Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures.

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jeudi 22 juillet 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Gouverner sans dominer, ou le difficile héritage du libéralisme ( Cliquer sur l'image ) | France culture 02/01/2020

Comment penser notre présent à l'aide des analyses de la crise de gouvernementalité proposée par Michel Foucault à la fin des années 70? Jean-Claude Monod, directeur de recherche au CNRS, pense dans "L'art de ne pas être trop gouverné" les crises actuelles à l'aune de la théorie foucaldienne.

Michel Foucault en 1979
Le philosophe Jean-Claude Monod publie au Seuil >>> L’art de ne pas être trop gouverné, un essai philosophique et politique qui repense la thèse de la crise des gouvernementalités développée par Michel Foucault à l’aune des enjeux contemporains. L’occasion de questionner les révoltes suscitées par la gouvernance de l’Etat néolibéral de la crise des Gilets Jaunes à la remise en cause de l’action de l’Etat face au péril écologique.

"La question du gouvernement implique une référence au peuple qui est la source de la légitimité de l'action gouvernementale si bien que le gouvernement doit toujours se diriger vers le bien de ce peuple. Il faut sans cesse rappeler au gouvernement son devoir et son lien au peuple." Jean-Claude Monod

Héritier de la démarche critique de l’auteur de « Surveiller et punir », Jean-Claude Monod travaille à combler un vide laissé dans l’œuvre de Michel Foucault, celui des applications politiques qui peuvent suivre la révolte. Il ne s’arrête pas uniquement à une valorisation de la révolte mais étudie ses possibles débouchés et traductions politiques.

"Il y a quelque chose qui s'est brisé, c'est la croyance d'un effet majeur de l'élection. On s'est rendu compte que l'alternance ne permettait plus de dessiner de véritable changements sur le plan politique. Il y a de ce point de vue une forme de fin du cycle néolibéral en raison de ce  sentiment de dépossession démocratique. Foucault à ce sujet que l'on était passé d'un marché sous surveillance de l'Etat à un Etat sous surveillance du marché. Ainsi, on a vu avec Emmanuel Macron que les partis institutionnels étaient frappés de désaffection." Jean-Claude Monod

S’il ne rejette pas l’héritage libéral sur le plan politique ou encore juridique, il le distingue du néolibéralisme qu’il qualifie d’autoritaire et vis-à-vis duquel il est très critique. L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron coïncide pour lui avec l’entrée dans un néolibéralisme autoritaire.

"La grève est un des grands mode de protestation des mouvements sociaux et des syndicats qui est réinvesti avec la question des retraites." Jean-Claude Monod

Jean-Claude Monod base son étude de Michel Foucault sur les cours donnés par celui-ci au Collège de France à la fin des années 70. Le travail de Foucault est aussi historique et inscrit les gouvernementalités dans une perspective du temps long en remontant jusqu’au XVI e siècle. Jean-Claude Monod reprend cet outil pour penser les points de rupture d’un présent ancré dans une continuité historique.

"L'écologie invite aujourd'hui à complètement repenser la question de la délimitation et du contrôle social de l'activité économique." Jean-Claude Monod

mercredi 21 juillet 2021

Doit-on s’inquiéter de la résurgence des pratiques ‘New Age’ ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 20/07/2021

À retrouver dans l'émission LE TEMPS DU DÉBAT D'ÉTÉ par Quentin Lafay

Le "Nouvel âge" est une approche globale, holistique et spiritualiste du monde, où le corps, l’âme, l’esprit et le cosmos sont liés. Alors que cette mouvance née dans les années 1960 connaît un regain de popularité, à quoi répond vraiment ce retour du spirituel ? Comment lutter contre ses dérives ?

Femme pratiquant le Yoga et la méditation à l’aube.

Développement personnel, retour à la nature, médecines alternatives… Depuis une dizaine d’années, la mouvance New Age, issue de la contre-culture américaine des années 60, fait son grand retour dans la vie de millions de Français.

Mouvement riche, éclectique, parfois utile et positif, il est également porteur de dérives. Et notamment de dérives sectaires.

En effet, selon la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, la Miviludes, 40% des signalements reçus en 2020 concernaient des questions de santé ou de bien-être. Une tendance révélée et accélérée par la crise sanitaire… mais qui la précédait largement.

Car à en croire bon nombre d’associations et d’acteurs de terrain, cela s’expliquerait notamment par la diffusion de la mouvance "New Age". A la frontière entre le spirituel et le bien-être, à quoi répond cette nouvelle idéologie du sacré ?  Doit-on se méfier de cet ésotérisme contemporain vendeur et ultra-connecté ?  A quel point doit-on redouter les dérives sectaires qui lui seraient liées ?

Autant de questions dont nous allons débattre pendant 45 minutes avec nos trois invités.

Nous recevons Pascale Duval, porte-parole de l'Unadfi, Raphaël Liogier, sociologue et philosophe, et Jean-Baptiste Malet, journaliste, auteur et documentariste.

>>> Le marché mondialisé de la croyance

dimanche 18 juillet 2021

Ecrire l'amour ( Cliquer sur l'image ) | France culture 19/04/2021

Cette série interroge des écrivains sur l'amour. Ils parlent de ce sentiment dans l'absolu, tel qu'ils le vivent, l'observent, le fantasment, mais aussi de la façon dont ils l'écrivent, et leurs lectures de romans d'amour. Vous entendrez autant d'opinions que de témoins...

L’amour est un sujet banal et sur lequel nous cherchons toujours à en savoir davantage. Nous ne sommes jamais rassasiés. Nous avons eu quelques expériences fortes, ou même une seule, cet état demeure source d’inquiétude et d’incertitude : nul ne peut se prononcer sur la durabilité d’une histoire d’amour, la nôtre ou celle de nos amis.

L’amour selon l’angle qu’on adopte il peut apparaître comme un sentiment très noble très fort plus puissant que tous les autres ou grotesque presque ridicule. 

Aucun pronostic n’est possible ; aucune histoire ne ressemble à une autre ; aucun être aimé n’est transparent, ni vraiment compréhensible. Pour naviguer entre de telles difficultés, il existe des solutions : refuser l’amour et les risques qu’il entraîne, parler à nos proches ou lire des histoires d’amour pour comprendre comment font les autres. Dans un roman ou une autofiction, nous en voyons d’autres traverser l’euphorie, le chagrin, la jalousie, la tentation de l’infidélité, la tromperie, les mensonges, les récriminations, l’envie de se séparer.

Parce que l’amour se berce de mots, de fantasmes, de scénarios-catastrophe, de doux rêves, de disputes spectaculaires, parce qu’il est un discours, des combinaisons infinies de réactions, nous avons dans cette série sur l’amour interrogé des écrivains ; ils sont par ailleurs de grands lecteurs d’histoires d’amour.

Ils parlent de l’amour dans l’absolu, tel qu’ils le vivent, l’observent, le fantasment, mais aussi de la façon dont ils écrivent sur l’amour, et des romans d’amour qu’ils ont aimés. Vous entendrez autant d’opinions que de témoins. Personne ne tient le même discours que le voisin.

En plus de nos invités, vous entendrez également les voix de Romain Gary, Françoise Sagan, Roland Barthes, François Mauriac, Marguerite Duras, Marie Cardinale.

Une série documentaire de Virginie Bloch-Lainé, réalisée par Clotilde Pivin

En savoir plus À retrouver dans l'émission LSD, LA SÉRIE DOCUMENTAIRE par Perrine Kervran

TOUS LES ÉPISODES


>>> La rencontre

Quelles questions, quels espoirs naissent d’un premier rendez-vous amoureux ?


>>> Le couple

"Rien n’est plus assommant à entendre qu’une histoire d’amour" Agnès Desarthe


>>> Les accrocs

Jalousie, infidélité ou le délitement du couple


>>> La rupture

Surmonter le chagrin d'amour

jeudi 15 juillet 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Quand consent-on vraiment ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 22/03/2021

À retrouver dans l'émission LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert

Derrière l’aphorisme “céder n’est pas consentir", la frontière est plus floue qu’il n’y paraît, comme semble le souligner un certain nombre d'affaires rendues publiques depuis #MeToo, de V. Springora à C. Kouchner. C'est l'idée de notre invitée : Clotilde Leguil, psychanalyste et philosophe.

Clotilde Leguil est psychanalyste et philosophe, professeure au département de psychanalyse de l’université Paris 8 Saint-Denis et membre de l’École de la cause freudienne. 

Après des essais comme L’Être et le Genre, homme/femme après Lacan et« Je », une traversée des identités (Puf, 2015 et 2018), elle publie >>> Céder n'est pas consentir. Une approche clinique et politique du consentement (PUF, 03/03/2021). 

Un essai inscrit dans l'actualité, qui part de prises de paroles permises notamment par le mouvement #MeToo, lequel a apporté les conditions de ce qu'elle nomme un "changement de siècle" : Le Consentement de Vanessa Springova et La familia grande de Camille Kouchner en ont émergé.

"Qu'est ce qui fait que, lorsqu'on consent à une certaine aventure, on peut être conduit sur un chemin inattendu qui est celui de s'apercevoir qu'on se force soi même à supporter ou à subir quelque chose venant de l'autre qui finalement nous fait trauma?" Clotilde Leguil

A partir de ces œuvres, et d'autres encore, de Sigmund Freud à David Lynch en passant par Marguerite Duras, l'auteure explore la frontière entre "céder" et "consentir", une distinction souvent ambiguë qui mène celui qui n'a pas consenti à douter de son propre laisser faire, car quelque chose lui est arrivé, intimement, qu'il ne comprend pas nécessairement. 

La parole et le silence acquièrent de ce fait un statut particulier, entre pétrification et court-circuitage du sujet qui se trouve incapable de dire ce qui lui est arrivé - l'occasion de mettre en doute l'idée que "qui ne dit mot consent". L'art, la littérature en particulier, et la psychanalyse sont alors les médiums du récit. ils permettent au sujet d'exprimer ce qu'il ne peut ou ne sait pas dire.

"Il s'agit d'aborder d’un côté la puissance du nous et des effets du mouvement #MeToo dans la société, et, d’un autre côté, d'aborder aussi la puissance du “je” et des effets du récit en première personne sur la façon dont on peut aborder la complexité de la vie amoureuse et sexuelle et la façon dont on peut aborder l’énigme du consentement." Clotilde Leguil

"Le mouvement #MeToo depuis ce moment collectif me semble être un premier temps logique d'une grande transformation qui ensuite permet ce second temps logique d'une interrogation en première personne, notamment à travers la littérature, sur le consentement." Clotilde Leguil

Une analyse du terme de "consentement" dans ses implications sexuelles, amoureuses, mais aussi politiques et sociales.

Extraits sonores:

Clotilde Leguil, professeure au Département de psychanalyse de Paris 8 Saint Denis, philosophe et psychanalyste de l’Ecole de la Cause freudienne

samedi 3 juillet 2021

California Dreamin’ : la terre des possibles ( Cliquer sur l'image ) | France culture 28/06/2021

À retrouver dans l'émission ENTENDEZ-VOUS L'ÉCO ? par Tiphaine de Rocquigny

TOUS LES ÉPISODES


>>>  Aux origines du mythe

Du chercheur d'or au XVIIIe siècle au salarié de la Silicon Valley, le rêve californien a pris plusieurs visages au fil des siècles. Une constante, cependant,...


>>> Los Angeles : un concentré d'inégalités

Los Angeles a été une ville florissante construite sur les loisirs et le développement de l'industrie. Mais les tensions, raciales et économiques, se sont...


>>> L'industrie culturelle à la conquête du monde

Du western hollywoodien aux clips de rap sur MTV, la diffusion par l'image du rêve américain, principalement associé à la Californie, a toujours constitué...

Cancel culture : pour une culture de l'accumulation, avec William Marx, par Camille Renard : Multiplier les mémoires contre la "cancel culture" | France Culture 03/10/2020 Via notre F PV

Statues déboulonnées, personnalités boycottées, le terme "cancel culture" a fait une entrée fracassante dans le débat public. William Marx, professeur de littérature au Collège de France, nous invite à envisager notre passé autrement, en "multipliant les mémoires".


L'expression "Cancel culture" est apparue aux Etats-Unis dans le sillage de #MeToo. 
Elle concerne des individus critiqués, boycottés, voire licenciés pour des propos ou des actes jugés outrageants. Pour William Marx, professeur de littératures comparées au Collège de France, dont la leçon inaugurale "Vivre dans la bibliothèque du monde" vient de paraître (éditions Collège de France / Fayard, 30 septembre 2020), c'est plus profondément tout un mouvement culturel. Une réaction qui interroge notre façon de vivre avec notre passé. 


Pour une culture de l'accumulation

William Marx : "Personne ne peut s’arroger le droit d’effacer, de supprimer un symbole de manière totalement unilatérale. Personne n’a ce droit-là. Ça ne peut être que l’objet d’un consensus, d’un débat. Mais la question posée est bonne. Je regrette beaucoup ce terme de “cancelling”, “cancel culture”, “culture de l’effacement”, “de l’annulation”, ou “culture de la table rase”. 

Il ne faudrait pas faire une Cancel culture, mais plutôt une culture de la multiplication, de l’approfondissement. 

Jusqu’il y a quelques dizaines d’années, on peut dire que l’ensemble de la société, les grands penseurs, les grands écrivains compris, étaient tous misogynes, homophobes. À ce compte-là, c’est de tout le passé qu’il faudrait se débarrasser. On comprend bien que c’est absolument inadmissible. S’attaquer aux figures des grands philosophes des Lumières est une très grave erreur. Les militants anti-racistes eux-mêmes sont les héritiers de cette philosophie-là. Sans Montesquieu, la Révolution n’aurait pas eu lieu, et il n’y aurait pas les libertés dont nous jouissons aujourd’hui. 

Quand on supprime une tradition, en fait on le regrette toujours un peu plus tard. Il y a des exemples historiques. À la Révolution française, on a martelé les figures qui étaient dans les églises, on a essayé de les détruire en grande partie. Je crois beaucoup plus important non pas de supprimer, des éléments, des items, de la mémoire culturelle, mais au contraire plutôt d’en ajouter d’autres, de multiplier les mémoires correspondant aux différentes sensibilités, aux différentes communautés : Toussaint Louverture par exemple, des figures d’écrivaines, une admirable poétesse qui est Marceline Desbordes-Valmore…

Un double héritage puritain et provocateur

Au bout du compte, cette “cancel culture” ressortit à ce qu’on pourrait appeler un puritanisme. Et ce n’est pas un hasard si ça vient des Etats-Unis, si ça vient d’un monde marqué par l’histoire puritaine, par le fondamentalisme évangélique et biblique. Et on retrouve de cela.  

Ils sont aussi dans la lignée de ce que faisaient les militants d’Act Up, qui sont des actes radicaux, qui ont une forte valeur symbolique et qu’il faut non pas prendre de manière littérale comme des actes d’annulation, mais plutôt comme une invitation, une invitation forte, une provocation sans doute à réfléchir ensemble à ce que devrait être notre mémoire et à la multiplication de nos mémoires. 

La solution de Basile de Césarée : une lecture allégorique du passé

Donc je crois que le travail qu’il faut faire, c’est un travail d’interprétation, de subtilité. Un bon exemple donné par cela est un exemple historique qui est le moment du passage de l’Empire romain du paganisme au christianisme. Il y a eu des événements assez violents très radicaux qui ont eu lieu : des bibliothèques ou des statues qui ont été renversées parce que c’était des statues des dieux. Et des gens comme saint Augustin, comme saint Jérôme ou d’autres essaient de voir ce qu’on peut sauver de la culture païenne dans un monde chrétien. 

Et en particulier, il y a un auteur qui, lui est un auteur grec, >>> Basile de Césarée

Basile demande de faire une lecture allégorique, par exemple de dire qu’en fait lorsque tel épisode qui nous paraît immoral ou où apparaissent des dieux, chez Homère ou chez d’autres poètes, il faut faire une lecture allégorique qui essaie de retrouver le sens moral profond, qui, lui, est tout à fait acceptable. Je crois qu’il pourrait nous servir de modèle. Je crois aussi qu’il y a un devoir de la part de tous à regarder de manière apaisée les événements historiques, les œuvres culturelles, quand même continuer de transmettre un passé qui est absolument nécessaire à notre survie. Le passé, nous devons le renégocier en permanence. Mais il faut plutôt agrandir notre perception du passé plutôt que de la limiter."

David M : 

"Je suis noir et j'ai dû mal à compendre le délire de la cancel culture. En premier lieu contre les personnalités car je ne vois pas pour qui les gens et juristes twitter se prennent pour décider qu'une personne devrait être cancel. Je prend à titre d'exemple Johnny Depp et Amber Heard ça montre toute l'hypocrisie de notre société. Égalité oui mais pour un homme, c'est une présomption de culpabilité et non d'innocence... Cancel l'Histoire et détruire des statues pour donner l'impression qu'on change les choses curieuses façon de faire tabula rasa du passé. Ce qui est abérrant car on a tout à en apprendre.. Franchement le politiquement correct ça ressemble vraiment au facisme du 21è siècle. Des principes à défendre mais toujours un groupe pour dénaturer le sens du combat. C'est pas en créant des fictions qu'on va changer la réalité."

KUAZAR SOUND 6TM :

Quel est le propos ici ? Si ce n'est de surfer sur la vague et le buzz de la pseudo "cancel culture" c'est un certain opportunisme de la pensée qui fait écho à l’idéologie politique et néolibérale du gouvernement, sa duplicité, son hypocrisie, sa novlangue, ses éléments de langage, qui invite la confusion, comme ici, les monuments et statues dans l'espace public, ne sont pas des musées, ce sont des choix politique qui mettent en lumière et perspective une certaine interprétation de l'histoire, au dépend souvent de la vérité historique, les statues et même certaines références littéraires et historique ont une dimension symbolique qui fait office de propagande dans le récit national, dans la construction de l'identité. 

Au contraire de cet effacement fantasmé de l'histoire et de ses figures, c'est justement une culture populaire qui est effacée et reprend ses droits, dont celui d’occuper l'espace publique et culturel, de lui rendre sa cohérence en sublimant ce qui célèbre un idéal commun, un projet de société si j'ose dire, motivé par un réel progrès social, et ce progrès oui historiquement passe aussi par cet acte symbolique de brûler les idoles, d'ailleurs tout est question de contexte, alors même que le gouvernement veut mettre en pratique une réelle censure, le danger viendrait de cette fantasmagorique cancel culture, alors même que la culture c'est précisément le premier et le plus significatif dommage collatéral de la pandémie. 

Multiplier les mémoires ne permet pas de soustraire ni de diviser ou même d'additionner les conneries qu'on peut raconter, ni de comme par magie les animées et les illuminées d'une lueur d’intelligence. P.S dude are you telling me we should cancel the cancel culture, and get stuck in an infinite loop, in a spatio temporal paradox, up is down and down is up, the earth is flat, and 9/11 was an inside job, no that's a good one, hey teacher, leave those kids alone!

lundi 28 juin 2021

Dépasser le ressentiment pour sauver la démocratie avec Cynthia Fleury ( Cliquer sur l'image ) | France culture 05/10/2020

À retrouver dans l'émission L'INVITÉ(E) DES MATINS par Guillaume Erner

Quel est ce ressentiment dont il est question ? Comment menace-t-il la démocratie ? Comment en guérir ?

Cynthia Fleury

Les individus et le collectif, même combat. Pour Cynthia Fleury, ils souffrent tous deux du ressentiment, ce poison qui empêche d’avancer. Dans son livre Ci gît l’amer - guérir du ressentiment (Gallimard, 2020), la psychanalyste et philosophe propose, à l’échelle psychanalytique et politique, des manières de dépasser ce mécontentement qui ronge la société. Elle apporte des éléments de réponses en convoquant des philosophes, des psychanalystes, des historiens, des poètes, des écrivains mais aussi des expériences personnelles. 

Le ressentiment : une maladie contemporaine ? 

"La notion de ressentiment n'est peut être pas forcément tout de suite adaptée, dans la mesure où ce qui vient valider qu'il y a ressentiment - par rapport à une colère, par rapport à un sentiment de défiance exacerbé, par rapport à parfois même une haine qui peut monter de l'envie - c'est précisément le temps. C'est à dire l'inscription dans le ressentiment. Hélas,  les fractures que l'on ressent aujourd'hui dans la société française ont préexisté largement à la crise de la Covid. Maintenant, il s'agit de savoir qu'est ce qui va rester ?" Cynthia Fleury

"Nous avons aujourd'hui des conditions objectives du renforcement du ressentiment. C'est une maladie typique de la démocratie, beaucoup moins d'un État autoritaire. Notre rapport à l'égalité et absolument déterminant. Adorno parlait même d'un d'un égalitarisme répressif, c'est à dire, en somme, que notre manière de nous ressentir égaux, c'est d'aller vérifier. Or, là, bien évidemment, explosent les inégalités. Et donc, oui, vous avez un sentiment de ressentiment qui est plus fort."  Cynthia Fleury

De la crise sanitaire à la santé

"La santé n'est pas une absence de maladie : c'est un état global de bien être physique, psychique, social, on pourrait ajouter environnemental. Quand on défend la vie humaine, on ne défend pas uniquement la vie biologique, mais on défend ce que j'ai appelé "l'indivisibilité de la vie". Quand aujourd'hui, vous vous plaignez malgré tout du fait que on vous enlève la possibilité de faire un affectio societatis, vous avez raison, vous êtes dans votre bon droit, vous êtes dans l'idée juste  de ce qu'est une santé. Cela veut dire demain que la collégialité va devoir un petit peu reprendre la main et que nous sommes un Etat social de droit. [Car] nous ne nous ne produisons pas le même type de gouvernance d'une épidémie qu'un État autoritaire. Et c'est ça aussi qui fait notre valeur." Cynthia Fleury

Dépasser le ressentiment : un choix éthique 

"Ma thèse est que la traduction politique du ressentiment ne produit pas une action politique viable. Il y a une objectivation des conditions désastreuses du moment. Je vois comment je vais aller vers la sublimation de cette tentation du ressentiment. Encore une fois, le choix que je fais (...), je pars du principe que c'est du domaine du pari pascalien, que c'est un choix éthique,  c'est une fonction régulatrice." Cynthia Fleury

"La question est aujourd'hui de savoir vers quelle tentation majoritaire nous allons tendre. A un moment donné, il y a un phénomène de convergence possible de tous ces ressentiments qui sont très, très éloignés les uns des autres, mais qui en fait, vont converger. Plus on pénètre dans le ressentiment, moins on a la capacité de le conscientiser. Donc on rentre dans le déni et dans l'incapacité, tout en se croyant être capable." Cynthia Fleury


Les individus et le collectif, même combat. Pour Cynthia Fleury, ils souffrent tous deux du ressentiment, ce poison qui empêche d’avancer. Dans son livre "Ci gît l’amer - guérir du ressentiment" (Gallimard, 2020), la psychanalyste et philosophe propose comment, à l’échelle psychanalytique et politique, dépasser ce mécontentement qui ronge la société. Elle apporte des éléments de réponses en convoquant des philosophes, des psychanalystes, des historiens, des poètes, des écrivains mais aussi des expériences personnelles.

La fleur de l'âge ( Cliquer sur l'image ) | France culture 08/2020

La série musicale La fleur de l’âge de Natacha Triou est une discothèque des âges de la vie, de la petite enfance jusqu’à la grande vieillesse, écoutons les partitions des grandes étapes de l’existence et ce qu’elles racontent de notre rapport au temps.

Rites de fertilité, berceuses punks, enfants prodiges et icônes juvéniles, crises de la quarantaine en fanfare, chants du cygne, requiem ou marches funèbres festives : de la naissance à l’au-delà, toutes les étapes de l’existence ont leurs mélodies. Entre poésie musicale et stéréotypes de l’industrie du disque : exploration de la discothèque des âges de la vie.

Natacha Triou produit tous les  jours Le Journal  des  sciences dans l’émission La Méthode Scientifique. En 2019, elle a produit la série  musicale : Faire tomber les genres, des libérations sexuelles en musique.

LA SÉRIE MUSICALE D'ÉTÉ par Elodie Maillot, Marie Richeux, Mattéo Caranta, David Unger, Romain Boulet, Simon Rico, Natacha Triou, Antoine Lachand et Etienne Menu

TOUS LES ÉPISODES


>>> "Do l'enfant do ?"

La naissance et les mélodies de la petite enfance. Rite de fertilité, berceuses pour nuit utérine, cantates prénatales et musique concrète pour bac à sable...

>>> "Fais pas ci, fais pas ça"

L’enfance en fanfare, le culte de l’enfant prodige, des comptines bien mal élevées, la nostalgie des grands et le spleen des petits.

>>> "Première surprise partie"

L’adolescence et ses ritournelles. Icônes juvéniles, hymnes générationnelles, cantates rebelles et requiem pré-pubères. Troisième épisode de la série musicale...

>>> "Hier encore j’avais 20 ans"

L’âge adulte : ce drôle de ramdam. Cantabiles nostalgiques, cure de jouvence mélodique et memento mori symphonique.

>>> "Voulez-vous danser grand-mère ?"

La vieillesse et ses rhapsodies. Chant du cygne. Album testamentaire et dernier soupir.

jeudi 24 juin 2021

Philosophie de la gifle ( Cliquer sur l'image ) | France culture 21/06/2021

Le Cid, ou comment se venger d’un soufflet - La fessée, une violence tolérée ? - Le Président, une gifle, et Hobbes là ! - Le cinéma comme art de la baffe ?

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> Le Cid, ou comment se venger d’un soufflet

Pourrait-on considérer une gifle comme un rite de passage ? Est-ce au fond l’histoire du Cid de Corneille ? Celle de la construction d’un sujet, Rodrigue,...


>>> La fessée, une violence tolérée ?

La violence éducative s’est exercée en toute légitimité depuis l’Antiquité et il aura fallu attendre 2019 pour qu’une loi interdise les châtiments corporels...


>>> Le président, une gifle, et Hobbes là !

Une gifle pourrait-elle être une action politique ? Gifler le président, est-ce gifler un homme ou l'Etat ? Et pourquoi pour le philosophe Hobbes, la gifle...


>>> Le cinéma comme art de la baffe ?

Le cinéma est le lieu-même où une pensée du corps est mise en scène : que nous dit alors la gifle au cinéma ? Ou que dit-elle du cinéma ? De la relation...

vendredi 18 juin 2021

Stephen King, anatomie de l’horreur à l’écran ( Cliquer sur l'image ) | France culture 14/06/2021

Comment King sonde-t-il notre humanité, dans ce qu'elle a de commun, et dans ses moments qui dérapent ? Auteur le plus adapté au cinéma, comment les réalisateurs de films se sont-ils emparés de son monde dans Carrie, Dead Zone, Shining ou encore Misery ?

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

L' ÉPISODE


>>> “Carrie”, au bal ensanglanté ohé ohé

L’écrivain culte Stephen King règne en maître sur le genre horrifique, écrit pour le troisième œil du lecteur et ouvre les portes de nos peurs… Son premier...


>>> “Dead Zone”, le pire est-il toujours à venir ?

Après un long coma, Johnny Smith découvre qu’il est atteint de visions dans lesquelles il existe un point aveugle, la dead zone, comme l’incarnation du...


>>> “Shining” ou la terreur du confinement

Shining est un film culte dont on reconnaît autant l’ingéniosité que la trahison du roman de King. Arpentons les couloirs de l'hôtel filmé par Kubrick...


>>> “Misery”, chronique d’un écrivain séquestré

Un écrivain populaire est séquestré et torturé par une infirmière retraitée, insatisfaite de la fin de la saga dont il est l'auteur. Stephen King, en 1987,...

lundi 31 mai 2021

∆∆∆ ∆∆∆ Existe-t-il une culture du viol ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 03/02/2021

À retrouver dans l'émission LE TEMPS DU DÉBAT par Emmanuel Laurentin

Quelques semaines après l'affaire Duhamel, la parole des victimes d'inceste et celle de #MeTooGay se joignent à celle du mouvement #Metoo. L'ampleur des témoignages induit-il une lecture systémique de ces violences ? Le concept de "culture du viol" est-il pour autant pertinent ?

Le Verrou : scène galante ou violence conjugale ?

La nouvelle vague du mouvement #MeToo, avec la multiplication des hashtags #MeTooInceste et #MeTooGay, en particulier depuis la parution début janvier du livre de Camille Kouchner, conduit à s’interroger à nouveau sur les violences sexuelles et ce qui les rend possibles. La récente suspension de comptes Twitter de féministes qui avaient créé le #commentfaitonpourqueleshommescessentdevioler a provoqué une discussion très vive sur les réseaux.

C’est aussi ce qui a fait revenir dans le débat l’expression " Culture du viol " : que représente-t-elle ? Pourquoi est-elle débattue ?

"Les idées reçues sur les violences sexuelles, les violeurs et les victimes, se transmettent de génération en génération, évoluent avec le temps, imprègnent toute la société. C’est pourquoi il s’agit d’une culture du viol." Valérie Rey-Robert

"Je pense qu'il y a une asymétrie du désir masculin et du désir féminin et que le travail de la culture consiste à élaguer et brider la pulsion masculine. À mon sens, le viol surgit justement dans l'absence de culture, il est pulsionnel avant d’être culturel." Eugénie Bastié

"C'est justement la spécificité de la culture du viol à la française : reposant sur l'élitisme culturel français, elle nous amène à voir uniquement les violences sexuelles dans la culture populaire et prétendrait que la culture française avec un grand C ne serait pas violente." Florian Vörös

mercredi 26 mai 2021

Esthétique de la décomposition du corps ( Cliquer sur l'image ) | France culture 17/02/2019

À retrouver dans l'émission L'ART EST LA MATIÈRE par Jean de Loisy

La beauté du spectacle de l'épouvante

Gravat de Jacques Gautier d'Agoty
mostrant l'interior de l'esquena
d'una dona, 1746

Ignoble, dégoutant, épouvantable est le corps mort. La décomposition suscite le plus souvent chez celui qui la rencontre dans la vie un sursaut effaré, une répulsion immédiate. 

Pourtant les poètes, les artistes, les moralistes qui se sont penchés sur ces restes décourageants ont su leur trouver parfois une beauté singulière. 

Non pas seulement par fascination morbide, mais au fond par le spectacle édifiant pour l’esprit et pour l’œil de la métamorphose du monde. 

Hicham Stéphane Afeissa vient d’écrire à ce sujet un livre passionnant, érudit, spectaculaire où il conduit cet état limite de la matière, entre la forme et l’informe au seuil d’une esthétique particulière celle de la charogne. C’est son titre. Esthétique de la charogne. 

Il ne s’agit pas de s’ébahir du laid mais d’accueillir l’irregardable comme une beauté nouvelle qui suppose une réorganisation de nos catégories.

« J’essaie de comprendre comment le dégoût peut être un matériau de l’Art sans être un effet de l’art. » 

Les amants trépassés,
Anonyme (XVe siècle) 



« La charogne, historiquement et anthropologiquement, a toujours été synonyme d'impureté »

« Il est évident que si nous voulons cacher le mort ce n’est pas pour lui, mais pour nous-autres vivants »

« La fonction des représentations macabres a changé au cours du dernier millénaire, excluant toujours plus la mort humide au profit de la mort sèche »





A flayed man holding his own skin,
 Gaspar Becerra, 1556




« Le thème de la putréfaction est éminemment ambigu : est-ce qu’elle est ce que devient la nature abandonnée par Dieu, ou est-ce au contraire la puissance même de Dieu que de recréer la vie en recyclant les être décomposés ? »

« Face à l'immonde, l’art rencontre un point de butée. »

« Au XIXème siècle, le travail de sublimation putréfaction devient le symbole du travail même de l’artiste »




La peste de Gaetano Zumbo (œuvre
en cire réalisée à la fin du 17e siècle) 



« Dans le cadre de son exposition internationale Body Worlds, Von Hagens joue éminemment sur l’ambiguïté de son projet, le qualifiant pour l’occasion d’« edutainment » (= éducation par le jeu)".

« Au fond, la pire des barbaries, c’est ce que l’humanité est capable de produire et qui elle n’est pas susceptible d’être recyclé. »


Textes lus par Hélène Lausseur et Julian Eggerickx

Un extrait des Regardeurs du 3/01/2015, intitulé La peste, de Gaetano Zumbo a été diffusé

Musiques diffusées au cours de l'émission :

  • Steve Roden ‎– Flower & Water
  • Ryoji Ikeda ‎– See You At Regis Debray
  • Ogrob / Vomir ‎– Diffusions Intradermiques Et Enregistrements En Cavités Corporelles
  • Noël Akchoté ‎– Alike Joseph
  • Marc Ribot ‎– Scelsi Morning
  • Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima
  • Wolfgang Mitterer - Stop playing

Philosophie du gore (Cliquer sur l'image ) | France culture 11/02/2019

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> L'esthétique de la charogne

En partant de “tout ce qui grouille, fourmille, se désagrège”, le philosophe Hicham-Stéphane Afeissa dresse une histoire de l’art de la charogne, des illustrations...


>>> Le sang à l'écran

Sang coagulé, sale, répugnant : telle est l'origine du terme "gore". Et c'est bien les hectolitres de sang versés qui signent le plus souvent l'appartenance...


>>> Anthropologie du zombie

Le zombie est un des personnages principaux de l’univers gore. Dans la culture haïtienne, il désigne une victime de sortilège vaudou ramenant les morts...


>>> Jeux vidéo, jouir du pire

Dernier temps de notre philosophie du gore, aujourd'hui dans les jeux vidéo. Comment distinguer le gore de l'horreur dans le jeu vidéo ? Pourquoi pouvons-nous...

mardi 25 mai 2021

Psychiatrie : la folie ordinaire ( Cliquer sur l'image ) | Francec culture 24/05/2021

Quelle est la vision de la folie dans notre pays aujourd’hui ? Quelle place pour les émotions, les angoisses, les désirs, les douleurs ?

À retrouver dans l'émission LSD, LA SÉRIE DOCUMENTAIRE par Perrine Kervran

TOUS LES ÉPISODES


>>> La part de folie en nous

La maladie psychiatrique prend souvent une place prépondérante dans la vie des patients et pour leur famille. Comment la vivent-ils ? Quels sont leurs...


>>> Le destin de la psychiatrie

La psychiatrie a bien changé. Entre les asiles d'hier où les patients étaient parqués plus que soignés, les évolutions des XIXè et XXè siècles, les tâtonnements,...


>>> Infirmiers : les garde-fous de la psychiatrie

Ils et elles sont au contact permanent des patients des hôpitaux et centres médico psychologiques. Ils parlent, écoutent, soutiennent et doivent aussi...


>>> En prison sur ordonnance

"A l’UHSA de Villejuif ce n’est pas la gravité de leurs actes qui conduit les patients ici, mais leur état psychiatrique" D. Touitou


Chaque année, un peu plus de 420 000 hospitalisations en psychiatrie sont déclarées. Pour chacune d’elles, c’est le début d’une trajectoire, celle d’un homme ou d’une femme qui y arrive malade et qui doit en ressortir une fois son état stabilisé. Ce parcours patient,  du trouble à la rémission, de la demande aux soins est bien souvent compliqué.  

"Face à la maladie, c’est toute une vie d’effort !"

Aux Urgences du Vinatier, au CMP de Villeurbanne, dans une Unité hospitalière aménagée pour les détenus d’ile de France, patients et soignants, en poste ou à la retraite, se confrontent et s’écoutent. Ils décrivent leur vision de la maladie, la première hospitalisation, ce corps qui se transforme  et le destin de la souffrance psychique qui change. 

Mais comment conjuguer deux pratiques que tout semble opposer, le soin et la contrainte ? Comment gérer son stress face à la demande des patients qui explose et l’offre qui dysfonctionne ?  

Après le virage sécuritaire de Nicolas Sarkozy qui martèle que le malade mental est dangereux pour la société, puis la loi du 5 juillet 2011 qui étend la contrainte au soin, même en dehors de l’hôpital, l’hôpital psychiatrique est en rupture. 

Comment en est-on arrivé là ? 

Une série documentaire de Johanna Bedeau, réalisée par Angélique Tibau

dimanche 23 mai 2021

La vie et la mort par temps de pandémie ( Cliquer sur l'image ) | France culture 22/05/2021

À retrouver dans l'émission LA CONVERSATION SCIENTIFIQUE par Etienne Klein

Que sont devenues la vie et la mort en ces temps de pandémie, et qu’avons-nous appris du virus ? Avec le philosophe Jean-Pierre Dupuy.

Détail du port de la croix par Jerome Bosch
(1510-1516).  Musée des Beaux-Arts de Gand. 

Un virus n’a pas d’intentionnalité, à part peut-être celle de trouver des hôtes pour se multiplier puisqu’il est incapable de le faire seul.

Contrairement à ce qu’on a pu lire et entendre ici et là, celui qui est responsable de la Covid-19 n’a donc nullement surgi dans le but de nous faire la morale, encore moins de nous châtier. Mais, à défaut de recevoir des leçons de sa part, nous pouvons, nous, en tirer quelques-unes pour notre propre compte en examinant les effets qu’il a eus sur nous et les réactions qui ont été les nôtres : qu’avons-nous appris grâce à  lui ? 

Nos analyses de la situation ont-elles toujours été à la bonne hauteur du drame ? Que sont devenues la vie et la mort en ces temps de pandémie ?

Avec le philosophe Jean-Pierre Dupuy, professeur émérite à l'École Polytechnique et professeur titulaire à l'université Stanford, auteur de La catastrophe ou la vie (Seuil, 2021), un journal de pensée sur la mort et la vie au temps de la pandémie.

dimanche 9 mai 2021

samedi 8 mai 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ "On brandit les mots "cancel culture" comme un épouvantail" ( Cliquer sur l'image ) | France culture 07/05/2021

À retrouver dans l'émission AFFAIRE EN COURS par Marie Sorbier

Alors que la scène du baiser dans "Blanche-Neige" fait polémique sur la toile, André Gunthert, maître de conférence en histoire visuelle à l'EHESS, analyse les dynamiques propres à la "cancel culture" qui s'articulent autour du film d'animation de Disney.

La scène du baiser entre le prince et
Blanche-Neige.

Une nouvelle polémique a jailli cette semaine autour du film d'animation Blanche-Neige de Disney. Un article signé par deux journalistes du journal San Francisco Gate interroge le fameux baiser du prince : s'agit-il d'un acte non consenti ? Les films Disney véhiculent-ils des archétypes du patriarcat ? Faut il supprimer cette scène ? Le maître de conférence en histoire visuelle à l'EHESS André Gunthert revient au micro de Marie Sorbier sur ce nouveau sujet mis sous la loupe de la cancel culture. 

Pour André Gunthert, c'est la loupe de la cancel culture qui rend cette scène de Blanche-Neige sujette à polémique. L'article du San Francisco Gate qui en est à la source fait avant tout l'éloge de la réouverture du parc d'attraction Disneyland situé aux Etats-Unis, faisant notamment la louange de la nouvelle attraction "Blanche-Neige", dont les différentes étapes suivent le scénario du dessin animé. Les autrices de l'article émettent néanmoins une réserve concernant la scène du baiser entre le prince et Blanche-Neige. Comme le rappelle André Gunthert, le caractère problématique de cette scène n'a rien de nouveau, et a déjà donné lieu à de nombreux débats au sein des communautés militantes et progressistes américaines. 

"Le débat ne vient pas du tout de cet article, mais de l'amplification qui est donnée à cette affaire par Fox News. La chaîne reprend avec plusieurs interviews ce sujet et fait monter en sauce un scandale à partir de rien. Cancel culture veut dire "culture de l'annulation", mais est-ce que quelqu'un a demandé d'annuler Blanche-Neige, de retirer cette oeuvre et d'y couper une scène ? Absolument pas. Il n'y a pas eu de censure." André Gunthert

D'un débat cinéphile où chacun discute de l'appréciation d'une oeuvre, Fox News fait une guerre culturelle, estime André Gunthert. Selon lui, cette polémique révèle une dynamique de la cancel culture où ceux qui critiquent l'américanisation du débat en France emploient en même temps une terminologie américaine (cancel culture, woke) de mots-épouvantails qui créent une indignation à partir d'un problème sans consistence. 

"La polémique suite à la réaction de Nicolas Sarkozy dans l'émission "Quotidien" au changement de titre du roman Les dix petits nègres est un exemple similaire. Ce changement est une décision de l'éditeur, non pas de militants. D'ailleurs, le titre en anglais avait déjà changé depuis longtemps, car il posait problème, et c'est normal d'en discuter." André Gunthert

"Les modèles culturels ont une influence et il est tout à fait normal qu'on en discute et qu'ils évoluent. La culture n'est pas un patrimoine muséal intangible, c'est quelque chose qui bouge, fait d'adaptations, de reprises, de changements. C'est ce qui la rend vivante et intéressante. Imaginer qu'on est face à une sorte de musée où il ne faudrait rien toucher est un argument fallacieux qui dissimule la critique faite aux camps progressistes qui remettent en question les modèles culturels." André Gunthert

Ces dernières années, les modèles culturels ont beaucoup évolué, en raison de nombreuses évolutions sociales liées aux droits fondamentaux de différentes minorités. Selon André Gunthert, certains réduisent ces évolutions majeures à une cancel culture, comme pour masquer leur manque d'arguments véritables contre les changements de paradigmes moraux. En brandissant le terme cancel culture comme un épouvantail, ses détracteurs amplifient les débats, en font une caricature, et finissent par se moquer de cette caricature qu'ils ont eux-mêmes produite.

La polémique liée à Blanche-Neige a pris un nouveau tournant en France avec une caricature de presse signée par Coco dans Libération le 6 mai. Dans cette relecture de la scène du baiser, le prince demande à Blanche-Neige son autorisation pour l'embrasser, qui lui répond laconiquement qu'il devrait être plus sûr de lui. 

La dessinatrice Coco réagit à la polémique liée
à la scène du baiser dans "Blanche-Neige",
 dans Libération le 6 mai 2021.

Pour André Gunthert, ce dessin est symptomatique de la manière dont s'articule le débat de la cancel culture en France non seulement car il rebondit sur une affaire sans fondements véritables, mais aussi parce qu'il le fait avec le même ton de moquerie qui amplifie le débat tout en le rendant dérisoire. 

"Coco rit avec Fox News, se moque d'une préoccupation tout à fait légitime et contre laquelle on n'a pas beaucoup d'arguments à opposer. Alors, on essaye de rendre ridicule et de placer sous la protection du patrimoine Blanche-Neige. Toute discussion sur Blanche-Neige en devient insupportable." André Gunthert

"En essayant d'exagérer le phénomène, les partisans de la dénonciation de la cancel culture tombent facilement dans la caricature, et dans l'aveu de leurs préjugés. Faire dire à Blanche-Neige que l'embrasser n'est pas très grave parce qu'elle a déjà couché avec les sept nains, c'est problématique au niveau du consentement et de la culture du viol." André Gunthert

Au-delà de la controverse liée à Blanche-Neige, les questions relatives aux droits des femmes et à la manière dont elles sont représentées méritent d'être posées face aux oeuvres Disney. Comme le rappelle André Gunthert, la position accordée aux femmes dans les histoires Disney, notamment via les personnages de princesses, fait l'objet de nombreuses discussions dans la littérature féministe. 

"Les princesses Disney ne véhiculent pas un modèle de société progressiste. Alors pourquoi se moquer de ceux qui essayent de réfléchir sur ce modèle ? Sans le vouloir, ce que dit le dessin de Coco, en se moquant des progressistes et en abondant dans le sens des réactionnaires, c'est qu'on préfèrerait ne rien changer et conserver le modèle patriarcal." André Gunthert

INTERVENANTS

André Gunthert, Maître de conférences en histoire visuelle à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)

jeudi 6 mai 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ La méritocratie en procès ( Cliquer sur l'image ) | France culture 16/11/2020

Dans cette série de chroniques, Brice Couturier propose un compte-rendu des critiques qui se sont mises à pleuvoir sur la méritocratie outre-Atlantique d'abord, puis en Europe. 

Un certain nombre d’essais mettant en cause la méritocratie sont parus, en anglais, ces derniers temps. 

Si ces critiques convergent, leurs angles d’attaque sont parfois très différents. C’est pourquoi on peut parler de tirs croisés. 

À retrouver dans l'émission LE TOUR DU MONDE DES IDÉES par Brice Couturier

TOUS LES ÉPISODES


>>> American dream. L'un des plus vieux mythes fondateurs américains a-t-il failli ?

Comme le cinéma américain ne cesse de nous le répéter, "l'American dream" a du plomb dans l’aile. Que les individus les plus méritants, repérés sur la...


>>> Renouvellement des élites : la pensée visionnaire de Michael Young

L'inventeur du terme "méritocratie" était Michael Young. Ce grand sociologue britannique, intellectuel organique du parti travailliste, avait pressenti...


>>> Quand la sélection par le diplôme favorise la reproduction sociale

Les concepteurs du principe de sélection d'une classe dirigeante sur la base de diplômes universitaires pensaient favoriser ainsi la mobilité sociale,...


>>> David Goodhart, plaidoyer contre des élites "cognitives" et "monolithiques"

En formant leurs élites au seul moyen de cursus universitaires généralistes, nos sociétés n'ont-elles pas engendré une hégémonie de "la Tête" au détriment...

mardi 27 avril 2021

L'aveu sous toutes ses formes ( Cliquer sur l'image ) | France culture 29/02/2019

L’aveu est une pratique complexe et controversée. 

On le retrouve dans la justice bien sûr mais aussi dans la médecine, notamment en psychiatrie, ainsi que dans les rapports éducatifs, religieux et amoureux. 

« Il est devenu en occident, écrit Michel Foucault, l’une des techniques les plus hautement valorisées pour produire le vrai. Nous sommes devenue une société singulièrement avouante ».

Technique de pouvoir, pratique de subjectivation, manière de se lier et de se délier : l’aveu est tout cela. Sa plasticité et son ambivalence expliquent qu’il soit toujours présent sans jamais cesser de se recomposer. Cette semaine propose d’explorer les différentes formes contemporaines, attendues ou plus inattendues, d’aveu.   

À retrouver dans l'émission MATIÈRES À PENSER par Antoine Garapon, Patrick Boucheron, René Frydman, Dominique Rousset et Frédéric Worms

TOUS LES ÉPISODES


>>> L’aveu comme acte de reddition au pouvoir

L’aveu est une pratique complexe et controversée. Sa plasticité et son ambivalence expliquent qu’il soit toujours présent sans jamais cesser de se recomposer...


>>> L’aveu comme puissance d’affirmation et détachement de soi

L’aveu est une pratique complexe et controversée. Sa plasticité et son ambivalence expliquent qu’il soit toujours présent sans jamais cesser de se recomposer...


>>> L'aveu pathologique

L’aveu est une pratique complexe et controversée. Sa plasticité et son ambivalence expliquent qu’il soit toujours présent sans jamais cesser de se recomposer...


>>> L’aveu collaboratif et stratégique

L’aveu est une pratique complexe et controversée. Sa plasticité et son ambivalence expliquent qu’il soit toujours présent sans jamais cesser de se recomposer...


>>> L’aveu dans les procès staliniens

L’aveu est une pratique complexe et controversée. Sa plasticité et son ambivalence expliquent qu’il soit toujours présent sans jamais cesser de se recomposer...

lundi 26 avril 2021

Les symptômes d’une société malade, entretien avec Jean-Pierre Le Goff | Mezetulle Propos recueillis par Philippe Foussier 7 avril 2021

Dans son dernier livre, La Société malade (Stock, 2021), le philosophe et sociologue Jean-Pierre Le Goff propose un diagnostic des effets de la pandémie de Covid-19 sur notre société mais aussi sur ce que celle-ci n’a pas modifié mais plutôt révélé.

Philippe Foussier – Vous affirmez que la pandémie a « révélé » une société malade et fracturée. A-t-elle pour autant accentué ces caractéristiques ?

Jean-Pierre Le Goff – Si tout le monde a subi la pandémie et le confinement, tout le monde ne les a pas vécus de la même façon. Les fractures sociales et culturelles, tout particulièrement entre la « France périphérique », les banlieues et les grandes métropoles étaient manifestes. Quant à la coupure entre la société et le pouvoir politique, elle s’est accentuée après plus d’un an de gestion chaotique de la pandémie. S’y est ajoutée la vision d’un pays affaibli et désindustrialisé, dépendant d’une mondialisation dérégulée, sans parler de la situation dégradée du système hospitalier soumis depuis des années à des restrictions budgétaires et à un management déshumanisant. La pandémie a été comme la plaque sensible de ces phénomènes existant antérieurement mais qu’on ne peut plus dénier ou secondariser comme beaucoup le faisaient précédemment. Ce qui ne veut pas dire qu’on y voit plus clair pour autant. Le discrédit de l’autorité politique et la désorientation de la société sont un terrain sur lequel prospèrent les démagogues et les idéologies rétrogrades.

P. F. – En analysant le caractère « tourbillonnant » du débat démocratique depuis le début de la pandémie, vous affirmez qu’il pose « un défi à notre conception de la citoyenneté issue des Lumières ». Pour quelles raisons ?

J.-P. L. G. – L’angoisse et la désorientation ont été démultipliées par ce que j’appelle une « bulle langagière et communicationnelle » développée par les grands médias audiovisuels en direct et en continu, et les réseaux sociaux qui fonctionnent à la réactivité et à l’émotionnel. Les « événements » chocs, recouverts d’emblée d’un flot ininterrompu de commentaires et de polémiques, tournent en boucle à l’infini. Ce mode de fonctionnement donne le tournis et finit par décourager l’envie même de démêler le vrai du faux et d’agir sur le monde. Le recul réflexif et critique, l’autonomie de jugement et l’engagement responsable dans la cité sont rendus plus difficiles dans ces conditions. Il n’y a nulle fatalité en l’affaire pourvu que l’on fasse l’effort de penser par soi-même en se dégageant du maelstrom ambiant.

P. F. – La pandémie a aussi entraîné l’expression décuplée de discours catastrophistes nous promettant l’effondrement généralisé, la multiplication des malheurs voire la fin du monde, tout comme une rhétorique à connotation religieuse nous alertant sur l’imminence d’un châtiment divin ou la revanche d’une nature que l’homme aurait décidément trop maltraitée…

J.-P. L. G. – La collapsologie et l’écologie fondamentaliste ont été à la pointe de ces discours catastrophistes. Ils ont repris à leur façon l’idée de péché et de punition divine : avec la pandémie, nous paierions le prix de nos fautes envers la nature, ou encore la pandémie serait le « dernier ultimatum » envoyé par la « Terre » – encore appelée « Gaïa » – à notre endroit. Cette vision pénitentielle désarmante s’est accompagnée d’une critique qui ne l’est pas moins. Au moment même où nous manquions cruellement de connaissances et de moyens pour combattre le virus, il est pour le moins paradoxal que nombre de discours s’en soient pris à la science, à la technique et au progrès. La perspective de la décroissance et d’une réconciliation angélique avec la nature a été mise en avant dans le moment même où le virus faisait des ravages. Ces courants écologistes radicaux prônent un changement radical de nos modes de vie et de pensée en jouant sur la peur de la catastrophe comme suprême argument. Les préoccupations et les inquiétudes légitimes sur les questions écologiques méritent un autre traitement en s’intégrant à l’idée même de progrès, aux valeurs humanistes et rationnelles de notre civilisation.

P. F. – On a également assisté durant les périodes de confinement à la promotion de méthodes de développement personnel, de méditation, de relaxation, accompagnées d’un vocabulaire new age souvent ésotérique. Là encore, sont-ce des phénomènes passagers ou qui peuvent connaître une certaine postérité ? 

J.-P. L. G. – Le premier confinement a donné lieu à de multiples activités au sein même de l’espace privé pour tenter d’en adoucir les contraintes et éviter le stress ou la dépression. Le yoga et la méditation ont été ainsi valorisés comme des méthodes efficaces pour se relaxer et se débarrasser des « pensées négatives ». Par-delà leurs vertus thérapeutiques, ces techniques s’accompagnent de considérations plus ou moins claires issues des conceptions orientales revisitées à l’aune de l’individualisme postmoderne. Dans ce cadre, la « concentration sur l’instant présent » en dehors des désordres du monde et du souci de l’avenir me paraît faire écho non seulement au temps arrêté du confinement, mais aussi à une situation historique marquée par le repli sur soi dans des sociétés déconnectées de l’histoire qui ont le plus grand mal à affronter le tragique qui lui est inhérent. C’est dans ce cadre que se développent de nouvelles formes de spiritualité éclectiques et diffuses en dehors des religions traditionnelles. Ces spiritualités diffuses expriment elles aussi un malaise réel et un certain état du monde, en fournissant l’espoir illusoire d’une harmonie totale avec soi-même, avec les autres et avec la nature. Mais encore faut-il ajouter qu’elles concernent surtout des catégories pour qui le souci de soi occupe une place centrale dans l’existence. Ce qui m’a du reste frappé dans le premier confinement, c’est la façon dont toute une culture propre aux catégories sociales plus ou moins aisées habitant les grandes villes et que l’on surnomme les « bobos » a été mise en avant dans les médias et les réseaux sociaux comme une sorte de modèle hégémonique.

P. F. – Vous pointez dans votre livre la prolifération des théories complotistes dans ce contexte particulier et le fait que beaucoup voient ou croient voir des intentions ou des volontés cachées partout. Que pourrait-on faire, si c’est possible, pour endiguer cette tendance ? 

J.-P. L. G. – Le complotisme développe une représentation imaginaire où rien ne serait dû aux aléas de l’histoire mais où tout répondrait à un projet concerté de forces occultes qui manipulent et dominent les populations. Pour faire valoir sa fantasmagorie, il s’appuie sur des réalités : méconnaissance des origines exactes du virus, gestion chaotique de la crise, contradictions entre scientifiques… Quiconque réfute ses présupposés se voit alors accusé de nier les faits en question. La critique et les arguments rationnels, pour nécessaires qu’ils soient, ne suffisent pas pour venir à bout du complotisme. Ce dernier se développe sur fond de désorientation sociale et de ressentiment. La cohérence entre la parole politique et les actes, la victoire contre la pandémie et la vision d’un avenir positif discernable me semblent des conditions indispensables pour le contrer efficacement, en sachant que l’irrationnel et la recherche de boucs émissaires prospèrent dans les périodes critiques de l’histoire comme celle que nous vivons.

P. F. – L’ère actuelle du repli individualiste et communautariste a paradoxalement fait apparaître de grandes réserves d’humanité et de solidarité durant la période. Est-ce selon vous temporaire ou durable ? 

J.-P. L. G. – Les événements tragiques de l’histoire voient resurgir des ressources auxquelles on ne s’attendait pas forcément. Celles-ci traversent les clivages idéologiques et politiques, les préférences partisanes, les institutions… Par-delà les grands discours, elles engagent une éthique personnelle en situation qui s’est formée au cours d’un parcours de vie et de formation. Je ne crois pas que « plus rien ne sera jamais comme avant », mais il importe de s’appuyer sur ceux qui affrontent l’épreuve du réel en sachant faire preuve de discernement, en ayant le souci des autres et de la collectivité. Ce sont les véritables élites et les forces vives du pays. « Développer l’esprit critique », « partager le patrimoine culturel », « former des élites issues du peuple », ces orientations de l’éducation populaire me paraissent plus que jamais d’actualité.

>>> Jean-Pierre Le Goff, La société malade, Paris :  Stock, 2021, 216 p.