Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures.

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dimanche 5 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Qu'est-ce qu'un gentleman ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 03/09/2021

À retrouver dans l'émission SANS OSER LE DEMANDER par Matthieu Garrigou-Lagrange

Le gentleman est cette figure emblématique du 19ème siècle qui combat la banalité du monde sur le terrain du style, mais pas que. Il fait de sa quête de raffinement une arme contre l'ennui et le secret d'une authentique et originale liberté.

Illustration de deux gentlemen en costume
à rayures se promenant dans la rue
pendant l'ère victorienne, 1890.

Matthieu Garrigou-Lagrange s'entretient avec l'historien de la mode Farid Chenoune, auteur du livre illustré « Des modes et des hommes. Deux siècles d’élégance masculine » et le romancier et critique d'art Sean Rose, qui vient de publier dans les Lettres à un jeune londonien de William Makepeace Thackeray une postface intitulée « Une question d’attitude. Du gentilhomme au gentleman ».

Avez-vous déjà croisé un vrai gentleman ? Et si oui, à quoi ressemblait-il, ou elle ? Est-ce que le règne des gentlemen ne s'est pas éteint au début du XXème siècle ?  Cette émission sera l'occasion pour vous de découvrir les aspects moins connus de ce symbole de l'élégance "à l'anglaise" si souvent confondu avec le dandy et le snob.

Le gentleman ne se limite pas à soigner son apparence ni à parcourir les salons mondains. Il semblerait même que ce soit tout l'inverse. S'il peaufine à l'excès sa manière de s'habiller, ce n'est pas pour la commenter ni pour s'en vanter, mais pour témoigner de qui il est au fond. Ce désir de distinction n'est pas l'apanage d'un orgueilleux ou d'un privilégié. S'il suffisait d'être noble ou de se vêtir à la dernière mode, on ne comprendrait pas comment il a pu séduire autant les esprits de son temps jusqu'à devenir encore aujourd'hui une sorte de mythe. Si l'on veut saisir l'essence propre du gentleman, on la trouvera bien plutôt dans une qualité de présence discrète et humble, dans une attitude irréprochable, dans ce parfait équilibre entre l'humilité qu'il renvoie et le respect qu'il suscite, et surtout, dans cette profonde absence de contrainte qu'il manifeste à chacun de ses gestes. En effet, c'est avec un naturel déconcertant qu'il s'emploie à frôler la perfection en tout lieu et à toute heure. 

Mais quand on a dit ça, a-t-on tout dit ? Bien au contraire, car ce n'est pas qu'un comportement mais tout un art de vivre qui atteint les zones les plus intimes et les plus complexes de sa personnalité. Et surtout, il est loin d'être cette nature consensuelle et politiquement correcte qu'on voudrait bien lui prêter...

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ L'invention de l'école ( Cliquer sur l'image ) | France culture 02/09/2021

À retrouver dans l'émission SANS OSER LE DEMANDER par Matthieu Garrigou-Lagrange

Est-ce que c’est Charlemagne « qui a eu cette idée folle d’inventer l’école » ?

Salle de classe dans une école à Paris,
France en 1957

Matthieu Garrigou-Lagrange s'entretient avec Claude Lelièvre, historien de l'éducation et auteur d'une dizaine d’ouvrages portant sur l’histoire de l’école française parmi lesquels le récent essai « L’école d’aujourd’hui à lumière de l’histoire », paru en 2021 aux éditions Odile Jacob

C’est ce jeudi qu’est programmée la rentrée scolaire en France pour environ 12,4 millions d'élèves… Que tous les enfants aillent à l’école nous semble être une évidence. Et pourtant, rien n’a été plus compliqué à mettre en place, puisque ce n’est qu’en 1882 que « l’instruction », et non pas l’école, est rendue obligatoire avec la loi de >>> Jules Ferry… Alors à quoi pouvait bien ressembler l’école au IVème siècle ? Ou pendant les guerres de religion ? Ou sous Napoléon ?

Si l’école a longtemps été mise au service de l’Eglise et de l’Etat, dans l’intention de former de « vrais adorateurs de Dieu » et de « bons citoyens », comment s’est-elle progressivement émancipée de ces tutelles ? Et comment peut-on penser sous une même notion la formation rudimentaire que recevaient les enfants pauvres en milieu rural et l’éducation sophistiquée des nobles dans les beaux quartiers ? 

>>> Régime républicain en France

>>> Histoire de la laïcité en France

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ De la démocratie en loge | LES AMIS PHILOSOPHES REIMS 11 mai 2017

Il m'est arrivé maintes fois d'entendre des frères m'expliquer que la vie en loge n'avait rien de démocratique. 

Selon eux, la démocratie relève du profane et n'a donc pas de place en franc-maçonnerie parce qu'elle implique un électoralisme de mauvais aloi contraire à fraternité, laquelle doit reposer sur la confiance et le consensus. Dans une société initiatique, il faut se reposer sur les frères les plus éclairés et les plus sages. 

C'est traditionnel affirment-ils.

Traditionnel ? Voyons si c'est le cas...

Les lecteurs réguliers de ce blog savent que j'aime compulser les vieux bouquins que personne ne lit plus. En bien j'en ai trouvé un très intéressant qui a été écrit et publié en deux tomes à Paris en 1784 par Jean-Pierre-Louis de Beyerlé (1738-1805). Il s'intitule Essai sur la Franc-Maçonnerie ou du but essentiel ou fondamental de la Franc-Maçonnerie ; de la possibilité et de la nécessité de la réunion des différents systèmes ou branches de la Maçonnerie ; du Régime convenable à ces systèmes réunis, et des lois maçonniques. Un titre à rallonge tel qu'on les affectionnait au dix-huitième siècle.

Quelques mots sur l'auteur. Jean-Pierre-Louis de Beyerlé était un juriste qui a commencé sa carrière comme avocat. Il est devenu après conseiller au parlement de Metz, puis de Nancy. Je suppose qu'il avait des liens de parenté avec Jean-Louis de Beyerlé (1709-1786) directeur de la monnaie de Strasbourg et conseiller du roi Louis XVI. Sur le plan maçonnique, Jean-Pierre-Louis de Beyerlé a été un temps membre de la cinquième province de la Stricte Observance Templière sous le nom d'Eques a Fascia avant de s'en éloigner pour rejoindre le régime écossais rectifié. Il a été ensuite le vénérable de la loge L'Auguste Fidélité à l'orient de Nancy et il a présidé la Grande Loge Ecossaise de Lorraine. Installé à Paris à partir des années 1780, Beyerlé s'est ensuite affilié à la loge La Réunion des Etrangers sous l'obédience du Grand Orient de France. Il a enfin rejoint les chapitres parisiens deLa Réunion des Etrangers et des Amis réunis au rite français.

Voici donc ce qu'on peut lire dans l'ouvrage de Beyerlé (tome 1, p. 140 et suivantes) :

« Il est surprenant que le despotisme ose s'introduire dans une Société qui est fondée sur deux bases aussi solides que l'égalité & la liberté. S'il y avait un peuple de Dieux, il se gouvernerait démocratiquement, dit le fameux Citoyen de Genève [Jean-Jacques Rousseau] ; mais il ajoute, un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes ; & moi je dis, si les francs-maçons étaient véritablement francs-maçons, aucun gouvernement ne leur conviendrait mieux : & comme on travaille à les rendre tels, le gouvernement démocratique est le seul qui leur convienne. Mais ce n'est pas encore là la seule raison qui doit faire pencher la balance en faveur de ce gouvernement. Tous les Francs-Maçons ne font qu'un seul Corps ; ils sont épars dans les différents gouvernements, ils doivent obéissance aux Puissances de ces différents gouvernements. ; s'ils étaient gouvernés despotiquement ou monarchiquement par les chefs de l'Ordre Maçonnique, les ordres de deux Maîtres pourraient se trouver en contradiction, ce qui est contraire à l'Ordre général ; le gouvernement démocratique, au contraire, leur laisse l'obéissance à la Puissance territoriale ; le Souverain sous lequel naît un Maçon, a son premier serment d'obéissance. Aussi existe-t-il une loi Maçonnique de toute ancienneté, qui astreint le Maçon à l'obéissance à son Souverain & aux lois de la Patrie ; il y a plus encore : c'est que les devoirs maçonniques étant de pure moralité, le Corps maçonnique n'ayant aucun droit sur le temporel, le gouvernement maçonnique devient un gouvernement de persuasion, ce qui est absolument contradictoire avec le despotisme qui est un gouvernement de caprice.

La soumission aux lois Maçonniques est libre ou volontaire, on peut s'y soustraire en renonçant aux droits Maçonniques ; cette soumission subsiste tant que la loi est juste ; mais c'est à celui qui consent à se soumettre à une loi, à la former, lorsqu'elle n'existe pas, & à l'approuver lorsqu'elle existe ; il ne peut la rejeter lorsqu'elle est utile, honnête et juste, & il doit y obtempérer ; & s'il refuse de le faire, il cesse d'être membre du Corps, parce qu'il n'en a plus le caractère distinctif. Le despotisme est donc un gouvernement qui répugne à l'essence même de la Société Maçonnique.

Comme se trouve-t-il des Maçons qui osent gouverner tyranniquement leurs égaux, s'approprier un pouvoir illimité, une autorité sans bornes, une inamovibilité dangereuse ?

N'abusez pas de vos places, prouvez que vous en êtes plus dignes que d'autres, & l'on se gardera de vous ôter des dignités que vous honorez.

La loi, la loi juste, est le seul despote qu'un Maçon doive reconnaître en Loge (si l'on peut appeler despote ce qui n'est que maître). Hors de la Loge, sujet fidèle & respectueux, il obéit à son Souverain, à la Patrie, & il lui obéit avec d'autant plus d'affection, qu'il sent que le bonheur du genre humain dépend, en partie, de la soumission qu'on rend aux Princes sous lesquels on est né. »

Et cet autre passage (tome 2, p. 27) :

« L'administration d'une loge n'est pas confiée à un seul homme. Dans une démocratie, on se tient toujours en garde contre le despotisme, & l'on est assuré d'en éviter les chaînes ; lorsque la puissance législative ne cesse d'appartenir à tous ; & que la puissance judiciaire est confiée à plusieurs. »

Voici les idées principales à retenir chez Beyerlé sur le thème de la démocratie en loge. Idées formulées, je le souligne à nouveau, en 1784, soit cinq ans avant la Révolution française. Beyerlé s'inscrit dans le sillage de la réforme maçonnique amorcée en 1773 avec la création du Grand Orient de France (élections libres des officiers et des vénérables).

1°) La franc-maçonnerie est un ordre universel (un corps) présent dans de nombreux Etats et régi selon des lois communes. En revanche, les Etats sont gouvernés par différents Souverains selon des lois particulières.

2°) Le franc-maçon n'est pas dans une situation de double allégeance : s'il a librement prêté serment en loge, il demeure néanmoins un sujet respectueux du Souverain, c'est-à-dire du pouvoir légitime même s'il ne l'a pas choisi. En revanche, le franc-maçon choisit les responsables de sa loge et se place librement sous leur autorité.

3°) La franc-maçonnerie ne peut avoir un fonctionnement despotique, sinon le franc-maçon serait en porte à faux vis-à-vis du pouvoir profane (qui peut être éventuellement despotique). La franc-maçonnerie n'est pas une autorité concurrente au Souverain.

4°) L'obligation de respecter les lois du Prince est extérieure au franc-maçon comme à tout autre homme. Les lois du Prince peuvent être justes ou injustes. En revanche l'obligation de respecter les lois de la franc-maçonnerie est intérieure au franc-maçon parce qu'il s'y soumet librement et parce qu'il contribue, avec ses frères, à forger ces lois dans un esprit d'égalité, de liberté et de justice.

5°) La loi maçonnique juste, utile et honnête naît de la loge administrée démocratiquement.

Evidemment, cette analyse porte la marque du dix-huitième siècle mais elle démontre que les préoccupations démocratiques faisaient leur chemin au sein des loges de cette époque. Ces préoccupations ont certainement contribué à l'émergence d'idées nouvelles et à l'éclosion d'un désir d'émancipation philosophique et politique.

En conclusion, quand vous entendrez un frère (ou une soeur) affirmer péremptoirement en loge ou ailleurs que la démocratie est un référentiel profane qui n'a pas sa place en franc-maçonnerie, parlez-lui de Beyerlé car ce dernier, bien que largement oublié aujourd'hui, fait aussi partie de la tradition maçonnique.

Discours de la servitude volontaire - La Boétie ( Cliquer sur l'image ) | France culture 02/11/2017

À retrouver dans l'émission
LE GAI SAVOIR par Raphaël Enthoven

Comment la servitude peut-elle être volontaire? Comment peut-on avoir le désir de se soumettre ? 

Autant vouloir ne plus vouloir, ou réclamer librement de porter des chaines aux pieds. Pourtant, c’est comme ça que ça marche: telle est l’étrange et imparable leçon du discours de la servitude volontaire.

Telle est l’étrange et imparable leçon du discours de la servitude volontaire.

" Chose vraiment surprenante (...) c'est de voir des millions de millions d'hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu'ils soient contraints par une force majeure, mais parce qu'ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d'un, qu'ils ne devraient redouter, puisqu'il est seul, ni chérir, puisqu'il est, envers eux tous, inhumain et cruel. "

Texte bref, parfaitement construit, scintillant, paradoxal et beaucoup plus conservateur qu’on n’a voulu le penser, le Discours de la servitude volontaire d’Etienne de la Boétie est un mode d’emploi pour ne pas être dupe du pouvoir, car ce n’est pas en luttant contre la tyrannie qu’on parvient à l’abattre, mais en comprenant ses mécanismes qu’on parvient à ne pas la subir, ni la désirer. Ecoutez la parole de celui qui n’a que 16 ans quand il rédige ce texte plein de sagesse.

mardi 31 août 2021

Yourcenar, décidément ( Cliquer sur l'image ) | France culture 28/08/2021

À retrouver dans l'émission CONCORDANCE DES TEMPS par Jean-Noël Jeanneney

En compagnie d'Henriette Levillain, Jean-Noël Jeanneney revient ce matin sur l'itinéraire personnel et le destin littéraire de Marguerite Yourcenar, la "romancière-historienne"...

Marguerite Yourcenar chez elle à Northeast Harbor
dans le Maine aux Etats-Unis

REDIFFUSION DU 24 AVRIL 2021

Nous lui devions bien cela. Voilà plus de vingt ans que la voix de Marguerite Yourcenar est convoquée, comme elle vient de l’être à l’instant, à la fin du générique de notre émission, pour affirmer l’intérêt que présentent les multiples rapprochements qu’il est loisible de faire entre le présent et le passé. 

Donc nous allons parler d’elle ce matin, et ce sera avec d’autant plus d’élan qu’elle n’a guère cessé, parmi tous les nombreux commentaires qu’elle a donnés de son œuvre, de la situer délibérément à la rencontre des chroniques anciennes et de ce qui était de son temps. Ses nombreux entretiens dans les journaux, à la radio ou à la télévision, en gardent la trace vivante. 

Elle s’est voulue, je la cite, « romancière-historienne », autrement dit, je la cite encore, « un pied dans l’érudition, l’autre dans la magie […] qui consiste à se transporter en pensée à l’intérieur de quelqu’un » - de quelqu’un d’autrefois, à partir d’aujourd’hui. 

De cette détermination ses livres témoignent à profusion, au premier rang desquels flamboient Les Mémoires d’Hadrien, pour l’antiquité romaine, et L’Œuvre au noir, pour la Renaissance, mais aussi ses nouvelles, ses mémoires et ses multiples essais. 

Henriette Levillain, professeur émérite de littérature comparée à Paris-Sorbonne, a signé voici quelques années un livre précieux, un livre limpide sur Marguerite Yourcenar. Je vais donc la prier d’éclairer, sous l’angle qui est le nôtre, cet itinéraire personnel et ce destin dans les lettres. 

Sans nous interdire, bien sûr, en second rebond, trente-quatre ans après sa mort, de nous demander quelle peut être l’actualité de son regard quant à notre monde en tumulte, à la nature mise en péril, à la condition des femmes, aux mœurs littéraires ou encore aux pratiques du pouvoir politique lorsqu’il se déploie selon tous ses avatars.

ARCHIVES DIFFUSÉES

  • Interview de Marguerite Yourcenar à l'occasion du Prix Fémina qui lui a été décerné pour L'Oeuvre au Noir, le 1er décembre 1968.
  • Interview de Marguerite Yourcenar par Jean Montalbetti (à propos de son père), dans "L'invité du lundi" sur France Culture, le 21 novembre 1977.
  • Lecture d'un extrait de Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar (paru en 1951) par Paul-Émile Deiber, dans "Un livre, des voix" de Pierre Sipriot, sur France Culture, le 13 mai 1977.
  • Lecture d'un extrait de L'Oeuvre au Noir de Marguerite Yourcenar (paru en 1968) par Guillaume Gallienne et Julie Andrieu, dans "Ça peut pas faire de mal" sur France Inter, le 15 avril 2012.
  • Extrait du discours de réception à l'Académie française de Marguerite Yourcenar, le 22 janvier 1981.
  • Interview de Marguerite Yourcenar par Jean Montalbetti (à propos du mouvement féministe), dans "L'invité du lundi" sur France Culture, le 21 novembre 1977.

BIBLIOGRAPHIE

  • Henriette Levillain, Yourcenar. Carte d'identité, Fayard, 2016.
  • Josyane Savigneau, Marguerite Yourcenar. L'invention d'une vie, Gallimard, 1993 (réédité depuis).
  • Marguerite Yourcenar, Les yeux ouverts : entretiens avec Matthieu Galey, Bayard, 1997. 
  • Marguerite Yourcenar, Essais et mémoire, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1991.
  • Henriette Levillain, Saint-John Perse, Fayard, 2013. 

L’art des Lumières : fabrique de la race ( Cliquer sur l'image ) | France culture 14/08/2021

À retrouver dans l'émission CONCORDANCE DES TEMPS par Jean-Noël Jeanneney

En compagnie de l'historienne de l'art Anne Lafont, Jean-Noël Jeanneney se penche ce matin sur le regard de domination qu’une société a porté à travers ses artistes sur celles et ceux qu’elle avait, pour une grande part, esclavagisés.

"Portrait d'une négresse", plus tard renommé
"Portrait d'une femme noire" ou
"Portrait de Madeleine",
tableau peint par la peintre française
Marie-Guillemine Benoist en 1800
(Musée du Louvre).

REDIFFUSION DU 5 DÉCEMBRE 2020

L’année dernière, à l’époque où l’on pouvait – vous vous le rappelez peut-être- visiter librement et à loisir les expositions, le musée d’Orsay, à l’initiative de sa présidente Laurence des Cars, en a présenté une qui était magnifique. Cette manifestation s’intitulait « Le modèle noir de Géricault à Matisse ». Son succès a été éclatant auprès d’un public qui s’est élargi et rajeuni au-delà de la fréquentation ordinaire. Pap Ndiaye, familier de cette émission, l’auteur d’un livre déjà classique, La Condition noire, était l’un des commissaires. 

Il était accompagné dans cette tâche, notamment, d’Anne Lafont, que j’ai invitée ce matin. Car il se trouve qu’elle a, comme directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, produit des travaux remarquables dans ce champ :  le champ des relations entre d’une part la notion de la race, une notion que nous savons si problématique, et d’autre part l’histoire de l’art, qu’elle élargit, à bon escient, à l’ensemble des représentions visuelles. 

Son livre majeur s’intitule en effet L’Art et la race, l’Africain contre l’œil des Lumières. Elle a braqué son attention sur un siècle, le XVIIIe, antérieur à celui que couvrait l’exposition de 2019.  Mais nul doute qu’entre racisme et racialisme, les débats contemporains sont faits pour conférer à cette période aussi, sous l’angle de l’art, une portée non moins essentielle. Il s’agit, comme elle l’écrit, de considérer, je la cite, « un imaginaire qui a traversé les époques, parfois jusqu’aujourd’hui ». 

Nous allons considérer avec elle le regard de domination qu’une société a porté, jusqu’à la Révolution comprise, à travers ses artistes, sur celles et ceux qu’elle avait, pour une grande part, esclavagisés. Non sans que divers créateurs aient porté, dès cette époque, de diverses façons, des protestations et des indignations qui trouvent, elles aussi, leur écho en notre temps.

ARCHIVES SONORES

  • Lecture du poème "Femme noire" de Léopold Sédar Senghor (recueil Chants d'ombre, 1945).
  • Extraits d'une causerie de Paul Ostoya sur le physicien et naturaliste Paul Louis Moreau de Maupertuis (dissertations sur l'origine des noirs, 1744), dans l'émission "Heure de culture française", le 4 août 1959.
  • Interview de Joséphine Baker (sur son arrivée en France en 1924), RTF, le 10 décembre 1953.
  • Reportage de Céline du Chené au Musée de l'Homme sur le moulage du corps de la Vénus hottentote, diffusé dans l'émission La marche des sciences d'Aurélie Luneau, sur France Culture, le 18 novembre 2010.
  • Lecture d'un texte de l'abbé Grégoire (Mémoire en faveur des gens de couleur ou sang-mêlé de St-Domingue et des autres îles françaises de l'Amérique), adressé à l'Assemblée nationale le 3 décembre 1789, par Bernard Jouanneau, sur France Culture, le 10 décembre 1789.
  • Générique de fin : chanson "Si j'étais blanche" de Joséphine Baker.

BIBLIOGRAPHIE

  • Anne Lafont, L'art et la race – L'Africain (tout) contre l'œil des Lumières, Les Presses du réel, 2019.
  • Anne Lafont, Une Africaine au Louvre en 1800. La place du modèle, INHA, 2019.
  • Anne Lafont et Vincent Debaene (dirs), "L'art noir", Revue Critique, N°876-877-878, Éditions de Minuit, mai-juin-juillet 2020.
  • Le modèle noir de Géricault à Matisse, collectif, catalogue de l'exposition du Musée d'Orsay, Flammarion / Musée d'Orsay, 2019.
  • Krzysztof Pomian, Le musée, une histoire mondiale, t.I, Du trésor au musée, Gallimard, Bibliothèque illustrée des histoires, 2020.

samedi 28 août 2021

Où va la Pologne ? 11 déc. 2016


Nourri des images de manifestations qui ont fait l'actualité, celles en faveur du droit à l'avortement comme celles des militants conservateurs, ce documentaire ausculte la fracture d'une Pologne qui serait, selon Lech Walesa, "au bord de la guerre civile".

Depuis l’arrivée au pouvoir du parti conservateur de Jaroslaw Kaczynski, les lois liberticides se multiplient en Pologne. Ce documentaire, réalisé par un journaliste qui fut le correspondant de la chaîne ARD à Varsovie dans les années 1980, fait un parallèle entre la révolution populaire de cette époque, menée par Solidarnosc, et les bouleversements qui fracturent aujourd'hui le pays. Il existe désormais deux Polognes, irréconciliables et "au bord de la guerre civile", estime Lech Walesa, rencontré sur l’ancien chantier naval Lénine, transformé en musée consacré à son mouvement.

Villes contre campagnes

Les deux camps s'affrontent dans le film, à travers des images fortes. Des foules agitent des drapeaux européens et polonais, entonnant des slogans pour sauver une démocratie en danger et défendre le droit à l’avortement. Face à eux, d'autres foules brandissent des crucifix, se signant sans cesse, manifestant leur adoration pour Jaroslaw Kaczynski et son défunt jumeau Lech, érigé en héros, et glorifiant la famille catholique et son fort taux de natalité. Leurs manifestations réglées au cordeau rappellent celles de l’ère communiste. Une Pologne des campagnes, nationaliste et catholique, contre une Pologne des villes, ouverte au monde et proeuropéenne. Ce film fait aussi intervenir des journalistes, des prêtres, des militants des deux camps, et des personnalités emblématiques : Lech Walesa, son ancien compagnon de lutte, le journaliste Adam Michnik, le cinéaste Andrzej Wajda, disparu récemment, et le fondateur du Comité de défense de la démocratie (KOD) Mateusz Kijowski.

"Les Origines du totalitarisme" d’Hannah Arendt : L’antisémitisme est-il autre chose qu’une haine du Juif ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 14/05/2019


Un banc à Berlin en 1945, après
la Seconde guerre mondiale,
avec écrit 
“Pas pour les Juifs”
Dans "Les Origines du totalitarisme", Arendt entend exhiber dans leur contexte historique les "éléments de la honte" qui ont rendu possible la mise en place du système totalitaire. 

Aux origines, le premier chapitre de l'ouvrage porte non pas sur le totalitarisme mais sur l'antisémitisme...

"Il faut bien se garder de confondre deux choses très différentes : l’antisémitisme, idéologie laïque du 19ème siècle mais qui n’apparaît sous ce nom qu’après 1870, et la haine du Juif, d’origine religieuse." Hannah Arendt

Entre 1945 et 1949, Hannah Arendt écrit Les Origines du totalitarisme, un livre en trois parties qui furent réunies et publiées en 1951 aux Etats Unis.

Il s'agissait, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, et peu après la révélation des atrocités du nazisme, de remonter aux racines idéologiques du système totalitaire.

Les deux premières parties du livre ont pour but d'exhumer les "trois piliers de l'enfer" : l'antisémitisme, l'impérialisme et la racisme.

On entendrait d'emblée une définition du totalitarisme mais dans le premier chapitre, Arendt dresse une histoire ou une "pré-histoire" de l'antisémitisme.

Quel est le rapport entre l'antisémitisme et la pensée totalitaire ?

L'invité du jour :  Jean-Claude Poizat, enseignant au lycée Joliot-Curie à Nanterre et à Prépasup à Paris, chargé de cours à Sciences Po Paris, et membre du comité de rédaction de la revue Le Philosophoire



Quel est le lien entre l’antisémitisme et le système totalitaire ?

"Arendt récuse l’idée selon laquelle l’antisémitisme moderne serait le prolongement de la haine anti-Juif qui serait fondée sur des motifs religieux, ce qu’on appelle l’anti-judaïsme. Elle montre que l’antisémitisme a des causes sociales et politiques précises liées à la modernité occidentale, et que l’antisémitisme est lié au fait que les Juifs sont entrés dans l’histoire occidentale moderne, et notamment à la suite de l’émancipation et de l’assimilation. Cette thèse est troublante mais amène à réfléchir sur la modernité sociale et politique occidentale." Jean-Claude Poizat

Naissance de l’antisémitisme

"L’antisémitisme est lié à la modernité, il est né à la fin du 19ème siècle, et c’est en France qu’il s’est exprimé de la manière la plus « éclatante » avec l’affaire Dreyfus, dans les années 1890. Arendt montre qu’en Allemagne et en Autriche, ça avait commencé même un peu avant. Le mot « antisémitisme » a été forgé en Allemagne en 1870. C’est la fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle, cette courte période qu’analyse en détail Arendt dans son livre. Elle fait une histoire de l’antisémitisme ou même une pré-histoire de l’antisémitisme, la période qui a précédé l’explosion de l’antisémitisme nazi et totalitaire." Jean-Claude Poizat

Textes lus par Hélène Lausseur :
  • Début d'émission : citation d'Hannah Arendt sur l'antisémitisme, de la préface du livre Sur l'antisémitisme
  • Deux extraits des Origines du totalitarisme d'Hannah Arendt, tome 1, Sur l'antisémitisme, chapitre 1, L'antisémitisme, insulte au sens commun, éditions Calmann-Lévy
  • Extrait de Réflexions sur la question juive, de Jean-Paul Sartre, éditions Gallimard, collection Folio essais
Sons diffusés :
  • Début d'émission : chanson de Philippe Clay, Les Juifs
  • Archive sur l'affaire Dreyfus, ORTF, Tribune de Paris, Jacques Kayser, 1948
  • Chanson de fin : Comedian Harmonist, Veronika der Ienz ist da

vendredi 27 août 2021

Classer les choses, penser les hommes ( Cliquer sur l'image ) | France culture 23/08/2021

Au départ de cette série documentaire, il y a l’envie de se balader dans les sous terrains et les couloirs sombres, descendre dans les caves des musées et des institutions, découvrir les lieux secrets où sont rangés à l’abri de la lumière et surtout de la poussière le passé des hommes.

Une série documentaire de Laëtitia Druart, réalisée par Doria Zénine

De la grande à la petite histoire, des archives nationales à l’archive intime d’un album de famille cette série documentaire en 4 épisodes tente de comprendre comment se fabrique et se garde la mémoire de l’humanité.

À retrouver dans l'émission LSD, LA SÉRIE DOCUMENTAIRE par Perrine Kervran

TOUS LES ÉPISODES


>>> La vie mise en carton

Histoire de l'archive, un rempart contre l'oubli


>>> Le monde en collection

Inventaire de la nature et des hommes


>>> Tous fichés ?

Des vies dans des serveurs et des noms sur des fiches


>>> L'archive intime

De la grande à la petite histoire, "On est ce que l'on garde"

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Avoir raison avec... Olympe de Gouges ( Cliquer sur l'image ) | France culture 23/08/2021

Alors que la Révolution française donne de nouveaux droits aux hommes blancs, Olympe de Gouges (1748 – 1793) défend une autre conception de l’universel.

Olympe de Gouges (1748 – 1793) mène et mêle tous les combats  en faveur des minorités :  l’égalité pour les femmes, l’abolition de l’esclavage et de la peine de mort, la solidarité pour les ouvriers et les chômeurs. « Virago », « hystérique », « sorcière », « courtisane »… sa vie de femme, de mère et d’autrice scandalise son époque. Son œuvre fait encore débat et se place au cœur des controverses contemporaines  : de l’héritage des Lumières à l’intersectionnalité des luttes.

Par Pauline Chanu, journaliste, productrice déléguée des Matins de France Culture et co-productrice du podcast original Laisse parler les femmes.

À retrouver dans l'émission AVOIR RAISON AVEC...

TOUS LES ÉPISODES


>>> La virago décapitée

Prostituée, hystérique, virago, anti-républicaine.. Olympe de Gouges, aujourd’hui considérée comme la pionnière du féminisme, est décapitée en 1793, accusée...


>>> Les contradictions d’une monarchiste révolutionnaire

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En 1791, Olympe de Gouges publie "La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne". Elle éclaire et dénonce le paradoxe révolutionnaire : l’égalité...


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Après Germaine Tillion, Simone Veil, Françoise Dolto… Nous refermons l’été avec Olympe de Gouges, celle qui leur a peut-être ouvert la voie et libéré la...

Olympe de Gouges, pionnière du féminisme ( Cliquer sur l'image ) | Benoîte Groult France culture 16/09/2013

Première émission d'une série de quatre consacrée à Olympe de Gouges, femme de lettres française, qui est considérée comme une des pionnières du féminisme.

La journaliste et écrivaine Benoîte Groult pose le 07 avril 2007
dans sa maison à Hyères. Figure française du féminisme,
elle est l'auteur de nombreux best-sellers, dont
"Ainsi soit Olympe de Gouges" publié en 1975.
Recalée en 2014 au Panthéon, la féministe Olympe de Gouges a fait son entrée à l'Assemblée nationale par le biais de son buste de marbre blanc, en 2016. Petite revanche symbolique : c'est la première statue d'un personnage historique féminin à prendre place au milieu des figures d'hommes et autres allégories. 

Visonnaire et pionnière du féminisme, Olympe de Gouge a élaboré La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, premier manifeste à oser revendiquer l’égalité entre les hommes et les femmes, qu’elle rédigea en 1791

Mais comment démêler la légende et l'histoire ? Pour répondre à cette question, nous reçevons Benoîte Groult, journaliste, écrivaine et militante féministe, auteur notamment d’une biographie sur Olympe de Gouges Ainsi soit Olympe de Gouges aux éditions Grasset.

En 2014, le nom d'Olympe de Gouges circulait pour une panthéonisation possible. Finalement, pas de reconnaissance de la Nation pour cette figure du féminisme. Cette année, ce sont les résistances Germaine Tillion, et Geneviève de Gaulle-Anthonioz qui entrent au Panthéon. Le choix d'Olympe de Gouges ferait-il encore polémique ? Elle, qui vivait en concubinage - ce qui lui a valu d'être traitée de prostituée - a eu un destin particulier.

"Olympe de Gouges n'a pas été à l'école. Elle faisait beaucoup de fautes d'orthographes, mais elle avait une imagination incroyable, un style ampoulée. Elle allait bien avec son époque." Benoîte Groult

Elle devient vite une figure de Paris révolutionnaire, et écrit des pièces contre l'esclavage. Support privilégié des idées nouvelles, le théâtre demeurait à cette époque sous le contrôle étroit du pouvoir. Olympe de Gouges monta sa propre troupe, avec décors et costumes. À l'époque, une femme qui écrit est considéré comme quelque chose d'obscène pour la plupart des hommes :

"Les premières femmes qui ont écrit ont été mises à l'écart. Dans mon école catholique, on disait d'Olympe de Gouges que c'était une gourgandine et que ses écrits n'avaient pas d'importance." Benoîte Groult

À la parution de son livre Ainsi soit Olympe de Gouges, Benoîte Groult se heurte au scepticisme de son éditeur :

"Cela va emmerder tout le monde, le féminisme !" "Voilà les mots qu'il a employé. Il pensait que c'était quelque chose de maladroit. Mais le style était moderne, et je parlais des avortements, ce que cela faisait d'avorter soi-même. Tout le monde avortait : les bourgeoises, les ouvrières... J'en ai parlé de manière cru et cela a eu du succès." Benoîte Groult

"La féminisation des noms, c'est important. C'est humiliant de ne pas féminiser les mots quand on s'adresse à une femme. C'est écrit noir sur blanc dans les grammaires, et pourtant, c'est considéré comme une faute de français." Benoîte Groult

mercredi 25 août 2021

Paul Ricœur, le sens du dialogue ( Cliquer sur l'image ) | France culture 23/08/2021

>>> Paul Ricoeur né à Valence en 1913. Très jeune orphelin de parents, il est élevé par ses grands-parents, ou éloigné des habituels jeux d'enfant, il se plonge dans la lecture. Roland Dalbiez, son professeur de philosophie en terminal, a sur le jeune homme une influence déterminante, par lui, Paul Ricoeur découvre sa vocation. Un professeur à qui il ne cesse de rendre hommage dans ces entretiens.

Agrégé de philosophie, il est mobilisé en 1939 et fait prisonnier en mai 1940 dans un oflag en Poméranie où il passe l'essentiel de la guerre. Il revient sur l'importance de ces cinq années dans sa formation intellectuelle, années durant lesquelles il consacre toutes ses journées à la lecture de philosophes allemands : Karl Jaspers, Martin Heidegger, Edmund Husserl.

De retour en France, il est nommé à l'université de Strasbourg ou il enseignera jusqu'en 1957 avant d'occuper la chaire de philosophie générale à la Sorbonne puis, en 1965, de rejoindre la faculté des lettres de l'université de Nanterre, dont il devient doyen en 1969 pour démissionner en 1970. Il passe 3 années à l'Université catholique de Louvain puis rejoint de nouveau Nanterre où il enseigne jusqu'à sa retraite (1981). Parallèlement, il enseigne régulièrement aux États-Unis et travaille à la Revue de métaphysique et de morale.

Cette série d'entretiens nous éclaire sur l'humanisme de Paul Ricoeur et son besoin perpétuel de faire dialoguer la philosophie avec les sciences humaines et la littérature. 

En 1993, l'émission "A voix nue" consacre une série au philosophe Paul Ricœur, alors dans sa quatre-vingtième année. De ses années de formation et ses origines protestantes, jusqu'à l'analyse de la crise du capitalisme, il déploie son regard sur le XXème siècle le temps de...

À retrouver dans l'émission A VOIX NUE

TOUS LES ÉPISODES


>>> "Je ne suis pas un philosophe protestant"

Premier épisode de la série A voix nue consacrée à Paul Ricœur sur France Culture en 1993. Le philosophe y aborde ses jeunes années, de 1913 au début de...


>>> "Les Allemands étaient dans les livres, pas ceux qui nous faisaient la guerre"

Deuxième épisode de la série "A voix nue" consacrée à Paul Ricœur en 1993. Le philosophe revient sur son expérience de prisonnier durant la Seconde guerre...


>>>  "Le texte grandit avec ses lecteurs"

‘’Pour comprendre, il faut expliquer. Et revenir après une compréhension naïve à une compréhension savante par le relais d’une explication de caractère...


>>>  "Soi-même comme un autre"

Quatrième épisode de la série "A voix nue" consacrée à Paul Ricœur en 1993. Le philosophe, qui vient de publier "Soi-même comme un autre", revient sur...


>>>  "Jamais plus tout le monde ne pourra recevoir un travail"

Dernier épisode de la série "A voix nue" consacrée à Paul Ricœur en 1993. Considérant le présent opaque, le philosophe s’interroge sur ce qu’en diront...

Pierre Rosanvallon : « Aujourd’hui, ce sont les épreuves de la vie qui redessinent la carte du social » | Le Monde

L’historien et sociologue Pierre Rosanvallon fait paraître au Seuil, le 26 août, un essai dans lequel il entend décrypter les attentes, les colères et les peurs des Français à travers l’analyse des épreuves auxquelles ils sont confrontés. « Le Monde » en publie les bonnes feuilles.

Pierre Rosanvallon, le 28 janvier 2015

Bonnes feuilles. La vraie vie des Français n’est pas dans les grandes théories ou les moyennes statistiques. Les principaux mouvements sociaux de ces dernières années n’ont ainsi guère été éclairés par les travaux sur les structures globales de la société et les fractures territoriales qui avaient retenu l’attention et nourri les best-sellers de la période précédente. La vraie vie des Français n’a pas davantage été racontée par les sondages. Ceux-ci ont certes bien documenté la réorganisation des clivages politiques avec la montée en puissance des populismes et l’instauration d’un climat de défiance généralisée. Mais ils n’ont pas déchiffré la boîte noire des attentes, des colères et des peurs qui les fondaient. Cet essai propose des outils pour ouvrir et décrypter cette boîte noire. Il appréhende le pays de façon plus subjective, en partant de la perception que les Français ont de leur situation personnelle et de l’état de la société. Il se fonde pour cela sur une analyse des épreuves auxquelles ils se trouvent le plus communément confrontés.

Penser en termes d’épreuves

Cette notion d’épreuve a un double sens. Elle renvoie d’abord à l’expérience d’une souffrance, d’une difficulté de l’existence, de la confrontation à un obstacle qui ébranle au plus profond les personnes. Elle correspond aussi à une façon d’appréhender le monde, de le comprendre et de le critiquer sur un mode directement sensible, et de réagir en conséquence. Pour préciser cette approche, on peut en distinguer trois types :

– Les épreuves de l’individualité et de l’intégrité personnelle. Ce sont celles qui déshumanisent les femmes et les hommes, atteignent leur moi profond et peuvent menacer psychiquement et physiquement leur vie même. Il s’agit du harcèlement, des violences sexuelles, de l’exercice sur autrui d’une emprise, d’une manipulation, ou encore d’une mise sous pression pouvant conduire au burn out. Ce sont pour l’essentiel des pathologies de la relation individuelle qui s’exercent dans un face-à-face dévastateur. Mais elles ont aussi une dimension systémique quand elles se lient, par exemple, à la longue histoire de la domination masculine ou à certains modes d’organisation du travail. La sensibilité à ces épreuves n’a cessé de s’accroître dans une société de plus en plus attentive au droit des personnes, comme l’actualité nous l’a montré. (…)

– Les épreuves du lien social. Tout en ayant un impact individuel, elles renvoient à des hiérarchies ou à des formes de domination qui ont une dimension collective. On peut notamment distinguer là les trois épreuves du mépris, de l’injustice et de la discrimination. Il s’agit dans ces trois cas de pathologies de l’égalité, au sens où ces mises à l’épreuve soulignent les obstacles qui sont mis à la constitution d’une société de semblables. Il s’agit là aussi de situations ressenties comme intolérables dans un monde où l’attention aux singularités et à la valeur intrinsèque de chaque individu s’est imposée comme une exigence démocratique élémentaire.

– Les épreuves de l’incertitude. Elles ont un double caractère. Elles tiennent d’abord à la situation qui résulte de l’effritement de la notion de risque pour caractériser les problèmes sociaux et leur mode de traitement assuranciel. De plus en plus de situations de précarité ou de pauvreté relèvent en effet de « pannes de l’existence » ou d’événements fortuits qui ne rentrent plus dans les cadres de traitement des mécanismes traditionnels de l’Etat-providence. D’où l’accroissement du sentiment d’incertitude à un âge où les bouleversements économiques rendent par ailleurs l’avenir plus imprévisible. Pèsent en outre sur toutes les existences les nouvelles menaces d’humanité liées au dérèglement climatique ou aux pandémies, autant qu’aux incertitudes géopolitiques.

Ce sont ces différents types d’épreuves qui constituent le cœur de la préoccupation des gens. Les questions du pouvoir d’achat ou de l’accroissement des inégalités restent évidemment perçues comme centrales. Mais reste le sentiment diffus qu’il s’agit là de problèmes participant d’un système que l’on peut dénoncer mais dont on ne perçoit pas toujours les conditions concrètes de changement. D’où l’atmosphère contemporaine de désenchantement politique : on ne croit plus à une révolution qui instaurerait un ordre radicalement nouveau et domine une atmosphère d’impuissance.

Les Français ne sont pas pour autant devenus passifs. Ils n’ont même jamais autant manifesté, pétitionné, échangé. Mais leur attention s’est davantage portée sur l’affrontement à ces épreuves dont l’effet paraît plus immédiat et plus directement sensible. C’est patent si l’on regarde la nature des mobilisations collectives et de l’attention publique de ces dernières années. Le mouvement #MeToo a ainsi été l’archétype des réactions de grande ampleur aux atteintes à l’intégrité individuelle (des femmes en l’occurrence). C’est aussi sur ce terrain que se sont situés les best-sellers comme La Familia Grande de Camille Kouchner ou Le Consentement de Vanessa Springora, sans compter l’écho rencontré par la révélation des violences sexuelles dans l’Eglise catholique.

Le caractère inédit de l’irruption sur la place publique et les ronds-points des Gilets jaunes ne peut être de son côté appréhendé que s’il est rapporté à la dénonciation du mépris de « ceux d’en haut » et de l’injustice (comprise comme l’indifférence de la norme technocratique à la réalité de leurs situations vécues) qui a nourri leur protestation. L’onde de choc, dans l’Hexagone, du mouvement Black Lives Matter, ainsi que la montée en puissance de la dénonciation des contrôles d’identité au faciès ou encore les débats sur l’héritage colonial ne sont eux aussi compréhensibles que rapportés à la plus grande attention portée en général aux phénomènes de discrimination.

Si l’on considère encore les protestations contre le projet de loi sur la réforme des retraites, il est patent qu’au-delà de l’étincelle première de la résistance des bénéficiaires de régimes spéciaux, c’est le spectre d’une incertitude généralisée sur l’avenir de chacun qui a mis le feu à la plaine. Les mobilisations de jeunes sur le climat depuis l’automne 2019 ont de leur côté également participé d’une inquiétude générationnelle face à un avenir menaçant.

La centralité prise par tous ces mouvements de réaction aux différentes catégories d’épreuves que nous avons mentionnées contraste singulièrement avec la nature des grands mouvements sociaux du passé, à l’instar de la longue grève emblématique de l’automne 1995, cantonnée à des revendications sociales dans la continuité des luttes syndicales traditionnelles. Le fait frappant a été à l’inverse celui de la relative absence syndicale dans les différents mouvements que nous venons d’évoquer, comme si c’était le champ même du « social » qui s’était déplacé avec eux.

>>> Hidalgo, Le Pen, Montebourg et Pécresse répondent à la théorie des « épreuves » de Pierre Rosanvallon

C’est la prise en compte de ce déplacement qui est à l’origine de cet essai. Outre le glissement d’objet opéré par l’avènement de la catégorie d’épreuve qui s’est superposée et même souvent substituée à celle d’intérêt de classe pour décrire les affrontements qui dessinent les enjeux collectifs d’aujourd’hui, c’est aussi la notion même de classe qui semble moins pertinente. En témoigne à sa façon l’usage de plus en plus fréquent du terme de « classes populaires » en lieu et place de celui de classe ouvrière. Le passage du singulier au pluriel est en lui-même le signe d’une perplexité face à une complexification reconnue du monde social. Il mêle une évidence statistique et un flou sociologique.

Les auteurs des nombreuses publications récentes sur le sujet parlent ainsi d’un monde social « fragmenté », « hétérogène » tant sont fortes les différences en son sein, d’un « grand corps démembré (…) dont l’organisation des parties est toujours en question ». En fait, derrière cette dénomination de « classes populaires » plane ce qui est de l’ordre d’un désarroi indissociablement intellectuel et politique : la difficulté à désigner un nouvel acteur central de l’émancipation sociale. On a ainsi justement parlé pour cela de « désarmement identitaire et politique ».

Mais si la lutte des classes, dans son format d’origine, s’est érodée, les luttes, elles, subsistent sous les nouveaux atours des épreuves. Et de même que les luttes produisaient les classes dans la théorie marxiste, on peut dire aujourd’hui que ce sont les épreuves qui redessinent la carte du social. S’il a ainsi pour objet l’examen de l’affrontement aux épreuves de la vie, en partant de la compréhension en profondeur des ressorts de celles-ci, cet essai resserre en même temps la focale en ne s’attachant qu’aux épreuves du lien social et à celles de l’incertitude. (…)

Perspectives

Si l’économie des rapports de production et de distribution ainsi que la sociologie des déterminismes sociaux conservent leur pertinence pour connaître la société, il faut ainsi également forger de nouveaux outils pour la comprendre, avec ses ressorts internes comme avec les capacités de ses membres d’intervenir pour modifier son histoire. C’est la direction qu’indique la théorie des épreuves qui est esquissée ici. Cette réorientation fondée sur la réévaluation de la dimension subjective du monde social est décisive pour les citoyens, pour leur permettre de reprendre le contrôle sur leurs existences et rompre avec le sentiment contemporain d’impuissance.

Mais elle est également politiquement essentielle. Pour ceux qui gouvernent, car s’ils ne se fient qu’aux statistiques et aux analyses « objectives » d’une société-système, ils s’avèrent incapables de transformer la réalité et d’avoir l’intelligence de leurs échecs. Pour ceux qui aspirent à gouverner, car ils ne pourront arriver au pouvoir que s’ils comprennent cette dynamique constituante des épreuves et se montrent soucieux d’entrer en résonance avec le paysage émotionnel du pays qui dessine son nouvel horizon d’attente. (…)

L’épreuve du mépris

Mépriser une personne, c’est l’estimer inférieure, indigne d’attention ou d’intérêt. Le mépris était l’un des traits les plus caractéristiques des sociétés aristocratiques fondées sur une stricte hiérarchie des rangs. En affirmant que la société ne pouvait être fondée que sur le droit naturel et l’unité sociale, les révolutionnaires de 1789 avaient aboli par décret cet ancien monde d’ordres séparés. Ils avaient en conséquence défini la nation comme « un corps d’associés vivant sous une loi commune ». (…) La nation était devenue de cette façon une communauté de fiertés. Les pesanteurs de la réalité ont ensuite opéré une marche arrière. Les immenses écarts entre les professions et la distribution des propriétés ont fait renaître des hiérarchies sociales et les barrières de classe se sont liées à l’expression de nouvelles formes de mépris, mettant à mal le projet de formation d’une société de semblables.

Ce retour du mépris s’est manifesté de diverses façons. D’abord, et principalement, sous les espèces les plus classiques d’un « mépris d’en haut », celui-ci ne pouvant certes plus s’exprimer sous les anciens modes d’une distance sociale institutionnalisée. Mais aussi à travers le déploiement de « cascades de mépris », permettant à des personnes dominées de compenser leur situation d’infériorité en méprisant à leur tour des personnes ou des groupes érigés en figures d’une plus grande infériorité sociale. C’est de cette façon que la domination de sexe, le rejet de l’étranger ou encore la stigmatisation de groupes racisés ont joué un rôle historique majeur dans le fonctionnement des sociétés démocratiques. Ces formes de « mépris d’en bas » ont de fait souvent servi de « soupapes de sûreté » pour canaliser et dévier en partie les conflits de classe. (…)

Le prolétaire du XXe siècle avait ainsi pu se libérer de son propre ressentiment et surmonter son sentiment d’impuissance en devenant le membre d’un parti ou d’un syndicat œuvrant au changement de sa condition. C’est ce qui a perdu de sa force aujourd’hui, faisant ressurgir en conséquence une atmosphère de ressentiment largement disséminée dans le corps social. Il ne s’agit cependant pas d’un simple retour à une addition de ressentiments individuels. Le ressentiment est en effet devenu un des axes majeurs d’une certaine culture politique : celle du populisme. On a ainsi pu parler d’« entrepreneurs du ressentiment » à propos des partis qui l’incarnent.

Projeté dans la sphère publique, le ressentiment trouve une expression politique qui le conforte et l’anoblit d’une certaine manière. Il donne par ce biais un visage jugé légitimement haïssable à l’objet de ce ressentiment : celui d’une élite méprisante ou d’envahisseurs menaçants. En devenant le ressort d’une politique, le ressentiment se détache de l’impuissance qui l’accompagnait lorsqu’il était rapporté à la psychologie de l’individu. S’inscrivant dans un processus d’affirmation de soi, il devient alors de la « dynamite » pour reprendre les termes de Nietzsche, une « dangereuse matière explosive ».

Les Epreuves de la vie. Comprendre autrement les Français, Pierre Rosanvallon, Seuil, à paraître le 26 août 2021.

Le Monde

vendredi 20 août 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ La Commune, 150 ans ( Cliquer sur l'image ) | France culture 16/08/2021

La Commune de Paris, éphémère insurrection populaire en 1871, est régulièrement invoquée. Nombreux se présentent encore comme les légataires de son héritage. Que nous reste-t-il aujourd'hui de la Commune ? De quelles représentations est-elle le nom ? La Commune est-elle toujours vivante ?

À retrouver dans l'émission LE COURS DE L'HISTOIRE par Xavier Mauduit

TOUS LES ÉPISODES


>>> La Commune, un chantier transnational

>>> La Commune de Paris demeure une référence en matière de révolution. Toutefois, afin d’en saisir les prémices et la portée, les événements de 1871 doivent...


>>> Léo Frankel, trajectoires d’un communard

>>> Léo Frankel, jeune homme d'origine hongroise, défenseur obstiné de la cause des travailleurs, joue un rôle politique de premier plan durant la Commune...


>>> Clichés de la Commune

Gravures, lithographies, imprimés, dessins, photographies, peintures, sculptures... L'iconographie des évènements de la Commune de Paris est foisonnante....


>>> La Commune, ruines et postérité

Invoquée, chantée, affichée, la Commune reste aujourd'hui encore une référence pour les >>> mouvements de luttes populaires. Ce patronage laïc, qui dépasse...


>>> La Commune de Paris, explosion anarchique ? Idée reçue


>>> ∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Les songes de Louise Michel

>>> ∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Louise Michel, femme tempête

>>> ∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Au pays des cyclones

>>> ∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Colère intacte

>>> ∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ La fin des utopies

jeudi 19 août 2021

Que faire de nos morts? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 04/12/2017

Judith et Holopherne, 1554
À retrouver dans l'émission LA FABRIQUE DE L'HISTOIRE

TOUS LES ÉPISODES


>>> L'art et la mort, une histoire de sensibilités

Une nouvelle série d'émissions à partir d'aujourd'hui sur le thème de la mort, comment a évolué dans l'histoire notre sensibilité à la mort et aux morts?


>>> Les thanatopracteurs : "Nous soignons vos morts"

De la simple toilette mortuaire au soin de conservation, il s’agit toujours de prolonger l’image du mort le temps de lui faire ses adieux. Si les thanatopracteurs...


>>> Les règles du deuil

Que veut dire "faire son deuil"? Comment dans l'histoire cette pratique a- t-elle changée? Quelles règles suivent les hommes afin de survivre au deuil?


>>> Les cimetières

Pour terminer notre série d'émissions autour de l'histoire de la mort aujourd'hui les usages, les règlements et l'architecture des cimetières.

Le concept de réalité ( Cliquer sur l'image ) | France culture 24/05/2012

Jean-Claude Monod
À retrouver dans l'émission LE JOURNAL DE LA PHILOSOPHIE par François Noudelmann

Aujourd'hui, François Noudelmann reçoit Jean-Claude Monod pour sa préface du Concept de réalité de >>> Hans Blumenberg paru au Seuil.

Jean-Claude Monod, Philosophe, chargé de recherches au CNRS, professeur de philosophie à l’École normale supérieure, chercheur aux Archives Husserl (CNRS), cinéaste

lundi 16 août 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ La gauche et l'héritage des Lumières ( Cliquer sur l'image ) | France culture 15/08/2021

À retrouver dans l'émission SIGNES DES TEMPS par Marc Weitzmann

A l'heure où s'ouvre le procès des attentats de janvier 2015 et que le débat sur les caricatures se fait entendre à nouveau, où en est-on à gauche avec l'universalisme ?

Variété des journaux en kiosque, 2015.

C’est dans les situations de chaos collectif que le besoin de penseurs calmes et rationnels se fait le plus sentir. Le problème est que c’est dans ces moments-là qu’ils se font le plus rare. Le problème en d’autres termes, c’est que la raison a besoin de la raison pour penser. Quand le monde devient fou, les tenants de la raison, les Intellectuels sont souvent les premiers à entrer dans la danse.

L’ouverture du procès des attentats de Janvier 2015 à rouvert à gauche les débats autour des caricatures et de la délicate balance entre liberté d’expression et ce que tout le monde appelle le "respect" que l’on dit dû aux minorités ; minorités qui deviennent si nombreuses avec le temps que l’on risque de se trouver vite dans la situation qui prédomine aux Etats-Unis où il devient impossible de ne pas offenser quelqu’un sitôt que l’on prend la parole. 

Ce débat sur l’actualité en cache un autre, plus profond. Selon un courant de pensée de plus en plus puissant des deux côtés de l’Atlantique, c’est la philosophie occidentale des Lumières, qui permettait croyait-on la libre expression de chacun, qui serait en fait l’ultime responsable des dérives de cette même liberté. Sous couvert de liberté et d’universalisme, les Lumières auraient permis l’esclavage, la colonisation, le racisme, le capitalisme mondial et même Hitler. Etre vraiment de gauche aujourd’hui se serait donc déboulonner les statues de Voltaire et Montesquieu en plus de celles des grands navigateurs et commerçants.

La gauche du XXIe siècle est-elle contre les lumières ? 

"Les Lumières : besoin de tout comprendre, de tout harmoniser, comme l'aspiration encyclopédique et cosmopolite ; la passion de la science et de l'humanité". Jean Jaurès

La critique des Lumières

La critique des Lumières remonte aux années 1960-1970 et aux courants de pensée structuraliste, post-structuraliste et post-moderne. Stéphanie Roza définit les Lumières comme un mouvement pluriel et paradoxal. 

"Le problème n'est pas de nier cette dimension-là [raciste et antisémite] des écrits de Voltaire, mais de les replacer dans leur contexte et le cadre des débats de l'époque". 

"En revanche, il y a quelque chose que toute cette mouvance [de critique des Lumières] oublie en faisant preuve d'un manque de sens historique évident : c'est que Voltaire a défendu les minorités. Il s'est élevé contre la persécution des juifs, des protestants. Bien sûr, Voltaire n'était pas exempte de préjugés. Ce qui importe de voir, ce sont les pas en avant pour sortir de l'ethnocentrisme. Et comprendre pourquoi les Lumières ont servi de base aux combats émancipateurs qui ont suivis." Stéphanie Roza

"Revenir en deçà de la période des Lumières -comme le souhaite le collectif Constellations- c'est également revenir en deçà du progressisme et également des acquis de la Révolution française donc de l'égalité civique et d'une conception scientifique du monde qui a permis des progrès." Stéphanie Roza

Archéologie de la tendance anti-moderne à gauche

La grande question qui se pose après-guerre est : comment l'Occident des Lumières a-t-il pu engendrer les catastrophes du XXe siècle ? 

Marc Weitzmann évoque l'optimisme dans la tradition des Lumières et la confiance en la capacité des sociétés humaines à faire bon usage du progrès. 

"Dans les années 1960-1970, ces intellectuels de gauche vont s'opposer à ces partis -sociaux-démocrates, communistes- et aussi à toute cette tradition philosophique et politique dans laquelle ils s'enracinent. A mon avis, un pas de trop est franchi". Stéphanie Roza

Pour aller plus loin :

Article "L’universel lave-t-il plus blanc ?" : "Race", racisme et système de privilèges, Horia Kebabza, Les Cahiers du Cedref, 2006.

Article "Voltaire Spread Darkness, Not Enlightenment. France Should Stop Worshipping Him", Nabila Ramdani, Foreign Policy, 31 août 2020.

Références musicales :

  • She Keeps Bees : Vulture
  • David Olney : You never know
  • Joan Osborne : High Water

Lucie Aubrac, une vie de résistance | D'après une histoire vraie | ARTE Cinéma 8 août 2021


Résistante de la première heure, Lucie Aubrac réussit en octobre 1943 à libérer son mari, Raymond Aubrac, des griffes de la police allemande. Elle prend ensuite une part active dans la Libération et siége à l’Assemblée consultative. En 1997, le succès du film de Claude Berri achève de faire de Lucie Aubrac (interprétée par Carole Bouquet) un symbole de liberté et de courage.

Le 21 juin 1943, près de Lyon, la Gestapo arrête Jean Moulin, le chef de la Résistance, avec sept autres dirigeants, dont un certain Raymond Aubrac. Son épouse, Lucie, résistante de la première heure, ne recule devant rien pour l’extraire des griffes de la police allemande. Aidée par son réseau, elle met sur pied une embuscade à hauts risques et réussit à le faire libérer. Le couple réussit à gagner Londres en février 1944. Elle ne cessera jamais de militer, d’enseigner, d’attester des heures sombres de la collaboration et de témoigner de la fraternité de la Résistance. Devenue militante d’Amnesty international, prenant cause pour les sans-papiers, son credo tenait en une phrase : "Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent."

Résistances 

À travers la collection "D'après une histoire vraie", Philippe Collin propose de revenir aux sources d'histoires méconnues, dont le cinéma s’est emparé. Commentaire alerte, montage dynamique, richesse des archives : du combat de l'abbé Pierre, qui renvoie de façon saisissante aux mal-logés du présent, aux luttes des ouvrières de l'automobile de Dagenham, du militant pour les droits des homosexuels Mark Ashton à Lucie Aubrac, les huit épisodes de la collection rappellent, sans effets de manche, que la résistance individuelle peut devenir l'affaire de tous.

Série documentaire (France, 2019, 27mn)
Disponible jusqu'au 14/10/2021 

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Le Gouvernement secret ( Cliquer sur l'image ) | France culture 07/08/2021

Examen d'un fichier top secret à la loupe
Du « secret du Roi » de Richelieu à la série « Le bureau des légendes » en passant par Fouché, l’existence d’un « gouvernement secret » n’a cessé de hanter la politique. Le fait est que la collecte d’informations confidentielles recueillies à l’insu de tous, est une pratique très ancienne. Elle pose des difficultés particulières à une démocratie censée agir en toute transparence sous le regard de tous ; d’autant plus pressantes que la démocratie a paradoxalement plus besoin de services de renseignements parce que les citoyens y sont plus libres et qu’il faut limiter le recours à la force. Un « gouvernement bien informé » est encore plus nécessaire lorsque le monde devient de plus en plus dangereux comme aujourd’hui. 

À retrouver dans l'émission MATIÈRES À PENSER par Antoine Garapon, Patrick Boucheron, René Frydman, Dominique Rousset et Frédéric Worms

TOUS LES ÉPISODES


>>> Les enjeux contemporains du renseignement

L’existence d’un "gouvernement secret" n’a cessé de hanter la politique. La collecte d’informations confidentielles recueillies à l’insu de tous est une...


>>> Bernard Bajolet, ancien directeur de la DGSE : "Le secret a pour but de protéger l’État et nos sources"

L’existence d’un «gouvernement secret» n’a cessé de hanter la politique. La collecte d’informations confidentielles recueillies à l’insu de tous est une...


>>> Témoignage d'un ancien agent du service de la DGSE

L’existence d’un «gouvernement secret» n’a cessé de hanter la politique. La collecte d’informations confidentielles recueillies à l’insu de tous est une...


>>> Le Renseignement intérieur

L’existence d’un «gouvernement secret» n’a cessé de hanter la politique. La collecte d’informations confidentielles recueillies à l’insu de tous est une...


>>> Les défis du Renseignement à l'heure de la mondialisation

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dimanche 15 août 2021

Un homme pour l'éternité | cinemaetcie 24 juin 2017


Bande annonce du film "Un homme pour l'éternité"

Résumé : Thomas More s'oppose à Henry VIII, qui veut divorcer de Catherine d'Aragon pour épouser sa maîtresse Anne de Boleyn. Quand le cardinal Wolsey, puis son terrible ministre, Cromwell, lui demandent d'intervenir auprès du Pape pour faire annuler le premier mariage, Thomas More refuse, à son plus grand péril...

Prix & Récompenses : Bafta 1968 : Meilleur film, Meilleur film britannique, Meilleur acteur britannique, Meilleur scénario britannique, Meilleure photographie en couleur, Meilleurs décors en couleur & Meilleurs costumes en couleur.