Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures. Force, Sagesse et Beauté / Liberté, Égalité, Fraternité

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jeudi 5 mai 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Dans la tête de Friedrich Hayek ( Cliquer sur l'image ) | France culture 05/05/2022

"La société n'existe pas" : cette phrase prononcée par Margareth Thatcher en 1987 est en réalité empruntée à un économiste autrichien : Friedrich von Hayek. Trente ans après sa mort, le penseur d'obédience libérale exerce encore une grande influence sur les idées économiques...

À retrouver dans l'émission ENTENDEZ-VOUS L'ÉCO ? par Tiphaine de Rocquigny

TOUS LES ÉPISODES


>>> La psychologie au service du libéralisme

Et si l’on savait moins de choses que l'on en ignorait ? C'est l'une des questions fondamentales de Friedrich August von Hayek, qui structure sa théorie économique. On revient sur son épistémologie, l'influence de la psychologie sur son oeuvre et ses influences philosophiques...


>>> Un économiste paria

A partir de la crise de 1929, Hayek mène avec acharnement une double lutte, contre l’interventionnisme keynésien d’une part, contre le socialisme de l’autre. C'est grâce à ces controverses qu'il se forge un nom en économie, mais qu'il devient aussi, peu à peu, isolé des cercles académiques.

jeudi 28 avril 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ La déclaration de Vladimir Poutine devant les députés russes | BFMTV 27 avr. 2022

"Némésis", Déesse de la Vengeance des dieux, dans la mythologie grecque




Le président russes s'est exprimé devant les députés à Saint-Pétersbourg. Il a affirmé que les sanctions économiques contre son pays avaient échouées et que toutes les armes seraient utilisées si nécessaire.

dimanche 6 mars 2022

Trouble de la Personnalité Paranoïde (TPP) | Point de vue 6 oct. 2020


Les troubles de la personnalité paranoïde se caractérisent par une tendance omniprésente à la  méfiance et à la  suspicion injustifiées des autres qui mène à interpréter leurs motifs comme malveillants...

jeudi 3 mars 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Pierre Bourdieu ( Cliquer sur l'image ) | France culture 17/03/2021

"Ne quittez pas l’écoute" : en 1977, Pierre Bourdieu était interrogé par Françoise Malletra et les auditeurs de France Culture sur la sociologie ainsi que l'égalité ou l'inégalité des chances en matière d'éducation, un dialogue diffusé pour la première fois le 26 septembre 1977.

À retrouver dans l'émission LES NUITS DE FRANCE CULTURE par Philippe Garbit

TOUS LES ÉPISODES


∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ >>> "Egalité ou inégalité des chances en matière d'éducation ? " Pierre Bourdieu répond aux auditeurs

"Ne quittez pas l’écoute" : en 1977, Pierre Bourdieu était interrogé par Françoise Malletra et les auditeurs de France Culture sur la sociologie ainsi...


∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ >>> Pierre Bourdieu : "Le fait qu'une partie de la classe soit éliminée par le système scolaire est important pour accréditer l'idée de l'équité du système scolaire"

"Ne quittez pas l’écoute" : en 1977, Pierre Bourdieu était interrogé par Françoise Malletra et les auditeurs de France Culture sur la sociologie ainsi...


vendredi 21 janvier 2022

Histoire de la sexualité, entre plaisir et contraintes ( Cliquer sur l'image ) | France culture 20/01/2022

Scène érotique entre un satyre et une nymphe,
 mosaïque de la Maison du Faune,
 Pompéi, Italie
De l’érotisme en toge à la chair qui devint péché, comment fut régulée la sexualité ? Quant au libertinage, quels désirs l’ont conduit de la liberté politique à la licence sexuelle ? Une histoire de la sexualité, à la redécouverte du désir féminin, entre imaginaire et entraves !

À retrouver dans l'émission LE COURS DE L'HISTOIRE par Xavier Mauduit

TOUS LES ÉPISODES


>>> Érotique en toge, réguler le désir dans la Rome antique

La sexualité romaine avait-elle des tabous ? Qui pouvait avoir des relations sexuelles avec qui ? À quoi servait la pornographie sur les murs de Pompéi...


>>> Église et sexualité, quand la chair devint péché

Le christianisme a une influence majeure sur l'ordre sexuel au Moyen Âge. Notion de péché, précepte du mariage, valorisation de la procréation président...


>>> Libertinage, de la liberté politique à la licence sexuelle

Ils font preuve d'audace de la pensée, s'affranchissent du dogme religieux et promeuvent un nouvel art d'aimer, qui sont les libertins et libertines ?...


>>> Histoire du désir féminin, entre imaginaires et entraves

La sexologie, sous le prisme d'un regard masculin et hétérosexuel, fait ses débuts au XIXe siècle. La science médicale relaie l’Église pour départager...

lundi 3 janvier 2022

"Don't look up" : fin de l'imaginaire ou imaginaire de la fin 02/01/2022

A l'occasion de la sortie du film "Don't look up" d'Adam Mckay, Signes des temps se penche sur les récits de fin du monde, fiction d'hier, réalité d'aujourd'hui.

Astéroïde fonçant sur la terre












À retrouver dans l'émission SIGNES DES TEMPS par Marc Weitzmann

Les invité.e.s du jour

Marc Weitzmann reçoit

  • Bruno Tertrais, politologue spécialiste de l'analyse géopolitique et stratégique, et directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.
  • Murielle Joudet, critique de cinéma
  • Anne-Lise Melquiond, professeure d'histoire et autrice d'une thèse intitulée "Apocalypse et fin du monde dans les séries télévisées américaines"

Ceux d’entre nous qui sont abonnés à Netflix ont pu passer leurs réveillons de Noël et du Nouvel ans calfeutrés chez eux, prudemment protégés du Covid, d’abord devant les images des chaines d’infos montrant tour à tour les ravages du variant Omicron puis les baigneurs des plages d’Espagne et du Pays Basque se baignant le 31 décembre par des températures oscillant entre 22 et 25°, avant de passer sur la plate-forme pour s’amuser au spectacle de l’apocalypse qu’est Don’t Look up, proposé par Netflix pour les fêtes avec un sens de la contre-programmation génial puisque la satire d’Adam McKay avec Leonardo DiCaprio, Jennifer Lawrence, Meryl Streep et Cate Blanchet sortie le jour du réveillon, trône tout simplement en tête du top 10 des programmes les plus vus actuellement sur la plateforme.

On pourrait dire que par une curieuse mise en abîme, la seule existence de ce film, qui raconte comment deux astronomes ayant découvert une comète s’apprêtant à détruire la terre dans les six mois, vont se heurter à l’inertie et l’aveuglement des politiques des médias et de l’opinion lorsqu’ils vont vouloir donner l’alerte, avant d’être eux-mêmes pris dans la folie collective, renvoie aux spectateurs le spectacle amusant de leur propre impuissance face à la catastrophe qui vient.

Mais la catastrophe vient-elle vraiment ou l'apocalypse est-elle devenue l'indispensable horizon qui nourrit notre imaginaire aujourd'hui ?

BIBLIOGRAPHIE

L'Apocalypse n'est pas pour demain. Pour en finir avec le catastrophisme.

Bruno Tertrais

Denoël, 2011



Apocalypse show, quand l'Amérique s'effondre

Anne-Lise Melquiond









INTERVENANTS

  • Bruno Tertrais, Politologue spécialiste de l'analyse géopolitique et stratégique, et directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.
  • Murielle Joudet, Critique de cinéma
  • Anne-Lise Melquiond, Professeur d'Histoire et Géographie, spécialiste des séries américaines

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ DERRIERE NOS ECRANS DE FUMEE (THE SOCIAL DILEMMA) sur NETFLIX | Mister Culture Critique & ANALYSE 16 sept. 2020


Voici la critique du nouveau documentaire original de Netflix "DERRIERE NOS ECRANS DE FUMEE"  (THE SOCIAL DILEMMA) qui porte un discours important sur les dérives provoquées par certains mécanismes des plateformes numériques et l'utilisation à outrance de leurs outils. 

Regardez Netflix sur votre TV.
Regardez Netflix sur votre Smart TV, PlayStation, Xbox, Chromecast, Apple TV, lecteurs Blu-ray et bien plus.


Le documentaire « The Social Dilemma »Savais-tu que les réseaux sociaux se battent pour avoir ton attention ?

Ben oui! Et c’est d’ailleurs un des aspects que montre le documentaire « The Social Dilemma » (« Derrière les écrans de fumée »). Sam-Éloi te fait un résumé de ce documentaire qui risque de te faire réfléchir sur ton utilisation des réseaux sociaux.

MISE À JOUR : le 2 octobre, Facebook a réagi au documentaire. « Nous devrions avoir des conversations sur l'impact des médias sociaux sur nos vies », a écrit le réseau social. Toutefois, il juge que le film exagère et il le juge trop critique envers Facebook. Dans sa réaction, Facebook mentionne sept éléments où le documentaire se trompe, selon lui. Par exemple, au sujet des fausses nouvelles. Facebook dit les combattre grâce à des partenaires qui sont là pour vérifier les faits.


Antivax - Les marchands de doute | ARTE 15 déc. 2021

Comment se propagent le refus de la vaccination contre le Covid-19 et les théories aussi fantaisistes que complotistes qui l’accompagnent ? Une incursion éclairante au coeur de la galaxie antivax, auprès de ses adeptes et de ses réseaux d’influence.

Alors que se déroule la plus grande campagne de vaccination de l’histoire, la contestation enfle partout dans le monde. Suscitant espoir mais aussi crainte et colère, les injections anti-Covid fracturent l'opinion. Victime de ses succès, qui rendent le danger moins tangible, critiquée pour ses effets secondaires, la vaccination, qui engage de manière intime la confiance des citoyens dans les institutions, s'est toujours attiré des adversaires. Reste que le mouvement antivax, ultraminoritaire, mais très actif, prospère aussi sous l’influence de personnalités parfaitement intéressées à qui la pandémie actuelle offre un tremplin. Figure de proue du mouvement, Andrew Wakefield, un gastro-entérologue britannique radié en 2010, s'est fait connaître par une étude frauduleuse, publiée dans "The Lancet" en 1998, établissant un lien entre le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et l’autisme. Le scandale qui a suivi va paradoxalement lui donner des ailes. Il quitte l’Angleterre pour les États-Unis, où il monte un business en exploitant les peurs liées à la vaccination. Aujourd'hui, Wakefield, devenu prospère jet-setteur, et ses pairs, comme le producteur Del Bigtree, surfent sur l’épidémie de Covid-19 et sèment la désinformation en propageant des théories complotistes sur les réseaux sociaux afin de faire basculer les hésitants dans le camp de l’opposition vaccinale systématique.

Propagande et récupération

Cette enquête au cœur du mouvement antivax, tournée entre les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, lève le voile sur le commerce lucratif de traitements alternatifs dangereux, des levées de fonds au profit de causes douteuses, une redoutable machine de propagande et des partis extrémistes en embuscade. Un aréopage de scientifiques, lanceurs d’alerte ou journalistes, parmi lesquels Fiona Godlee, la rédactrice en chef du "British Medical Journal "qui a révélé l’imposture de Wakefield, apporte un regard critique sur ce mouvement. Le film fait aussi entendre les doutes de ceux qui, sans être complotistes, rejettent les vaccins, les accusant de causer plus de dommages qu’ils ne permettent d’en éviter, avec, en contrepoint, le témoignage d’une jeune femme restée paraplégique après une rougeole contre laquelle elle n’avait pas été vaccinée. Sans exprimer de ressentiment vis-à-vis de ses parents, elle indique néanmoins que "c’est trop bête de laisser le hasard choisir quand il y a des solutions".

Antivax - Les marchands de doute
Documentaire (France/Royaume-Uni, 2021, 1h30mn)

lundi 27 décembre 2021

Le mystère Héraclite ( Cliquer sur l'image ) | France culture 07/06/2021

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> Portrait d’un philosophe en feu

L'Obscure, le solitaire, celui pour qui le feu est le principe originel de toute chose, a suscité nombre d'incompréhensions. L'énigmatique Héraclite, nous...


>>> Quand Nietzsche rit, Héraclite pleure

Héraclite en pleurs, sidéré devant le flux du devenir. C'est comme ça qu'il est le plus souvent représenté. Ses larmes ont largement marqué les philosophes...


>>> L’impossible rencontre avec le réel

Dans ses fragments, Héraclite soutient l'idée que nous sommes séparés du langage, mais alors, pourquoi a-t-il écrit ? Et si tout langage est voué à l'échec,...


>>> Héraclite sur la route de l’Inde

Pour le penseur indien, Shri Aurobindo, Héraclite se rapproche davantage de la pensée indienne que de la philosophie occidentale contemporaine. Héraclite...


>>> Le rire de Démocrite et le pleurer d’Héraclite. La représentation des philosophes de l’Antiquité dans la littérature des Siècles d’or

dimanche 26 décembre 2021

Du mode d’existence des déchets ( Cliquer sur l'image ) | France culture 03/12/2021

Du mode d’existence des déchets
Vous auriez pu laver cette tasse qui traîne sur votre bureau, avec un peu de café au fond... Mais vous ne l'avez pas fait, car n'est-ce pas fascinant d'observer ce lent dessèchement, ce petit îlot de saleté dont la progression ne dépend pas de vous ? Car c'est bien la question que posent les déchets : le sale, le contaminé, le dégradé, la vermine. Quel est leur mode d'existence ? Quelle est leur consistance dès lors qu'on accepte de les considérer ? Leur consistance n'est-elle qu'altération et pourrissement ? Leur essence est-elle véritablement de ne pas être ?

Quatre émissions pour penser les déchets :

  •  Être ou ne pas être, qu’est-ce qu’un déchet ?  
  •  Splendeurs et misères d’un sac plastique  
  •  Rampante, grouillante, pullulante, éloge de la vermine  
  •  Extension du domaine du propre

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> Être ou ne pas être, qu’est-ce qu’un déchet ?

Comment expliquer une telle présence des déchets mais une telle absence de réflexion sur ceux-ci ? Comment le déchet nous permet-il de comprendre la place...


>>> Splendeurs et misères d’un sac plastique

Pour Michel Serres, être humain signifie laisser des traces, dont sature aujourd'hui notre monde, jonché de sacs plastique qui font le lien entre la promesse...


>>> Rampante, grouillante, pullulante, éloge de la vermine

La vermine est insaisissable, désordonnée, gesticulante, singulière et plurielle, répugnante. Dans les arts, dans la littérature, elle révèle le monde...


>>> "Montaigne fut le premier à dire : je ne supporte pas ma transpiration"

L'historien Georges Vigarello retrace l'histoire de l'hygiène, mouvante au fil des époques, comme au 16ème siècle où l'on proscrivait l'eau pour la toilette,...

vendredi 10 décembre 2021

La liberté, sinon rien: le nouveau combat du populisme, par Monique Dagnaud | telos Sept. 8, 2021

« J’ai choisi le combat pour la liberté », « Ce n’est pas Monsieur Macron qui commande, c’est le peuple. Plutôt mourir que de vivre à genou », « nous sommes entrés en dictature » : une incursion dans la galaxie Twitter des anti pass sanitaire met à jour une vision enflammée, frénétique de la liberté. Une liberté abstraite, proclamée avec rage comme un principe de vie qui l’emporte sur tout. Le mouvement « anti pass » est cimenté par une ivresse de soi et de liberté excédant clairement les autres enjeux qui le traversent, comme le rejet de la vaccination anti Covid (une partie des manifestants, de fait, est vaccinée), l’éloge des médecines douces contre la médecine allopathique, l’opposition frontale aux élites politiques et scientifiques, ou, rhétorique phare de la période, la critique des Big Pharma. Apparaît alors sur la scène protestataire une figure presque cocasse tant elle est inattendue : « je suis, donc je fais ce que je veux » face à la pandémie. Bien sûr, le quart de la population française qui est opposé au pass sanitaire ne se reconnaîtra pas dans cette description extrême : pourtant la posture de cette minorité (« les libertés individuelles priment sur tout ») interroge[1].

Je suis donc je fais ce que je veux

Le principe de liberté de l’individu est consubstantiel des sociétés démocratiques, certes, mais dans tous les secteurs de la vie publique et personnelle cette liberté est encadrée par des conceptions morales ou des contraintes de vie collective : de la liberté d’expression à la liberté de circulation, à la liberté d’exercer certaines professions, à la liberté d’entreprendre, à la liberté de choisir les méthodes éducatives pour ses enfants, etc. La liberté sexuelle, elle aussi, comporte des interdits. La liberté d’autrui s’arrête là où commence celle des autres, énonce le dicton populaire. On peut donc s’interroger sur le tréfonds, le substrat idéologique ou pulsionnel, la construction imaginaire qui permettent à tant de gens de se ranger derrière un principe qu’aucune société, même la plus démocratique dans ses fondements, n’a jamais imaginé faire sienne.

Les psy y verront une intolérance à la frustration de ne pas pouvoir agir comme on veut, une sorte d’infantilisation sous les auspices de la culture permissive et de l’économie d’abondance. La plupart des lieux soumis au contrôle d’un pass sanitaire concernant, en tout cas dans un premier temps, les pratiques de consommation marchande et les loisirs culturels et sportifs[2], on peut expliquer cette crise de nerf au nom de la liberté par les contraintes imposées à la consommation – parallèlement l’accès aux lieux de travail, les écoles, les universités, les lieux de culte, n’est pas soumis à la présentation d’un pass sanitaire.

Des sociologues y décèleront la conséquence logique (et tragique) d’une extension sans limites des droits de l’individu. Des spécialistes des médias pourront y repérer la manifestation d’une sphère communicationnelle où le tout et n’importe quoi a non seulement droit de cité, mais autant de valeur et de reconnaissance que la pensée rationnelle ou les informations validées. Ils confirmeront alors que les principes de rationalité et de vérité sont en train de se dissoudre, de se relativiser, de perdre leur légitimité auprès d’une partie de la population, au profit de fantasmes les plus délirants, chacun ayant droit d’avancer des propos et d’adapter son comportement conformément à sa vision de la vérité.

Dans le sillage de nombreux travaux sur les médias, le philosophe Maurizio Ferraris (Postvérité et autres énigmes) établit une continuité entre le postmodernisme et le populisme avec la banalisation d’un régime de postvérité. Il décrit le processus de l’histoire des idées qui trace ce chemin : déconstruction de la « rationalité instrumentale » perçue comme un agent de domination, affirmation du principe nietzschéen selon lequel « il n’y a pas de faits, mais seulement des interprétations », émergence de nouvelles pratiques accordant la toute première place à l’émotivité et à la solidarité entre gens qui se reconnaissent entre eux, montée au pinacle de la subjectivité, avec son aboutissement – la privatisation de la vérité. Internet galvanise ce processus, en encourageant les individus à s’exprimer et en disqualifiant les instances de validation – politique, scientifique, économique. Dans l’effervescence de la communication décentralisée, créer du faux, de l’invraisemblable et le faire circuler, c’est l’enfance de l’art – tant par la construction de « preuves » par des chiffres ou des images truquées ou sortis de leur contexte, que par le martèlement d’idées ou de visions du monde décollées de la réalité mais constamment partagées au sein des réseaux sociaux. Ce flot de narrations et de vérités alternatives, qui par leur abondance s’apportent une garantie réciproque, est reçu comme un élément parmi d’autres du débat public et imprègne facilement les esprits au nom de l’idée selon laquelle chacun a droit à sa conception de la vérité. Le récit de la liberté individuelle comme une fin en soi, comme l’épopée bravache du héros qui entend se soustraire à la surveillance des États et aux comportements « moutonniers » d’une majorité, ce conte moderne fédère les anti pass.

Une nouvelle étape du populisme

Le populisme qui caractérisait les mouvements Nuit debout ou des Gilets jaunes prend, une fois encore, une nouvelle forme. Derrière Nuit debout, solidement implanté sur la place de la République à Paris, se profilait la loi Travail de Myriam El Khomri et un mouvement d’étudiants et d’intellectuels précaires ; derrière les Gilets jaunes, distribués sur les ronds-points de la France profonde, se situait une loi de taxation sur les carburants et la protestation de petites classes moyennes (actifs ou retraités) contre leurs conditions de vie ; derrière les anti pass, on observe un conglomérat assez disparate (tout venant, retraités, soignants, quelques médecins et intellos radicaux et assez atypiques) plutôt provincial, mus par une image grisante de la liberté. À chaque fois, l’espace public s’emplit d’une vague émotionnelle. Les grands médias sont emportés par la fascination, guidés par l’action des street reporters et le flux des expressions sur Internet ; ils tentent de repérer des porte-paroles, acteurs surtout dans les réseaux sociaux et démunis de volonté ou de capacité d’organisation sur le terrain ; ils leur accordent un moment médiatique, les confirmant alors en leaders éphémères, sondent les cœurs et les esprits par des témoignages et des sondages. Beaucoup d’événements et de thèmes débattus au sein des réseaux sociaux n’impriment pas l’agenda des télévisions, tant il est vrai que pour qu’un sujet embrase l’espace public, il lui faut le relais des chaînes d’information. Ce sont elles qui, par leur puissance, « anoblissent » une cause, la popularisent, la martèlent et l’installent au cœur des délibérations publiques.

L’oriflamme de la liberté individuelle sans limites brandie par les anti pass apporte toutefois une touche inédite au populisme. Derrière Nuit debout et les Gilets jaunes on pouvait repérer des questions sociales : dans un premier cas, le déclassement et l’amertumes de catégories diplômées et déclassées, dans le second, les conditions de vie difficiles de « petites gens ». Derrière l’appel à la liberté individuelle et l’opposition au pass sanitaire, rien de tout cela. Juste une conception planante de la vie en société, celle d’un « moi » posé sur son Olympe.

Concluons par une interrogation : pour échapper à ces guerres dérisoires autour de la vaccination, principale mesure de bon sens face à une pandémie qui perturbe gravement le fonctionnement de nos sociétés[3], pour échapper au spectacle creux des plateaux télévisés, ne serait-il pas plus simple d’édicter la vaccination obligatoire – ce qui résoudrait, d’un seul jet, le dilemme entre lieux soumis au contrôle du pass sanitaire et lieux de libre accès ?

[1] 73% (stable depuis le 13 juillet) des Français estiment qu’il faut parfois accepter de réduire nos libertés, parce que la priorité c’est de se protéger contre la maladie. A l’inverse, 26% (-1) considèrent que rien n’est plus important que les libertés individuelles, même notre santé et celle des autres.
 À noter que ce sont les moins de 25 ans (51% santé, 48% liberté), les catégories populaires (59%/40%) et les personnes s’identifiant comme « gilet jaune » (42%/57%) qui sont le plus partagés. Chez les non-vaccinés, la tendance est même totalement inverse : 72% privilégient les libertés individuelles (sondage Elabe 19-20 août).

[2] Les restaurants, bars, les foires), les déplacements de longues distance (train, avion, etc), les grands centres commerciaux ( plus de 20 000 m2), les salles de spectacles sportifs ou culturels, les salles de sports, les ciné et les théâtres, les navires et bateaux de croisière, les discothèques, etc. Quelques autres lieux collectifs comme les salons professionnels, ou pour les personnes accompagnantes, les services et établissements de santé. Dans un second temps la présentation d’un pass sanitaire pourrait toutefois s’appliquer au personnel de ces établissements. https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/pass-sanitaire

[3] 71% des Français approuvent le pass sanitaire, et parmi eux 57% pensent que c’est une mesure de bon sens pour limiter l’épidémie (sondage Elabe).

lundi 29 novembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Débauches dans l’Église : XVe-XVIIIe siècles ( Cliquer sur l'image ) | France culture 20/11/2021

 À retrouver dans l'émission CONCORDANCE DES TEMPS par Jean-Noël Jeanneney

Voué au célibat, le clergé de l'époque moderne a eu beaucoup de mal à se résigner à son vœu de chasteté. L'historienne Myriam Deniel-Ternant s'est penchée sur les frasques des gens d'Église en France du XVe au XVIIIe siècle.

Ecclésiastique embrassant un bras de femme noble,
 illustration du 18ème siècle

L’actualité est si forte que nous ne pouvions échapper ici, sous la lumière de la longue durée, à la question du défi qui s’est trouvé posé sans relâche à l’Église catholique par les dérives de la sexualité de ses serviteurs. Dès lors que, pour ceux-ci, l’institution a affirmé la chasteté comme un devoir du premier rang, elle était vouée à affronter dans ce domaine le regard de la société alentour, tout en s’interrogeant sans cesse elle-même sur les moyens de faire respecter son dictat. On repère constamment le double souci de châtier les manquements et d’en dissimuler les manifestations. 

Myriam Deniel-Ternant, professeure d'histoire en classes préparatoires à Cherbourg, signe un livre consacré à la période qui va du XVe au XVIIIe siècles en France et qu’elle a intitulé Une histoire érotique de l’Église, avec ce rude sous-titre : Quand les hommes de Dieu avaient le Diable au corps. En bonne chercheuse, elle a repéré les périls de sa quête : la difficulté d’accéder aux sources intérieures à l’institution (celles des pouvoirs temporels étant plus accessibles) et aussi le risque d’une représentativité excessive accordée à des faits qui s’imposent à l’attention avec une violence particulière. 

La littérature qui se nourrit de ce sujet est d’une profusion impressionnante, révélatrice à la fois des scandales débusqués et des fantasmes qui prolifèrent. La clôture des couvents stimule toutes les imaginations. Quant aux prêtres séculiers, du haut en bas de la hiérarchie, le célibat qui leur est imposé est voué à susciter, chez leurs paroissiens, lorsque de fréquentes libertés sont prises avec sa loi, un mélange de réprobation et d’indulgence. Il renseigne sur une civilisation où l’imprégnation religieuse était d’une évidence qui nous est désormais étrangère.

Archives sonores

  • Extrait du conte de Jean de La Fontaine "Comment l'esprit vient aux filles", publié en 1674, lu par Jean-Claude Drouot en 2001.
  • Extrait de La Religieuse de Denis Diderot, publié en 1796, dans l'émission "Soirées littéraires de la Comédie française" sur France Culture, le 8 avril 1965.
  • Extrait de Thérèse Philosophe de Boyer d'Argens, publié en 1748, dans une adaptation diffusée sur France Culture le 23 novembre 1993.
  • Extrait du Génie du christianisme de René de Chateaubriand, publié en 1802, lu par Leïla Anvar, dans "Les racines du ciel" de Frédéric Lenoir, sur France Culture, le 9 mars 2010.
  • Chanson "Il court il court le furet".

Bibliographie

  • Myriam Deniel-Ternant, Une histoire érotique de l'Église. Quand les hommes de Dieu avaient le diable au corps, Payot, 2021.
  • Myriam Deniel-Ternant, Ecclésiastiques en débauche, 1700-1790, Champ Vallon, 2017.

>>> L'Eglise et la sexualité

BIBLIOGRAPHIE

Une histoire érotique de l'Église. Quand les hommes de Dieu avaient le diable au corps

Myriam Deniel-Ternant

Payot, 2021






Ecclésiastiques en débauche 1700-1790

Myriam Deniel-Ternant

Champ Vallon, 2017






INTERVENANTS

Myriam Deniel-Ternant

Professeure d'histoire en classe préparatoire à Cherbourg. Spécialiste de l'histoire religieuse, judiciaire, policière et du genre à l’époque moderne.

L'ÉQUIPE

  • Production Jean-Noël Jeanneney
  • Réalisation Yaël Mandelbaum
  • Avec la collaboration de Jeanne Guérout

jeudi 25 novembre 2021

Hobbes : “L’homme est un loup pour l’homme” ( Cliquer sur l'image ) | France culture 23/02/2021

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

Thomas Hobbes est l’auteur du célèbre livre de philosophie politique >>> “Léviathan”. En 1641, en exil volontaire en France, il observe ce qui agite et trouble son pays, l'Angleterre : la guerre civile. Il rédige alors “Du citoyen”, où apparaît la fameuse maxime, objet de nombreux contresens...

Hobbes : “L’homme est un loup pour l’homme”

Contrairement aux apparences, la phrase "L'homme est un loup pour l'homme" ne signifie pas que la vie en société est une guerre de chacun contre chacun, ce qui est une autre phrase malcomprise écrite par le même philosophe.

Ce philosophe s'appelle Thomas Hobbes, il est surtout connu pour avoir écrit un ouvrage philosophie politique magistrale : Léviathan, paru en 1651.

Mais ce n'est pas dans ce texte qu'il affirme que l'homme est un loup pour l'homme, et la phrase, beaucoup reprise dans l'histoire de la philosophie et de la littérature, a fait l'objet de nombreux contresens...

L'invité du jour :

Luc Foisneau, directeur de recherche au CNRS et enseigne la philosophie politique à l'EHESS

Le concept d'état de nature

"“L’état de nature” est un concept, une invention, qu’on pense aujourd’hui à la manière de Darwin comme s’il s’agissait d’une description des relations entre les espèces ou les individus, mais lorsque Hobbes pense ce concept, il crée une distinction entre état de nature et état civil, et l’état de nature ne lui sert qu’à une seule chose : nous permettre de penser la différence qu’il y a entre vivre en société protégé par des lois et vivre hors de la société dans cet état qu’il désigne comme un état de nature, et il ajoute : cet état de nature est aussi un état de guerre…" Luc Foisneau

Un philosophe-observateur en exil

"Le texte dont est extraite la fameuse phrase “L’homme est un loup pour l’homme”, qui est une citation d’un auteur latin, est écrit à Paris en novembre 1641, c’est une épître dédicatoire : “Du citoyen”, écrit avant le “Léviathan”. Hobbes est alors un philosophe en exil volontaire, son exil durera 11 ans, qui va observer les événements qui se passent en Angleterre. Cette phrase renvoie très directement, lorsque Hobbes l’utilise, à l’idée que son pays est en train de basculer dans la guerre civile…" Luc Foisneau

Textes lus par Bernard Gabay :

  • Extrait de l'ouvrage Du Citoyen, de Thomas Hobbes, Epître Dédicatoire, traduction de Philippe Crignon, éditions GF (avec une musique d'Ernest Bloch, Concerto Grosso, interprété par Jenny Lin au piano)
  • Extrait de Homo Sacer : Le pouvoir et la vie nue, de Giorgio Agamben, éditions du Seuil (avec une musique de Bartok, Divertimento BB118, interprété par l'orchestre Les Dissonances)

Sons diffusés :

  • Extrait du film Mesrine : l’instinct de mort, de Jean-François Richet, 2008
  • Archive de Giorgio Agamben, dans l'émission À voix nue, France Culture, 16 janvier 1998
  • Extrait de la série tv Buffy contre les vampires, saison 4, épisode 6
  • Chanson de fin : Gainsbourg, Cha cha cha du loup

dimanche 21 novembre 2021

Le Kama-sutra ou l’abus de position(s); par Maïa Mazaurette | Le Monde 21/11/2021

Serions-nous lassés ? Les positions sexuelles ne sont désormais plus LA grande affaire, nous explique la chroniqueuse de « La Matinale » Maïa Mazaurette, qui nous invite à écrire un nouveau répertoire, version 2021.

Le Kama-sutra est-il passé de mode ? C’est bien possible. Depuis 2004, les recherches Google associées à ce mot ont été divisées par 15 en France, et par 10 dans le monde. Aucun événement particulier ne s’associe à cette dégringolade : la courbe s’effondre lentement et inexorablement. Tout comme s’effondre notre passion pour les positions sexuelles : intérêt divisé par 40, encéphalogramme plat.

Les plus jeunes auront sans doute du mal à le croire, mais quand j’étais adolescente (RIP les années 1990), les positions étaient LA grande affaire. On s’échangeait les récits (largement imaginaires) de nos prouesses sexuelles : combien connaissait-on de positions, trouvées dans quel magazine, entrevues dans quel film ? (Je précise à tout hasard que certains humains sont nés sans Internet.) Avait-on essayé le bateau ivre, la brouette, le lotus ? Pouvait-on imaginer de nouvelles manières d’atteindre l’orgasme (ou de se casser le dos) ?

Il faut dire que la génération précédente avait soigneusement préparé le terrain. L’auteur Frédéric Dard, sous le pseudonyme San-Antonio, avait parsemé dès 1949 ses romans d’inventions sexuelles loufoques : « l’ouvre-boîte à manivelle, la toupie ronfleuse, le palanquin mongol, la chanson bulgare, le saut d’la mort, l’pianiss d’Varsovie, l’ciseau d’tailleur, les couillons rabattus, l’coup du plumeau, la danse indienne, la friponnerie grecque… » (la liste continue pendant deux pages, à savourer dans Au bal des rombières). En 1968, Gainsbourg chantait 69, année érotique. En 1986, dans son album-culte Les 110 pilules, le dessinateur Magnus faisait découvrir aux bédéphiles « le colimaçon, le tire-bouchon, la selle du Maure, la girandole, le pivot, la grille, le divorce fidèle, la petite cage… »

Même passion dans les pays anglo-saxons, puisqu’en 1972, l’auteur anglais Alex Comfort entrait pour 70 semaines consécutives dans le top 5 des best-sellers du New York Times avec son manuel Les Joies du sexe… essentiellement consacré, vous l’aurez deviné, aux positions.

De la fascination à l’indifférence

C’est à la lumière de ces succès qu’il faut observer la situation actuelle : en un demi-siècle, nous sommes passés de la fascination à une indifférence quasi totale. Y compris chez les soutiers de la pornographie contemporaine : sur Pornhub comme sur Youporn et XVideos (les trois plus grandes plates-formes de X), il n’existe tout simplement aucune catégorie liée aux positions sexuelles.

>>> Peut-on apprendre le sexe sur Internet ?

Serions-nous lassés ? Eh bien, il y aurait de quoi. Vous avez certainement croisé en librairie le Kama-sutra homo, solo, vibro, décliné en défi quotidien, calendrier de l’Avent, cahier de coloriage, à destination des chats, chiens ou grenouilles, sans parler des versions dénuées de tout rapport avec la choucroute : le Kama-sutra en chocolat ou en papier-toilette, le Kama-sutra du fitness, de la Bretagne ou des recettes de cuisine, et à mesure qu’on progresse dans l’embarras, les versions Caca-sutra, Karma-sutra, Cookie-sutra…

Une surexploitation marketing qui se heurte à la réalité de nos pratiques : en France, on se cantonne essentiellement à trois positions. La levrette arrive en tête de nos préférences (35 % d’adeptes), suivie par le missionnaire (22 %) et l’andromaque (19 %). Cet indéboulonnable trio laisse la concurrence plafonner à 4 % d’enthousiastes : jambes relevées, 69, petites cuillers, andromaque inversée… point barre (enquête Zava 2016).

Le grand écart entre les promesses des Kama-sutra commerciaux (« 876 positions waterproof à tester sous peine de rater sa vie ») et le conservatisme des pratiques (« Trois positions confortables sans risque de froissage des lombaires ») a de quoi décevoir, forcément. Et en même temps, ce conservatisme se comprend : à un moment, qu’on mette ou non le coude derrière l’oreille, qu’on replie ou pas les genoux, on retombe sur une seule et même interaction – à savoir, la pénétration. Une « spécialisation » d’autant plus regrettable qu’elle ne figure pas dans le Kama-sutra originel, qui laisse la part belle aux câlins et morsures. Seule exception à cette règle du pénis-dans-le-vagin : le 69. Mais mettre son pénis dans une bouche, ça reste encore une pénétration…

Le Kama-sutra est-il le nom du patriarcat ?

Et là, on arrive à un autre problème. Car depuis quarante ans, la pénétration vit des heures compliquées. Première étape en 1981 : la pandémie de sida transforme cette pratique anodine (il faut le dire vite) en risque potentiellement mortel. Les rapports oro-génitaux se démocratisent. Deuxième étape en 2009, avec la publication des travaux d’Odile Buisson : ses échographies en 3D du clitoris démontrent le rôle central de cet organe dans le plaisir sexuel des femmes. Le rapport vaginal, nettement moins efficace que les caresses clitoridiennes, se voit déclassé. Il n’en fallait pas plus pour donner un second souffle au boom des sextoys, déjà enclenché en France par le succès du canard vibrant de Nathalie Rykiel en 2002. Troisième étape en 2017 : le mouvement #metoo réactualise certaines critiques de la pénétration, et même de l’hétérosexualité. Le Kama-sutra est-il le nom du patriarcat ? Servirait-il à mettre les femmes sous pression ? Qu’on le veuille ou non, tous ces événements ont déplacé le centre de gravité de notre sexualité (ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi).

Les positions sont-elles donc mortes et enterrées ? Non. Culturellement, elles résistent : notamment en se réadaptant à l’air du temps. Prenez la levrette : un temps jugée dégradante, elle s’est vue réhabilitée comme (possible) lieu d’expression de la puissance sexuelle féminine (on pense notamment à la notion de power bottom, qui renverse la dynamique de pouvoir pénétrant-pénétré en rappelant que la personne pénétrée aura toujours plus d’endurance que la personne pénétrante).

>>> Sexualité : circlusion, « power bottom »… quand la pénétration se réinvente

Cette réhabilitation touche aussi le missionnaire et l’amazone : deux positions bousculées par la déferlante clitoridienne, et qui ont tenté un retour gagnant avec la CAT, technique d’alignement coïtal. Cette dernière consiste à stimuler le clitoris en modifiant l’angle du pénis afin qu’il pointe vers le bas pendant le rapport. (Facile ? On en reparlera quand vous aurez réussi à resynchroniser vos mouvements de bassin.)

Attendons par conséquent un instant avant de remiser le Kama-sutra au musée du sexe, aux côtés de nos autres passions déchues (les cinémas porno, les rencontres par Minitel). Laissons-lui encore une chance : celle d’entrer dans le IIIe millénaire (mieux vaut tard que jamais). Mais pour cela, élargissons les possibles.

Car soyons raisonnables (et comptables) un instant : la seule manière d’augmenter notre répertoire consiste soit à multiplier le nombre de partenaires, soit à multiplier les interactions entre deux partenaires. Les Kama-sutra old school ne prennent en compte aucun de ces deux aspects. Or non seulement les positions dépendent de celles et ceux qui les pratiquent (de leur anatomie, de leur vigueur, de leur lien émotionnel avec nous), mais en 2021, il faut prendre en compte la réalité du terrain : des couples de plus en plus ouverts aux plans à trois et aux pratiques queer (bizarres), des femmes qui pénètrent les hommes, une utilisation accrue de la langue et des mains, une incorporation des sextoys et de la technologie à notre quotidien, une vague BDSM (bondage, domination, sadomasochisme) qui ne donne aucun signe d’essoufflement, etc.

On passerait, alors, d’un éventail « excluant » de positions (deux personnes en pleine santé, un pénis, un vagin) à un répertoire inclusif (quatre personnes dotées de quatre clitoris, une personne devant sa webcam, un couple et un harnais, trois amis et des cordes, un couple fatigué par la pandémie de Covid-19…). La sexualité est une matière vivante : de même qu’on actualise les dictionnaires, il faut réactualiser les Kama-sutra. Sinon, on risque d’en faire des langues mortes.

  • Notre chroniqueuse répond régulièrement à vos questions sur la sexualité. Vous pouvez l’interroger directement à l’adresse mail suivante : sosmaia@lemonde.fr. Votre anonymat sera garanti.

>>> Retrouvez ici toutes les chroniques de Maïa Mazaurette dans « La Matinale »

Maïa Mazaurette

vendredi 19 novembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ La psychologie, notre mythologie contemporaine ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 30/03/2021

La psychologie nous fournit désormais des explications
 à quantité de mystères. De là à la considérer comme
la nouvelle mythologie de nos sociétés contemporaines...
À retrouver dans l'émission LE TOUR DU MONDE DES IDÉES par Brice Couturier

D'où viennent nos croyances ? Pourquoi notre besoin affectif de croire, malgré le désenchantement apporté par la modernité, demeure-t-il si fort ? La psychologie offre-t-elle un système de déchiffrement du monde, alternatif aux grands récits mythologiques ? Un psychologue américain livre son analyse

La psychologie nous fournit désormais des explications à quantité de mystères. De là à la considérer comme la nouvelle mythologie de nos sociétés contemporaines...• Crédits : Anca Asmarandei / EyeEm - Getty

Professeur de psychologie cognitive à l'Université de Chicago,  co-auteur avec Stephen T. Asma de >>> The Emotional Mind, [La Pensée émotionnelle], Rami Gabriel travaille, comme tant de ces confrères ces temps-ci, sur l’origine de nos croyances. Ce qui l'amène à réfléchir sur notre besoin de croire. Pour lui, comme pour son compatriote >>> Jonathan Haidt, ce sont nos émotions qui nous conduisent. Les raisonnements viennent après-coup, servir de justification à des choix déjà effectués. Constatant que notre "besoin émotionnel de détenir des explications dignes d’un engagement de croyance est plus grand que nous ne le comprendrons jamais," Rami Gabriel compare sa discipline aux vastes systèmes de signification que sont les mythologies. Cette citation résume bien l'article qu'il vient de publier sur le site Aeon. Dans ce texte, Rami Gabriel s’interroge aussi sur la fonction sociale exercée par sa propre discipline, la psychologie, dans nos sociétés technologiques, capitalistes et désenchantées. 

>>> Les campus américains et la génération "flocons de neige"

Sport, cinéma, jeux vidéos : de nouveaux mythes pour déchiffrer le réel ?

Pour Rami Gabriel, la psychologie joue le rôle qui était autrefois exercé par la mythologie dans les sociétés archaïques. Les êtres humains sont des créatures qui ont besoin de trouver du sens pour faire face à l’inconnu et se guider dans la vie. Les mythologies procuraient des outils de déchiffrage de la réalité. Les grands mythes, qui se ressemblent souvent, d’un système de croyance à un autre, fournissaient des modèles d’interprétation partagés pour toute une culture. Ils donnaient ainsi du sens à un monde, dont les mystères ont toujours angoissé les hommes. 

"Tous les mythes procurent une explication du monde, en rendant compte de l’origine des choses." Rami Gabriel

Ainsi, le mythe du Déluge, présent dans bien des religions, traduit le sentiment que les relations entre l’humanité et la divinité sont entrées en crise, ou encore la prise de conscience d’une séparation entre l’humanité et le monde naturel. Bien sûr, les mythes n’ont pas disparu de notre horizon. Le cinéma, les jeux vidéo, les spectacles sportifs sont l’occasion de recycler des personnages et des situations déjà présents dans les plus anciens cycles cosmologiques. 

>>> Mythes et re-mythes dans la première trilogie Star Wars

Désenchantement du monde et prolifération des croyances : le paradoxe de notre contemporain

"La psychologie contemporaine est une forme de mythologie dans la mesure où elle constitue une tentative d’assouvir notre besoin de croire en des histoires qui fournissent un sentiment de la valeur et de la signification dans le contexte de la modernité sécularisée." écrit Rami Gabriel. Et il s’explique : nos croyances sont toujours nos étoiles de berger ; elles nous guident. Lorsque les traditions équipaient les sociétés d’un système de sens total, les gens y trouvaient une sécurité émotionnelle. C'est cette sécurité dont la modernité nous a dépouillés. Car dans nos sociétés désenchantées, les grands systèmes de croyance, tels que les religions, sont devenus optionnels. Les Lumières nous ont enseigné l’autonomie, la liberté face aux traditions héritées, le pouvoir de gouverner nos propres croyances, le droit de choisir entre elles. Et cela crée de l’insécurité et de l’anxiété. 

Mais cela ne change rien au fait que la croyance est fondée sur des émotions. La modernité n’a pas supprimé le besoin de croire, elle a multiplié les substituts aux anciennes religions. Ainsi, est-elle caractérisée par "une prolifération de croyances". Non par la disparition de la croyance. Or, la psychologie se trouve au carrefour des sciences sociales et des sciences naturelles. Elle étudie le fonctionnement de l’esprit humain. Son statut est ambigu.  

>>> Marcel Gauchet : "La croyance religieuse, en fait, est pénétrée par la conscience de l'histoire et de l'organisation de la société dans laquelle elle baigne."

La psychologie, mythologie pour le XXIe siècle ?

"Concevoir la psychologie comme une mythologie nous permet de percevoir que la psychologie est une représentation de ce que nous voulons comprendre de la réalité." Rami Gabriel

Primo, sous sa forme thérapeutique, la psychologie a tendu à prendre la place que jouait le "Salut" dans les religions. Elle relaie ainsi les pressions exercées par la société sur l’individu, pour qu’il s’intègre mieux, qu’il soit plus efficient, plus productif. 

Secundo, pour le psychologue, "la mythologie était traditionnellement l’expression d’un monde enchanté, et maintenant la psychologie est une tentative pour remplir l’espace désenchanté avec une riche caractérisation de l’intériorité." Ainsi satisfait-elle, à sa manière quasi-scientifique, notre besoin affectif et cognitif de croyance. Car, dans notre époque moderne, la science a pris en partie la place qu’occupaient les religions, dans la leur ancienne forme. 

Tertio, elle fournit des explications à quantité de mystères. "Par exemple, on peut croire que la personnalité est le produit d’un équilibre (ou d’un déséquilibre des neurotransmetteurs et qu’on peut influencer par le rituel de la prise de médicaments." Car notre "monde commun" tient en place grâce à des rites et la psychologie a les siens. C’est pourquoi penser la psychologie en tant que mythologie permet de mieux comprendre le rôle qu’on veut lui faire jouer.

>>> Les apports de la psychologie cognitive

jeudi 18 novembre 2021

Êtes-vous "woke" ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 13/11/2021

À retrouver dans l'émission RÉPLIQUES par Alain Finkielkraut

Un mot a brusquement et bruyamment fait son apparition dans la langue française, il est sur toutes les lèvres et fait l'objet de nombre d'articles, "woke" ("éveillé"). Mais sait-on réellement de quoi on parle ?

Drapeau américain au cœur de Manhattan

Autour de l'expression et de la question "Êtes-vous woke ?", Alain Finkielkraut s'entretient avec le journaliste et essayiste, Brice Couturier, auteur de OK, Millennials, publié aux éditions L'Observatoire, et de Frédéric Gros, philosophe, professeur d'humanités politiques à Sciences-Po Paris, auteur d'essais, qui fait paraître La honte est un sentiment révolutionnaire aux éditions Albin Michel.

"Une révolution culturelle est en marche. Elle ne vient pas de Chine, mais des États-Unis. Et elle est tout aussi dévastatrice. Les 'guerriers de la justice sociale' sont nos nouveaux gardes rouges. L’Oréal proscrit les termes 'blanc' et 'blanchissement' de ses catalogues, Evian présente ses excuses pour avoir fait sa promotion en plein ramadan, Lego annule ses publicités représentant des policiers en solidarité avec Black Lives Matter… Qui peut encore prétendre que le woke demeure un folklore pour campus nord-américains ?" Brice Couturier

"La honte est l’affect majeur de notre temps. On ne crie plus à l’injustice, à l’arbitraire, à l’inégalité. On hurle à la honte_. Ce sentiment témoigne de notre responsabilité. Il n’est pas seulement tristesse et repli sur soi, il porte en lui de la colère, une énergie transformatrice." Frédéric Gros

Brice Couturier

"A l'origine, le mot "woke" fait partie du vocabulaire noir, c'est déjà un peu suspect, parce que penser que les Noirs américains auraient leur propre vocabulaire et que ce serait un anglais un peu appauvri - le participe passé du verbe "awake" (s'éveiller, être éveillé), serait "awoken" - l'idée que les Noirs emploient un vocabulaire spécifique est déjà d'une certaine manière, discriminatoire. "Woke", au départ, vient du film documentaire, Stay Woke, de The Black Lives Matter Movement, en 2016. Il a été ensuite repris par les militants noirs pour dire qu'ils étaient éveillés en permanence, d'une vigilance presque paranoïaque. Il s'agissait de voir le racisme là où on ne le voit pas."

"Progressivement, les outrances du mouvement Woke, qui s'est répandu à d'autres minorités (sexuelle, ethnique, religieuse, etc.) ont fait que c'est devenu une forme d'anathème : aujourd'hui, les gens qui combattent le wokisme utilisent ce mot, alors que les woke tendent à dire que "ça n'existe pas" autrement dit, "Circulez, y'a rien à voir", c'est un fantasme de la droite réactionnaire, que d'ailleurs, Trump l'a utilisé. Je signale que Barack Obama aussi l'utilise, et pour mettre en garde contre ces dérives (en 2019, notamment)."

Frédéric Gros

"Si mon livre est un livre "woke" ? Je ne le pense pas. Ce que j'en ressens, c'est que la virulence, une sorte de dureté des débats a pu jouer pour moi le rôle de déclencheur, d'un principe d'inquiétude ; à partir du moment où quelque chose est dérangeant, cela peut déstabiliser dans un certain nombre d'acquis que l'on a."

"Je considère que le contraire de la bonne conscience, ce n'est pas la mauvaise conscience, c'est la conscience"

"Que la honte puisse être cette petite musique au fond de nous que chacun pourrait jouer pour reconnaitre qu'après tout, être un privilégié est un état. Ce que j'appelle ici la honte, c'est simplement le fait d'accepter de se laisser inquiéter, de considérer que ce n'est pas parce que j'ai des positions de principes anti racistes, anti sexistes, que pour autant, effectivement, peut-être, dans la manière dont je vais me conduire, dont je vais pouvoir parler, il n'y aurait pas ça. Cette inquiétude-là définit pour moi la conscience."

Brice Couturier

"Ca, c'est woke : l'idée qu'il y ait des privilèges - le privilège blanc, le privilège masculin, le privilège hétérosexuel - que ce soient des privilèges et que la société tout entière soit structurée à partir de cette inégalité foncière et de cette oppression formidable, c'est une idée woke. Ce qui m'intéresse dans la pensée française en ce moment, c'est que pas mal de gens véhiculent sans le savoir des concepts qui viennent du "wokisme" américain, et malgré eux s'en font les porte-paroles. Les penseurs américains sont très en pointe une fois de plus, et nous subissons leur influence."

Frédéric Gros

"Il faut faire une différence entre la honte et la culpabilité ; reconnaître son privilège n'est pas  se sentir coupable. Ce que j'essaie d'aller chercher, c'est cette part de honte qui se dessine dans l'adjectif "éhonté". Ne pas se laisser confisquer la honte seulement dans la honte tristesse, la honte du dominé, etc., il y a aussi la honte colère, salvatrice. On ne peut pas se désolidariser complètement de l'état du monde. Souvenons-nous de Primo Levi quand il parle de la honte du monde et cite le poème de Johne Donne : "Aucun homme n'est une île". La honte n'est pas hystérique, il faut en prendre sa part. (…)"

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ "On brandit les mots "cancel culture" comme un épouvantail" ( Cliquer sur l'image ) | France culture 07/05/2021

À retrouver dans l'émission AFFAIRE EN COURS par Marie Sorbier

Alors que la scène du baiser dans "Blanche-Neige" fait polémique sur la toile, André Gunthert, maître de conférence en histoire visuelle à l'EHESS, analyse les dynamiques propres à la "cancel culture" qui s'articulent autour du film d'animation de Disney.

La scène du baiser entre le prince et
Blanche-Neige.

Une nouvelle polémique a jailli cette semaine autour du film d'animation Blanche-Neige de Disney. Un article signé par deux journalistes du journal San Francisco Gate interroge le fameux baiser du prince : s'agit-il d'un acte non consenti ? Les films Disney véhiculent-ils des archétypes du patriarcat ? Faut il supprimer cette scène ? Le maître de conférence en histoire visuelle à l'EHESS André Gunthert revient au micro de Marie Sorbier sur ce nouveau sujet mis sous la loupe de la cancel culture. 

Pour André Gunthert, c'est la loupe de la cancel culture qui rend cette scène de Blanche-Neige sujette à polémique. L'article du San Francisco Gate qui en est à la source fait avant tout l'éloge de la réouverture du parc d'attraction Disneyland situé aux Etats-Unis, faisant notamment la louange de la nouvelle attraction "Blanche-Neige", dont les différentes étapes suivent le scénario du dessin animé. Les autrices de l'article émettent néanmoins une réserve concernant la scène du baiser entre le prince et Blanche-Neige. Comme le rappelle André Gunthert, le caractère problématique de cette scène n'a rien de nouveau, et a déjà donné lieu à de nombreux débats au sein des communautés militantes et progressistes américaines. 

"Le débat ne vient pas du tout de cet article, mais de l'amplification qui est donnée à cette affaire par Fox News. La chaîne reprend avec plusieurs interviews ce sujet et fait monter en sauce un scandale à partir de rien. Cancel culture veut dire "culture de l'annulation", mais est-ce que quelqu'un a demandé d'annuler Blanche-Neige, de retirer cette oeuvre et d'y couper une scène ? Absolument pas. Il n'y a pas eu de censure." André Gunthert

D'un débat cinéphile où chacun discute de l'appréciation d'une oeuvre, Fox News fait une guerre culturelle, estime André Gunthert. Selon lui, cette polémique révèle une dynamique de la cancel culture où ceux qui critiquent l'américanisation du débat en France emploient en même temps une terminologie américaine (cancel culture, woke) de mots-épouvantails qui créent une indignation à partir d'un problème sans consistence. 

"La polémique suite à la réaction de Nicolas Sarkozy dans l'émission "Quotidien" au changement de titre du roman Les dix petits nègres est un exemple similaire. Ce changement est une décision de l'éditeur, non pas de militants. D'ailleurs, le titre en anglais avait déjà changé depuis longtemps, car il posait problème, et c'est normal d'en discuter." André Gunthert

"Les modèles culturels ont une influence et il est tout à fait normal qu'on en discute et qu'ils évoluent. La culture n'est pas un patrimoine muséal intangible, c'est quelque chose qui bouge, fait d'adaptations, de reprises, de changements. C'est ce qui la rend vivante et intéressante. Imaginer qu'on est face à une sorte de musée où il ne faudrait rien toucher est un argument fallacieux qui dissimule la critique faite aux camps progressistes qui remettent en question les modèles culturels." André Gunthert

Ces dernières années, les modèles culturels ont beaucoup évolué, en raison de nombreuses évolutions sociales liées aux droits fondamentaux de différentes minorités. Selon André Gunthert, certains réduisent ces évolutions majeures à une cancel culture, comme pour masquer leur manque d'arguments véritables contre les changements de paradigmes moraux. En brandissant le terme cancel culture comme un épouvantail, ses détracteurs amplifient les débats, en font une caricature, et finissent par se moquer de cette caricature qu'ils ont eux-mêmes produite.

La polémique liée à Blanche-Neige a pris un nouveau tournant en France avec une caricature de presse signée par Coco dans Libération le 6 mai. Dans cette relecture de la scène du baiser, le prince demande à Blanche-Neige son autorisation pour l'embrasser, qui lui répond laconiquement qu'il devrait être plus sûr de lui. 

La dessinatrice Coco réagit à la polémique liée
à la scène du baiser dans "Blanche-Neige",
 dans Libération le 6 mai 2021.

Pour André Gunthert, ce dessin est symptomatique de la manière dont s'articule le débat de la cancel culture en France non seulement car il rebondit sur une affaire sans fondements véritables, mais aussi parce qu'il le fait avec le même ton de moquerie qui amplifie le débat tout en le rendant dérisoire. 

"Coco rit avec Fox News, se moque d'une préoccupation tout à fait légitime et contre laquelle on n'a pas beaucoup d'arguments à opposer. Alors, on essaye de rendre ridicule et de placer sous la protection du patrimoine Blanche-Neige. Toute discussion sur Blanche-Neige en devient insupportable." André Gunthert

"En essayant d'exagérer le phénomène, les partisans de la dénonciation de la cancel culture tombent facilement dans la caricature, et dans l'aveu de leurs préjugés. Faire dire à Blanche-Neige que l'embrasser n'est pas très grave parce qu'elle a déjà couché avec les sept nains, c'est problématique au niveau du consentement et de la culture du viol." André Gunthert

Au-delà de la controverse liée à Blanche-Neige, les questions relatives aux droits des femmes et à la manière dont elles sont représentées méritent d'être posées face aux oeuvres Disney. Comme le rappelle André Gunthert, la position accordée aux femmes dans les histoires Disney, notamment via les personnages de princesses, fait l'objet de nombreuses discussions dans la littérature féministe. 

"Les princesses Disney ne véhiculent pas un modèle de société progressiste. Alors pourquoi se moquer de ceux qui essayent de réfléchir sur ce modèle ? Sans le vouloir, ce que dit le dessin de Coco, en se moquant des progressistes et en abondant dans le sens des réactionnaires, c'est qu'on préfèrerait ne rien changer et conserver le modèle patriarcal." André Gunthert

INTERVENANTS

André Gunthert, Maître de conférences en histoire visuelle à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Les termes du débat 5/44 : "Woke" ( Cliquer sur l'image ) | France culture 01/10/2021

À retrouver dans l'émission LE TEMPS DU DÉBAT par Emmanuel Laurentin

L'émergence du terme "woke" et sa récurrence dans le débat public interrogent. Venu des États-Unis où il s'inscrit dans une histoire antiraciste, le mot est arrivé en France sans toujours être défini. Il est désormais majoritairement utilisé de manière péjorative. Comment expliquer ce cheminement ?

Définition anglaise du terme "woke"
dans le Merriam-Webster's Collegiate Dictionnary,
 11ème édition.

Il s’étale, prend sa place dans les discours , sur les unes et les bandeaux de couverture des essais de la rentrée sans qu’une grande partie des lecteurs le connaissent ou le comprennent.  

Venu des Etats-Unis en passant par le Québec, il s’est rapidement acclimaté chez nous, utilisé désormais comme un repoussoir par des hommes politiques de gauche comme de droite. La crainte de ceux qui contestent son usage est de voir surgir avec lui une société communautarisée, à l’américaine où l’universalisme à la française ne trouverait plus à s’exprimer. 

Bref le woke est-il autre chose qu’une insulte ?

dimanche 14 novembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Y a-t-il un progrès en philosophie ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 15/06/2021

À retrouver dans l'émission LE TOUR DU MONDE DES IDÉES par Brice Couturier

Sommes-nous libres de nos actes ? Qu’est-ce qu’un sujet ? Qu'est-ce que la logique ? Les questions que se pose la philosophie occidentale semblent être les mêmes depuis Platon. Pendant que, de leur côté, les sciences ont progressé de manière spectaculaire. Exercice comparatif de deux démarches...

Cela fait 2 500 ans que l’on fait de la philosophie
en Occident. Et ça n’a pas l’air d’avoir avancé beaucoup.
 Tel est le constat dressé par un éminent professeur
 de philosophie britannique...

Cela fait 2 500 ans que l’on fait de la philosophie en Occident. Et ça n’a pas l’air d’avoir avancé beaucoup. Tel est le constat dressé par un éminent professeur de philosophie, >>> Chris Daly, qui enseigne cette matière à l’université de Manchester. 

La philosophie pose beaucoup de questions, pratiquement les mêmes depuis sa création, estime Daly : Avons-nous une libre volonté ? Existe-t-il un Dieu, créateur du monde ? Il y a aussi des questions de logique : qu’est-ce qui fait qu’un discours peut être considéré comme cohérent ? De morale : qu’est-ce qu’un acte juste ? De psychologie : qu’est-ce qu’une personne ? Mais on ne peut pas considérer que nous ayons fait de réels progrès dans les réponses apportées. 

Pendant ce temps-là, les sciences, elles ont progressé de manière spectaculaire. Pourquoi ?

C’est parce que la science ne se contente pas d’énoncer des problèmes. Elle échafaude des théories et elle les soumet à l’épreuve du réel par l’expérimentation. Le grand épistémologue Karl Popper a mis en évidence ce fait : l’expérimentation peut démontrer qu’une théorie est fausse ; c’est ce qu’il appelle la réfutabilité (falsification en anglais). Et à ses yeux, c’est l’existence de cette capacité à être réfutée qui garantit qu’une théorie relève bien de la science. Ce qui n’est pas susceptible d’être réfuté par un test empirique ne relève pas de la science. Or quand un philosophe, mettons l’idéaliste absolu Berkeley nous dit que les objets du monde physique ne sont que des idées que nous nous en faisons et que rien ne peut garantir qu’ils existent en dehors de notre esprit, comment le réfuter ? Même si nous prenons un râteau sur le nez, Berkeley nous dira que la douleur éprouvée n’est qu’une idée… Le problème, selon Chris Daly, vient peut-être de ce que la plupart des postulats qui fondent les thèses scientifiques reposent sur une observation faite par un scientifique, alors que ceux qui sont à l’origine des théories philosophiques ont leur source dans l’intuition d’un philosophe. Et que les philosophes ont des intuitions mutuellement contradictoires. 

La réflexion philosophique, un jour sans fin ? 

Pourquoi ce manque de progrès en philosophie ? Il existe plusieurs pistes pour tenter de répondre à cette question. La première, c’est le déni. Prétendre qu’au contraire, des réponses satisfaisantes ont bel et bien été trouvées à certaines questions philosophiques. Que, par exemple, les rapports du corps et de l’esprit auraient été réglés une bonne fois pour toutes. En décentrant la manière dont Descartes avait posé la question. Non, le corps n’est pas une substance dépourvue de conscience qui se déploie dans l’espace, tandis que l’esprit serait une substance dotée de conscience, mais dépourvue d’expansion. Le caractère apparemment insoluble du problème venait simplement de ce que Descartes avait mal défini ces deux concepts. Sans doute, admet Chris Daly, c’est vrai. Les sciences cognitives, en particulier, nous ont permis de bien mieux définir le corps et l’esprit. Mais le problème de la nature exacte de leurs rapports persiste, malgré tous les progrès des neurosciences. 

Deuxième piste. Elle consiste à se convaincre que la plupart des problèmes philosophiques seraient simplement de faux problèmes, des espèces de joutes intellectuelles assez vaines qu’un peu précision dans les termes permettrait de dissiper. Mais l’insignifiance et la désinvolture sont du côté de ceux qui s’en persuadent et non du côté des philosophes. Car les questions morales et politiques, en particulier, ne sont pas des billevesées. Qu’est-ce qui est moralement admissible ? n’est pas une question de salon mondain. C’est même une question fondamentale, auxquelles les réponses apportées par les grands philosophes offrent des choix qui engagent l’existence. 

Troisième piste : elle consiste à prétendre que les questions philosophiques sont plus compliquées que celles que se posent les sciences et que c’est la raison pour laquelle les philosophes ne trouvent que très rarement des réponses définitives. Mauvais argument : le degré de difficulté d’un problème signifie seulement le niveau auquel il résiste à une solution ; mais cela n’exclut pas l’éventualité qu’une telle solution existe.

Quatrième piste : les problèmes philosophiques sont bien réels, et sérieux, mais en tant qu’humains, intellectuellement limités, nos moyens de les résoudre sont insuffisants. Notre cerveau nous permettrait des tas de choses, comme, par exemple apprendre les langues étrangères ou faire des mots croisés. Mais pas pour aborder sérieusement les problèmes métaphysiques, il faudrait des espèces de maîtres Yoda.

Mais, selon Chris Daly, c’est la cinquième piste qui est la bonne si l’on veut comprendre les causes de l’absence de progrès en philosophie. Et il en est l’auteur. Les théories qu’imaginent les philosophes face à un problème donné font appel à des méthodes et à des données qui corroborent la théorie. Les solutions proposées à un problème requièrent des hypothèses discutables à propos d’autres problèmes. Et c’est pourquoi ça n’avance pas. On patauge. Quelles solutions ? S’inspirer de ce qui semble réussir dans d’autres disciplines, comme la psychologie qui s’appuie sur à présent de manière empirique sur des tests. Ou sur la théorie des jeux pour tenter de résoudre les grandes questions morales. Et surtout travailler en groupe, comme font les scientifiques.

lundi 1 novembre 2021

Mécaniques du complotisme : QAnon | France culture 15/09/2021


Le 6 janvier dernier lors de l'invasion du Capitole de Washington, plusieurs assaillants se sont revendiqués de la mouvance QAnon. Cette nouvelle saison de "Mécaniques du complotisme".retrace l'histoire de ce complotisme d'un nouveau genre caché derrière le "Q" symbolique du mouvement.

11 septembre,  sionisme, grand remplacement… 

Les enquêtes d'opinion le montrent : sur un nombre grandissant de sujets, les Français sont friands de complotisme. Hier cantonnées aux marges, les théories les plus improbables ont gagné en audience et en respectabilité. De l'internaute anonyme au chef d'Etat populiste, des librairies spécialisées aux plateformes de streaming, des cafés du commerce aux plateaux télé, on les retrouve désormais dans toutes les strates de la société. Par quelle mécanique une théorie complotiste née dans l’imagination de quelques uns parvient-elle à devenir un phénomène culturel majeur ? Pour comprendre cette progression, appréhender leur attrait et, peut-être, atteindre leurs relayeurs crédules, il faut en revenir à leurs origines et identifier leurs concepteurs.

Un podcast de Roman Bornstein, Elise Karlin, Alain Lewkowicz, Victor Macé de Lépinay, David Servenay et Romain Weber. Réalisation Thomas Dutter, Guillaume Baldy et Alexandre Manzanarès.Coordination: Baptiste Muckensturm


>>> [BANDE-ANNONCE] QAnon, d'un délire internet à la mise en danger de la démocratie américaine, dès le 16 septembre

En 4 épisodes, "Mécaniques du complotisme" propose de s'intéresser à l'irruption de la mouvance QAnon, mise en lumière lors de l'invasion du Capitole de...


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