Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures. Force, Sagesse et Beauté / Liberté, Égalité, Fraternité / Vérité et Justice

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vendredi 19 août 2022

L’illusion de la démocratie numérique I Internet est-il de droite ? | Editions Quanto 23 mars 2022


Internet a été salué comme un formidable outil de démocratie participative. On lui reconnaît un rôle essentiel dans les mobilisations des Printemps arabes ou de Occupy Wall Street, et l’émergence de mouvements tels que Black Lives Matter ou #MeToo. Son image s’est toutefois dégradée à mesure que les réseaux sociaux ont été pointés du doigt pour leur participation à la propagation des fake news.

>>> Jen Schradie, chercheuse à Sciences Po, montre comment le web est devenu une arme nouvelle dans l’arsenal des mouvements conservateurs.

Sur la base de la situation américaine, elle met en évidence trois facteurs déterminants dans la propagation des idées de droite sur internet: la fracture sociale, exacerbée sur le web, l’organisation hiérarchisée et les moyens financiers engagés par des partis de droite, et la nature même des messages relayés. Elle épluche les différentes couches de la surmédiatisation et met ainsi à jour un terrain numérique inégal, largement délaissé par la classe populaire, au profit de groupes réformistes de droite aux avant-postes du cybermilitantisme. L’analyse d’un système interconnecté d’organisations communautaires et professionnelles de droite lui permet de réfuter les récentes allégations selon lesquelles des individus comme Trump, des réseaux d’informations comme Breitbart, des plateformes comme Google ou encore des pays comme la Russie seraient les seuls responsables de la situation actuelle.

En parallèle de l’émergence de mouvements comme #NuitDebout ou des Gilets jaunes, la montée en popularité d’Éric Zemmour confirme que la France n’est pas épargnée par le phénomène.

À l’heure où l’activisme hashtag fait les gros titres, le cybermilitantisme radical s’avère redoutablement efficace. Il accélère et renforce les rapports de classe et la polarisation idéologique de nos sociétés.

vendredi 12 août 2022

LE WOKISME | Le Précepteur 24 juin 2022


Née aux États-Unis, la pensée woke entend dénoncer les discriminations dont sont victimes les minorités dans les démocraties occidentales modernes. 

Mouvement d'avenir pour les uns, péril pour les autres, le "wokisme" ne laisse personne indifférent. Mais quels sont les fondements intellectuels de ce mouvement, et surtout, qu'est-ce que la pensée woke dit de notre époque ? C'est ce que nous allons voir dans cet épisode.

lundi 8 août 2022

No Sex | ARTE 15 juin 2022


Subie ou volontaire, l’abstinence suscite dans nos sociétés hypersexualisées l’incompréhension et la gêne. Des hommes et des femmes, en couple ou célibataires, témoignent. 

"Il y a une grande violence dans la façon dont la société traite les gens qui, par choix ou par… malédiction, n’ont pas de sexe dans leur vie", relève Chantal, 60 ans, qui a décidé un beau jour de "tirer le rideau". Reconnaissant avoir parfois eu envie "de se supprimer", François, 47 ans, ne comprend pas pourquoi il a déjà traversé deux périodes de désert sexuel : "Là, cela fait sept ans. C’est extrême quand même !" Après avoir été violée par un homme rencontré sur Tinder, Léna, 27 ans, s’est sentie "vide de sens". "Comme le sexe et les corps ont commencé à me dégoûter, le mien et ceux des autres, je ne me suis pas vraiment dit très clairement : tiens, je vais arrêter le sexe. "C'est un peu comme une question de survie", explique-t-elle. Tombé dans la spirale du chemsex, qui associe drogues chimiques et rapports sexuels frénétiques, Loïc, homo de 29 ans, n’a pas eu d’autre choix pour se libérer de sa toxicomanie : "Pour arrêter la drogue, j’ai dû arrêter le sexe. Si je continue à consommer, je vais crever." En couple, Sophie, 28 ans, reconnaît avoir souffert lorsque "le sexe a fini par disparaître de [leur] vie, petit à petit". Revendiquant leur asexualité, Coralie, 26 ans, et Jérémie, 29 ans, s’aiment… chastement : "On est comme ça, on ne l'a pas choisi", explique la jeune femme, tandis que son compagnon trouve "étrange que l’on arrive à concevoir le sexe sans amour, mais pas l’amour sans le sexe". 

Tabou 

Jamais dans l'histoire du monde occidental le sexe n'a été autant vécu et pratiqué librement. Mais un tabou demeure : qu’en est-il de celles et ceux qui n'ont pas ou plus de rapports charnels ? De quelle façon s'en accommodent-ils ? Avec franchise et souvent émotion, sept hommes et femmes livrent les raisons de leur abstinence, volontaire ou subie, la manière dont ils la vivent et les réflexions qu’elle leur inspire. Des témoignages forts qui interrogent notre identité, nos désirs profonds et le poids des injonctions sociales, qui font de l’activité sexuelle à la fois la norme et la clé d’une existence réussie.

Documentaire (France, 2022, 55min)
Disponible jusqu'au 14/12/2022

samedi 6 août 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Guerre en Ukraine : « La Russie et l’Ukraine trouvent leurs racines dans l’Empire de Kiev » | Le Monde 06/08/2022

Dans un entretien au « Monde », l’historienne américaine Jane Burbank, spécialiste de la Russie, déchiffre les relations très anciennes et complexes entre Kiev et Moscou. Elle revient sur les différentes théories de l’Eurasie qui influencent depuis longtemps les nationalistes russes et les visées expansionnistes de Vladimir Poutine.

Spécialiste de la Russie, l’historienne américaine Jane Burbank revient sur les différentes théories de l’Eurasie qui influencent depuis longtemps les nationalistes russes et les visées expansionnistes de Vladimir Poutine.

L’histoire de la Rus’de Kiev, au IXe siècle de notre ère, suscite un débat historiographique vif entre Ukrainiens et Russes pour savoir si cet empire très ancien est le berceau de la Russie ou de l’Ukraine. Cela pose une série de questions : qui a fondé la Rus’de Kiev ? Qui était le peuple de Kiev ? Et après la chute de Kiev, que sont devenus les habitants de ce territoire ? Qu’en pensez-vous ?

Ce sont des questions historiques complexes, et le sujet de nombreuses discussions depuis très longtemps. Dès le XVIIIe siècle, en Russie, des historiens ont mené un grand débat sur la Rus’de Kiev et sur l’ethnie de ses fondateurs. Ils estimaient que les habitants de Kiev étaient des Russes et s’interrogeaient pour savoir si ceux-ci étaient un peuple slave ou non.

En fait, à l’époque de la Rus’de Kiev, du IXe siècle au XIIIe siècle, la région était occupée par un groupe de gens du Nord venant de la Baltique, les Varègues, des Vikings qui ne sont pas du tout Slaves.

Aujourd’hui, nous pensons que les fondateurs étaient vraiment ces Vikings venus vers la mer Noire pour vendre leurs produits (bois, peaux, ambre) et qu’ils se sont mélangés avec des paysans plutôt slaves. Kiev est devenue alors un empire très riche, en liaison avec les tribus de l’Est et avec l’Empire byzantin. Les princes de Kiev ont créé la dynastie dont le fondateur, Riourik, était un Viking. Les princes qui lui ont succédé s’appelaient les Riourikides. Cette dynastie a réussi à établir son pouvoir sur cette région qui est aujourd’hui l’Ukraine et qui s’est étendue au nord vers la mer Baltique, mais aussi au sud de la région de Kiev, avec des tribus très diverses dont la richesse venait du commerce entre les régions des forêts, jusqu’à la mer Noire et à l’Est.

On peut décrire Kiev en cette période à la fois comme un empire avec un pouvoir concentré dans quelques villes, une dynastie et, depuis le Xe siècle, une religion quasi étatique, les princes de Kiev s’étant convertis au christianisme alors qu’ils étaient païens auparavant. Cette dynastie a adopté la culture de l’Empire romain byzantin et la chrétienté orientale, et a développé une culture artistique avec de grandes églises, de grands monuments.

Peut-on donc dire qu’il existe une racine commune aux Russes et aux Ukrainiens ?

Oui. La Russie et l’Ukraine trouvent leurs racines dans l’Empire de Kiev. Après les attaques et la conquête mongoles au XIIIe siècle, Kiev va être détruite, ainsi que plusieurs villes de la région, entraînant la fin de cet empire. La source de cet héritage commun pourrait être définie par cette dynastie des princes de Kiev. Après la chute de Kiev, il y eut de grandes batailles entre les princes ayant survécu à la conquête mongole pour conserver un petit peu de pouvoir dans cette région.

« Pierre le Grand invitait les représentants du clergé de Kiev à Saint-Pétersbourg, marquant son intérêt pour leurs connexions à l’Ouest »

Dans les siècles suivants, les princes de la petite ville de Moscou ont eu plus de succès en réussissant à développer des relations commerciales avec le khan mongol de la Horde d’Or. Le khan s’était arrogé le pouvoir de désigner le prince de cette région qui va devenir la Russie, et au XIVe siècle, celui-ci a fini par avoir un pouvoir assez important vis-à-vis des Mongols. Les princes de Moscou ont commencé alors à élargir progressivement leur territoire, pour aboutir à l’immense pays qu’est devenue la Russie.

Qu’est devenue la ville de Kiev à cette époque ?

La ville de Kiev et les autres villes sont devenues de petits centres dans un monde dominé par les empires voisins. Les princes de Moscou ont fait allégeance aux Mongols, le grand empire de cette époque. Comme la dynastie de Kiev a disparu, les villes de la région se sont ralliées au pouvoir lituanien et polonais ou aux Cosaques. On peut dire, pour parler très simplement, que si l’Empire de Kiev est mort, la dynastie a néanmoins trouvé sa continuité à Moscou jusqu’au XVIe siècle, alors que dans le même temps la région restait liée à l’Ouest, sous la domination du grand-prince de Lituanie. La région ukrainienne s’est développée en lien avec le catholicisme, le christianisme de l’Ouest et non celui de l’Est.

L’Empire moscovite naît au XIVe siècle et Pierre le Grand, en 1721, prend le titre d’empereur. Comment va se développer cet Empire russe ?

La Russie était un empire avant l’empire. Au XVIe siècle, Ivan le Terrible, grand-prince de Moscou, adopte le nom de tsar, ce qui veut dire César. C’est la fin de l’inféodation de Moscou aux Mongols et à l’islam. Par la suite, Pierre le Grand va consolider cet empire en conquérant des territoires et des peuples à l’Est, à travers la Sibérie très peu peuplée jusqu’à l’océan Pacifique, vers la Suède au Nord, et vers le Sud en se heurtant à l’Empire ottoman.

Le vrai problème pour Pierre le Grand était l’Ouest. En adoptant le terme d’empereur, il voulait signifier qu’il était un empereur de type occidental. Après les quatre siècles de domination mongole, l’Empire russe considérait l’Europe de l’Ouest comme le vrai pouvoir impérial. Pierre le Grand a adopté beaucoup de technologies occidentales, militaires ou autres, pour moderniser et élargir son empire. Pour lui, le plus important était les routes vers l’Atlantique au Nord, et au Sud l’accès à la mer Noire. Dans cette direction, il a essayé de s’emparer de la Crimée en affrontant l’Empire ottoman, mais n’a pas réussi.

Entre le XVIe et le XVIIe siècle, les habitants de l’espace ukrainien, formés par les Cosaques, qui ont le culte de la guerre, développent aussi une agriculture assez productive. En outre, ils se meuvent au milieu des grands empires : l’Empire ottoman, l’Empire russe, et les empires à l’Ouest aussi. Avant Pierre le Grand, il y avait des relations entre les Cosaques et les Russes dans cette région que nous appelons l’Ukraine et qui est devenue une partie de l’Empire russe. Pierre le Grand invitait même les représentants du clergé de Kiev à Saint-Pétersbourg, marquant son intérêt pour leurs connexions à l’Ouest et leur conception assez sophistiquée de la religion d’Etat.

L’étape suivante sera la conquête de la Crimée sur les Ottomans et la création de la ville d’Odessa…

C’est à la fin du XVIIIe siècle que Catherine II a finalement conquis la Crimée et fondé la ville d’Odessa, car le but de l’Empire russe était depuis longtemps de contrôler les rives de la mer Noire. Vers la fin du XIXe siècle, cette région est devenue un grand centre de commerce, d’industrialisation et d’exportation des produits agricoles. Odessa, Kiev et d’autres villes ont connu une explosion de leur population.

>>> Odessa, histoire d’un mythe

A la même époque, l’ouest de l’actuelle Ukraine – la région que nous appelons la Galicie – est aux mains des Polonais, puis de l’Empire austro-hongrois. L’historien ukraino-américain Serhii Plokhy, dans son livre, non traduit en français, The Gates of Europe. A History of Ukraine [« les portes de l’Europe. Une histoire de l’Ukraine »], défend très bien cette idée que l’Ukraine est la porte de l’Europe, une région qui a des connexions à la fois Est/Ouest et surtout mer, terre et mer. Une région qui au cours de sa longue histoire a été au centre de routes commerciales et de connexions entre plusieurs grands empires. Et qui a attiré beaucoup de gens, des grands noms de toutes sortes, et surtout beaucoup d’ethnies qui s’y sont mélangées.

Quels grands changements apporte la fin du XIXe siècle, avec les derniers feux du tsarisme dans l’Empire russe, et singulièrement dans sa partie ukrainienne ?

La Russie, qui occupe une partie de la Pologne catholique après son démantèlement à la fin du XVIIIe siècle, va affronter deux révolutions en un siècle. La deuxième, en 1863, la plus importante, est une date clé pour la région ukrainienne. Les Russes, qui en sortiront vainqueurs, vont adopter une politique plus nationaliste en essayant d’interdire l’utilisation de la langue ukrainienne, qui cohabitait avec le russe et d’autres langues slaves. Cette politique de répression de la culture ukrainienne va amener les élites à soutenir la Révolution. Les racines des difficultés et des tragédies de l’après-Grande Guerre sont dans les dernières décennies de l’Empire tsariste.

« Il existait en Ukraine des mécanismes de centralisation typiquement soviétiques, avec le poids du Parti communiste qui contrôlait les différentes républiques »

Un autre événement important pour la Russie est la vague de démocratisation qui suit la révolution de 1905 et amène les élections d’un Parlement, la Douma. Le pouvoir impérial fait face à une mobilisation importante, ce qu’il n’avait pas prévu, en particulier en Ukraine. Apparaissent les grands courants qui vont s’affronter : antisémites, antipolonais aussi, prorusses et pro-ukrainiens nationalistes. Si l’on y ajoute les Allemands, qui occuperont une grande partie de ses territoires pendant la Grande Guerre, et après cela les bolcheviques et leurs ennemis, les armées de Russes blancs ainsi que les paysans mobilisés contre les propriétaires, on obtient une guerre difficile à nommer « civile », mais vraiment une guerre très meurtrière et très difficile à contrôler dans l’espace de l’Ukraine de 1917 à 1919.

Au commencement de ce processus, les pouvoirs ukrainiens ont déclaré leur indépendance, constituant la Rada, équivalente à la Douma. Mais avec le temps, nous savons les conséquences de cette guerre de plusieurs directions.

Que vont faire les bolcheviques de l’Ukraine, après leur victoire et la création de l’Union soviétique (URSS) ?

La solution qu’ils vont adopter – et que je trouve assez brillante – était de former l’Union soviétique comme une fédération de républiques. Et l’une des plus importantes sera la République socialiste soviétique d’Ukraine.

Au moment de créer l’URSS, il existait chez les bolcheviques un grand débat entre deux visions : fallait-il diviser les territoires par zones économiques ou par ethnies ? Les spécialistes de l’ethnographie n’étaient pas innocents dans cette grande bagarre. Staline, après tout, était commissaire aux nationalités dans le premier gouvernement de l’URSS. Il demeure des nuances entre Lénine, partisan de cette formation des républiques sur une base ethnographique, et Staline, qui n’était pas contre, du moins dans les premiers temps.

Cet immense pays comptait en tout une centaine d’ethnies. La manière soviétique de gérer plusieurs ethnies différentes à l’intérieur de chaque république relevait de l’art de la politique.

Dans les premières années de cette Ukraine soviétique, avant la grande famine et la Grande Terreur, pourquoi les bolcheviques vont-ils « paradoxalement » favoriser l’ukrainisation ?

Aujourd’hui, quelques mois après février 2022 et le déclenchement de la guerre contre l’Ukraine par Vladimir Poutine, cela peut paraître un paradoxe, mais cela n’en était pas un au début de l’existence de l’URSS et jusqu’en 1991. Ce n’est pas un paradoxe de penser qu’un empire doit être gouverné en respectant les différentes nationalités, et les Soviétiques ont apporté une réponse assez impressionnante au problème de la gestion de la différence culturelle.

« Au moment de créer l’URSS, il existait chez les bolcheviques un grand débat entre deux visions : fallait-il diviser les territoires par zones économiques ou par ethnies ? »

Il faut quand même nuancer : il existait en Ukraine des mécanismes de centralisation typiquement soviétiques, avec le poids du Parti communiste qui contrôlait les différentes républiques – quinze à la fin de l’URSS. Le pouvoir dans chacune des républiques était dans les mains du Parti communiste. Et même s’il était important d’avoir des représentants de la nationalité primaire – on disait « titulaires » – de cette république, il existait toujours ce rapport avec le centre, à travers le Parti.

Un problème est né du fait qu’à l’intérieur de l’Ukraine, comme dans les autres républiques, beaucoup de personnes ignoraient leur ethnie. De plus, l’URSS comptait de grandes républiques telle l’Ukraine qui avaient beaucoup de pouvoirs, et des sous-nationalités qui en avaient moins.

Une théorie apparaît dans les années 1930 chez les Russes blancs de l’émigration : l’eurasisme. Quelle est cette théorie, à l’origine développée par Nikolaï Troubetskoï ?

Nikolaï Troubetskoï, le père de l’eurasisme, était un grand linguiste très érudit qui a quitté la Russie pendant la guerre civile. Son idée était que toute l’histoire de la Russie orientée vers l’Europe était une grande erreur. De même ce que j’ai dit sur Pierre le Grand, qui avait été influencé par le clergé venant d’Ukraine et donc par le catholicisme : c’était aussi une grande erreur.

Pour Nikolaï Troubetskoï, Pierre le Grand avait acheté la technologie européenne – il a utilisé ce terme très moderne – et il avait payé avec les cerveaux russes. Acquérir la technologie militaire de l’Europe, selon Nikolaï Troubetskoï, avait été la plus grande erreur de Pierre le Grand. Cela avait abouti à réorienter les cerveaux russes vers la culture européenne, provoquant en Russie un divorce entre le peuple et les élites, devenues les esclaves de l’Europe, de l’Occident, alors que le peuple avait gardé la vraie culture eurasienne – une culture qui venait de la grande steppe, à travers la Sibérie, la culture des Turcs, des Mongols, des Slaves qui s’étaient mélangés pendant des siècles.

Ce n’est pas une culture homogène, pas du tout ! L’idée de Troubetskoï était que l’Eurasie a produit une variété d’ethnies avec leurs cultures propres, avec également une approche commune, et l’idée d’être réunies avec d’autres peuples dans un grand espace, mais sans assimilation. C’est le germe de l’eurasisme, selon Nikolaï Troubetskoï.

Cette théorie de l’Eurasie est-elle au cœur de l’idéologie de Vladimir Poutine et de sa volonté expansionniste ?

C’est beaucoup plus compliqué. La famille de Nikolaï Troubetskoï m’a critiquée pour avoir utilisé dans le même article le nom de Poutine et celui de Troubetskoï. L’une de ses descendantes s’opposait à ce que l’on explique que la théorie eurasiste de son aïeul inspirait Poutine. Et elle avait raison. Nikolaï Troubetskoï est mort en 1938, il était à Prague, il avait été arrêté par les nazis avant de mourir à l’hôpital quelques mois plus tard. Il considérait que les bolcheviques avaient réorienté la politique russe vers l’Ouest, que le communisme était une importation de l’Occident et que cette théorie ne marcherait pas.

>>> En Russie, le nouveau souffle des idéologues

Avant sa mort, il a écrit un article sur l’Ukraine intitulé « Sur la question du problème de l’Ukraine » pour défendre son concept du parapluie impérial sur les peuples eurasiens. Il a théorisé l’idée d’une culture étatique qui a toujours deux niveaux, avec un étage supérieur et un étage inférieur. Le rez-de-chaussée figure le peuple avec une culture différente, et au niveau supérieur sont les élites, les intellectuels, qui ont l’obligation de travailler ensemble et de trouver dans la culture des éléments qui marchent pour tout le monde. Il fallait toujours un escalier entre les deux niveaux. Les gens intelligents et éduqués devaient essayer d’être en haut pour tenter de résoudre les problèmes des grands Etats.

Pour l’Ukraine, il a critiqué le nationalisme, qu’il détestait. Il pensait que, pour les intellectuels et pour l’Ukraine, le meilleur choix était de rejoindre la grande culture russe avec sa langue pour tout le monde, et ne pas favoriser l’usage de la langue ukrainienne. Il citait bien sûr l’écrivain Nicolas Gogol, Ukrainien mais qui avait choisi d’écrire en russe. Troubetskoï est mort et l’eurasisme, qui était détesté et réprimé dans l’URSS de Staline, a été oublié.

L’eurasisme va-t-il ensuite renaître sous d’autres formes à la fin de l’URSS ?

Vers la fin de l’URSS, les travaux de l’ethnologue et historien Lev Goumilev (1912-1992) sur un nouvel eurasisme vont trouver beaucoup d’échos. Il a été emprisonné pendant treize ans au goulag et il a développé une théorie fondée sur l’ethnie. Il a théorisé sur la nature des ethnies, sur leur apparition et leur disparition et sur la possibilité pour les ethnies de vivre ensemble ou non. Il utilise le concept d’ethnos et de superethnos qui s’affrontent, une certaine vision de l’histoire du monde, avec des empires et de grandes ethnies toujours en lutte entre elles.

>>> Alexandre Douguine est l’autre personnage qui influence l’action de Vladimir Poutine et les nationalistes russes. Un autre type d’eurasisme…

L’influence la plus importante, la plus directe sur les idées de l’élite autour de Poutine vient effectivement d’Alexandre Douguine. Cet intellectuel et homme politique nationaliste russe est né en 1962. Il a fondé le Parti national-bolchevique avec Edouard Limonov, puis le parti Eurasie. Il est lié aux droites populistes et fascistes en Europe et il a séjourné en Europe à la fin de l’URSS, fréquentant des intellectuels d’extrême droite belges, allemands ou français. Son néo-eurasisme professe l’opposition fondamentale entre l’Europe et l’Est.

>>> L'eurasisme, nouvelle géopolitique russe

Pour Troubetskoï, la grande opposition était entre l’Europe et l’humanité, l’impérialisme européen contre le monde. Pour Alexandre Douguine, l’opposition est entre les Etats-Unis et l’Europe d’un côté et la Russie et l’Eurasie de l’autre. Dans ses livres, avec beaucoup de schémas et de cartographies, il désigne comme ennemis la civilisation atlantique et le mondialisme de l’Occident.

L’invasion de l’Ukraine en 2022, après l’annexion de la Crimée et d’une partie du Donbass en 2014, repose-t-elle sur ces différentes théories eurasistes ?

Je suis allée en Russie pendant l’été de 2010, et je me rappelle très bien les cérémonies en Crimée. Il y avait à l’époque beaucoup de négociations entre Russes et Ukrainiens. On voyait même, et c’était très symbolique, des discussions entre les Eglises. A ce moment-là, j’ai pensé que c’était très intelligent de la part des Russes de trouver des accords avec les Ukrainiens pour l’accès aux ports de la mer Noire.

Le discours prononcé par Vladimir Poutine pour justifier son « opération spéciale » était empli de haine et je suis certaine que c’est lui qui l’a écrit. Le texte était à la fois illogique et tellement émotionnel.

Le discours de Vladimir Poutine sur la Crimée à l’époque était plutôt eurasiste. Il expliquait en substance : « Les anciennes racines de la Russie sont là, nos ancêtres venaient des mêmes tribus, notre histoire est commune, et nous allons protéger les musulmans, les juifs, les chrétiens, tout le monde groupé sous le parapluie de la Russie. » Ce n’était pas très martial, cela voulait juste dire : je suis l’empereur et le protecteur de tout et de tout le monde. C’était bien avant l’annexion de la Crimée, en 2014, et avant la guerre contre l’Ukraine, déclenchée en 2022.

Cette année, le discours prononcé par Vladimir Poutine le 21 février pour justifier son « opération spéciale » était empli de haine, et je suis certaine que c’est lui qui l’a écrit. Ce n’est pas le discours d’un conseiller, le texte était à la fois illogique et tellement émotionnel, expliquant qu’il fallait combattre l’Ukraine parce qu’elle était devenue une marionnette de l’Amérique et que l’OTAN et les Etats-Unis préparaient une attaque contre la Russie.

Et là, on sentait bien l’influence d’Alexandre Douguine et son idée d’une hostilité absolue entre l’OTAN et la Russie.

Professeure émérite d’histoire russe à la New York University, Jane Burbank focalise ses recherches récentes sur le droit et la souveraineté. Elle a notamment publié, avec Frederick Cooper, « Empires. De la Chine ancienne à nos jours » (Payot, 2011).


Michel Lefebvre

dimanche 31 juillet 2022

Philosopher avec François Truffaut | France culture 19 mai 2022

Quatre émissions comme un voyage dans la filmographie de François Truffaut, figure incontournable du cinéma de la Nouvelle Vague.




>>> Cycle Antoine Doinel, la naissance d'un cinéaste

De 1959 à 1979, au travers de cinq films, François Truffaut filme le personnage d'Antoine Doinel (incarné par Jean-Pierre Léaud) de ses 14 ans jusqu'à la trentaine. Il rencontre des femmes, il aime, il vieillit... Serait-il le double cinématographique de Truffaut ?


>>> La Nuit américaine : "Les films sont comme des trains dans la nuit"

En 1973 sort sur les écrans de cinéma "La Nuit américaine". François Truffaut y met en scène le tournage d’un film, sa vie, ses incidents, ses coulisses. En abyme, que dit-il de son rapport au cinéma ? Quelle vérité recherche-t-il ? Les films sont-ils plus importants que la vie ?


>>> L’Homme qui aimait les femmes

En 1976, François Truffaut tourne "L’Homme qui aimait les femmes". Charles Denner y incarne un homme passionné par les femmes, comme l'était Truffaut lui-même. Est-il devenu cinéaste pour percer le mystère féminin ? Peut-on voir le film comme un témoignage sur les relations homme-femme à l'époque ?


>>> Jules, Jim, François et Christophe Honoré

Pour Christophe Honoré, Truffaut est la figure même du cinéaste. Il le découvre à l'adolescence par la lecture de sa correspondance, puis il est ébloui par "Jules et Jim". Quelles visions de l'amour et de la façon de le filmer partagent-ils ?

lundi 25 juillet 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Faites vous-même votre malheur, par Jackie Berroyer ( Cliquer sur l'image ) | France culture 30 août 2013

Chaque jour, Jackie Berroyer lit un petit bout de "Faites vous-même votre malheur", et "Comment réussir à échouer", de Paul Watzlawick

"Apprivoiser son malheur est le premier pas vers la joie : le célèbre psychologue Paul Watzlawick, fondateur de l’École de Palo Alto, nous apprend pas à pas à nous réconcilier avec nos névroses les plus banales. Cette étude à l’humour railleur, sous forme de manuel parodique, s’appuie sur des exemples littéraires, philosophiques et historiques. Et révèle au lecteur qu’il tient le bonheur entre ses mains. "


Hécate

30 Épisodes 5 min !
  1. >>> Introduction
  2. >>> Est-ce que c'est ça ?
  3. >>> Triste dimanche
  4. >>> Humanité, divinité, bestialité
  5. >>> Désordre et ordre
  6. >>> Je sais ce que tu es en train de penser
  7. >>> Ce brave monde digitalisé
  8. >>> Les jeux à somme nulle
  9. >>> Une réaction en chaîne, de gentillesse ?
  10. >>> Le (prétendu) tiers exclu
  11. >>> Le bien du mal
  12. >>> Deux fois plus n'est pas nécessairement deux fois mieux
  13. >>> La sécurité est la plus grande ennemie des mortels
  14. >>> introduction
  15. >>> Comment réussir à échouer (trouver l'ultrasolution)
  16. >>> Ces fous d'étranger
  17. >>> Les pièges de l'altruisme
  18. >>> Pourquoi m'aimerait-on ?
  19. >>> Sois spontané
  20. >>> Si tu m'aimais, tu aimerais l'ail (épi 1)
  21. >>> Si tu m'aimais, tu aimerais l'ail (épi 2)
  22. >>> Gardez-vous d'arriver
  23. >>> Je vous l'avais bien dit
  24. >>> La poudre anti-éléphant
  25. >>> Une histoire de marteau (1ère partie)
  26. >>> Une histoire de marteau (2ème partie)
  27. >>> Pour une poignée de haricots
  28. >>> Russes et Américains
  29. >>> Quatre façons de jouer avec le passé
  30. >>> Avant tout sois loyal avec toi même

lundi 27 juin 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Qui a peur des libertariens ? ( cliquer sur l'image ) | France culture 14 Juin 2022

A-t-on vraiment besoin d'état ? Peut-on être égoïste et fier de l'être ? La liberté d'expression est-elle le principe ultime ? Friedrich Hayek, Robert Nozick, Ayn Rand, South Park et même Iron Man... et si les libertariens avaient raison ?

Épisodes


>>> John Rawls vs Robert Nozick : clash sur la justice

Quelle vie veut-on mener ? Une vie d'accomplissement personnel ou une vie d'accomplissement à travers les autres ? Quand on est libéral, comment ne pas sacrifier l'égalité ? Les libertariens auraient-ils les réponses... ?


>>> Absence d’état, propriété, individualisme : à quoi pensent les libertariens ?

Comment distinguer le libertarianisme du libéralisme ? Suffit-il, pour définir le libertarianisme, de le décrire comme une pensée qui radicalise les principes libéraux ? Quels sont les différents courants du libertarianisme ? Comment articuler l'individu et la question de la liberté ?


>>> Ayn Rand, égoïste et fière de l’être

Vivrait-on mieux avec les autres en assumant son égoïsme ? C'est bien ce que pense la philosophe Ayn Rand. Ayn Rand (1905-1982) est l'autrice d'un véritable best-seller aux Etats-Unis : La grève.Ecrivaine, elle fut aussi philosophe, penseuse d'un véritable système, l'objectivisme, basé sur un concept : "vivre pour soi", car pour elle, rien ne doit empêcher un individu de s'accomplir."L’éthique objectiviste prône et soutient fièrement l'égoïsme rationnel, c'est-à-dire les valeurs requises pour la survie de l'homme en tant que tel, c'est-à-dire les valeurs requises pour la survie humaine." Ayn Rand, 1961


>>> De South Park à Iron Man, la pop culture est-elle libertarienne ?

Ou plutôt... le libertarisme est-il devenu un thème de la pop culture à part entière ?

vendredi 24 juin 2022

Guerre en Ukraine : « Il y a une filiation entre l’idéologie nihiliste qui a marqué la Russie au XIXe siècle et cette façon de mener la guerre » par François Galichet, professeur honoraire à l’université de Strasbourg | Le Monde 23/06/2022

Frappé par le caractère radicalement destructif de la stratégie russe, le philosophe François Galichet constate que, pour l’armée russe, « la destruction n’est pas un moyen mais une fin en soi ; et d’ailleurs elle s’applique à l’agresseur autant qu’à l’agressé ».

Ce qui frappe le plus, dans le conflit ukrainien, c’est la stratégie adoptée par les Russes. Elle se caractérise par une intention délibérée d’anéantissement, de destruction systématique et radicale. Assurément, toutes les guerres comportent des dommages causés à l’ennemi ; mais ils sont le plus souvent liés à des objectifs militaires, même s’ils entraînent des bavures.

Dans le cas de l’agression russe, en revanche, on a l’impression d’une entreprise d’annihilation totale du territoire à conquérir, civils et soldats, hommes, bâtiments et choses. Marioupol, Boutcha et bien d’autres villes martyres illustrent tragiquement cette volonté. Comme on l’a souvent souligné, c’est une stratégie déjà adoptée en Tchétchénie et en Syrie.

>>> Guerre en Ukraine en direct : l’armée ukrainienne a reçu l’ordre de se retirer de Sievierodonetsk, après des semaines de combats et « de bombardements incessants »

Habituellement, le conquérant vise à s’approprier les ressources du pays attaqué, ce qui le conduit à les préserver autant que possible, dans son propre intérêt. Ici, en revanche, on a le sentiment que le gain attendu ne compte pas du tout. La destruction n’est pas un moyen mais une fin en soi ; et d’ailleurs elle s’applique à l’agresseur autant qu’à l’agressé.

La pensée nihiliste comme principe de guerre

Les dommages causés à la Russie par la guerre (effets des sanctions, retrait des investisseurs étrangers, adhésion à l’OTAN de pays jusqu’ici neutres, renforcement de l’unité et de la défense européenne, etc.) sont de loin supérieurs à l’avantage éventuel que constituerait la conquête du Donbass. Mais ces dommages, si grands soient-ils, ne semblent pas compter.

Comment expliquer une telle attitude ? Un mot s’impose au spectacle de cette guerre militairement irrationnelle, économiquement aberrante, politiquement catastrophique : nihilisme. On sait que ce concept est né en Russie dans les années 1860 ; et on l’associe souvent à un mouvement marginal d’opposition au régime tsariste, vite disparu au profit de la contestation marxiste-léniniste qui aboutira à la révolution d’octobre 1917.

>>> « L’idée que Poutine puisse utiliser l’arme nucléaire m’obsède »

Or cette représentation est erronée. L’écrivain Ivan Tourgueniev (1818-1883), dans Pères et Fils, définit le nihiliste comme quelqu’un « qui ne veut rien reconnaître », « qui ne respecte rien » et « ne s’incline devant aucune autorité ». L’écrivain philosophe Alexandre Herzen (1812-1870) , dans un article de 1869, y voit « un esprit de purification critique » ; il associe le phénomène du nihilisme à la mentalité russe en tant que telle : « Le nihilisme est le fruit naturel, légitime, historique de cette attitude négative envers la vie qu’avaient adoptée la pensée russe et l’art russe dès ses premiers pas après Pierre le Grand. » Il ajoute : « Cette négation doit enfin aboutir à la négation de soi-même. »

Le nihilisme dans la nature de l’âme russe

L’analyse sera reprise par Fiodor Dostoïevski (1821-1881), qui écrit, parlant des Russes : « Nous sommes tous des nihilistes. » Le philosophe Nicolas Berdiaev (1874-1948), un siècle plus tard, le confirme : le nihilisme avait sa source dans l’âme russe et dans la nature de la foi proslave. C’était « le négatif photographique du sentiment apocalyptique russe ».

Albert Camus (1913-1960), dans L’Homme révolté, en précise les contours. Il y décèle « le sentiment, qu’on retrouvera jusque chez Bakounine et les socialistes révolutionnaires de 1905 que la souffrance est régénératrice ». Le critique littéraire Vissarion Bielinski (1811-1848), l’un des représentants de ce mouvement, affirme qu’il faut détruire la réalité pour affirmer ce qu’on est : « La négation est mon Dieu. »

>>> Guerre en Ukraine, en direct : « L’armée russe détruit et tue simplement », déclare le président Zelensky après la mort de quinze civils, dont un enfant de 8 ans, près de Kharkiv

On lui confère, écrit Camus, « l’intransigeance et la passion de la foi ». C’est pourquoi « la lutte contre la création sera sans merci et sans morale ; le seul salut est dans l’extermination ». Selon le théoricien politique Mikhaïl Bakounine (1814-1876), « la passion de la destruction est une passion créatrice ». Sergueï Netchaïev (1847-1882), son compagnon, « a poussé la cohérence du nihilisme aussi loin qu’il se pouvait » : désormais « la violence sera tournée contre tous au service d’une idée abstraite » ; les chefs de la révolution doivent détruire non seulement les ennemis de classe, mais aussi leurs propres militants, s’ils dévient de la ligne imposée.

Une démarche pas rationnelle prête à tous les sacrifices

Bakounine a contribué autant que Marx à la doctrine léniniste – et par conséquent à l’idéologie soviétique dont Poutine est imprégné. A travers cette filiation, le nihilisme continue à inspirer les dirigeants actuels de la Russie. Du nihilisme au communisme, et de celui-ci au panslavisme qui motive l’invasion de l’Ukraine, c’est la même idée abstraite qui justifie une volonté de destruction « purificatrice », le parti pris de la table rase, de l’apocalypse comme idéal politique et religieux, du néant érigé en principe d’action.

C’est pourquoi il ne faut pas prendre à la légère la menace nucléaire agitée par les dirigeants russes. De l’anéantissement de l’autre à l’anéantissement universel qui implique l’anéantissement de soi, la frontière est mince. Le nihilisme, conclut Camus, « étroitement mêlé au mouvement d’une religion déchue, s’achève en terrorisme ». Chez tous les héritiers du nihilisme, « le goût du sacrifice coïncide avec l’attirance de la mort » ; « le meurtre s’est identifié avec le suicide ».

>>> Guerre en Ukraine : « Près de 30 % des routes, ponts, ports, chemins de fer, aéroports ont été détruits »

Comment faire face à une telle idéologie ? La réponse n’est pas évidente. Mais il faut en tout cas éviter de considérer Poutine et ses sbires comme des conquérants rationnels, qui calculeraient les bénéfices et les coûts d’une agression, tel Hitler. Il y a une filiation entre l’idéologie nihiliste qui a marqué la Russie au XIXe siècle et cette façon de mener la guerre. Comme toute foi, elle est prête à tous les sacrifices, y compris le sien.

>>> Pierre Lellouche : « Ce qui était, au départ, un conflit local limité à l’Ukraine est devenu une guerre par procuration, non déclarée, entre l’OTAN et la Russie »

En ce sens, elle relève davantage de la radicalité djihadiste, dont elle partage les modes d’action et de pensée. La seule différence entre l’une et l’autre est une différence d’échelle : le terrorisme poutinien est un terrorisme d’Etat, et d’un Etat qui dispose d’un arsenal nucléaire susceptible de provoquer l’anéantissement de l’humanité. Jamais auparavant celle-ci n’a été confrontée à une telle situation. En ce sens, la guerre ukrainienne est une nouveauté absolue dans l’histoire.


François Galichet, professeur honoraire à l’université de Strasbourg, auteur de : Qu’est-ce qu’une vie accomplie ? (Odile Jacob, 2020)

Histoire de la sexualité de Michel Foucault ( cliquer sur l'image ) | France culture 20 Juin 2022

Épisodes

1) Sea, sex and sun

>>> “La volonté de savoir”, pourquoi voulons-nous tout connaître du sexe ?

Le sexe est-il le problème fondamental que les hommes ont à résoudre ? C'est ce que pense Foucault, qui en 1976 fait paraître le 1er tome de l"Histoire de la sexualité". La sexualité que nous découvrons en nous nous appartient-elle ? Ou est-elle construite, comme tout mécanisme d'assujetissement ?

avec : Daniele Lorenzini (professeur de philosophie à l'université de Warwick (Royaume-Uni), spécialiste de l'oeuvre de Michel Foucault).


2) Le plaisir, une stylisation de soi ?

>>> "Histoire de la sexualité" de Michel Foucault, à quoi bon se maîtriser ?

Si la construction du "je" est le résultat de normes qui s'imposent à soi, le plaisir peut-il me faire devenir un sujet autrement ? C’est ce que nous enseigne Foucault : en envisageant des plaisirs qui contrecarrent nos désirs, en modifiant son rapport à soi, dans le jeu, peut-on se "créer" ?

avec : Michaël Foessel (philosophe, spécialiste de la philosophie allemande et de la philosophie contemporaine, et professeur à l'école Polytechnique).


3) “Le souci de soi”, pourquoi la sexualité n'est-elle pas qu'un plaisir solitaire ?

>>> “Le souci de soi”, pourquoi la sexualité n'est-elle pas qu'un plaisir solitaire ?

En 1984 paraît "Le souci de soi" : mais quel rapport entre le plaisir et le souci ? Comment le souci de soi peut-il organiser nos pratiques sexuelles et donner une direction morale et même politique à nos existences ?

avec : Judith Revel (philosophe et traductrice, professeure de philosophie contemporaine à l’université Paris Nanterre, spécialiste de Michel Foucault).


4) “Les aveux de la chair”, le plaisir est-il coupable ?

>>> “Les aveux de la chair”, le plaisir est-il coupable ?

Comment et pourquoi le plaisir sexuel est-il devenu coupable ? Et est-ce à force de culpabiliser le plaisir qu’on le provoque et l’intensifie ?

avec : Frédéric Gros (Philosophe, essayiste, professeur de pensée politique à Sciences-po Paris).

dimanche 19 juin 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Russie : autopsie d'un Empire, par Bernard Guetta | Radio France 24 Mars 2022

Dans cette série en 6 épisodes, Bernard Guetta analyse l'éclatement de l'Empire russe dont la guerre d'Ukraine est le fruit.

Épisodes


>>> 1861, la trop tardive abolition du servage par le tsar Alexandre II (1/6)

Milieu XIXe siècle, la Russie tsariste se réforme et disparaît 60 ans plus tard au profit de l'URSS suite à la révolution de 1917. Un empire soviétique qui, après Staline, multiplie aussi les réformes, et s'effondre en 1991. Retour sur les grandes dates contemporaines qui ont fait l'histoire russe.


>>> 1991, l’année où Eltsine défait l’URSS pour s’emparer du Kremlin (2/6)

Boris Eltsine aurait-il acté la dislocation de l’URSS par les Accords de Minsk, sans même entrevoir les enjeux que cette libéralisation entrainerait sur le long terme, avec l'entrée de la Russie dans l'économie de marché et le rapprochement des ex-républiques vers l'OTAN ?


>>> 1956, la déstalinisation ébranle la foi communiste et fait trembler le bloc soviétique (3/6)

Il y a eu un pendant et un après Staline, dont la mort a été déterminante dans l'esprit géopolitique de l'URSS jusqu'en 1991. Le pays a longtemps nourri le souvenir d'une grande Russie, avant la libéralisation progressive de l'appareil soviétique et la dislocation de son empire territorial.


>>> 1968, l’année où le communisme cesse de faire rêver la jeunesse (4/6)

Pourquoi est-ce en 1968, que le communisme a cessé de faire rêver après avoir si longtemps été la religion du siècle ? Une année révolutionnaire qui a marqué le coup d'arrêt de l'influence géopolitique que la Russie exerçait jusque-là sur une grande partie du monde.


>>> 1980, l’année du premier syndicat libre du bloc soviétique (5/6)

Dans quelles circonstances la République populaire de Pologne parvient-elle à s'affranchir de l'URSS et à rompre progressivement avec le communisme soviétique ? Comment le syndicat "Solidarnosc" a permis de faire prévaloir la libéralisation et la transition pacifique du pays vers la démocratie ?


>>> 1985, l’année où Gorbatchev avait rêvé de sauver la Russie de la faillite communiste (6/6)

Analysons pourquoi il faudra encore du temps à la Russie pour s’ancrer définitivement dans cette modernité dont elle est en quête depuis la libéralisation engagée par Mikhaïl Gorbatchev en 1985. Car sortir pacifiquement du communisme devait nécessairement prendre plus de temps que prévu.


L'équipe

Bernard Guetta, Production

Frédéric Milano, Réalisation

Anna Massardier, Collaboration

jeudi 5 mai 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Dans la tête de Friedrich Hayek ( Cliquer sur l'image ) | France culture 05/05/2022

"La société n'existe pas" : cette phrase prononcée par Margareth Thatcher en 1987 est en réalité empruntée à un économiste autrichien : Friedrich von Hayek. Trente ans après sa mort, le penseur d'obédience libérale exerce encore une grande influence sur les idées économiques...

À retrouver dans l'émission ENTENDEZ-VOUS L'ÉCO ? par Tiphaine de Rocquigny

TOUS LES ÉPISODES


>>> La psychologie au service du libéralisme

Et si l’on savait moins de choses que l'on en ignorait ? C'est l'une des questions fondamentales de Friedrich August von Hayek, qui structure sa théorie économique. On revient sur son épistémologie, l'influence de la psychologie sur son oeuvre et ses influences philosophiques...


>>> Un économiste paria

A partir de la crise de 1929, Hayek mène avec acharnement une double lutte, contre l’interventionnisme keynésien d’une part, contre le socialisme de l’autre. C'est grâce à ces controverses qu'il se forge un nom en économie, mais qu'il devient aussi, peu à peu, isolé des cercles académiques.

jeudi 28 avril 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ La déclaration de Vladimir Poutine devant les députés russes | BFMTV 27 avr. 2022

"Némésis", Déesse de la Vengeance des dieux, dans la mythologie grecque




Le président russes s'est exprimé devant les députés à Saint-Pétersbourg. Il a affirmé que les sanctions économiques contre son pays avaient échouées et que toutes les armes seraient utilisées si nécessaire.

dimanche 6 mars 2022

Trouble de la Personnalité Paranoïde (TPP) | Point de vue 6 oct. 2020


Les troubles de la personnalité paranoïde se caractérisent par une tendance omniprésente à la  méfiance et à la  suspicion injustifiées des autres qui mène à interpréter leurs motifs comme malveillants...

jeudi 3 mars 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Pierre Bourdieu ( Cliquer sur l'image ) | France culture 17/03/2021

"Ne quittez pas l’écoute" : en 1977, Pierre Bourdieu était interrogé par Françoise Malletra et les auditeurs de France Culture sur la sociologie ainsi que l'égalité ou l'inégalité des chances en matière d'éducation, un dialogue diffusé pour la première fois le 26 septembre 1977.

À retrouver dans l'émission LES NUITS DE FRANCE CULTURE par Philippe Garbit

TOUS LES ÉPISODES


∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ >>> "Egalité ou inégalité des chances en matière d'éducation ? " Pierre Bourdieu répond aux auditeurs

"Ne quittez pas l’écoute" : en 1977, Pierre Bourdieu était interrogé par Françoise Malletra et les auditeurs de France Culture sur la sociologie ainsi...


∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ >>> Pierre Bourdieu : "Le fait qu'une partie de la classe soit éliminée par le système scolaire est important pour accréditer l'idée de l'équité du système scolaire"

"Ne quittez pas l’écoute" : en 1977, Pierre Bourdieu était interrogé par Françoise Malletra et les auditeurs de France Culture sur la sociologie ainsi...


vendredi 21 janvier 2022

Histoire de la sexualité, entre plaisir et contraintes ( Cliquer sur l'image ) | France culture 20/01/2022

Scène érotique entre un satyre et une nymphe,
 mosaïque de la Maison du Faune,
 Pompéi, Italie
De l’érotisme en toge à la chair qui devint péché, comment fut régulée la sexualité ? Quant au libertinage, quels désirs l’ont conduit de la liberté politique à la licence sexuelle ? Une histoire de la sexualité, à la redécouverte du désir féminin, entre imaginaire et entraves !

À retrouver dans l'émission LE COURS DE L'HISTOIRE par Xavier Mauduit

TOUS LES ÉPISODES


>>> Érotique en toge, réguler le désir dans la Rome antique

La sexualité romaine avait-elle des tabous ? Qui pouvait avoir des relations sexuelles avec qui ? À quoi servait la pornographie sur les murs de Pompéi...


>>> Église et sexualité, quand la chair devint péché

Le christianisme a une influence majeure sur l'ordre sexuel au Moyen Âge. Notion de péché, précepte du mariage, valorisation de la procréation président...


>>> Libertinage, de la liberté politique à la licence sexuelle

Ils font preuve d'audace de la pensée, s'affranchissent du dogme religieux et promeuvent un nouvel art d'aimer, qui sont les libertins et libertines ?...


>>> Histoire du désir féminin, entre imaginaires et entraves

La sexologie, sous le prisme d'un regard masculin et hétérosexuel, fait ses débuts au XIXe siècle. La science médicale relaie l’Église pour départager...

lundi 3 janvier 2022

"Don't look up" : fin de l'imaginaire ou imaginaire de la fin 02/01/2022

A l'occasion de la sortie du film "Don't look up" d'Adam Mckay, Signes des temps se penche sur les récits de fin du monde, fiction d'hier, réalité d'aujourd'hui.

Astéroïde fonçant sur la terre












À retrouver dans l'émission SIGNES DES TEMPS par Marc Weitzmann

Les invité.e.s du jour

Marc Weitzmann reçoit

  • Bruno Tertrais, politologue spécialiste de l'analyse géopolitique et stratégique, et directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.
  • Murielle Joudet, critique de cinéma
  • Anne-Lise Melquiond, professeure d'histoire et autrice d'une thèse intitulée "Apocalypse et fin du monde dans les séries télévisées américaines"

Ceux d’entre nous qui sont abonnés à Netflix ont pu passer leurs réveillons de Noël et du Nouvel ans calfeutrés chez eux, prudemment protégés du Covid, d’abord devant les images des chaines d’infos montrant tour à tour les ravages du variant Omicron puis les baigneurs des plages d’Espagne et du Pays Basque se baignant le 31 décembre par des températures oscillant entre 22 et 25°, avant de passer sur la plate-forme pour s’amuser au spectacle de l’apocalypse qu’est Don’t Look up, proposé par Netflix pour les fêtes avec un sens de la contre-programmation génial puisque la satire d’Adam McKay avec Leonardo DiCaprio, Jennifer Lawrence, Meryl Streep et Cate Blanchet sortie le jour du réveillon, trône tout simplement en tête du top 10 des programmes les plus vus actuellement sur la plateforme.

On pourrait dire que par une curieuse mise en abîme, la seule existence de ce film, qui raconte comment deux astronomes ayant découvert une comète s’apprêtant à détruire la terre dans les six mois, vont se heurter à l’inertie et l’aveuglement des politiques des médias et de l’opinion lorsqu’ils vont vouloir donner l’alerte, avant d’être eux-mêmes pris dans la folie collective, renvoie aux spectateurs le spectacle amusant de leur propre impuissance face à la catastrophe qui vient.

Mais la catastrophe vient-elle vraiment ou l'apocalypse est-elle devenue l'indispensable horizon qui nourrit notre imaginaire aujourd'hui ?

BIBLIOGRAPHIE

L'Apocalypse n'est pas pour demain. Pour en finir avec le catastrophisme.

Bruno Tertrais

Denoël, 2011



Apocalypse show, quand l'Amérique s'effondre

Anne-Lise Melquiond









INTERVENANTS

  • Bruno Tertrais, Politologue spécialiste de l'analyse géopolitique et stratégique, et directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.
  • Murielle Joudet, Critique de cinéma
  • Anne-Lise Melquiond, Professeur d'Histoire et Géographie, spécialiste des séries américaines

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ DERRIERE NOS ECRANS DE FUMEE (THE SOCIAL DILEMMA) sur NETFLIX | Mister Culture Critique & ANALYSE 16 sept. 2020


Voici la critique du nouveau documentaire original de Netflix "DERRIERE NOS ECRANS DE FUMEE"  (THE SOCIAL DILEMMA) qui porte un discours important sur les dérives provoquées par certains mécanismes des plateformes numériques et l'utilisation à outrance de leurs outils. 

Regardez Netflix sur votre TV.
Regardez Netflix sur votre Smart TV, PlayStation, Xbox, Chromecast, Apple TV, lecteurs Blu-ray et bien plus.


Le documentaire « The Social Dilemma »Savais-tu que les réseaux sociaux se battent pour avoir ton attention ?

Ben oui! Et c’est d’ailleurs un des aspects que montre le documentaire « The Social Dilemma » (« Derrière les écrans de fumée »). Sam-Éloi te fait un résumé de ce documentaire qui risque de te faire réfléchir sur ton utilisation des réseaux sociaux.

MISE À JOUR : le 2 octobre, Facebook a réagi au documentaire. « Nous devrions avoir des conversations sur l'impact des médias sociaux sur nos vies », a écrit le réseau social. Toutefois, il juge que le film exagère et il le juge trop critique envers Facebook. Dans sa réaction, Facebook mentionne sept éléments où le documentaire se trompe, selon lui. Par exemple, au sujet des fausses nouvelles. Facebook dit les combattre grâce à des partenaires qui sont là pour vérifier les faits.


Antivax - Les marchands de doute | ARTE 15 déc. 2021

Comment se propagent le refus de la vaccination contre le Covid-19 et les théories aussi fantaisistes que complotistes qui l’accompagnent ? Une incursion éclairante au coeur de la galaxie antivax, auprès de ses adeptes et de ses réseaux d’influence.

Alors que se déroule la plus grande campagne de vaccination de l’histoire, la contestation enfle partout dans le monde. Suscitant espoir mais aussi crainte et colère, les injections anti-Covid fracturent l'opinion. Victime de ses succès, qui rendent le danger moins tangible, critiquée pour ses effets secondaires, la vaccination, qui engage de manière intime la confiance des citoyens dans les institutions, s'est toujours attiré des adversaires. Reste que le mouvement antivax, ultraminoritaire, mais très actif, prospère aussi sous l’influence de personnalités parfaitement intéressées à qui la pandémie actuelle offre un tremplin. Figure de proue du mouvement, Andrew Wakefield, un gastro-entérologue britannique radié en 2010, s'est fait connaître par une étude frauduleuse, publiée dans "The Lancet" en 1998, établissant un lien entre le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et l’autisme. Le scandale qui a suivi va paradoxalement lui donner des ailes. Il quitte l’Angleterre pour les États-Unis, où il monte un business en exploitant les peurs liées à la vaccination. Aujourd'hui, Wakefield, devenu prospère jet-setteur, et ses pairs, comme le producteur Del Bigtree, surfent sur l’épidémie de Covid-19 et sèment la désinformation en propageant des théories complotistes sur les réseaux sociaux afin de faire basculer les hésitants dans le camp de l’opposition vaccinale systématique.

Propagande et récupération

Cette enquête au cœur du mouvement antivax, tournée entre les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, lève le voile sur le commerce lucratif de traitements alternatifs dangereux, des levées de fonds au profit de causes douteuses, une redoutable machine de propagande et des partis extrémistes en embuscade. Un aréopage de scientifiques, lanceurs d’alerte ou journalistes, parmi lesquels Fiona Godlee, la rédactrice en chef du "British Medical Journal "qui a révélé l’imposture de Wakefield, apporte un regard critique sur ce mouvement. Le film fait aussi entendre les doutes de ceux qui, sans être complotistes, rejettent les vaccins, les accusant de causer plus de dommages qu’ils ne permettent d’en éviter, avec, en contrepoint, le témoignage d’une jeune femme restée paraplégique après une rougeole contre laquelle elle n’avait pas été vaccinée. Sans exprimer de ressentiment vis-à-vis de ses parents, elle indique néanmoins que "c’est trop bête de laisser le hasard choisir quand il y a des solutions".

Antivax - Les marchands de doute
Documentaire (France/Royaume-Uni, 2021, 1h30mn)

lundi 27 décembre 2021

Le mystère Héraclite ( Cliquer sur l'image ) | France culture 07/06/2021

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> Portrait d’un philosophe en feu

L'Obscure, le solitaire, celui pour qui le feu est le principe originel de toute chose, a suscité nombre d'incompréhensions. L'énigmatique Héraclite, nous...


>>> Quand Nietzsche rit, Héraclite pleure

Héraclite en pleurs, sidéré devant le flux du devenir. C'est comme ça qu'il est le plus souvent représenté. Ses larmes ont largement marqué les philosophes...


>>> L’impossible rencontre avec le réel

Dans ses fragments, Héraclite soutient l'idée que nous sommes séparés du langage, mais alors, pourquoi a-t-il écrit ? Et si tout langage est voué à l'échec,...


>>> Héraclite sur la route de l’Inde

Pour le penseur indien, Shri Aurobindo, Héraclite se rapproche davantage de la pensée indienne que de la philosophie occidentale contemporaine. Héraclite...


>>> Le rire de Démocrite et le pleurer d’Héraclite. La représentation des philosophes de l’Antiquité dans la littérature des Siècles d’or

dimanche 26 décembre 2021

Du mode d’existence des déchets ( Cliquer sur l'image ) | France culture 03/12/2021

Du mode d’existence des déchets
Vous auriez pu laver cette tasse qui traîne sur votre bureau, avec un peu de café au fond... Mais vous ne l'avez pas fait, car n'est-ce pas fascinant d'observer ce lent dessèchement, ce petit îlot de saleté dont la progression ne dépend pas de vous ? Car c'est bien la question que posent les déchets : le sale, le contaminé, le dégradé, la vermine. Quel est leur mode d'existence ? Quelle est leur consistance dès lors qu'on accepte de les considérer ? Leur consistance n'est-elle qu'altération et pourrissement ? Leur essence est-elle véritablement de ne pas être ?

Quatre émissions pour penser les déchets :

  •  Être ou ne pas être, qu’est-ce qu’un déchet ?  
  •  Splendeurs et misères d’un sac plastique  
  •  Rampante, grouillante, pullulante, éloge de la vermine  
  •  Extension du domaine du propre

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> Être ou ne pas être, qu’est-ce qu’un déchet ?

Comment expliquer une telle présence des déchets mais une telle absence de réflexion sur ceux-ci ? Comment le déchet nous permet-il de comprendre la place...


>>> Splendeurs et misères d’un sac plastique

Pour Michel Serres, être humain signifie laisser des traces, dont sature aujourd'hui notre monde, jonché de sacs plastique qui font le lien entre la promesse...


>>> Rampante, grouillante, pullulante, éloge de la vermine

La vermine est insaisissable, désordonnée, gesticulante, singulière et plurielle, répugnante. Dans les arts, dans la littérature, elle révèle le monde...


>>> "Montaigne fut le premier à dire : je ne supporte pas ma transpiration"

L'historien Georges Vigarello retrace l'histoire de l'hygiène, mouvante au fil des époques, comme au 16ème siècle où l'on proscrivait l'eau pour la toilette,...