Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures.

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lundi 26 avril 2021

Comment saisir l’air du temps ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 16/04/2021

À retrouver dans l'émission À PRÉSENT par Frédéric Worms

Nous sentons toutes et tous que l’air du temps change avec la pandémie et au-delà, dans l'époque. "À présent" croise le regard de deux écrivains pour appréhender ce concept impalpable et insaisissable, Bruce Bégout, philosophe, et Marielle Macé, auteure et spécialiste de littérature française.

Pour Gaud et Erwan Le Manchec, propriétaires
du relais le Beg ar C’hra à Plounévez-Moëdec
(Côtes-d'Armor), avec le confinement c’est « l’ambiance,
la convivialité des relais-routiers qui se perd ».

Nous sentons toutes et tous que l’air du temps change, est en train de changer, avec la pandémie et au-delà dans l'époque. Mais qu'est-ce donc que cela, l'air du temps ? Est-on condamné à le subir ou peut-on le transformer ? 

"Peut-être que l'air du temps est la somme de tous ces petits détails qui peuvent moduler notre rapport au monde et aux autres." Bruce Bégout

L’air du temps, cela semble à la fois insaisissable et le plus important. C'est la toile de fond pour toute notre vie, une atmosphère, une « ambiance », comme dit Bruce Bégout, philosophe et auteur du livre Le concept d'ambiance : essai d'éco-phénoménologie (Seuil, 2020).

"Il y a une sorte de mondialisation affective (avec la pandémie, ndlr.). Nous sommes tous pris dans un même affect d'inquiétudes, de peurs, d'interrogations, qui modulent nos formes de vie familiale, sociale et qui influencent sans doute aussi la manière dont nous nous rapportons au temps, au futur, au passé." Bruce Bégout 

Une perception de l'air du temps à mettre en perspective de « la composante immédiatement sociale, située, très inégalitaire des conditions sous lesquelles cette pandémie surgit » nuance l'écrivaine Marielle Macé, qui signe le texte « Parole et pollution » (AOC, 2021).

"J'ai été très sensible à une intervention de Didier Fassin qui a parlé du rétrécissement de nos préoccupations et de nos concernements (avec la pandémie, ndlr.). Il n'était plus question de la guerre en Syrie, il n’était plus question de la révolution féministe en train d'advenir. Nos concernements, les choses auxquelles on était capable de se raccrocher, s'étaient considérablement rétrécis. Dans d'autres points du monde et dans d'autres états sociaux, je ne pense pas qu'on aurait le sentiment d'un passage au morose comme ça." Marielle Macé

L'air comme une image

Quel rôle l'air du temps joue-t-il en nous, notamment par nos paroles et par nos actes ? Comment le sentir ? Comment respirer librement dans cet air du temps ?

"L’air, c'est celui dont on peut manquer, c'est celui qui peut être vicié, c'est celui qu'on respire. Mais c'est aussi celui qu'on expire, qu'on crée. On est responsable aussi de l'air du temps." Marielle Macé

"Il y a quelque chose, dans l'exercice de la parole, qui peut soigner nos liens ou, au contraire, les abîmer. En ce moment par exemple, il y a quelque chose dans la parole gouvernementale qui semble faire du mal à l'espace public." Marielle Macé

La philosophie, mais aussi la littérature, peuvent nous aider à saisir l'air du temps, à comprendre que le plus impalpable est aussi le plus vital et qu’il n’est pas inaccessible, qu’on peut arriver à l’exprimer. N’est-ce pas cela, le « style » comme « forme de vie » dont parle Marielle Macé ?

"Villiers de L'Isle-Adam invente ce néologisme d'ambiance pour saisir comment l'environnement nous affecte. Non pas au sens où les positivistes ou les naturalistes envisagent le déterminisme du milieu, mais d'une autre manière, d'un registre qui n'est plus celui de l'exactitude, mais celui de la subtilité. Je crois que dans le travail philosophique comme dans le travail littéraire, ce que l'on recherche, c'est la subtilité. Nos pratiques théoriques sont des pratiques de la subtilité. Nous essayons de capter ces petits riens. Bruce" Bégout

"Parler avec exactitude des choses vagues, parler avec précision des choses complexes, s'approcher de pelotes de sens sans vouloir les défaire et les démêler, mais en essayant de parfaire le mélange, de bien dire comment ça se passe, comment ça se noue et quel monde ça nous fait vivre, c'est exactement, à mes yeux, l'enjeu de la littérature et l'enjeu de la poésie." Marielle Macé

Avec Bruce Bégout, philosophe, maître de conférence à l’Université Michel de Montaigne à Bordeaux, auteur de Le concept d'ambiance : essai d'éco-phénoménologie (Seuil, 2020) et Marielle Macé, directrice adjointe du CRAL (Centre de recherches sur les arts et le langage CNRS-EHESS), spécialiste de littérature française moderne et auteure récemment de « Parole et pollution » (AOC, 2021), de Nos cabanes (Éditions Verdier, 2019) et de Styles : critique de nos formes de vie (Gallimard, 2016). 

>>> Coronavirus, une conversation mondiale : La Covid a-t-elle cassé l'ambiance ?

Sur Bruce Bégout

• La page Wikipédia de Bruce Bégout
• Les publications du philosophe disponibles sur Cairn.info
• Une interview du philosophe pour le quotidien Libération
• La master class Eco-phénoménologie des ambiances de Bruce Bégout pour le Diplôme Inter-Universitaire de Philosophie de la Psychiatrie (février 2021)

>>> La voix humaine, toute une ambiance

Sur Marielle Macé

• La page de présentation et les publications de la directrice de la chaire "Stylistique de l'existence" du CRAL (Centre de recherches sur les arts et le langage CNRS-EHESS)
• Le site fabula.org, le site de recherche littéraire dont Marielle Macé est membre du comité scientifique
• L'article « Parole et pollution » de Marielle Macé écrit le 29 janvier 2021 pour le quotidien en ligne AOC
• La conférence Poésie et anthropologie élargie de Marielle Macé pour la Maison de la Poésie dans le cadre du cycle « Nos cabanes » (2019)
• L'article « Marielle Macé : "N'ayez pas peur de vous laisser dominer par la littérature !" » de Jean Birnbaum sur le livre Façons d'écrire, manières d'être de Marielle Macé (Gallimard, collection NRF essais, 2012) paru dans le journal Le Monde

>>> Nos cabanes avec Marielle Macé et Marie Nimier

Extraits musicaux

  • Morceau choisi par Marielle Macé : "Le monde s'est dédoublé" par Clara Ysé - Album : Le monde s'est dédoublé (2019) - Label : Tomboy Lab.
  • Morceau choisi par Bruce Bégout : "The Kiss" par Judee Sill - Album : Live in London - the BBC Recordings 1972-1973 (2007) - Label : Runt LLC.

INTERVENANTS

  • Bruce Bégout, Philosophe, maître de conférence à l’Université Michel de Montaigne à Bordeaux
  • Marielle Macé, Directrice adjointe du CRAL (Centre de recherches sur les arts et le langage CNRS-EHESS), spécialiste de littérature française moderne

Sciences sociales dans la pandémie ( Cliquer sur l'image ) | France culture 05/03/2021

À retrouver dans l'émission À PRÉSENT par Frédéric Worms

En quoi regarder la pandémie de Covid-19 comme un fait social apporte-t-il un éclairage nécessaire sur la gestion des risques qu'elle recouvre ? "À présent" réfléchit ce soir aux apports des sciences sociales dans le traitement politique, médical et scientifique de la pandémie.

File d'attente devant le Grand Palais à Paris,
en juillet 2020, où se tenait une réception organisée
par le Ministère de Santé, accueillant 800 personnes
 issues du monde médical

Il y a des débats sur la pandémie, il y a des débats sur les sciences sociales, mais ce qui ne devrait pas faire débat c’est l’importance des sciences sociales dans la pandémie. 

Que la pandémie soit un fait social, tout le monde en convient. Mais quel fait social ? Qu’est-ce qu’il révèle et qu’est-ce qu’il change ? Comment le comprendre ? Pourquoi connaître ses aspects sociaux est-il nécessaire et même vital pour répondre aux risques qu’il recouvre ? De quel savoir et de quelle expertise relèvent ces enjeux ? 

Voilà ce que seules les sciences sociales peuvent et doivent nous aider à comprendre, au plus près des autres sciences et de la médecine, de la société et de la politique, mais aussi dans leur indépendance, leur méthode, et leurs propres débats. Et de nombreux projets surgissent en ce moment en France notamment. 

Avec Marie Gaille, docteur en philosophie, directrice de recherches au CNRS et directrice adjointe à l’INSHS où elle coordonne les projets en SHS sur la pandémie ; 

et Daniel Benamouzig, sociologue, directeur de recherches au CNRS, titulaire de la Chaire Santé de Sciences Po, et membre du Conseil scientifique sur la gestion de l’épidémie de coronavirus.

"Le fait épidémique lui-même est par nature un fait social. La diffusion dans l'ensemble de la société ne peut avoir que des conséquences sociales. Et ces choses-là étaient très claires, notamment pour tous les infectiologues qui savent bien qu'une épidémie peut avoir ce type d'effets. Ce sont des choses qui ont été perçues très tôt. C'est une des raisons pour lesquelles les sciences sociales ont été mobilisées quasiment en même temps que d'autres types de savoirs dans ce contexte-là." Daniel Benamouzig

"Par rapport à la date du confinement en France, dès le 17 mars 2020, les sciences humaines et sociales (...) ont voulu, de façon extrêmement massive et spontanée, exprimer un désir d'engagement dans la recherche pour éclairer ce qui était en train de se faire. Ce qui était extraordinaire n'était pas le fait de vouloir travailler sur un moment présent, mais la réaction massive de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales." Marie Gaille

"Pour ce qui est du Conseil scientifique, il y a une espèce de paradoxe parce que la situation apparaît comme tout à fait extraordinaire par bien des aspects, mais en même temps, les modalités de travail qui sont imaginées pour y faire face correspondent à peu près au type d'expertise que l'on met en œuvre dans ce type de contexte. Avec une forme d'interdisciplinarité, de pluralité des profils, avec un fonctionnement collégial, avec autant de choses qui ont été largement expérimentées depuis maintenant une vingtaine ou une trentaine d'années sur les questions d'expertise sanitaire." Daniel Benamouzig

"On est dans des temporalités imbriquées où l'effet de quelque chose devient aussi très vite la cause d'autre chose. (Dans le rapport sur l'épidémie de Covid-19, coordonné par Marie Gaille et Philippe Terral, ndlr.) il nous semblait important de rappeler à quel point certains modes de vie sont eux-mêmes générateurs de certains effets. Et ce point a été apporté par des collègues qui travaillent sur les mobilités à travers le monde. Les mobilités de travailleurs, mais pas seulement d'ouvriers modestes, celles de cadres. Les mobilités liées aussi au tourisme, au tourisme de masse et au tourisme de luxe." Marie Gaille

"On a cette espèce de précipité épidémiologique qui est assez spectaculaire à observer en temps réel, et que l'on voit sur l'ensemble des dimensions sanitaires de l'épidémie. Ce sont des inégalités de rapport aux risques, à l'exposition aux virus. Des inégalités dans les effets que le virus produit selon qu'on a certaines pathologies ou pas qui sont distribuées socialement – on n'est pas tous égaux face aux pathologies, face aux facteurs de risque, face à l'obésité, par exemple, qui est un facteur de risque important. En matière d’inégalités face aux informations que l'on peut traiter et qui nous permettent de nous protéger. Ce sont des inégalités face à l'accès aux soins selon l'endroit où on habite, etc." Daniel Benamouzig

"Je me suis vraiment replongée, par exemple, dans les travaux de Hannah Arendt qui, dans "La Condition de l'homme moderne", distingue les vies qui sont arrimées à la perpétuation du processus vital parce qu'elles sont dans une forme de précarité économique extrêmement forte. Et puis, les vies qui peuvent faire œuvre et qui sont inscrites dans le tissu des relations humaines. Tissu des relations humaines qui a donc été extrêmement mis à mal par cette pandémie. Et j'aurais même envie d'aller au-delà dans ce qui est vital. Peut-être presque d'engager une réflexion sur le rapport au vivant." Marie Gaille

Pour en savoir plus 

Sur Daniel Benamouzig
• La page de présentation du sociologue sur le site de Sciences Po
• La biographie et les publications du sociologue à consulter sur son site
• "Covid-19 et expertise sanitaire", entretien avec Daniel Benamouzig du 1er juillet 2020 pour le site La vie des idées

Sur Marie Gaille
• La page de présentation et de publications de la directrice de recherches en philosophie, sur le site du Laboratoire SPHERE du CNRS
• La Plateforme nationale pour la recherche sur la fin de vie que Marie Gaille co-préside avec Régis Aubry depuis 2021
• L'étude COVIDEHPAD menée depuis mars 2020 sur les questions relatives aux confinements, aux fins de vie et à la mort dans les EHPAD liées à l’épidémie de Covid-19 en France
• "Les sciences humaines et sociales face à la première vague de la pandémie de Covid-19 - Enjeux et formes de la recherche", rapport coordonné par Marie Gaille et Philippe Terral, disponible sur le site HAL archives-ouvertes.fr

dimanche 25 avril 2021

∆∆∆ "Le Public fantôme", de Walter Lippmann : la déroute des citoyens, par Gilles Bastin | Le Monde 09 octobre 2008

Dans un essai paru en 1925 et publié aujourd'hui en français, le commentateur politique américain analyse l'impuissance de l'individu devant la complexité du monde.

"Crise de la représentation ? Quelle crise de la représentation ! ? Si vous désespérez de la politique, c’est que vous lui avez demandé plus qu’elle ne peut donner. Vous l’avez imprudemment chargée de tâches morales, religieuses, juridiques, artistiques, qu’elle est impuissante à remplir. Demandez l’impossible, vous récolterez l’atroce ou le grotesque. Si vous voulez qu’on reprenne confiance dans la démocratie, alors il faut d’abord la décharger des illusions qui ont transformé le rêve d’une vie publique harmonieuse en un cauchemar. C’était la leçon du PRINCE de Machiavel : cruelle pour ceux qui se berçaient d’illusions ; libératrice pour les vrais amis de l’idée républicaine. C’est aussi la leçon de ce livre, plus de quatre vingt ans après sa publication, qui vient proposer aux Français de retrouver l’esprit public, mais après avoir d’abord dissout les fantômes de la politique." Bruno Latour

"Le citoyen d'aujourd'hui se sent comme un spectateur sourd assis au dernier rang : il a beau être conscient qu'il devrait prêter attention aux mystères qui se déroulent là-bas sur la scène, il n'arrive pas à rester éveillé." Ce "spectateur sourd", écrit le grand commentateur politique américain Walter Lippmann, c'est le citoyen déboussolé de la "grande société" qui succéda, au tournant du XXe siècle, aux anciennes communautés locales. C'est le paysan du Midwest découvrant dans la presse que l'assassinat d'un archiduc à Sarajevo le conduit dans les tranchées d'Europe. C'est peut-être encore l'homme du XXIe siècle, sommé de prendre position sur la crise financière ou la guerre en Afghanistan tout en sachant intimement qu'il n'en a pas les moyens.

Telle est en effet la thèse centrale de ce texte fameux, publié une première fois aux Etats-Unis en 1925 : le monde est devenu trop complexe pour que le "public" puisse s'en emparer, le discuter, se faire une opinion à son propos. Pour que naisse, en somme, le citoyen éclairé imaginé par la démocratie libérale progressiste à laquelle Lippmann lui-même adhéra dans sa jeunesse. Sous l'effet de la mondialisation des échanges économiques et de la complexification des interdépendances politiques, le nombre des "problèmes" qui se posent au public augmente, nous dit Lippmann. Pire : la capacité du public à les résoudre diminue.

Alors que de nombreux penseurs optimistes de la démocratie - comme Gabriel Tarde ou Charles Cooley - avaient vu dans les médias de masse un moyen de ramener les individus vers les problèmes publics, Lippmann entonne donc ici une rengaine pessimiste appelée à un grand avenir au XXe siècle. Le public, nous dit-il, "écoeuré" devant la complexité des choses et la multiplicité des points de vue, finira "par éteindre son poste pour se réfugier dans une paisible ignorance".

"RÈGNE DU PRÉJUGÉ"

En 1920, la lecture attentive du New York Times n'avait-elle pas conduit Lippmann à constater que, dans les mois qui suivirent la révolution russe, ce journal avait annoncé plus de 90 fois à ses lecteurs la chute imminente du régime bolchevique ? Si le règne du préjugé remplace celui des faits, si l'objectivité commence à être définie dans les journaux non plus comme une mécanique d'enregistrement du monde extérieur, mais comme la recherche d'un équilibre entre des points de vue, alors c'est peut-être la démocratie elle-même qui est en crise.

Ce sombre tableau, que Lippmann avait d'ailleurs commencé à brosser trois ans plus tôt dans Public Opinion, ne décourage pas totalement l'auteur. Il s'agit en effet ici d'"établir la démocratie sur des bases réalistes" en sacrifiant ce poids mort qu'est devenu le concept même de "public". Le public délibérant n'existe pas, mais des publics peuvent émerger de façon circonstancielle autour de causes précises et choisir de "s'aligner" derrière tel ou tel représentant initié, lui, au mystère de cette cause.

Dès lors, il est possible de déterminer dans quelles conditions cet alignement peut être justifié et comment faire de chaque citoyen un bon juge, choisissant régulièrement celui qu'il soutiendra avant de se retirer dans sa vie privée. En effet, si le public ne peut raisonnablement légiférer, il est à même de choisir ceux à qui il confie cette tâche. "Nous nous accommodons bien des médecins, malgré notre ignorance en médecine, écrit Lippmann ; et des conducteurs de train, bien que nous ne sachions pas conduire une locomotive. Pourquoi ne ferions-nous pas de même avec les sénateurs, nous qui serions incapables de réussir un examen sur les mérites de telle loi sur l'agriculture ?"

On a parfois caricaturé le propos de Lippmann en faisant de lui un défenseur inconditionnel de l'expertise et de la technocratie, l'avocat d'un élitisme antidémocratique ayant choisi la mauvaise solution au problème qu'il posait. Tout en reprenant par exemple de Lippmann le terme de "fabrique du consensus", la gauche critique américaine, à l'image de Noam Chomsky, s'est le plus souvent construite par opposition à cette figure. La lecture de ce livre montre clairement que Lippmann ne goûte en rien la ploutocratie. Puisque la frontière qui sépare les "aveugles" des initiés est mouvante selon les problèmes envisagés, il faut en effet se préparer - c'est pire ! - à ce que les experts eux-mêmes puissent être souvent des aveugles. Le livre manifeste cependant aussi très clairement la défiance fondamentale dans laquelle Lippmann tenait les membres de ce "public" à la "partialité bornée" qui, pour l'essentiel, devait être remis "à sa place" afin de "libérer chacun de nous de ses mugissements et de ses piétinements de troupeau affolé".

LIBÉRALISME RADICAL

Ce livre marque indéniablement un jalon dans le développement de la pensée libérale conservatrice au XXe siècle. Du reste, le soutien apporté à sa traduction française par la Fondation pour l'innovation politique, un des lieux de réflexion de l'actuelle droite française, pourrait signaler que les idées de Lippmann conservent une certaine force politique. Il est indéniable, en tout état de cause, que les problèmes abordés dans ce livre - abstention électorale, biais médiatiques, développement de l'expertise - nous sont toujours contemporains.

Si l'on en croit sa couverture, sur laquelle le nom de Bruno Latour apparaît en plus gros caractères que celui de Lippmann, ce livre marque peut-être aussi un jalon dans la pensée du sociologue français. La longue préface en témoigne. Bruno Latour, qui partage avec Lippmann une même méfiance à l'égard de concepts englobants comme celui de "public" ou de "société", s'y essaie à réhabiliter cet auteur tout en gommant les aspects les plus conservateurs de son oeuvre. La réception du texte se trouve de ce fait altérée. On a par exemple du mal, en lisant cette préface, comme en lisant le texte peu représentatif du philosophe américain John Dewey (1859-1952) proposé en annexe, à se figurer ce qu'a pu être l'opposition entre ces deux grands penseurs. Une ligne de démarcation très nette oppose pourtant la méfiance de Lippmann à l'égard du peuple lui-même et la critique de Dewey à l'égard du système politique et économique qui, sous l'effet de la propagande et des relations publiques, tend à provoquer "l'éclipse" temporaire du public.

La question de savoir pourquoi Lippmann reste silencieux dans ce livre sur les techniques de manipulation de l'opinion, alors qu'il les analyse dans "Public Opinion", est un des mystères que cette publication ne lève pas. Etrange mystère d'ailleurs, si l'on considère que Lippmann participa étroitement, pendant la première guerre mondiale, à l'une des entreprises de propagande les plus célèbres de l'histoire, celle qui convertit l'opinion publique américaine et les fermiers du Midwest à l'interventionnisme en Europe.

LE PUBLIC FANTÔME (THE PHANTOM PUBLIC) de Walter Lippmann. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Decréau, texte présenté par Bruno Latour. Démopolis, 192 p., 20 €.

Gilles Bastin

vendredi 23 avril 2021

Kind of Blue: How Miles Davis Changed Jazz | Polyphonic 19 avr. 2018


00:00 Intro 00:47 Title Card 00:54 Bebop 01:40 New Direction 02:14 Modes 04:12 Modal Miles 05:07 Bill Evans 05:46 Flamenco Sketches 06:32 So What 07:45 Blue in Green 08:11 Two More Tracks 08:38 Conclusion

mardi 20 avril 2021

L’après-coup de la pandémie a déjà commencé ( Cliquer sur l'image ) | France culture 20/11/2020

À retrouver dans l'émission À PRÉSENT par Frédéric Worms

Chacun le sent et le comprend désormais : la pandémie, en plus du risque viral et du risque social, aura un après coup psychique sur chacune et chacun de nous. Pour en discuter, François Ansermet, psychanalyste, et Catherine Tourrette-Turgis, psychologue et présidente de l’Université des patients.

L'incertitude au coeur des esprits, en pleine pandémie de Covid-19. 

Mais on persiste justement à en faire une dimension secondaire, à le traiter dans un « après » comme si on pouvait attendre. Or, ce n’est pas du tout le cas. L’expression est trompeuse. En fait « l’après-coup » psychique ne vient pas « après ». Il est contemporain du choc ou du « coup » sanitaire ou social. Il en porte tout de suite la trace et les plus graves effets. Surtout lorsque ce choc, comme dans la pandémie-confinement, se répète, dure, s’installe, sans horizon visible. 

L’après coup est une blessure psychique et temporelle qui appelle un accompagnement immédiat et constant. 

Nous en parlons, ce soir, avec François Ansermet, psychanalyste et psychiatre dont la clinique à Genève mais aussi les études sur « l’incertitude de vie et l’incertitude de mort », ainsi que le travail au CCNE (Comité Consultatif National d'Ethique) éclairent toute la période, et Catherine Tourrette-Turgis, présidente de l’Université des patients et qui plaide pour un accompagnement psycho-social contemporain de la pandémie même. 

"Bien sûr, c'est angoissant et dire qu'il n'y a pas d'après, c'est un signe de l'angoisse. C'est l'idée que quelque chose qui sidère a eu lieu, c'est une sidération. Finalement, c'est une sorte d'abolition du temps, dire que l'après est déjà maintenant, c'est aussi dire que le temps s'est arrêté. On est dans un instant figé, éternisé, dans un instant qui n'est plus et qui n'a plus les valeurs de l'instant." François Ansermet

"Il faut d'emblée s'orienter vers le rétablissement. On règle la crise sanitaire, on règle la crise économique et après on a ce qu'on appelle la crise de l'impact humain. Les impacts humains peuvent durer deux à trois ans, bien après que les deux autres crises aient été résolues." Catherine Tourrette-Turgis

"On peut retourner à ce que Freud disait : toute psychologie individuelle est aussi simultanément une psychologie sociale et collective. On ne peut pas séparer les deux.[...] Un phénomène important qui pose beaucoup de problèmes dans la gestion de la pandémie, c'est la rage. C'est une colère collective, une révolte, un refus. Il y a une dimension d'ambivalence où tout se retourne : la peur en défi, la confiance en défiance, la solidarité en haine. Les soignants sont aussi mal pris dans cette situation. On doit s'occuper de cette épidémie d'un autre type qui ne doit pas être vue et traitée après. Ça a déjà commencé, c'est là, tout de suite, simultanément." François Ansermet

"Il y a deux activités qui ont été réduites pendant le confinement : l'activité professionnelle et l'activité sexuelle. 44% des couples vivants sous le même toit disent n'avoir eu aucune relation sexuelle pendant un mois. 15 à 18 % des jeunes disent ne plus avoir de libido. Ce n'est pas rien, quand il y a une panne érotique dans un pays, il me semble qu'il y a quelque chose qui se passe." Catherine Tourette-Turgis

"J'aime beaucoup cette expression de "nouvelles allures" de la vie. Est-ce que par-delà cette pandémie, par-delà cette catastrophe - à la fois épidémiologique, de santé publique, mais aussi politique et sociale - on va pouvoir inventer de nouvelles pratiques du quotidien, de nouvelles valeurs bricolées, une nouvelle vie, de nouveaux rêves ?" François Ansermet

Pour en savoir plus 

La page et les publications de Catherine Tourette-Turgis sur son site internet. 

Portrait de Catherine Tourette-Turgis (site du journal La Croix).

La page de François Ansermet (site de la Fondation Agalma). 

Les publications de François Ansermet (site Cairn.info).

Article sur le livre Inconfinables ? Les sans-abris face au coronavirus (2020), de Julien Darmon, cité dans l'émission (site du journal Les Echos). 

Choix musicaux 

  • Chanson : "Muss es sein es mussein" par Léo Ferre - Album "Je te donne" (1976). 
  • Chanson : "Hallelujah" par Leonard Cohen - Album : Various Positions (2012) - Label : Columbia / Legacy. 

INTERVENANTS

  • François Ansermet, Psychanalyste et psychiatre
  • Catherine Tourette-Turgis, Professeure des Universités à Sorbonne Université, psychologue clinicienne, chercheure au Conservatoire des Arts et Métiers.

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Coronavirus, une conversation mondiale : monde, mondialisation, créolisation ( Cliquer sur l'image ) | France culture 16/04/2021

À retrouver dans l'émission LE TEMPS DU DÉBAT par Emmanuel Laurentin

Quel regard aurait porté Edouard Glissant, penseur du Tout-Monde disparu il y a dix ans, sur ce que nous traversons ? Méfiance envers la mondialisation et ses effets, replis identitaires, rejet de l'universel : comment se penser soi-même dans notre relation à l'autre, comme fruit de la mondialité ?

Aperçu de l'exposition "Poétique de la Relation" au Pérez Art Museum à Miami, inspirée du recueil éponyme d'Edouard Glissant

Qu’a fait la crise à notre mondialisation, à notre mondialité, à la créolisation ?

Il y a dix ans disparaissait le poète et penseur Edouard Glissant dont les écrits nourrissent aujourd’hui nombre d’intellectuels dans le monde entier.

Il n’avait certes pas prévu la crise que nous connaissons mais comme le rappelle Christiane Taubira dans un récent article pour la revue en ligne « Le Grand Continent », il nous prédisait que nous allions « rentrer ensemble dans une nouvelle région du monde», celle de la « Relation ».

Mais avant cela il faudrait se défaire de certains des vieux réflexes qui nous empêchent de penser ce qui advient, en particulier la relativisation de l’Europe dans un monde plus ouvert que jamais aux pensées d’ailleurs.

Patrick Chamoiseau explore les effets de la pandémie sur notre humanité au prisme de la poétique de la Relation, telle que l'avait pensée >>> Glissant :

"Ce qui fait la partie poétique de nos êtres, qui contient tout le sensible, l'amour, la solidarité, la créativité etc... a été confisqué par les pulsions consommatrices. Le grand désir d’être et de vivre est très largement dominé par le pouvoir d’achat et la pulsion consommatrice. Or la pandémie suspend la mondialisation économique, elle suspend cet ordre économique et l’imaginaire néolibéral, et nous met en face d'une réalité que Glissant avait appelé la "mondialité".

La Relation, c’est la mise en contact ou l’inter-rétroaction des cultures, des civilisations, des communautés, des imaginaires, des langues, des dieux etc… qui engendrera un desserrement de tous les étaux symboliques communautaires et accentuera l’individuation."

INTERVENANTS

dimanche 18 avril 2021

Après l'épreuve : les Années folles ( Cliquer sur l'image ) | France culture 03/04/2021

À retrouver dans l'émission CONCORDANCE DES TEMPS par Jean-Noël Jeanneney

Quels aspects prendront les temps prochains ? Faut-il s’attendre à un monde nouveau, un monde d’insouciance, de liberté, d’expérimentations et de fureur de vivre ? Retour ce matin sur les lendemains de la Grande Guerre, ces années 1920, baptisées après-coup d’« Années folles".

Josephine Baker célèbre avec son équipe le succès
de sa revue "Un vent de folie" aux
Folies Bergères (produite en 1927).

Le bonheur reviendra. Il reviendra, n’en doutons pas. Mais chacun de nous ressent profondément que rien ne sera comme avant, une fois surmontée l’épreuve qu’il nous revient d’affronter collectivement. Les aspects que prendront ces temps prochains, nul prophète ne peut nous les dire à coup sûr. 

Mais ce devrait être un exercice stimulant que de se reporter vers une époque qui, voici un siècle, dut assumer les suites d’une formidable convulsion, la Grande guerre de 1914-18. Une convulsion qui fut bien plus ravageuse, certes, et le rapprochement, en dépit de divers propos martiaux récemment entendus, connaît ses limites. Il n’empêche que l’envie vient de considérer les années vingt, celles qu’on a baptisé après coup du nom « d’Années folles ». Avec l’idée de restituer quelques-uns des mouvements puissants qui se dessinèrent alors et qui concernèrent toutes sortes d’aspects de la vie en société, en réaction aux douleurs qui venaient d’être partagées. 

Beaucoup de choses bougèrent alors, en effet, dans l’ordre des arts plastiques, de la littérature, de la musique, de l’architecture, du théâtre, de la danse, du cinéma, de la photographie, du sport, des médias, de la publicité dévorante, des spectacles de toute nature. Il s’est agi des formes de la féminité et des combats féministes. Il s’est agi de l’audace des avant-gardes et des formes de la fête dont on éprouva un désir si intense. Il s’est agi du goût nouveau de la vitesse, sur terre et dans l’air. Il s’est agi, en somme, d’une décennie qui courut à toute allure. 

>>> Myriam Juan, maîtresse de conférences à l’université de Caen-Normandie, vient de consacrer à ces Années qu’on a dites folles un livre stimulant. Nous allons nous efforcer d’en restituer avec elle les couleurs, les rythmes, les imaginations et -pourquoi pas ?- de rechercher, dans leur spécificité même, l’attrait qu’elles peuvent trouver dans la sombre période que nous vivons.

ARCHIVES DIFFUSÉES

  • Interview de Joseph Kessel à propos des années 1920, extrait du documentaire télévisé "Les heures chaudes de Montparnasse" de Jean-Marie Drot, diffusé sur la 1ère chaîne de la RTF, le 16 septembre 1963.
  • Interview d'Alexandre, le "coiffeur des reines", sur l'origine de la coupe à la garçonne, extrait de "Atout coeur" de Xavier Fauche, diffusée sur Radio Bleue, le 14 avril 1986.
  • Interview de Madeleine Milhaud, à propos de la revue nègre et de Joséphine Baker, dans "Le matin des musiciens" de Philippe Morin, le 23 septembre 1987.
  • L'écrivain et poète Tristan Tzara décrit le mouvement Dada dont il a été le chef de file, au micro de Jean Amrouche dans "Des idées et des hommes", RTF, le 24 juin 1949.
  • Témoignage du poète Philippe Soupault sur le mouvement Dada et l’atmosphère de l’après-guerre, dans "La revue des arts" d'André Parinaud (consacrée à "L'aventure Dada"), RTF, le 17 avril 1957.
  • Témoignage du pianiste et compositeur Jean Wiéner sur les années 1920 et les débuts du cabaret parisien "Le boeuf sur le toit" (anciennement le Gaya), dans "Autour du boeuf sur le toit" de Paule Chavasse et Évelyne Frémy, France Culture, le 1er janvier 1972. 
  • Texte de Jean-Pierre Maxence sur les années 1920, lu par Claude Dominique, dans "Le passé singulier" de Michel Winock et Claude Dominique, sur France Inter, le 18 novembre 1983.

BIBLIOGRAPHIE

  • >>> Myriam Juan, Les années folles, QSJ, PUF, 2021.
  • Emmanuelle Retaillaud, "Années folles", "rugissantes" ou "dorées" ? Nommer les années vingt", in : Dominique Kalifa (dir), Les noms d'époque. De "Restauration" à "années de plomb", Gallimard, 2020.

>>> Les Années folles - La vie réinventée

>>> 1918, après la guerre les années folles (1/4) : Deux traumatisés de guerre contre les chocs électriques 

Gustave Flaubert : Jean Paul Sartre et l'idiot de la famille | Blog Yvan Leclerc Son mot à dire 20 janv. 2020


Flaubert victime de la censure maçonnique de la ville de Rouen. 

Etude politique de la catastrophe Lubrizol, la société pétrolière La Luciline et les loges maçonniques du Grand Orient de France, par le professeur Pierre DORTIGUIER et l'essayiste résidant sur la ville de ROUEN, Mr Olivier RONEY pour la sortie de son troisième ouvrage sur "Gustave Flaubert et la religion des Egyptiens" , les livres sur le sujet sont disponible sur Rakuten voir le lien ci-dessous :


Voir également: "De la Luciline à Lubrizol"  >>> https://youtu.be/84w8bTASmdI​


∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ "Madame Bovary" de Gustave Flaubert ( Cliquer sur l'image ) | France culture 12/04/2021

Emma Bovary est née femme et vit en province. Mère de famille contrainte de demeurer au foyer, elle mène une existence médiocre auprès d’un mari insignifiant. Pourtant, Emma est nourrie de lectures romantiques et rêve d’aventures, de liberté et, surtout, de passion.

À retrouver dans l'émission FICTIONS / LE FEUILLETON

TOUS LES ÉPISODES


>>> La jeunesse de Charles

Nous étions à l’Etude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris...


>>> La maladie d’Emma

Deux jours après la noce, M. et Madame Charles arrivèrent à Tostes. Les voisins se mirent aux fenêtres pour voir la nouvelle femme de leur médecin.


>>> L’arrivée à Yonville

C’était la quatrième fois qu’Emma couchait dans un endroit inconnu. Elle ne croyait pas que les choses pussent se représenter les mêmes à des places différentes,...


>>> De Léon à Rodolphe

Emma entendit sonner l’Angélus ; et ce fut sans en avoir conscience qu’elle s’achemina vers l’église, disposée à n’importe quelle dévotion, pourvu qu’elle...


>>> L’ivresse de l’adultère

Les fameux Comices arrivèrent ! Dès le matin de la solennité, tous les habitants s’entretenaient des préparatifs. Jamais il n’y avait eu pareil déploiement...


>>> Le repentir d’Emma

Pendant tout l’hiver, trois ou quatre fois la semaine, à la nuit noire, Rodolphe arrivait dans le jardin. Emma s’échappait en retenant son haleine, souriante,...


>>> La malle et le manteau

Jamais madame Bovary ne fut aussi belle qu’à cette époque ; elle avait cette indéfinissable beauté qui résulte de la joie, de l’enthousiasme et du succès.


>>> Le retour de Léon

Emma enveloppait tout maintenant d’une telle indifférence, elle avait des paroles si affectueuses et des regards si hautains, des façons si diverses, que...


>>> Les leçons de piano

A partir de ce moment, l’existence d’Emma ne fut plus qu’un assemblage de mensonges, où elle enveloppait son amour comme dans des voiles, pour le cacher.


>>> La mort d’Emma

Emma reconnut les lumières des maisons, qui rayonnaient de loin dans le brouillard. Alors sa situation, telle qu’un abîme, se représenta.

samedi 17 avril 2021

Comment les hommes du passé voyaient-ils leur futur ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 04/01/2021

Nous ne cherchons plus à deviner l'avenir dans les feuilles de thé, pas plus que nous ne concevons le progrès de l'humanité comme une certitude inébranlable. 

Si le futur qu'imaginaient les années 1940 nous fait sourire, c'est que le futur aussi a son passé et son histoire !

À retrouver dans l'émission LE COURS DE L'HISTOIRE par Xavier Mauduit

TOUS LES ÉPISODES


>>> Futurs antérieurs, histoire des représentations de l’avenir

Nous représentons-nous l'avenir de la même manière que nos ancêtres ? Assurément non : notre conception du futur a beaucoup à voir avec notre présent,...


>>> Divination, astrologie, cartomancie, comment lisait-on l’avenir ?

Plus que prophétique, l'art de la divination, de l'Antiquité romaine à la Renaissance, apporte réconfort et apaisement face à l'inconnu. Il offre légitimation...


>>> Gratte-ciel et voitures volantes, retour vers la ville du futur

Déjà au XIXe siècle, les métropoles du futur s'agitent, se déploient, s'activent sous terre et dans les airs. Dans ces villes fantasmées, il est possible...


>>> Il était une fois demain... aux origines de la science-fiction

Enfilez votre combinaison bionique, installez-vous dans votre canapé intergalactique et branchez-vous sur les ondes du Cours de l'histoire qui émet depuis...

jeudi 15 avril 2021

« Une blanche vaut deux noires », typographie et musique, par Mezetulle 1 avril 2021

Comment peut-on oser écrire « Une blanche vaut deux noires » ? En ouvrant le parapluie des règles de la typographie ! Car la formule scandaleuse, visant des personnes, mettrait des majuscules aux deux substantifs. La minuscule n’est cependant pas réservée aux adjectifs : un substantif peut la prendre et désigner alors deux figures de la notation musicale dans leurs rapports de durée. Eh bien, cela est mal vu et devrait bientôt disparaître.

Un article en libre accès sur le site de Diapason nous apprend en effet que « Des professeurs d’Oxford qualifient la notation musicale de « colonialiste » » et trouvent que l’ensemble des programmes de musique offre trop de complicités avec la « suprématie blanche ». Un grand mouvement de purification se prépare, visant la « musique européenne blanche ». Du balai, Guillaume de Machaut et Schubert, valsez !

Et la notation musicale, faisant partie d’un « système de représentation colonialiste », ne sera pas épargnée. Il va y avoir du travail, car si « une blanche vaut deux noires », on n’oublie pas non plus que « une ronde vaut deux blanches ». Et pour le point placé après une note, voici ma modeste contribution : il ne faut plus dire qu’il augmente cette note de la moitié de sa valeur, mais qu’il l’y inclut.

mercredi 14 avril 2021

Des nouvelles de l’amour ( Cliquer sur l'image ) | France culture 27/12/2019

À retrouver dans l'émission L'INVITÉ DES MATINS par Hervé Gardette

La révolution sexuelle post MeToo a-t-elle eu lieu ? Y a-t-il un renouveau des représentations des rapports hommes / femmes ? Quels impacts sur la sexualité des français ?

Deux flamands roses en train de conclure

Une émission sur le sexe pendant les vacances de Noël ? C'est plutôt l'été d'habitude. Le fait est que ce n'est pas tout à fait faux. En tout cas, ça n'a pas toujours été. 

Longtemps le sexe fut relégué soit dans le numéro spécial des magazines, soit dans la presse féminine, mais les choses sont en train de changer. Ainsi, depuis 2015, le journal Le Monde publie une chronique hebdomadaire sur la sexualité tenue par la journaliste Maïa Mazaurette, autrice chroniqueuse sexe pour Le Monde, GQ, Le Temps, et Usbek & Rica. 

Autrice également de Sortir du trou, Lever la tête, un double essai chez Anne Carrière qui sort le 9 janvier ainsi que Le sexe selon Maïa, au-delà des idées reçues que La Martinière publiera le 9 janvier. Elle sera rejointe par Nathalie Bajos, sociologue et directrice de recherche à l’INSERM.

- On vous présente comme étant une sexperte. Qu'est ce que c'est qu'une sexperte ? En quoi c'est différent d'un ou d'une sexologue, par exemple ? 

Maïa Mazaurette : "J'ai fait des études de journalisme, mais au début, quand j'ai commencé à parler de sexualité, quand on a commencé à m'appeler, sexperte parce que c'est un petit néologisme qui fonctionne bien, je me suis dit ce n'est pas possible, je ne peux pas être experte en ça. Et puis finalement, il y a peut être cinq ans, je me suis dit d'accord,  sexperte, c'est clair, tout le monde comprend ce que ça veut dire. Et puis, c'est vrai que maintenant, ça fait 15 ans que je parle de ça tous les jours, tous les jours, tous les jours et qu'on développe en effet une expertise."

- C'est quoi le masculin ? 

EM : "Sexpert. On n'est pas très nombreux en fait. Il y a Damien Mascret qui, au Figaro, est le sexpert français, mais ensuite, on est plutôt des femmes et il y a une raison à ça en fait. On imagine que si un homme parle de sexe, alors forcément, c'est un pervers qui va faire ça parce qu'il y trouve un plaisir un peu voyeuriste, alors que si on est une femme et qu'on parle de sexe, on est quand même un ange."

- Vous avez rencontré des hommes qui auraient pu être tentés par cette discipline et qui ne l'ont pas fait, par peur, justement, d'être mal jugé ?

EM : "Alors, la discipline existe seulement depuis 10 à 15 ans. Dans les écoles de journalisme, justement, il n'y a pas de cursus de sexologie. Et on voit bien qu'en fait, c'est aussi parce que le sujet est rentré de plus en plus dans l'actualité qu'on a eu besoin de spécialistes parce lorsqu'on parle de pornographie, de prostitution, du mouvement #meetoo... On a besoin de compétences, bien sûr, mais on a aussi besoin d'une mémoire. En sexualité, on est aussi abreuvé de chiffres. Et c'est vrai que si on ne connaît pas l'étude qui a été faite avant ou l'étude qui a été faite dans un autre pays, on a vite fait de raconter un petit peu des bêtises et de tomber justement dans ces articles des magazines féminins ou des magazines de l'été où le sexe est forcément léger. Est ce que c'est léger ? Je ne suis pas sûr parce que ça a attrait un peu à tout : l'économie, la politique, l'art. Et puis bien sûr tous les débats sociétaux qu'on a en ce moment."

- Pour Ovidie, ancienne actrice de films X qui milite beaucoup aujourd'hui pour une pornographie beaucoup plus éthique,il y a plus de femmes parce que "le désir de faire ce qu'on veut de notre corps sans être jugé nous pousse à écrire et que ce désir là existe moins chez les hommes". Donc, il aurait peut être aussi un côté un peu militant ?

EM : "Oui, ou alors un côté un peu un peu cathartique. Quand on est une femme, qu'on veuille pratiquer la sexualité ou qu'on veuille même en parler, il y a quand même énormément de barrières à l'entrée. Moi, quand j'ai commencé, je me souviens, c'était en 2001, la moitié des commentaires que je recevais, c'était justement pour me culpabiliser, pour dire qu'en tant que femme, je n'avais pas le droit normalement de parler de sexe. Et quelque part, on n'est pas encore complètement sorti de cette période. Dans les commentaires du Monde, chaque semaine, je peux voir que se dessine une espèce de portrait en creux de qui a le droit de parler de sexe aujourd'hui dans la société et en tant que femme, forcément, je ne parlerais que pour les femmes ou alors que pour les hommes, en tant que jeune femme, je ne pourrais pas parler de la sexualité des vieux. Donc il y a une espèce de compartimentation, comme si n'y n'avait pas de savoir sexuel. Et comme si chacun parlait un peu de soi. Et une fois encore, c'est un héritage de la vieille presse en sexologie. C'est un peu Sex and the City, en fait. Sauf que moi, dans mes articles, je ne parle jamais de moi."

>>> L’éducation sexuelle des enfants d’internet

- Sex and the City, est une série mettant en scène des femmes très libérées. Et il y a notamment un personnage central qui s'appelle Carrie Bradshaw, qui fait le même métier que vous. Je ne sais pas si ça a été une source d'inspiration pour vous ?

EM : "Cette série montre une image très glamour des sexpertes avec des talons aiguilles incroyables, des appartements de 200 mètres carrés dans le village, à New York. La réalité du terrain, c'est qu'on est payé comme des journalistes donc pas forcément une fortune. Mais par contre, effectivement, le boulot est vachement intéressant. Je sais qu'on parle souvent du sexe de manière assez négative. Comme si forcément, c'était que des choses comme la pornographie, la pédophilie et la prostitution, des choses très négatives. Mais ça reste encore aujourd'hui la modalité de l'expression de l'amour et du désir. Et moi, quand je me lève le matin, j'ai plutôt envie de penser que le sexe ce n'est pas que les scandales, c'est aussi des moments de plaisir. Des choses qui sont bonnes pour la santé, des choses qui sont bonnes pour le moral. Donc, voilà, être sexperte c'est comme être critique gastronomique".

- Vous parliez de terrain. C'est quoi le terrain ? Quand on est une sexperte, comment documente t-on ses chroniques ?

EM : "Il y a plein de terrain. Par exemple j'ai des copines sexpertes qui vont beaucoup dans les soirées, qui vont voir ce que les gens font dans les milieux libertins ou BDSM (Bondage, Discipline, Sado-masochisme). Moi j'ai le nez dans les livres et notamment dans plein de publications qui existent partout dans le monde, dans les universités notamment, avec beaucoup de publications académiques. Et ça permet en fait, quand on est journaliste, de ne pas parler de la sexualité inspirationnelle, la sexualité des stars, la sexualité parfaite et de toujours avoir le nez collé au réel. Ces chiffres n'existaient pas il y a 50 ans, mais permettent maintenant de savoir de plus en plus, non pas seulement combien nous avons de partenaires, mais ce que font les gens précisément. Et plus ça va, plus les études sont détaillées et plus ça me permet de dresser un portrait de la société sexuelle française qui j'espère est aussi juste que possible."

>>> La sexualité légitime et la sexualité déviante (XVII-XIXe siècles)

- Dans le recueil de vos chroniques, "Le sexe selon Maïa", vous fonctionnez par thématique et la première thématiques abordée, c'est le corps et les organes sexuels. Existe-t-il encore des choses à découvrir non pas sur l'existence de ces organes, mais sur leur fonctionnement ?

EM : "On a l'impression que notre corps, c'est quelque chose d'intangible qui est en adéquation avec un discours anatomique. Mais alors pas du tout. Par exemple, quand j'ai publié en 2009 "La revanche du clitoris", à ce moment là, on ne parlait pas beaucoup du clitoris. Mais ce n'est pas du tout fini. Si on part du principe que le clitoris est aussi important que le vagin, alors on a un sexe féminin qui est à la fois interne et externe. Et le chantier suivant, c'est le corps masculin. Concernant les hommes, on parle toujours du pénis. Mais le système génital, donc le sexe des hommes, c'est toute la tuyauterie interne, mais aussi les testicules et bien sûr la prostate. Quand on dit, "le sexe des hommes, il est actif, il va vers l'extérieur". Sauf quand on pénètre les hommes en fait. On se rend compte qu'on a hérité de deux structures qui nous viennent de l'Antiquité gréco-romaine, qui veulent qu'en anatomie du sexe tout soit intérieur pour les femmes, et tout à l'extérieur pour les hommes. Et il se trouve que ce n'est pas vrai. Une petite anecdote là dessus. En anatomie, la face dorsale du pénis est côté ventre, la face ventrale est côté dos. Pourquoi ? Parce que la position anatomique standard du pénis, c'est l'érection. Et que des scientifiques aient décidé que, par défaut, le corps d'un homme serait en érection, il s'agit bien d'idéologie et de politique.Et c'est intéressant à étudier."

- Vous évoquez le cas des testicules dans vos chroniques. Qu'est ce qu'on apprend, par exemple, sur cette partie du corps masculin ? 

EM : "L’origine étymologique du mot testicules souligne cette idée qu’elles sont de simples "témoins", n’ayant pas part au spectacle: elles sont là pour regarder, c’est tout. Donc, en fait, les testicules pendant l'acte sexuel vérifient que le pénis fasse bien son boulot et ça leur donne finalement une espèce de position comme secondaire. L'homme serait réduit au pénis de manière très simpliste. C'est un peu dommage parce que la sexualité pourrait être tellement plus complète, tellement plus vaste. On pourrait avoir un répertoire sexuel incroyable. Quand on regarde si les hommes aiment qu'on touche cet endroit là ou pas, on en a plein qui disent, "non, il ne faut surtout pas toucher". Ou alors il y en a qui disent "si, si il faut toucher" et on peut rencontrer des hommes qui aiment, par exemple, qu'on sert très fort. Et je sais que quand je dis ça, c'est très contre intuitif. Mais quand on parle de sexualité, il y a en fait une espèce de mouvement de balancier. Les gens voudraient savoir quels sont les chiffres. Quelle est la norme ? Ce qu'il faut faire ? Comment est ce que je peux être comme le voisin? Et comme ça, je suis légitime. Et une fois que moi je leur ai donné ces chiffres, je remarque que souvent, il y a une contestation immédiate des chiffres en disant "oh, mais pas moi, mais pas du tout. Mon pénis ne fait pas cette longueur. Mon rapport sexuel dure plus longtemps que celui du voisin", comme s'il fallait à la fois comprendre la norme parce que ça nous rassure et s'en éloigner immédiatement parce qu'évidemment, on n'a pas envie de ces statistiques. On a envie d'être des individus parce qu'en sexualité se joue quelque part une vision que l'on a de nous mêmes qui serait la plus essentielle possible, qui serait la plus naturelle possible. Et évidemment, tout ça, c'est à déconstruire."

"En sexualité, il existe comme une espèce de prime à l'ignorance"

- Vous ne donnez pas seulement des statistiques, vous expliquez aussi le fonctionnement de certains organes. Est ce que vous considérez que pour bien les faire fonctionner, il faut bien comprendre comment ils fonctionnent alors ?  

EM : "En général, on obtient de meilleurs résultats dans tous les domaines si on a plus de connaissances. En sexualité, ce qui est assez intéressant, c'est qu'on constate qu'il  y a une espèce de prime à l'ignorance. Il ne faudrait pas trop en savoir. Par exemple si on en savait trop, on serait en position de juger notre partenaire. Et j'ai l'impression, notamment pour les hommes et aussi pour les femmes, quand il y a plus de deux ou trois partenaires sexuels dans une vie, on se dit, "elle ou lui a trop couché, il en sait trop". Comme si la sexualité arrivait en quantité limitée et que si on en doute trop, si on en dépensait trop, à l'arrivée, il n'y avait plus rien à voir. Et on voit ça des fois chez certains couples qui se mettent ensemble et qui disent, "Ah ben non, on ne va pas tout de suite faire une fellation, une sodomie parce que dans ce cas là, qu'est ce qu'on fera dans deux ans? Qu'est ce qu'on fera dans cinq ans ?" C'est intéressant parce qu'évidemment, il y a un million de choses à inventer. On se rend compte, en fait, que notre culture occidentale a dessiné une espèce de territoire sexuel assez limité et où il y a finalement la sexualité légitime, évidemment la pénétration vaginale. Et tout le reste serait un peu bizarre, un peu dangereux. Mais c'est dommage de penser comme ça parce qu'il y a plein de trucs à faire."

>>> Il était une première fois…

"La grande tendance, c'est cette opposition entre des pratiques qui évoluent et des représentations qui évoluent beaucoup moins et qui continuent à contribuer à ce que les femmes se sentent en particulier dans des situations qu'on pourrait qualifier de 'tensions contradictoires'. Parce que les femmes ont une vie sexuelle de plus en plus diversifiée, mais les représentations ne suivent pas", Nathalie Bajos.

"Ce qui se joue dans la sphère de la sexualité, ce n'est pas du tout indépendant de ce qui se joue dans les hautes sphères sociales", Nathalie Bajos.

"Quand on dit qu'il y a plein de choses différentes qui se font aujourd'hui, la privatisation de la rencontre, les sex-toys et la technologie, le polyamour, les mouvements queer, la transidentité aussi.... On a l'impression d'une révolution sexuelle à laquelle la génération de mes parents est très attachée et à laquelle ma génération trouve pas mal de manquements et notamment, justement, l'absence de remise en cause de la binarité", Maïa Mazaurette.

"Il y a une espèce d'omerta qui persiste encore sur la grande diversité des pratiques sexuelles, qu'on retrouve beaucoup plus auprès des personnes qui ont une sexualité non exclusivement hétérosexuelle, et qui a besoin aussi d'émerger, d'avoir une visibilité sociale et politique", Nathalie Bajos.

"Il faut aussi penser que l'on n'est pas obligé d'avoir des pratiques sexuelles. C'est très important de faire découvrir toutes les zones blanches et d'en parler, comme le fait régulièrement Maïa Mazurette. Mais le fait de ne pas avoir de sexualité, c'est aussi quelque chose qui est tout à fait normal", Nathalie Bajos.

dimanche 11 avril 2021

William Faulkner, un génie ou un salaud ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 10/04/2017

À retrouver dans l'émission LA COMPAGNIE DES AUTEURS par Matthieu Garrigou-Lagrange

TOUS LES ÉPISODES


>>> Devenir Faulkner

William Faulkner affirmait que la meilleure façon de le connaître était de lire ses livres. Jacques Pothier nous fait entrer dans l’œuvre complexe, protéiforme...


>>> La mine d’or de Faulkner

Si Faulkner commence par écrire des poèmes, c’est avec ses romans et ses nouvelles qu’il se fait connaître. Alors qu'il affirmait écrire ces dernières...


>>> Faulkner anthropologue?

Plus qu’une réalité géographique, le sud est pour Faulkner la matière d’un grand nombre de romans. Ce sud fictionnel permet à l’auteur d’interroger le...


>>> La réalité entre en littérature

En plongeant dans le monde pour transporter le réel dans ses romans, en écrivant au ras et au confluent des sensations, Faulkner apparaît comme un auteur...