Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures. Force, Sagesse et Beauté / Liberté, Égalité, Fraternité

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lundi 25 octobre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Averroès avait raison ( Cliquer sur l'image ) | France culture 04/01/2021

Qui était-il ? Comment articulait-il raisonnement logique et philosophie ? Croyance et rationalité ?  Portrait en 4 émissions de ce penseur qui fut aussi juge et médecin, et l'un des pères de la philosophie occidentale.

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> Soigner et juger pour mieux philosopher

Au 12ème siècle à Cordoue, Averroès est juge et médecin, et sa pensée s'élabore dans cette double pratique. Il fut l'un des pères de la philosophie occidentale...


>>> Peut-on être religieux et rationnel ?

Dans l'Andalousie du 12ème siècle à Cordoue, le philosophe, juge et médecin Averroès se questionne : la vérité du Coran est-elle compatible avec la vérité...


∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ >>> Qui est ce "je" qui pense ?

Pour le philosophe Averroès, quand "je" pense, c'est l'intellect, puissance commune de l'humanité, qui s'exprime... Mais que reste-t-il à l'être humain...


>>> Comment fonder une cité juste ?

Quel était le rôle politique d'Averroès à son époque ? La réflexion politique et la construction d'une cité vertueuse sont-elles un moyen pour l'homme...

vendredi 22 octobre 2021

La lenteur, une longue résistance | France culture 19/09/2020

À retrouver dans l'émission CONCORDANCE DES TEMPS par Jean-Noël Jeanneney

Nul doute que le confinement ait ralenti l’allure de nos existences, en dépit des promptitudes qu’autorisent les nouvelles technologies. Le moment est venu de s’interroger sur la confrontation de la lenteur, dans le long terme, avec la vitesse.

Charlie Chaplin dans son film "Les temps modernes",
réalisé en 1936

Plusieurs bons esprits ont commencé de considérer les effets que le coronavirus et la manière dont l’affronte l’humanité pourraient avoir sur les rythmes de nos vies. 

Nul doute que le confinement ait ralenti, pour un temps au moins, l’allure de nos existences, en dépit des promptitudes qu’autorisent les nouvelles technologies. 

Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux Olympiques modernes, avait choisi pour eux la devise « citius, altius, fortius », c’est-à-dire : « plus vite, plus haut, plus fort ». 

Mais, justement, symboliquement, ces Jeux, les voilà mal en point.

L’écologie met en garde contre l’exaspération des tourismes de masse. L’aviation et ses obsessions supersoniques subissent un déclin imprévu. La marche à pied et la bicyclette trouvent une popularité tout à coup accrue. L’idée d’une accélération de l’Histoire, naguère admise comme une évidence, a du plomb dans l’aile. 

Le moment est donc venu de s’interroger sur la confrontation de la lenteur, dans le long terme, avec la vitesse. Une lenteur dénoncée, dénigrée, combattue, depuis le XIXe siècle en particulier, comme une résistance à toutes les forces de l’industrie conquérante. Mais une lenteur qui a souvent porté haut les valeurs de la liberté, en protestant contre tous les censeurs qui voulaient l’assimiler à la paresse. 

C’est la démonstration que développe Laurent Vidal, professeur à l’Université de La Rochelle, dans un livre prémonitoire, puisqu’il est paru en janvier dernier, juste avant la crise sanitaire, un livre qui s’intitule précisément Les hommes lents et qui porte le sous-titre Résister à la modernité. Comme France Culture offre depuis toujours à cette émission la possibilité de ne jamais se précipiter, je gage que mon invité va tirer profit du privilège d’une heure entière pour nous convaincre à loisir de la validité de sa thèse.

Programmation sonore

  • Témoignage de Frederick Winslow Taylor prononcé devant la Commission d'enquête de la Chambre des Représentants à Washington et publié en 1912, lu par Christophe Braud dans "Les Chemins de la connaissance" de Dominique Rousset et Jacques Munier sur France culture, le 8 janvier 2003.
  • Extrait de la pièce Oblomov, mise en scène par Marcel Cuvelier en 1963, à partir du roman éponyme de Gontcharov publié en 1859, avec Marcel Cuvelier dans le rôle d'Oblomov.
  • Extrait de la pièce Woyzeck de Georg Büchner, publiée en 1837, diffusée sur France culture, le 14 avril 2013.
  • Extrait d'un reportage de Yaël Mandelbaum sur l'usine Peugeot-Citroën d'Aulnay-sous-Bois, diffusé dans "Les pieds-sur-terre" de Sonia Kronlund sur France culture, le 19 novembre 2003.
  • Chanson "Mississippi Goddam" écrite et interprétée par Nina Simone en 1964.

Bibliographie

  • Laurent Vidal, Les hommes lents. Résister à la modernité (XVe-XXe siècles), Flammarion, 2019.
  • André Rauch, La paresse: histoire d'un péché capital, Armand Colin, 2013.
  • Hélène L'Heuillet, Éloge du retard, Albin Michel, 2020.
  • Laurent Vidal, Ils ont rêvé d'un autre monde, Flammarion, 2014.

jeudi 21 octobre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ L'amour toujours ( Cliquer sur l'image ) | France culture 07/08/2021

À retrouver dans l'émission RÉPLIQUES par Alain Finkielkraut

L'émission du jour évoque sur les métamorphoses du sentiment amoureux et questionne la notion de désir. Aujourd'hui quel amour relie et délie les êtres ?

Des histoires d'amour

Les modes changent, les idéologies aussi, mais l'amour ne se démode pas ! 

L'amour-toujours c'est la présence de l'amour ou la douleur de son absence dans nos vies et les questions que nous nous posons sur ce sentiment-roi. Mais c'est aussi l'idée que ce sentiment veut et peut résister à l'usure du temps. Belinda Cannone, dans son dernier essai, Le nouveau nom de l'amour, confirme cette présence et conteste cette prétention. Patrick Lapeyre, quand à lui, vient de publier un roman d'amour.

Le plaisir de la rencontre

Belinda Cannone évoque les lieux de rencontre et la présence physique de l'Autre.

"C'est un processus physico-chimique du désir qui se révèle plus fort que le déterminisme social. C'est donc d'emblée une histoire de désir ; et c'est une forte énergie romanesque." Patrick Lapeyre

"Est-ce que ce n'est pas toujours le hasard qui préside aux rencontres ? Le hasard au sens où l'on n'espérait rien. Celui qui arrive nous surprend toujours, il ne correspond à rien de ce que nous avions prévu. Il y a toujours un effet de surprise et de sidération dans l'amour lorsqu'il survient." Belinda Cannone

L'intimité du couple

Alain Finkielkraut évoque ce roman inactuel de Patrick Lapeyre et l'absolu de cet amour exclusif.

"Paula et Jean, ce couple représente une certaine tendance au repli sur soi, au désinvestissement du champ social au profit d'une vie privée perçue comme protectrice dans un monde anxiogène. C'est un couple atypique, très en retrait du monde, une forme de solitude à deux." Patrick Lapeyre 

"Dans les romans d'adultère, le tiers ne sert qu'à créer une sorte d'obstacle qui permet au couple de se rassembler encore mieux sur l'intériorité du duo. La structure est assez classique." Belinda Cannone

L'aventure du désir

Belinda Cannone analyse le désir qui engage la totalité du corps et de l'esprit.

"Comme si la parole ranimait le désir. Je voulais écrire un livre qui soit porté par l'énergie verbale de ces personnages." Patrick Lapeyre

Une révolution sentimentale

"Ce qu'on constate c'est que la la révolution sentimentale du 20eme siècle (la transformation du lien amoureux, la place du désir) est parallèle à l'évolution de la condition des femmes. Ce 20eme siècle qui est le grand siècle de la révolution féministe ; cette merveilleuse révolution qui n'a fait verser aucune goutte de sang à personne et qui a pourtant modifié en profondeur la société. Cette révolution féministe et la révolution sentimentale marchent de concert. En effet, on constate que quand la condition des femmes change, l'amour change aussi. [...] On n'est pas arrivé à l'égalité sexuelle." Belinda Cannone

>>> Les fabuleuses mésaventures d'une héroïne contemporaine

Le BDSM, peut-on consentir à la soumission ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 15/10/2021

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Géraldine Mosna-Savoye et Adèle Van Reeth

Connaissez-vous le BDSM : bondage et discipline, domination et soumission, sadomasochisme ? Pourquoi permet-il de comprendre philosophiquement ce qu'est le consentement, et ce qu'il signifie ?

Un couple au Skin Two club,
en Angleterre dans les années 80

Que peut penser la philosophie ?

Y a-t-il des objets plus respectables que d'autres ?

Parce qu'il n'y a pas que le temps, le bonheur ou la justice, tous les vendredis, nous donnerons la place à ce qui semble ne pas en mériter, à des objets inattendus...

Aujourd'hui : le BDSM.

Peut-être pratiquez-vous le BDSM, peut-être en avez-vous vaguement entendu parler, peut-être en avez-vous des a priori ou, au contraire, peut-être y voyez-vous le signe d'une sexualité libérée.

Et maintenant, connaissez-vous le consentement ? Pas seulement le fait de ne pas dire non, mais le concept de consentement, celui qu'on invoque pour distinguer le bon sexe du viol ? Celui qui ne désigne pas que le fait d'être d'accord, d'accepter une demande ou d'acquiescer à une proposition quelconque ? Peut-être en avez-vous aussi une intuition... Imaginez qu'avec le BDSM se profile la possibilité de comprendre clairement ce que le consentement signifie. Et même mieux, la sexualité égalitaire qu'il esquisse.

L'invitée du jour :

Manon Garcia, philosophe, professeur de philosophie à l’Université de Yale aux Etats-Unis

Qu'est-ce que le BDSM ?

"Le BDSM est quasiment impossible à définir puisque ce sont les gens qui font ce type de pratique qui décident exactement le champ de ces pratiques. Mais c'est presque infini. Ce qui se joue, ce sont des rapports de pouvoir, de douleur, des jeux divers et variés. Mais il y a un vrai débat pour savoir si le BDSM est un ensemble de pratiques ou si c'est une identité, si c'est même une forme de thérapie ou si c'est un loisir..." Manon Garcia

Aux origines du BDSM

"Les praticiens et praticiennes du BDSM ont été les premiers et les premières à réfléchir sérieusement à cette question du consentement. Parce que dans le contexte du BDSM, le consentement est ce qui permet de faire le départ entre de la violence et du sexe.          

Le BDSM vient du sadomasochisme et a donc été pathologisé pendant très longtemps, à partir du 19e siècle, il y a une réflexion psychanalytique, médicale, sexologique consistant à dire que le sadomasochisme est une déviance, une anormalité. Et à partir des années 50-60, au moment du tout début du combat des gays et des lesbiennes pour la reconnaissance de leurs droits, il y a une intrication entre la pathologisation, du sadomasochisme et le combat gay et lesbien, puisque il y a ce qu'on appelle la culture "cuir". Dans la communauté gay et lesbienne de Chicago, on s'habille en cuir et on se fouette.          

Les gays et les lesbiennes des clubs cuir à San Francisco n'avaient pas l'intention d'imposer le BDSM, mais ils ont été la cible d'attaques continues sous l'angle du BDSM. Gayle S. Rubin, une penseuse lesbienne qui travaille sur le BDSM, montre qu'il y a cette idée d'une menace cuir qui permet de lutter contre le droit des gays, des lesbiennes, de vivre en paix. Ca a eu un très grand rôle parce que ces gays et lesbiennes ont développé une théorisation de ce qui se passait dans leur communauté, et d'expliquer que ce qui se jouait pour eux à travers leur BDSM, c'était de subvertir les rapports de pouvoir et les normes de genre." Manon Garcia

Toutes les ambiguïtés du BDSM

"Quand ce sont par exemple deux femmes qui jouent à la dominante, l'autre à la soumise, elles jouent avec les normes du patriarcat et ça a créé ce qu'on a appelé les "sex wars" aux Etats-Unis : une polarisation du débat, notamment chez les lesbiennes féministes entre d'un côté celles qu'on a appelées "les anti sex", des féministes radicales qui disaient qu'on ne peut pas trouver que le patriarcat est sexy, qu'on ne peut pas s'en amuser, en jouer ou érotiser ces rapports-là ; et d'un autre côté, des lesbiennes dont la solidarité allaient plutôt avec les gays de la communauté cuir qu'avec les féministes, et qui estimaient qu'à travers ces pratiques, on remettait en cause le patriarcat." Manon Garcia

Textes lus par Bernard Gabay :

  • Contrat entre Wanda von Dunajew et Sacher-Masoch, fin 19e siècle, restitué par Gilles Deleuze dans les Appendices de Présentation de Sacher-Masoch : le froid et le cruel, éditions de Minuit, 1967

Sons diffusés :

  • Extrait du film Le Fantôme de la liberté, de Luis Buñuel, 1974
  • Chanson de Giafferi, Sado maso
  • Extrait du film 50 Nuances de Grey, de Sam Taylor-Johnson, 2015 (adaptation du roman de E.L. James, 2012)
  • Archive de Catherine Robbe-Grillet, 4 novembre 2012, dans Le tête à tête, France Inter
  • Archive de Michel Foucault sur la sexualité non naturelle
  • Chanson de fin : The Velvet Underground, Venus in furs
La conversation des sexes : philosophie du consentement
Manon Garcia
Climats, 2021
 














On ne naît pas soumise, on le devient
Manon Garcia
Climats, 2018

samedi 16 octobre 2021

Quoi Hegel ? Qu'est-ce qu'il a Hegel ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 04/03/2019

Grâce à un outil conceptuel novateur, la dialectique, Hegel entendait rendre compte du cheminement de l'esprit dans ses différentes incarnations : l’art, la religion, l’histoire et la science. 4h d'émission pour s'initier à sa philosophie.

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> La mort de l'art

Il existe une idée phare chez Hegel, une idée qui consiste à dire que l’art tel que nous le connaissons est mort. Mais est-ce une bonne ou une mauvaise...


>>> La dialectique du maître et de l'esclave

Connaissez-vous la dialectique du maître et de l’esclave ? C’est une idée clef de la philosophie de Hegel, qui permet de comprendre pourquoi, pour devenir...


>>> L'Histoire a-t-elle un sens ?

S’il y a un ensemble homogène présupposé lorsqu'on parle de l’Histoire, l’approche de Hegel est une approche de « philosophie de l’Histoire » on y retrouve...


>>> Le droit, c'est la vie

Hegel tient l’application du droit comme corollaire indispensable à la liberté des citoyens. Serait-il le premier penseur social-démocrate ?

mardi 12 octobre 2021

Les sondages font-ils la politique ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 29/09/2021

À retrouver dans l'émission LE TEMPS DU DÉBAT par Emmanuel Laurentin

À encore sept mois de l'élection présidentielle, alors même que tous les candidats ne se sont pas encore officiellement déclarés, des sondages sur les résultats affluent tous azimuts. Pourquoi leur porter autant d'attention? Sont-ils un indicateur ou un moteur ?

Les sondages sont-ils le carburant de la politique ?

Cela fait plus de six mois que les instituts proposent des sondages d’intentions de vote en vue d’une présidentielle qui se tiendra pourtant dans sept mois. 

Politiques, médias et électeurs futurs doivent vivre au rythme des baromètres de confiance, des cotes de popularité et des intentions de vote, si bien qu’un parti, les Républicains, a récemment lancé un sondage auprès des sympathisants de droite pour trouver la meilleure manière de sélectionner son candidat à la présidentielle. 

L’inflation du nombre de consultation d’une opinion publique,  dont Pierre Bourdieu écrivait en 1973 qu’elle n’existait pas, interroge. 

Sans remettre en cause la pratique des sondages, on peut se questionner sur ses usages et sur son influence. Les sondages sont-ils le carburant de la politique ? 

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit le professeur de sciences politiques Daniel Gaxie, Julien Vaulpré, fondateur et dirigeant du cabinet de conseil en communication Taddeo et conseiller de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2011, et Adélaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinion. 

"Dans un système démocratique, le poids politique dépend du nombre de personnes censées vous soutenir, c'est vrai pour les partis, pour les acteurs politiques, pour les mouvements sociaux, pour des projets de réformes et c'est aussi vrai pour des politiques publiques. Il y a donc un enjeu : savoir à quel degré les Français vous soutiennent. Ainsi, les sondages peuvent s'analyser comme une sorte de bourse politique, de mécanisme de cotation de la valeur des titres politiques. Le risque, c'est qu'on cherche à orienter la mesure. C'est à dire qu'on essaie de faire des coups politiques, qu'on tente de montrer qu'on a l'opinion publique avec soi. " Daniel Gaxie 

"Les enquêtes d'opinion contribuent au débat public parce qu'elles viennent éclairer un certain nombre de sujets, et elles participent à la compétition et au rapport de force politique. Il est évident que la publication d'enquêtes sur un certain nombre de sujets modifie, crée, accentue, souligne un rapport de force politique. Elles effectuent aussi une action de production de l'opinion. Toutes les enquêtes sur les mouvements sociaux, qui sont faites à la veille ou pendant les mouvements sociaux d'ampleur, ont un rôle très important sur le traitement médiatique de ces mouvements" Julien Vaulpré

"Je crois qu'il faut rappeler qu'un bon sondage n'est pas un élément de prévision, contrairement à ce qu'on peut penser, il ne s'agit pas d'une prédiction des résultats du vote. Un sondage cherche à mesurer un instant T, un rapport de force politique. Je pense qu'il est intéressant de regarder les sondages en dynamique, de regarder les dynamiques de campagne. C'est vrai qu'on a un rapport un peu ambigu parce que, nous sondeurs, on va vous dire qu'on ne cherche pas à faire des prévisions, et en même temps on va toujours comparer notre dernier sondage avec les résultats du scrutin" Adélaïde Zulfikarpasic

dimanche 10 octobre 2021

Philosophes vs Sociologues : on refait le match ( Cliquer sur l'image ) | France culture 14/12/2020

À retrouver dans l'émission LA TRANSITION par Hervé Gardette

A vue de nez, les philosophes produisent davantage d'ouvrages sur l'écologie que les sociologues. Un effet d'optique ?

qui du philosophe ou du sociologue est le plus costaud
 pour penser les enjeux écologiques ?

‘’Pourquoi y a-t-il autant de philosophes qui s’intéressent à la question écologique et si peu de sociologues et de politologues ?’’ Voilà l’étrange question que je me suis posé il y a quelques dimanches, en observant la pile de livres que j’avais ramenée à la maison pour tenir le temps du reconfinement : visuellement, avantage aux premiers au détriment des seconds.

Dans le champ des sciences humaines, la philosophie semble avoir une longueur d’avance s’agissant de l’écologie. Autant je suis capable de dresser spontanément une liste d’auteurs qui travaillent sur ce thème : Serge Audier, Vinciane Despret, Baptiste Morizot, Corine Pelluchon, Dominique Bourg, Joëlle Zask...autant je cale vite pour d’autres disciplines. Le premier sociologue qui me vient à l’esprit : Bruno Latour, mais n’est-il pas avant tout philosophe ?

Comme cela m’arrive parfois, plutôt que de garder pour moi cette interrogation existentielle, je l’ai postée sur Twitter (on s’occupe comme on peut, surtout le dimanche) et je dois dire que je ne m’attendais pas à avoir autant de réponses, et des réponses aussi intéressantes. En reprenant des bouts d’arguments des uns et des autres, j’ai tenté d’en faire la synthèse.

S’il y a davantage de livres de philosophes, c’est d’abord ‘’parce qu’ils n’ont pas besoin de faire du terrain’’, contrairement aux sociologues. La philosophie supporte mieux l’enfermement que la sociologie. Ils ont donc le temps de publier davantage.

Par ailleurs, ‘’les sociologues et les politologues voient les éléments de la civilisation à travers elle-même’’ tandis que ‘’les philosophes savent observer le système en s’en extirpant’’. Autrement dit, la philosophie serait d’autant plus apte à penser l’écologie qu’elle échappe plus facilement à l’anthropocentrisme.

Autre aspect : le caractère global de l’une, et plus thématique de l’autre. Ainsi, ‘’parler en philosophe des inégalités environnementales est aisé, quand il faut plusieurs sociologues spécialisés dans la reproduction des inégalités’’, dans la répartition de celles-ci sur le territoire : pour penser le monde, un cerveau suffit, pour le retranscrire, il en faut plusieurs.

Il faut aussi de la matière à observer. Or ‘’jusqu’à présent, l’écologie est restée théorique. Les expérimentations concrètes et analysables sont assez récentes. Il doit y avoir des travaux sur le Larzac ou sur l’engagement anti-nucléaire mais part ça, il n’y a pas beaucoup de matière à analyse concrète.’’ Pour que la sociologie s’empare davantage de l’écologie, il faut donc que l’écologie s’empare davantage de la société.

Question d’échelle de temps également. Le politologue s’intéresse aux ‘’prochaines élections’’, le sociologue à ‘’la prochaine explosion en banlieue’’, tandis que la philosophie, elle, ‘’interroge l’essence de l’existence et son devenir’’, ‘’elle réfléchit aux notions fondamentales’’ : elle est donc plus apte à penser les grands enjeux de notre temps.

Je tenais là des explications tout à fait convaincantes, en réponses à ma question initiale : ‘’pourquoi y a-t-il autant de philosophes qui s’intéressent à la question écologique, et si peu de sociologues et de politologues ?’’ A ceci près que j’avais peut-être mal formulé cette question. Avant de poser celle du pourquoi, qui plait tant aux philosophes, j’avais sauté une étape : cette idée du primat d’une discipline sur les autres est-elle vérifiée ? La philosophie a-t-elle vraiment pris le dessus ?

Non ! ‘’C’est un effet media : ils invitent toujours des philosophes pour causer d’écologie’’ ; ‘’c’est un effet de loupe : les philosophes ont, en France, une parole publique qui est très sollicitée. A l’étranger, c’est très différent’’ ; ‘’c’est un effet de visibilité. En nombre brut, il y a pas mal de sociologues et surtout de politistes qui travaillent la question. Mais ils sont perdus dans la masse’’.

Vous avez remarqué que j’ai anonymisé les réactions, simplement pour ne pas alourdir la chronique. Mais je vais faire une exception en citant Pierre Charbonnier. Philosophe, il a publié en début d’année ‘’Abondance et Liberté’’ aux éditions la Découverte, et il écrit ceci : ‘’un sociologue respecté m’a dit, à propos de mon livre : il y a déjà tout dans Durkheim !’’. Je me suis dit, Guillaume, que cette conclusion allait vous faire plaisir.

Histoire du non-travail ( Cliquer sur l'image ) | France culture 04/10/2021

Des jeunes gens se reposent au bord
de la route en Allemagne.
Une histoire du travail… par le non-travail : la paresse serait-elle l’oreiller du diable ? Le salariat aurait-il inventé le chômage ? Quand l’ouvrier se met en grève, ne serait-ce pas pour mieux travailler ? Avec un jour chômé car ce jour-là, même Dieu se reposa…

À retrouver dans l'émission LE COURS DE L'HISTOIRE par Xavier Mauduit

TOUS LES ÉPISODES


>>> La paresse est-elle l’oreiller du diable ?

Critique morale ou revendication politique, l'idée de paresse occupe autant les communautés monastiques médiévales, les humanistes de la Renaissance que...


>>> Et le salariat créa le chômage

À la fin du XIXe siècle, le droit et la science statistique inventent une nouvelle catégorie sociale : le chômage. La manière de dénombrer les populations...


>>> Histoire de la grève, débrayer pour mieux travailler

Valorisation des salaires, sécurité des ouvriers, réduction du temps de travail, les mouvements ouvriers se saisissent de la grève comme outil révolutionnaire...


>>> Ce jour-là, même Dieu se reposa

Jour sanctifié par le christianisme, le dimanche est traditionnellement consacré au recueillement pieux. À partir du XVIIIe siècle, le jour du Seigneur...

jeudi 23 septembre 2021

Histoires de routes ( Cliquer sur l'image ) | France culture 22/02/2021

Italie, Toscane - Paysage de
collines des Crete Senesi. 

Droites ou sinueuses, pavées ou goudronnées, orphelines ou en réseau, les routes invitent à la découverte, à la rencontre et à l’échange. 

Des routes antiques à celles de l'esclavage, des pérégrinations beatnik à la voie vers les étoiles, voici une histoire des routes.

À retrouver dans l'émission LE COURS DE L'HISTOIRE par Xavier Mauduit

TOUS LES ÉPISODES


>>> Afrique-Asie-Europe : sur les routes, la rencontre

Nos antiques ancêtres sont de grands voyageurs, sur des routes qui les conduisent jusqu’au bout du monde connu. Si le principal but est le commerce, ces...


>>> Vers la Lune et au-delà, en route pour l’espace

Bien avant d'être en mesure de quitter la Terre, l’homme rêvait déjà d’explorer l’univers. Qu’il s’agisse de voyages antiques ou d’explorations plus proches...


>>> Les routes de l’esclavage

Les routes de l’esclavage parcourent l’Antiquité, le Moyen Âge et les Temps modernes. Certaines existent encore aujourd’hui. Polymorphes, elles ont en...


>>> On the route again, rencontres hallucinées de la Beat Generation

Pour la Beat Generation, la route est synonyme d'expérience. Elle offre une errance émancipatrice pleine de promesses de liberté et d'aventures. En fuite,

vendredi 10 septembre 2021

A l’origine de "L'Origine du monde" : montrer un vrai sexe, un acte politique | France Culture 28 janv. 2021


Voici pourquoi représenter le sexe réel des femmes, la vérité de leur corps est, 150 avant les Femen ou le "body positivism", déjà pour le peintre Gustave Courbet, un acte politique.

Pour en savoir plus, lisez l'article complet sur le site de France Culture, avec l'éclairage de l'historienne de l'art Isolde Pludermacher, grande spécialiste de ce tableau de Courbet. 

mercredi 8 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Travailler ? Pour quoi faire... ( Cliquer sur l'image ) | France culture 07/09/2021

À retrouver dans l'émission LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert

Dans son nouvel essai "Troubles dans le travail: sociologie d'une catégorie de pensée" (Puf, 2021), la sociologue Marie-Anne Dujarier revient sur une catégorie de pensée floutée, annonçant différents scénarios pour l'avenir : fin du travail, travail sans fin ou travail de la fin?

Ouvriers pendant une sieste sur une poutre
du chantier du bâtiment RCA, à Manhattan.

La sociologue Marie-Anne Dujarier, professeure à l'université de Paris et membre du >>> Laboratoire de Changement Social et Politique (LCSP) est notre invitée ce matin. Elle est l'autrice de >>> Les travailleurs du management : Acteurs, dispositifs et politiques d’encadrement (2020, Octorès) et de >>> L'idéal au travail (Puf, 2006). 

Avec son nouvel essai >>> Troubles dans le travail : sociologie d'une catégorie de pensée (Puf, 02.09.2021), Marie-Anne Dujarier nous invite à déplier la généalogie du terme "travail" afin d'en comprendre les troubles actuels. 

"On peut observer un flou qui s'entend dans les débats à la fois sociaux mais aussi subjectifs : entre nous et en nous sur ce qui est du "travail". Est-ce qu'un stagiaire travaille? Est-ce qu'un youtubeur travaille? Est-ce qu'une femme au foyer travaille? Est-ce qu'un animal travaille? Est-ce qu'un robot travaille? Toutes ces questions égrainent à la fois nos débats et nos doutes. Alors je me suis intéressée à la question de ce que nous appelons "travail" dans la société aujourd'hui." Marie-Anne Dujarier

Elle souligne notamment la polysémie du terme "travail" qui en avantage certains autant qu'elle en désavantage d'autres. 

"Parfois, la polysémie ce n'est pas un problème, mais une arme." Marie-Anne Dujarier

A l'heure du "capitalocène", où hypocritement les bullshit jobs sont valorisés comme du "travail" tandis que le bénévolat écologique ou le care, lui, ne l'est pas, la sociologue se demande quel avenir est à envisager pour le travail.

Par exemple, Marie-Anne Dujarier cite l'exemple de l'autoproduction, utile du point de vu de l'urgence climatique mais qui n'est pas véritablement incluse dans la catégorie "travail".

"Est-ce que lorsque vous autoproduisez, par exemple quand vous avez un jardin dont vous espérez pouvoir vivre, vous travaillez? On ne sait pas. Parce que ce n'est pas considéré comme du travail par les institutions, ce n'est pas compté comme une richesse ou dans les statistiques, ça ne fait pas partie des politiques publiques, vous ne bénéficiez pas du code du travail." Marie-Anne Dujarier

Finalement,

"L'urgence climatique interroge directement une des dimensions du travail : qu'est-ce qu'il faut produire qui soit utile aujourd'hui? Je suis une de ces personnes qui s'étonne que la cause écologique croise si peu la question du travail." Marie-Anne Dujarier

Extraits sonores:

  • Serge Gainsbourg, Le poinçonneur des lilas
  • Extrait d'une vidéo YouTube de la youtubeuse Léna Situations
  • "Revenu universel", Gaspard Koening, extrait de son Tedx 2017

mercredi 1 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ La longue histoire de l’Afghanistan ( Cliquer sur l'image ) | France culture 30/08/2021

L'Afghanistan est un territoire riche d'un patrimoine aux trésors menacés, une région convoitée au carrefour des empires. De la conquête d'Alexandre le Grand au Grand jeu des puissances coloniales, de l'affrontement entre les deux blocs à l'arrivée des talibans, l’histoire afghane explique le monde.

À retrouver dans l'émission LE COURS DE L'HISTOIRE par Xavier Mauduit

TOUS LES ÉPISODES


>>> Le patrimoine afghan, aussi riche que menacé

Les talibans ont détruit de nombreux trésors de l’histoire préislamique, traces de la diversité culturelle de l'Afghanistan. Alors qu'ils reprennent le...


>>> La Bactriane, rendez-vous en terre gréco-bouddhiste

Dans l'Antiquité, l'actuel territoire afghan fut le point de rencontre des mondes grecs et orientaux. Région vaste et prospère convoitée par les empires...


>>> Le Grand Jeu, l’Afghanistan au cœur des convoitises

Au XIXe siècle, l'Angleterre victorienne et la Russie tsariste veulent étendre leur zone d'influence en Asie centrale. La terre d'Afghanistan résiste et...

dimanche 15 août 2021

Linguistique intérieure : qui me parle ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 01/07/2021

À retrouver dans l'émission LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE par Nicolas Martin

Que sait-on de notre petite voix intérieure ? Comment ce langage privé se manifeste-t-il ? Quelles en sont ses caractéristiques au niveau comportemental, physiologique et cérébral ? Quel est le rôle de cette parole intérieure chez l’humain ?

L’endophasie est une certaine forme de
manifestation du langage humain, qui est
 audible uniquement par locuteur, également
nommée langage intérieur. 

Bon allez c’est parti, dernière émission avant la fin de la semaine c’est parti on se motive… oh… pardon… j’ai dit ça à voix haute ? Ah… c’est le problème parfois avec la voix intérieure. On se parle sans verbaliser et puis d’un coup, paf ! ça sort. Vous avez toutes et tous fait cette expérience, ce dialogue avec vous-même, souvent inconscient, parfois volontairement, il peut même devenir envahissant à l’heure du coucher, lorsque ces voix virent obsessionnelles et tournent en boucle, vous empêchant de trouver le sommeil. Mais qu’est donc cette voix intérieure ? Une discipline l’explore, et cherche à comprendre quand elle apparaît, et ce qui se passe lorsqu’elle dysfonctionne.

Linguistique intérieure : qui me parle ? C’est le programme prédiscursif qui est le nôtre pour l'heure qui vient, bienvenue dans La Méthode Scientifique.

Et pour évoquer cette petite voix, son fonctionnement, ce qu’elle dit de notre rapport au langage et à la conscience, et ce qui se produit lorsqu’elle commence à s’enrayer, nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Hélène Loevenbruck, chargée de recherche CNRS au Laboratoire Psychologie et Neuro Cognition de l’université Grenoble III, membre du laboratoire Baby et médaille de bronze du CNRS 2006.

Les références musicales

  • Le titre du jour : "Behind the wave" par Orava
  • Le générique de début : "Music to watch space girls by" par Leonard Nimoy
  • Le générique de fin : "Says" par Nils Frahm

jeudi 5 août 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Sándor Ferenczi (1873-1933) ( Cliquer sur l'image ) | France culture 06/02/2021

À retrouver dans l'émission TOUTE UNE VIE

Sandor Ferenczi (1873-1933),
neurologue et psychanalyste

Esprit libre et ouvert, médecin curieux et empathique, Sándor Ferenczi avait la passion de comprendre et de guérir. 

Il fut sans doute l’un des tout premiers psychanalystes à s’aventurer aussi loin dans les profondeurs de la psyché.

"Le temps de Ferenczi doit venir." >>> Lou Andreas Salomé

Convaincu de l’existence réelle des traumatismes sexuels infantiles, Ferenczi paiera très cher la fidélité à ses propres convictions. 

À l’heure où l’on commence seulement à prendre toute la mesure des traumas engendrés par les abus sur les enfants, le temps de redécouvrir Ferenczi est venu, comme le pressentait si bien Lou Andreas Salomé.

Garçon défendant sa maison avec une épée

"Ferenczi est une sorte de Peter Pan. Il y a chez lui ce côté infantile, qui en fait un personnage à la fois touchant et tragique." Kathleen Kelley Lainé, psychanalyste

Sándor Ferenczi naît à Miskolc, en 1873, dans une petite ville de Hongrie où ses parents juifs émigrés de Pologne tiennent une librairie. 

Septième d’une fratrie de douze frères et sœurs, le petit Sándor évolue dans un environnement affectif très pesant. Victime d’abus de la part d’une domestique et souffrant d’un cruel manque d’affection maternelle, il perd son père à l’âge de quinze ans. 

Les blessures de l’enfance et le déni des traumatismes infantiles constitueront le cœur de sa pensée. 

Patient après un traitement
dans un hôpital psychiatrique.

Après des études médicales à Vienne, Ferenczi fait ses premières armes de médecin psychiatre dans les hôpitaux de Budapest, où ses patients sont essentiellement des pauvres et des prostituées. 

Alors que la psychanalyse n’est pas encore constituée, Ferenczi explore de nouvelles techniques thérapeutiques et travaille déjà avec les émotions de ses patients. 

"Pour certains de mes patients souffrant de douleurs violentes, j’ai utilisé un grand électro-aimant qui produit un champ magnétique. Mais parfois une simple caresse de la main appliquée en cours d’hypnose à des points douloureux s’avère aussi efficace. Un traitement hypnotique n’est même pas toujours nécessaire. Il suffit d’un certain charme. Le traitement consiste alors à encourager le malade, à le détendre. Sándor Ferenczi, De la valeur thérapeutique de l’hypnose."

"Ferenczi représente le cœur, l'émotion, la sensibilité, la pulsion de guérir permanente. Avec un affect très particulier pour la souffrance. C'est probablement le plus grand clinicien, au sens strict du mot clinique, c'est-à-dire qu’il a une passion pour les patients." Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse.

Défenseur d’une médecine sociale, Ferenczi rédige ses premiers articles scientifiques sur les paresthésies cérébrales, la menstruation, l’hypnose, et prend position contre une conception pathologique de l’homosexualité. 

Terrasse de Café à Budapest, vers 1910. 

Habitué des grands cafés du centre de Budapest, ouvert à toutes les formes d’art et de pensée (y compris la télépathie et le spiritisme), Ferenczi est intimement lié à la modernité qui fleurit dans la capitale hongroise au tournant du siècle. Les soirs, à l’hôtel Royal ou New York, intellectuels, artistes et écrivains de la revue Nyugat (Occident) se retrouvent à la table du médecin pour débattre des connaissances nouvelles sur la psyché. 

"À Budapest, Ferenczi fréquente le compositeur Béla Bartók, mais aussi Georg Lukacs, le futur théoricien marxiste, ou encore Béla Balazs, le grand théoricien du cinéma. Tous étaient comme lui des gens en devenir qui échangeaient leurs idées dans cette ville qui, à côté de Vienne, était l'autre pôle de cette extraordinaire culture austro-hongroise." Benoît Peeters, biographe.

En 1908, Ferenczi fait la connaissance de Freud à Vienne. Très vite se noue avec le fondateur de la psychanalyse une relation intense et complexe.

"Quand Ferenczi rencontre Freud, c’est l'éblouissement. Ils ne se quittent plus. Mais jamais leur relation ne sera équilibrée. Freud conservera toujours sa position de sultan." Pierre Sabourin, psychanalyste.

Le psychanalystes hongrois Sándor Ferenczi (à gauche)
 et autrichien Sigmund Freud (au centre), en 1918. 

Mobilisé pendant la première guerre mondiale comme médecin militaire, Ferenczi est confronté à de nombreux cas de soldats, qui souffrent de traumatismes sans avoir aucune blessure physique. Refusant de considérer ces malades comme des simulateurs, Ferenczi révèle, avec Freud et Karl Abraham, l’existence des “névroses de guerre”. 

Ferenczi et Freud entretiennent une intense correspondance. Entre Budapest et Vienne ne cessent d’aller et venir des lettres, où l’intime se mêle souvent au professionnel. Ferenczi entretient depuis plusieurs années une relation avec une femme mariée plus âgée que lui, dont il accepte de suivre la fille en analyse. S'ensuit une relation triangulaire très compliquée, dont Ferenczi ne parviendra à s’extraire qu’avec l’aide de Freud.

Lettre de Ferenczi à Freud, 4 mars 1917.

Quand j'ai commencé à lire la correspondance, j'étais mal à l'aise. C’était comme si j'étais entrée dans le lit d'un couple, c'était tellement intime. Kathleen Kelley-Lainé, psychanalyste.

Suivant les conseils de son aîné, Ferenczi renonce à la jeune fille pour épouser la mère, abandonnant du même coup l’idée de devenir lui-même père. Cette histoire tragique permettra aux deux chercheurs de vérifier la puissance du transfert dans l’analyse, mais elle laissera des traces indélébiles dans leur relation.

"Ce qui est passionnant, c’est que Ferenczi vient en analyse chez Freud parce qu'il ne sait pas bien distinguer ce qui lui arrive : est-ce du transfert ? Est-ce de l'amour ?  Et c’est à propos de cette cure que va s’élaborer la notion de transfert." Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyste

Ernest Jones, Sándor Ferenczi, Otto Rank,
Max Eitingon, Karl Abraham et Hanns Sachs,
en 1922.

Disciple zélé, Ferenczi fait partie du comité secret qui entoure Freud. Élève favori du maître, il est cependant déterminé à tracer son propre chemin et prend le risque de s’aventurer dans des territoires jusque-là inconnus ou délaissés : il tente un parallèle audacieux entre le développement fœtal et le développement du genre humain dans sa célèbre “fantaisie scientifique” Thalassa, se confronte à des cas limites comme dans L’homme coq, mais renoue avant tout avec la réalité du trauma qui avait été abandonnée par Freud au profit du fantasme.

"Ferenczi disait que tous les traumatismes sont réels, et qu'on ne peut pas guérir quelqu'un si on n'arrive pas jusqu'au traumatisme réel. Pour Freud, c'était proche de la folie, cette volonté d'aller jusqu'au bout, jusqu'aux racines de tout." Judith Dupont, psychanalyste

Remontant toujours plus loin aux sources du trauma, Ferenczi va créer l’un de ses concepts les plus importants, la “Sprachverwirrung” ou “confusion de langue”, mettant au jour ce double langage entre l’adulte et l’enfant qui est à l’origine de nombreux traumas sexuels infantiles. Dénonçant le silence familial qui entoure le plus souvent ces abus précoces, il met également en garde les thérapeutes contre leur propre déni. Confusion de langue entre les adultes et l’enfant va marquer la rupture entre Ferenczi et le reste du mouvement psychanalytique de plus en plus dominé par la figure d’Ernest Jones.

"Ernest Jones a une vision politique du mouvement. Il pense que si l’on retourne à l'idée du trauma et à la technique psychanalytique de Ferenczi, on ne pourra pas former des cliniciens qui soient en même temps des soldats du mouvement psychanalytique." Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse.

Déjà très affaibli par une anémie pernicieuse, Ferenczi poursuit toujours ses consultations et consigne ses observations cliniques sur des bouts de papier. Pour débloquer une cure particulièrement difficile, il invente une ultime pratique thérapeutique : l'analyse mutuelle, où thérapeute et patient échangent leur rôle. 

"C'est un document vraiment unique. Quelqu'un a osé écrire ce qui se passait en lui. Je pense qu'il était l’un des premiers à penser que le contre transfert existe et qu’il est un élément important de la thérapie." Judith Dupont, psychanalyste

Judith Dupont, psychanalyste, petite-fille
de Vilma Kovacs, élève
et amie proche de Sándor Ferenczi.

"Je me souviens du jour de la mort de Ferenczi. Toute la famille était en émoi et courait entre la maison de ma grand-mère et celle de Ferenczi. Qu'allait-on faire sans lui ? Plusieurs personnes étaient là durant ses derniers jours et semaines. Il n'y avait aucun problème psychique de maladie mentale chez lui." Judith Dupont, psychanalyste.

Dans son Journal clinique (janvier-octobre 1932, Paris, Payot, 1990), Ferenczi revient également sur sa relation avec Freud, dont il n’est jamais parvenu à se libérer. À sa mort en 1933, le vieux maître fait l’éloge funèbre de ce “frère aîné sans reproche”, mais les accusations proférées par Ernest Jones quant à ses soi-disant “penchants psychotiques” vont contribuer à jeter le discrédit sur Ferenczi et sur son œuvre, dans une Hongrie qui va progressivement bannir la psychanalyse.

"En 1933, quand il meurt à l'âge de 59 ans, Ferenczi a perdu la partie. La Hongrie ne va plus accueillir la psychanalyse. Elle sera bannie à la fois par l'antisémitisme, par le régime de Horthy, par la Seconde Guerre mondiale, avec la destruction très large de la communauté juive de Hongrie, puis par les régimes communistes de l'après-guerre qui ne feront aucune place à la psychanalyse." Benoît Peeters, biographe.

Il faudra attendre les années 80, le courage opiniâtre de Michael Balint, psychanalyste exilé hongrois, ainsi que le patient travail éditorial de Judith Dupont, pour que Ferenczi retrouve enfin sa juste place dans l’histoire de la psychanalyse.

Intervenants

  • Eva Brabant Gerö, historienne de la psychanalyse, Ferenczi et l’école hongroise de psychanalyse (L’Harmattan, 2000)
  • Judith Dupont, psychanalyste, exécutrice testamentaire de l’œuvre de Ferenczi, Au fil du temps... Un itinéraire analytique (Campagne première, 2015)
  • Kathleen Kelley-Lainé, psychanalyste, Peter Pan ou l’enfant triste (Calmann-Lévy, 1992)
  • Benoit Peeters, biographe, Sándor Ferenczi, L’enfant terrible de la psychanalyse (Flammarion, 2020)
  • Elisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse, Sigmund Freud. En son temps et dans le nôtre (Seuil, 2014)
  • Pierre Sabourin, psychanalyste, Sándor Ferenczi, un pionnier de la clinique (Campagne Première, 2011)

Textes lus (extraits) par Miglen Mirtchev :

  • La connaissance de l’inconscient,  Œuvres complètes, Psychanalyse, tome 1 (1908-1912), Sándor Ferenczi (Payot, 1968). Judith Dupont et Philippe Garnier (traduction), Michael Balint (préface).
  • Notes et fragments, Œuvres complètes, Psychanalyse, tome 4 (1927-1933), Sándor Ferenczi (Payot, 1982). Pierre Sabourin, Judith Dupont, Suzanne Hommel, Françoise Samson et Bernard This (traduction), Michael Balint (préface).
  • De la valeur thérapeutique de l’hypnose, Les écrits de Budapest, Sándor Ferenczi (E.P.E.L, 1994). Wladimir Granoff (préface) Claude Lorin et Györgi Kurcz (traducteurs).
  • Lettres du 30 juin 1909 et du 14 novembre 1911, Sigmund Freud-Sándor Ferenczi. Correspondance ,1908-1914, (Calmann-Lévy, 1992) - Lettre du 10 juillet 1916, Sigmund Freud-Sándor Ferenczi. Correspondance Freud, 1914-1919 (Calmann-Lévy, 1996).
  • Thalassa, Psychanalyse des origines de la vie sexuelle, Œuvres complètes, Psychanalyse, tome 4, Sándor Ferenczi (Payot, 1982). Michael Balint (préface), Pierre Sabourin, Judith Dupont, Suzanne Hommel, Françoise Samson Bernard This (traduction).
  • Confusion de langue entre les adultes et l'enfant, Sándor Ferenczi (Petite bibliothèque, Payot, 2004). Gisele Harrus-Revidi (préface), Coq Heron (traducteur).
  • Notes du 22 mars 1932 et du 02 octobre 1932, Journal clinique, Sándor Ferenczi (Payot, 1985). Michael Balint (édition), Judith Dupont, Suzanne Achache Wiznitzer,  Suzanne Hommel, Georges Kassai, Françoise Samson et Bernard This (traduction), Pierre Sabourin (postface).

Un documentaire de Christine Lecerf réalisé par Anne Perez-Franchini. Prise de son, Frédéric Cayrou ; mixage, Bernard Lagnel. Documentation INA, Maria Contreras. Avec la collaboration d'Annelise Signoret.

Remerciements à Clara Royer et aux éditions Campagne Première.

Musique (extraits) : Kido Takahiro, dans Krageneidechse, For Ms. Sack (2006) - Sarah Neufeld, dans Hero Brother, Hero brother et Dirt (2013)- BiosphereI, dans Departed Glories, Free from the bondage you are in et Out of the cradle (2013) - LibraryI Tapes,  Feeling for something lost, Introduction et Abandoned houses hiding in flickering shadows (titre de l'album, 2006) - Shinjuku Thief, dans Sacred Fury, Black rope hell, Water tinctured with soot et Suture (2005) - Bela Bartok, Magyar nepzene (musique populaire hongroise) par Zoltan Kodaly et Maria Basilides - Benedicte Maurseth dans le titre éponyme de l'album Etterdonning (2019) - Takahiro Kido dans In the time, You've got everything now ! et Talkin - Gustav Mahler, Symphonie n°5 en ut dièse mineur par l'Adagietto Orchestre Royal du Concertgebouw d'Amsterdam dirigé par Willem Mengelberg et Orchestre philharmonique de Vienne dirigé par Bruno Walter - Philip Jeck dans l'album Sande, Shining (2008).

Pour aller plus loin

Biographie, bibliographie sur le site de l’International Sándor Ferenczi Network.

Entretien avec Benoît Peeters : Le temps de Sándor Ferenczi est venu, publié dans le magazine en ligne Diacritik (août 2020).

Présence de Ferenczi, dossier de la revue de psychanalyse Le Coq-héron, n°223 (2015).

Traumatisme, traumatique, trauma. Le conflit Freud/Ferenczi, article de Thierry Bokanowski, à lire sur le site de la Société psychanalytique de Paris.

Benoît Peeters s’entretient avec Judith Dupont, traductrice et éditrice en français des œuvres de Ferenczi (YouTube) :

Sex in Psycho-Analysis : Contributions to Psycho-Analysis, ouvrage de Sandor Ferenczi (avec la contribution d’Ernest Jones) paru en 1916, mis en ligne par l’Université du Québec à Chicoutimi.

Cure d'ennui. Écrivains hongrois autour de Sándor Ferenczi : Textes choisis et présentés par Péter Ádám. Ouvrage collectif de Mihály Babits, Géza Csáth, Milan Füst, Frigyes Karinthy, Dezsö Kosztolányi et de Gyula Krúdy. Trad. du hongrois par Sophie Képès. Édition de Michelle Moreau-Ricaud  Collection Connaissance de l'Inconscient, Série Curiosités freudiennes (Gallimard 03.03.1992)

>>> Ferenczi, l’autre Freud

Dossier Ferenczi proposé par la revue québécoise de psychanalyse : Filigrane, n°9 (printemps 2000).

Sándor Ferenczi : des passerelles créatives, article de Bernard Pechberty, psychanalyste et professeur à l’université René Descartes, paru dans la revue brésilienne Estilos da Clinica (mai 2019).

Les ouvrages de Sándor Ferenczi aux éditions Payot (Suisse).

>>> Grande traversée : Moi, Sigmund Freud

samedi 31 juillet 2021

Joseph Tainter on The Dynamics of the Collapse of Human Civilization | TreeTV / N2K Need to Know 3 sept. 2020


Joseph Tainter is an American anthropologist and historian. His best-known work, "The Collapse of Complex Societies." 

This discussion was conducted in 2005 for The 11th Hour by Leila Conners.  The discussion covers Tainter's understanding of how societies work and don't work.  We also discuss energy issues and how, if we can, avoid collapse today.  

For more interviews and films visit: >>> https://www.n2k.world/

vendredi 30 juillet 2021

The philosophy of porn : Ubiquitous pornography doesn’t persuade, it trains. Star philosopher Amia Srinivasan says it’s time to reconnect desire with creativity, by John Maier | Prospect July 19, 2021

Sex and analytic philosophy are not promising bedfellows. But when it comes to feminist philosophy, it is no mere pun to say that sex is where the action is. The revival of this neglected feminist concern is principally owed to Amia Srinivasan, the 36-year-old star of Oxford philosophy and Chichele Professor of Social and Political Theory at All Souls College. 

Srinivasan began her career making influential contributions to formal epistemology and shot up the academic rungs; she has since found a public audience as a critic and essayist of remarkable precision and range. In her new essay collection, The Right to Sex, Srinivasan writes about consent, pornography and the ideological shaping of desire, attempting “to remake the political critique of sex for the 21st century.” Here, the political isn’t just personal; it’s intimate.

Readers may approach the book with misgivings. With what authority does academic philosophy address itself to the sexual imagination, fantasy and our intimate lives? There are other ways that philosophy can fail us besides being false; bad philosophy—like bad sex—can be formulaic and uninspired. When it comes to our ethical lives, philosophy wins authority not just by telling the truth about things, but by making sense of them. Philosophy, beyond being true, ought to ring true. Notoriously, when the heavy artillery of analytic philosophy—reduction, abstraction and theory-building—is turned on the landscape of moral and political life, the result is usually desolating.

“Sometimes,” Srinivasan writes, we just “don’t need another crank of the reason machine,” another spin of the “intellectual assembly line, endlessly performing the same task on different, fungible objects.” Philosophy, Srinivasan once admitted, is “a thing I love but whose instantiations often fill me with boredom and despair” (as good a characterisation of the subject as any).

“Maybe I shouldn’t say this,” Srinivasan starts, “but anyway, I’ll say it: philosophically-orientated theorists have been systematically failing to meet the moment very clearly since, I think, 2008 onwards… and, I think, for a lot longer than that.” Not only can philosophy sometimes alienate its readers, but in certain styles it fails to acknowledge where the theory of politics must yield to politics itself. All too often, Srinivasan explains, theorists have an “unjustified conviction… that what activists or political actors need are better philosophical tools and better philosophical concepts.”

“I think the problem,” she laughs, “is that often what they need is just more political power. So, if you really want to help the cause, you should probably just be joining your union and going on the picket line.”

“Porn has, in Srinivasan’s idiom, ‘world-making’ power”

The Chichele chair, named after a medieval archbishop of Canterbury who founded All Souls, will not be a seat of armchair philosophy, remote from worldly struggle, while Srinivasan is sitting on it. Her “world-directed” approach accounts for her apprehensive philosophical style, the sense she conveys—on the page and in person—of there being something at stake. As a young scholar, Srinivasan was turned off by the distasteful tendency in political philosophy to play intellectual games with matters of moral seriousness. Raised in Taiwan, New York and Singapore, she came to Oxford from Yale in 2007. Just when she might have gone back to the US, to law or graduate school, she won the coveted All Souls prize fellowship.

At Oxford, she “feared that being a philosopher and being a public thinker were simply two different things.” Even her previous byline at the London Review of Books wryly advertised her divided loyalty: “Amia Srinivasan teaches at Oxford but surfs in LA.” Now it simply refers to her Chichele appointment, doubtless itself a source of conflicted feeling to a philosopher who cares resolutely for radical politics and the possibility of “revolution.” (A wary ambivalence in the revered chair is not entirely new: GA Cohen, Srinivasan’s Marxist predecessor-but-one, once told the following joke: “Question: ‘How many fellows of All Souls does it take to change a light bulb?’ Answer: ‘Change?!?’”)

Talking to Srinivasan from her room in Oxford felt initially like being back in a philosophy tutorial: having my long-winded, ill-formulated questions charitably reconstructed and then answered with consideration and poise. In other ways it was not quite the same. For instance, though as an undergraduate it very often would have been true, it seldom seemed apropos to announce, an hour or so in, as I did to Srinivasan: “I’d like to talk about gay porn now, if that’s alright.”

One of the essays in Srinivasan’s book, “Talking to my Students about Porn,” refers back to the “Porn Wars” of the 1980s, when pornography was considered a robustly contestable political phenomenon. It has since become unfashionable to subject pornography, and the market of desire it serves, to ethical critique, largely because of the broader embrace of an ethic of “sex positivity”: we have learned to think “you do you” (or indeed anyone else) when it comes to people’s shocking sexual tastes or self-abasing kinks. We have become—for sound political reasons—nervous of diagnosing false consciousness; sexual desire is implicitly considered to be “pre-political,” assimilated to a private sphere immune from political critique.

Srinivasan’s work rehabilitates a more questioning attitude. To anti-porn feminists, porn was a metonym “for sex that took no account of women’s pleasure, for sadomasochistic sex, for prostitution, for rape fantasies, for sex without love, for sex across power differentials, for sex with men.” Its power, though, was more than totemic. As Catherine MacKinnon influentially argued, porn effectuates its message: it has, in Srinivasan’s idiom, “world-making” power. Porn is a machine for reproducing ideology; it eroticises women’s subordination and cultivates in men an ethic of entitlement and aggression. Porn tells lies about women, but it tells the truth about men.

When pornography existed on centrefolds, videotapes, and the backs of playing cards, campaigners might have succeeded in suppressing it. Now, it seems, nothing short of a technological armageddon could loosen porn’s grip on the collective imagination. With some irony, Srinivasan writes, “the warnings of the anti-porn feminists seem to have been belatedly realised: sex for my students is what porn says it is.”

So, as I was asking, what about gay porn? Whatever its negative qualities, these cannot straightforwardly consist in sexist conditioning or the objectification of women. As the philosopher Les Green has suggested, gay porn might even provide a positive service to gay men by objectifying them, giving them a robust sense of themselves as sex objects. This notwithstanding, perhaps the more disagreeable conventions of mainstream gay porn—of gay life, generally—involve a kind of imitation of the pernicious features of its heterosexual counterpart. Srinivasan agrees: “I think it’s undeniable that some of the problematic dynamics you find in mainstream gay male culture take their model from the heterosexual dynamic. That’s just obviously the case.”

But, Srinivasan argues, what mainstream porn of all varieties embodies is a vast, and perhaps irreversible, pedagogical failure. Its grip on the imagination is to be regretted, its disabling power owed as much to its cinematic qualities as anything else. The “logic of the screen” pacifies the viewer, compelling him to identify with his on-screen surrogate. “It etches deep grooves in the psyche, forming powerful associations between arousal and selected stimuli… if the viewer times things right—online, unlike in the cinema, one can always pause, fast-forward, rewind—it becomes his semen on her face and breasts.”

“Srinivasan asks whether we can subject our sexual desires to reflective criticism and some degree of wilful control”

Better sex education, Srinivasan argues, is now an impotent remedy. It fails to meet porn on its own terms, attempting to counter its immersive power with something cognitive and discursive: “porn does not inform, or persuade, or debate. Porn trains.” A remaining hope, Srinivasan concludes, is the onset of a kind of “negative education.” “What we need,” she explains, “isn’t a kind of positive hermeneutics to be inculcated in viewers of pornography, so that they can better interpret what is going on… what we need is the onslaught of images to just stop for a moment.”

I put it to Srinivasan that her critique shares some of its spirit with conservative objections to porn: the worry that porn’s logic of commodification corrupts the value of sex, manifest perhaps in the creeping feeling—all too easily evoked whenever one finds oneself choosing from a menu with pictures—that one is engaged in something debasing. “I totally agree,” Srinivasan says—“the conservative way of putting it is that we have this kind of sacred thing that’s being degraded by being placed on this screen. I more specifically want to say the thing we’re losing is a certain kind of creative capacity which then gets dulled by its over-reliance on the screen.”

Such arguments, she adds, are another reason to read conservative philosophers—“to understand that part of us, which is very much drawn to and recognises the truth in conservatism, because it’s a very false radical politics that thinks that progress does not come with loss.”

It is inherent to sexual life, with its vast comedy and small tragedies, that our desires can take us by surprise. But Srinivasan asks whether we can subject our sexual desires to reflective criticism and some degree of wilful control. Proposals along these lines are similiar to those of the “body positivity” movements, which invite us to find fat or disabled bodies attractive: to resist hegemonic standards of “fuckability.”

Srinivasan hopes that, with greater self-understanding, more enlightened desire might re-assert itself, “cut against what politics has chosen for us and choose for itself.” The task of sifting one’s authentic desires—those which are genuine or autonomous expressions of the sexual self—from those that are ideological deposits seems to me potentially paranoia-inducing. But that is only, Srinivasan replies, if one subscribes to the fantasy of the “pre-political desire” or “purely authentic self.” The point, she says ruefully, is not to ask whether we can sift the clean from the tainted—“the point is that everything is tainted.”

I wonder whether this project of radical sexual self-criticism recommends liberalism: an environment of free and self-examining enquiry; perhaps, in that rather quaint phrase of John Stuart Mill’s, “experiments in living.” I almost inquire whether Srinivasan considers herself a liberal, but—even following on from all the talk about sex and gay porn—it seems rather too personal a question. “There is,” though, she says, “a certain aspect to liberalism that is profoundly attractive, and shouldn’t only be owned by liberals, which is the fundamental respect for individual life, projects and forms of experimentation.”

In its totality, however, Srinivasan regards liberalism as tragic. In matters of sexuality, it purchases an equality in respect for taste at the price of deceiving us about the immutability of desires. Srinivasan thinks stories about fixed sexual preference, and the “born-this-way” narrative, are political, not metaphysical, claims. They have been very useful in seeing off prejudice. But it would be better if we could live without them, while retaining, indeed augmenting, the political equality they have secured. “I am not some kind of Whiggish person,” she says, “but I believe that the kind of defence of queer lifestyles in terms of involuntariness has got to be a fleeting historical moment that we get past, and it’s got to be high up on the agenda for a radical queer politics to get past it.”

But don’t the political forces at work on us, I put it to her, make us into creatures unfit for utopia? “That has to be right,” Srinivasan agrees: “I think it’s an extraordinary and striking fact that Moses doesn’t live to see the promised land, and he’s destined not to… as a metaphor, I think that’s right.” We are tied, by relations of nostalgia and rebellion, to the world we seek to liberate ourselves from. “But,” she adds, “I think that’s a hopeful thought too, because it means that I’m not going to have to be forced to live in a world in which I’m uncomfortable either. I’ll help to bring it into existence and then die.”

We want to hear what you think about this article. Submit a letter to letters@prospect-magazine.co.uk

John Maier

John Maier is deputy editor of Cherwell

lundi 26 juillet 2021

Gender Studies : la première grande enquête philosophique sur l'origine des études de genre et leurs conséquences aujourd'hui ( Cliquer sur l'image ) | France culture 25/07/2021

À retrouver dans l'émission SIGNES DES TEMPS par Marc Weitzmann

Marc Weitzmann reçoit Eric Marty à l'occasion de la parution de son livre "Le sexe des Modernes". Les études de genre sont-elles le vecteur d’une nouvelle révolution sexuelle, ou le symptôme d’une désexualisation inédite des sociétés occidentales ?

Gender fluid

Que l’on y adhère ou qu’on les critique, nul ne peut nier : les études de genre, les fameuses "gender studies" se sont imposées depuis trente ans comme l’évènement intellectuel le plus lourd de conséquence dans les sciences humaines. Aucun intellectuel ambitieux aujourd’hui, voire aucun artiste, et aucun journaliste s’intéressant à la société ne peut envisager de produire quelque travail que ce soit sans y faire référence. "Le genre, est le dernier grand message idéologique de l’Occident au reste du monde" écrit pour sa part Eric Marty en ouverture de son livre évènement sur le sujet, Le Sexe des Modernes, qui sort en ce moment. 

Les études de genre sont-elles le signe de l’influence néfaste des campus américains sur la vie intellectuelle française, comme on le dit ici, ou produit de la French theory sur le monde de la recherche américaine, comme on l’affirme aux Etats-Unis ? De quel bouleversement anthropologique sont-elles le signe ? Sont-elles le vecteur d’une nouvelle révolution sexuelle, ou le symptôme d’une désexualisation inédite des sociétés occidentales ? 

Retraçant l’histoire intellectuelle des "gender studies" entre Paris et Berkeley, Le Sexe des Modernes est le premier à tenter de faire le point sur ces questions et, à défaut d’explorer de façon exhaustive l’état du monde qui en résulte et se fabrique sous nos yeux, le premier à tenter de comprendre ce que les études de genre veulent dire. 

La pensée du Neutre

Eric Marty évoque la pensée de Gilles Deleuze et l'idée que c'est du langage même que la pensée du neutre vise à obtenir une exemption du sens ou une autre logique du sens.

"Dans la modernité française des années 1950-1980, dominée par la pensée lacanienne, c’est-à-dire que nous sommes gouvernés par l'ordre symbolique qui organise la différence sexuelle et qui fait du phallus une figure centrale dans notre façon de nous identifier. Des intellectuels en dissidence, établissent le neutre comme pensée qui retourne la loi contre elle-même et devient un lieu de transgression. Pour le neutre, le sens naît des oppositions linguistiques de type binaire dont l'opposition masculin féminin est une illustration exemplaire. […] C'est-à-dire que le neutre permet d'atteindre une sorte de silence du genre." Eric Marty

Références musicales  

  • Le sang de mon prochain de La Femme
  • Faces and Names de Lou Reed & John Cale

>>> Avoir raison avec... Judith Butler (1/5) : Aux origines de la formation intellectuelle

>>> Roland Barthes, le corps de l'autre

>>> Ecrire l’histoire des femmes et du genre aujourd’hui (4/4) : Une encyclopédie du genre

jeudi 22 juillet 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Gouverner sans dominer, ou le difficile héritage du libéralisme ( Cliquer sur l'image ) | France culture 02/01/2020

Comment penser notre présent à l'aide des analyses de la crise de gouvernementalité proposée par Michel Foucault à la fin des années 70? Jean-Claude Monod, directeur de recherche au CNRS, pense dans "L'art de ne pas être trop gouverné" les crises actuelles à l'aune de la théorie foucaldienne.

Michel Foucault en 1979
Le philosophe Jean-Claude Monod publie au Seuil >>> L’art de ne pas être trop gouverné, un essai philosophique et politique qui repense la thèse de la crise des gouvernementalités développée par Michel Foucault à l’aune des enjeux contemporains. L’occasion de questionner les révoltes suscitées par la gouvernance de l’Etat néolibéral de la crise des Gilets Jaunes à la remise en cause de l’action de l’Etat face au péril écologique.

"La question du gouvernement implique une référence au peuple qui est la source de la légitimité de l'action gouvernementale si bien que le gouvernement doit toujours se diriger vers le bien de ce peuple. Il faut sans cesse rappeler au gouvernement son devoir et son lien au peuple." Jean-Claude Monod

Héritier de la démarche critique de l’auteur de « Surveiller et punir », Jean-Claude Monod travaille à combler un vide laissé dans l’œuvre de Michel Foucault, celui des applications politiques qui peuvent suivre la révolte. Il ne s’arrête pas uniquement à une valorisation de la révolte mais étudie ses possibles débouchés et traductions politiques.

"Il y a quelque chose qui s'est brisé, c'est la croyance d'un effet majeur de l'élection. On s'est rendu compte que l'alternance ne permettait plus de dessiner de véritable changements sur le plan politique. Il y a de ce point de vue une forme de fin du cycle néolibéral en raison de ce  sentiment de dépossession démocratique. Foucault à ce sujet que l'on était passé d'un marché sous surveillance de l'Etat à un Etat sous surveillance du marché. Ainsi, on a vu avec Emmanuel Macron que les partis institutionnels étaient frappés de désaffection." Jean-Claude Monod

S’il ne rejette pas l’héritage libéral sur le plan politique ou encore juridique, il le distingue du néolibéralisme qu’il qualifie d’autoritaire et vis-à-vis duquel il est très critique. L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron coïncide pour lui avec l’entrée dans un néolibéralisme autoritaire.

"La grève est un des grands mode de protestation des mouvements sociaux et des syndicats qui est réinvesti avec la question des retraites." Jean-Claude Monod

Jean-Claude Monod base son étude de Michel Foucault sur les cours donnés par celui-ci au Collège de France à la fin des années 70. Le travail de Foucault est aussi historique et inscrit les gouvernementalités dans une perspective du temps long en remontant jusqu’au XVI e siècle. Jean-Claude Monod reprend cet outil pour penser les points de rupture d’un présent ancré dans une continuité historique.

"L'écologie invite aujourd'hui à complètement repenser la question de la délimitation et du contrôle social de l'activité économique." Jean-Claude Monod

mercredi 21 juillet 2021

Doit-on s’inquiéter de la résurgence des pratiques ‘New Age’ ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 20/07/2021

À retrouver dans l'émission LE TEMPS DU DÉBAT D'ÉTÉ par Quentin Lafay

Le "Nouvel âge" est une approche globale, holistique et spiritualiste du monde, où le corps, l’âme, l’esprit et le cosmos sont liés. Alors que cette mouvance née dans les années 1960 connaît un regain de popularité, à quoi répond vraiment ce retour du spirituel ? Comment lutter contre ses dérives ?

Femme pratiquant le Yoga et la méditation à l’aube.

Développement personnel, retour à la nature, médecines alternatives… Depuis une dizaine d’années, la mouvance New Age, issue de la contre-culture américaine des années 60, fait son grand retour dans la vie de millions de Français.

Mouvement riche, éclectique, parfois utile et positif, il est également porteur de dérives. Et notamment de dérives sectaires.

En effet, selon la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, la Miviludes, 40% des signalements reçus en 2020 concernaient des questions de santé ou de bien-être. Une tendance révélée et accélérée par la crise sanitaire… mais qui la précédait largement.

Car à en croire bon nombre d’associations et d’acteurs de terrain, cela s’expliquerait notamment par la diffusion de la mouvance "New Age". A la frontière entre le spirituel et le bien-être, à quoi répond cette nouvelle idéologie du sacré ?  Doit-on se méfier de cet ésotérisme contemporain vendeur et ultra-connecté ?  A quel point doit-on redouter les dérives sectaires qui lui seraient liées ?

Autant de questions dont nous allons débattre pendant 45 minutes avec nos trois invités.

Nous recevons Pascale Duval, porte-parole de l'Unadfi, Raphaël Liogier, sociologue et philosophe, et Jean-Baptiste Malet, journaliste, auteur et documentariste.

>>> Le marché mondialisé de la croyance