission ENTENDEZ-VOUS L'ÉCO ? par Tiphaine de Rocquigny

TOUS LES ÉPISODES


>>> France : "Ça va mieux" ?

En France, l'heure du redémarrage semble être arrivée. Les chiffres généraux de l’économie progressent : l’emploi salarié a retrouvé son niveau d’avant...


>>> Inflation : la rançon de la croissance

Alors que la reprise économique semble se confirmer sur l'ensemble de la planète, en partie liée aux différents plans de relance mis en œuvre par les Etats...

mercredi 25 août 2021

Israéliens et Palestiniens dans le chaos de Fauda | JEAN-PIERRE FILIU Le Monde 29 MARS 2020

L’unité d’infiltrés israéliens de la série « Fauda »
La série >>> Fauda, dont la troisième saison vient d’être diffusée en Israël et en France, offre une immersion troublante dans l’occupation des territoires palestiniens.

La diffusion en France de la troisième saison de la série Fauda a suivi de peu sa diffusion en Israël même. C’est une illustration supplémentaire de la popularité internationale de feuilletons israéliens pourtant ancrés profondément dans la réalité moyen-orientale. Fauda, qui signifie en arabe « Chaos », raconte depuis 2015 les péripéties d’une unité israélienne infiltrée en milieu palestinien. De telles unités de commandos « arabisés » (mista’arvim) existent de longue date, chargées, entre autres, des exécutions extra-judiciaires dans les territoires occupés. L’unité « Samson » (Shimshon) a été démobilisée depuis le retrait israélien de Gaza, mais l’unité « Cerise » (Douvdevan) est toujours active en Cisjordanie.

LE REALISME DES VETERANS

Les deux créateurs de la série, Lior Raz, également l’acteur principal, et Avi Issacharoff, revendiquent leur expérience passée au sein de telles unités d’infiltrés. Leur scénario, effectivement haletant, épouse avec plus ou moins de bonheur les méandres du conflit israélo-palestinien: la saison 1 se concentre sur la poursuite d’un chef militaire du Hamas, la « Panthère », que les Israéliens croyaient à tort avoir tué; la saison 2 s’enlise dans la fable d’une implantation en Cisjordanie de Daech, le bien mal-nommé « Etat islamique », qui n’a pourtant jamais eu de présence structurée en Palestine; la saison 3 trouve dans la bande de Gaza, reconstituée sur une base israélienne, le décor idéal pour une succession de coups de théâtre. Le fait que le gouvernement israélien interdit depuis 2007 l’accès de Gaza à ses ressortissants ajoute à cette immersion le goût de la transgression vers « l’enfer » (sic) sur terre.

Le New York Times a classé Fauda au huitième rang des trente séries internationales de la décennie (le Bureau des légendes finissant troisième et la série israélienne Hatufim, prisonniers de guerre première). Un des atouts majeurs de Fauda réside dans la fluidité des passages de l’arabe à l’hébreu, sous-titrés respectivement en blanc et en jaune en France. Les infiltrés israéliens parlent un dialecte palestinien impeccable, tandis que leurs adversaires maîtrisent d’autant mieux l’hébreu qu’ils ont été incarcérés dans les prisons de l’occupant. Le succès est impressionnant en Israël, avec un million de spectateurs (sur 8,5 millions d’habitants) pour le début de la saison 3.  La saison précédente avait déjà raflé 11 des prix de la télévision israélienne, dont ceux du meilleur film, du meilleur scénario et de la meilleure mise en scène. La campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) a tenté en vain, aux Etats-Unis, de convaincre Netflix de déprogrammer Fauda, accusée de « légitimer des crimes de guerre ».

UN MONDE ORWELLIEN

Le réalisme dont se réclame Fauda culmine dans la description du contrôle à distance de la population palestinienne. Chaque échange téléphonique ou virtuel peut être immédiatement intercepté, chaque téléphone piraté, chaque ordinateur piégé. Une photo prise à la volée permet une reconnaissance faciale immédiate. Tous les Palestiniens sont fichés, au besoin traqués dans leur intimité, espionnés et manipulés. Les drones surveillent en permanence des territoires dont le moindre recoin est disséqué à volonté dans le centre opérationnel du contre-terrorisme israélien. Les interventions sont naturellement plus aisées en Cisjordanie, mais la bande de Gaza peut être instantanément plongée dans l’obscurité pour couvrir une opération israélienne. Un commandant du Hamas est même contraint de collaborer lorsqu’apparaît sur l’écran sa maison familiale dans le viseur d’un aéronef israélien.

On tue beaucoup dans Fauda, que l’on soit israélien ou palestinien. On tue, on torture, on piège à l’explosif et, côté arabe, on tue plus souvent d’autres Arabes, accusés de trahison, que des Israéliens. Les morts juives donnent lieu à de grands moments d’émotion, surtout si un membre de l’unité est frappé. Les personnages palestiniens assassinés sont, eux aussi, suivis dans leur agonie, ainsi que leurs proches dans leur deuil. Mais, quand les commandos israéliens passent en mode rafale, les cibles arabes tombent comme des mouches, ou plutôt des pantins anonymes. Le tireur d’élite de l’unité n’est terrassé par le remord que lorsqu’il abat par erreur un militaire israélien. Il se lamente « J’ai pris une vie » face à son chef qui lui rétorque « Tu en avais pris de nombreuses avant ». Et lorsque l’enquête interne l’interroge, il commence à égrener, non pas le nombre de « terroristes » abattus, mais la litanie de ses victimes « collatérales » palestiniennes.

Le spectateur, saisi de vertige, se rappelle alors que toute occupation salit autant l’occupant qu’elle humilie l’occupé. Même quand cette occupation dure depuis plus d’un demi-siècle. Quant aux créateurs de Fauda, ils éliminent leur personnage, épuisé par un tel aveu, dans une nouvelle flambée de violence à Gaza. La saison 4 est déjà en cours de préparation, avec un retour de son déroulement en Cisjordanie. Pendant ce temps, un studio de Mumbai a commencé de filmer l’adaptation de Fauda au conflit entre l’Inde et le Pakistan. Le « Chaos » a de beaux jours devant lui.