Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures.

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samedi 25 septembre 2021

Venise, XVIIIème : un crépuscule en musique ( Cliquer sur l'image ) | France culture 21/03/2020

Hommage à la "Sérénissime", cité du jeu et de l'insouciance qui, il y a deux siècles, vivait ses dernières heures de gloire et de faste en s'étourdissant de musique : Vivaldi, Porpora, Johann Hasse ou les voix célestes des castrats.

Le Ridotto, la plus célèbre maison de jeu du Venise
d'alors, d'après le peintre Pietro Longhi (vers 1720)
Voyage dans les eaux troublées d’une lagune. A cette époque, la République de Venise règne sur le monde mais la Cité des Doges vit ses dernières heures de puissance et d'insouciance. 

En 1797, elle chutera sous le joug napoléonien mais d'ici là,  elle “gère joyeusement sa lente agonie” selon la belle formule de l’historien Patrick Barbier. 

Et quelle joie! Quels fastes que ceux de cette ville immortalisée par les vues urbaines et raffinées de Canaletto et les fresques de Tiepolo, mise en scène par Carlo Goldoni, et en musique par Vivaldi, Johann Hasse, Nicola Porpora.

Ville de la fête, du carnaval, du jeu et de l'insouciance, on y croise des pyramides humaines, des anneaux d’or jetés en pleine mer, des croupiers désargentés et des voix d’anges. 

Francesco GUARDI La Piazza San Marco
pendant la fête de l’Ascension 1777
Programmation musicale
  • Anonyme : La biondina in gondoletta - pour ténor et guitare, interprété par Vincenzo Capezzuto, de l'album Gondola (2013) - fond sonore -
  • Archive : Maurice Lever dans l'émission Histoires possibles et impossibles, de Robert Arnaud sur France Inter en 1998
  • Anonyme : Co checca betta e cate, interprété par Carlo Gaifa, sur l'album Canzoni da battello di settecento veneziano (1989)
  • Antonio Vivaldi : Concerto en sol maj rv 532 p 133 - pour 2 mandolines et orchestre : allegro, Claudio Scimone (direction), album Vivaldi à Venise (1966) - fond sonore -
  • Nicola Porpora : Se tu la reggi al volo (Acte I Scène 3 de l'Opéra Ezio), interprété par Max Emanuel Cencic, George Petrou (direction), album Nicola Porpora, Opera Arias (DECCA, 2018)
  • Antonio Vivaldi : Gloria en Ré Majeur RV 589 : Gloria in excelsis Deo, Hervé Niquet (direction), album Vivaldi, Gloria et Magnificat (2015) - fond sonore -
  • Antonio Vivaldi : Juditha triumphans RV 644 : Arma caedes vindictae furores (1ère partie), Alessandro de Marchi (direction) de l'album Juditha Triumphans (2000)
  • Antonio Vivaldi : Les quatre saisons op 8 nº1 a 4 / L'hiver : concerto en fa min op 8 nº4 p  442 rv 297 - allegro non molto - pour violon et cordes, interprété par Fabio Biondi (violon) et l'orchestre Europa Galante, album Vivaldi, Les quatre saisons (1991)
  • Nicola Porpora : Allegro du concerto en Sol Maj pour violoncelle cordes et basse continue, interprété par Gaetano Nasillo (violoncelle), Chiara Banchini (direction), album Concerti Napoletani per Violoncello (2005) - fond sonore -
  • Nicola Porpora : Sinfonia da camera en mi min op 2 n°5 : Allegro, Stefano Molardi (direction), album Viaggio a Venezia (2008)
  • Nicola Porpora : Semiramide riconosciuta : Si pietoso il tuo labbro (Mirteo), interprété par Philippe Jaroussky, Andrea Marcon (direction), album Jarroussky, Farinelli, Porpora Arias (2013)
  • Johann Adolf Hasse : Artaserse : ouverture, Christophe Rousset (direction), bande-originale du film Farinelli de Gérard Corbiau (1994) - fond sonore -
  • Riccardo Broschi : Artaserse : Son qual nave ch'agitata (Acte III Scène 1), interprété par Cécilia Bartoli, Giovanni Antonini (direction), orchestre Il Giardino harmonico, album Sacrificium (2009)
  • Alessandro Moreschi : Domine salvum fac pontificem nostrum leonem, enregistré en 1902, du compositeur Giovanni Aldega, album Alessandro Moreschi, le dernier castrat (2011)
  • Antonio Vivaldi : Nisi dominus RV 608 : Cum dederit , interprété par James Bowman, Christopher Hogwood (direction), album Vivaldi Stabat Mater, Nisi Dominus (1975)
  • Archive : Extrait de l’émission Heure de culture française, diffusée sur la Chaîne nationale le 18 juillet 1952
  • Charles Aznavour : Com è triste Venizia (Que c'est triste Venise), écrite par Françoise Dorin (1964)

Ombra Mai Fu


"Ombra mai fu, l’air d’ouverture de l’opéra Xerxes (Serse, en français) de Haendel, est un chant d’amour assez particulier, puisqu’il s’adresse… à un arbre! Xerxès, roi de Perse, vante l’ombrage d’un platane… Cette pièce très douce, comme peut l’être le repos à l’ombre d’un bel arbre, est aussi connue sous le nom de Larghetto de Haendel. L’opéra a été un échec à ses débuts, notamment parce qu’il mêlait des éléments tragiques et comiques, ce qui allait à l’encontre du bon goût d’alors…"

Gluck: O Malheureuse Iphigenie!


>>> Laclos/Frears : « Ce n’est pas ma faute »

Que ce soit dans le roman ou dans le film, il est difficile de ne pas retenir cette phrase terrible. Aussi vous proposé-je de voir en quoi cette lettre et séquence constituent-ils une fracture.

I- Une scène de rupture

Ce passage met fin aux relations entre Valmont et Tourvel. De fait, par la lettre, il lui signifie clairement qu’il ne désire plus la voir. De plus, le fait de scander son discours de la sorte montre bien que le dialogue est rompu. Dans le film, ceci est augmenté puisque non seulement Valmont le ressasse à Tourvel mais il joint aussi les gestes à la parole, faisant preuve d’une extrême violence au point de la tirer par les cheveux.

II- Un personnage en conflit avec lui-même

Pour autant, ce passage nous révèle à quel point il y a eu un changement chez Valmont. En effet, lorsqu’il rompt avec Tourvel, ce n’est plus selon son bon plaisir mais simplement dans la perspective de voir son pacte honoré. Or, lorsqu’il va réclamer sa récompense, il en profite pour dire que ce qu’il y aurait de plus exemplaire serait de renouer avec Tourvel après lui avoir fait subir une telle humiliation. On peut penser alors qu’il regrette la fin d’une relation qui lui a permis de connaître l’amour vrai. Ceci est corroboré par les mots qu’il emploie dans ses lettres pour décrire sa relation avec sa belle dévote, mots qui semblent sincères et qui ne sont pas sans passer inaperçus du côté de Merteuil. Ce parti-pris est aussi celui de Frears. Lors de la scène de rupture, on assiste à une sorte de dédoublement de personnalité via le miroir du salon de Tourvel. Effectivement, Valmont hésite en rentrant puis, après s’être jeté aux pieds de sa victime, il se redresse et compose son personnage. Ainsi, ce n’est plus le Valmont amoureux mais le reflet du Valmont libertin qui s’exprime dans toute la séquence. Quant à sa souffrance, elle est bien réelle puisque, une fois la porte passée, symbole d’une autre frontière, il s’adosse à celle-ci pour ensuite se diriger d’un pas vengeur chez Merteuil. On peut noter en dernier lieu que chez cette dernière il nous apparaît comme décomposé, ivre de rage et de désespoir d’avoir eu à se livrer à une telle extrémité.

III- Une fracture entre les deux libertins

Par cette scène, on peut voir aussi que Valmont est complètement soumis à Merteuil. Autant il faisait preuve d’indépendance à l’égard de celle-ci au point, par exemple, de refuser la proposition de séduction de Cécile pour se consacrer à son propre projet, autant là il suit les directives de son ancienne complice, au point de reprendre à son compte les propres mots de la marquise. Cet ultime effort pour satisfaire à ses caprices, non payé de retour, va être à l’origine de la guerre entre les deux libertins pour lesquels une entente n’est plus possible. C’est d’ailleurs en ce sens que Frears recompose son dialogue en rendant par la même occasion plus explicite le lien entre l’épisode du « ce n’est pas ma faute » et le duel qui se joue entre Merteuil et Valmont.

Emmanuelle Colas

jeudi 23 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Introduction aux mondes africains médiévaux, par François-Xavier Fauvelle ( Cliquer sur l'image ) | France culture 14/09/2021

François-Xavier Fauvelle analyse la conversation qu’ont entretenue les sociétés africaines médiévales avec les mondes extérieurs, le Dar-al-Islam, le christianisme, les marchands et diplomates étrangers...

À retrouver dans l'émission LES COURS DU COLLÈGE DE FRANCE

TOUS LES ÉPISODES


>>> Comment l'Afrique ne fut pas découverte

Quelle est la "géographie de la méconnaissance de l’Afrique" ? L’historien François-Xavier Fauvelle analyse les problèmes de représentation et de dénomination...


>>> Périples antiques et circumnavigations de l’Afrique

Quelles sont les limites de l'Afrique dans l'Antiquité? Quelle représentation, ou plutôt "imago", en avait l’Egypte des pharaons ? François-Xavier Fauvelle...


>>> Une Afrique contournée et méconnue

De quelle façon les récits de circumnavigation de l'Afrique sont-ils "bons à penser"? s’interroge François-Xavier Fauvelle. L'historien propose d'analyser...


>>> Le mystère de la perle bleue de Ketetiya

Que nous dit la perle bleue des alizées, d'origine indo-pacifique, trouvée sur le site archéologique, à Ketetiya, petit village éthiopien ? L'historien...


>>> Le Sahara n’est pas une Méditerranée

Quels sont les nouveaux fronts commerciaux et religieux qui apparaissent en Éthiopie et en Nubie? Demande l’historien de l’Afrique médiévale, François-Xavier...


>>> Interactions transsahariennes et transocéaniques dans l’Afrique médiévale

Quel est le "paysage religieux du Sahel occidental au milieu du XIe siècle"? s'interroge l'historien François-Xavier Fauvelle avant de se pencher sur "l’apogée...


>>> Pourquoi offrir une girafe ?

Pourquoi offrir des girafes à l’empereur de Chine ? François-Xavier Fauvelle analyse les enseignements que l'on peut tirer des biographie d’animaux, liés...


>>> Des girafes diplomatiques aux caravanes, conversations culturelles médiévales (8/12)

Qui est la girafe de Fès vers 1360-1361? Comment participe-t-elle à l'échange diplomatique entre sultans du Mâli & sultans du Maroc? demande François-Xavier...


>>> Des axes transsahariens

Quelles difficultés pose la représentation des routes transsahariennes? François-Xavier Fauvelle analyse comment un nouveau contexte politique a pu être...


>>> Reflets dans une boule d’or (partie I)

Que signifie la boule d'or que tient Mûsâ, le riche sultan du Mâli, dans la représentation du souverain en majesté, dans l’Atlas catalan, en 1375? demande...


>>> Reflets dans une boule d’or, partie II, les esclaves et l’ivoire

Qu’est-ce qui était exporté dans l’Afrique du Moyen Age? L’historien-archéologue François-Xavier Fauvelle analyse ce que l'on peut savoir de la traite...


>>> Reflets dans une boule d’or, partie III, importations et conversation globale

Quel rôle notable joue une multitude d’étoffes importées, dans le récit fondateur d’une communauté swahilie, insulaire et commerçante? François-Xavier...

INAUGURATION PLACE ROGER LALLEMAND - QUEVAUCAMPTS - 16 OCTOBRE 2021 Via le F P D

Cliquer sur >>> INAUGURATION PLACE ROGER LALLEMAND - QUEVAUCAMPTS-16 OCTOBRE 2021 

France Delbauve, Présidente, au nom des membres du  Centre laïque Francisco Ferrer

mercredi 22 septembre 2021

"Phédon" ou l’art de mourir ' Cliquer sur l'image ) | France culture 22/09/2021

Comment Socrate nous apprend-t-il à mourir ?

Quiconque a lu un dialogue de Platon a peut-être déjà eu cette impression, un peu paradoxale : l'impression d'être un chat qui tombe d'une fenêtre, entre le vertige, le doute, la panique, de voir peu à peu s'effondrer toutes ses convictions, et l'assurance, pourtant, de retomber bien sur ses pieds, réconforté et presque heureux d'en sortir vivant et armé de principes fermes. Le Phédon, ce dialogue où Socrate fait face à sa condamnation à mort, n'échappe pas à cette impression, avec ceci d'encore plus déconcertant : à évoquer le sujet qui nous angoisse le plus - la mort, on en viendrait presque, en refermant ce livre, à regretter d'être encore en vie. Comment parler de la mort pour enfin l'accepter, pourrait-il bien aussi nous apprendre à vivre ?

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth

TOUS LES ÉPISODES


>>> “Ceux qui philosophent droitement s’exercent à mourir”

Dans le "Phédon" de Platon, Socrate, condamné à mort, nous apprend à mourir, délier son âme de son corps... Mais au-delà de se préparer à mourir, Socrate...


>>> Âme will survive ?

Le "Phédon" est-il une démonstration de l’immortalité de l’âme ?


>>> Socrate contre les détracteurs de la raison

Quel est le lien entre l'immortalité de l'âme et l'immatérialité de l'âme ? De quelle réalité fait-elle partie ? Si philosopher consiste à délier l'âme...


>>> Le dernier mot d’un condamné

"Criton, nous devons un coq à Esculape. Payez cette dette, ne soyez pas négligents" : que signifient les derniers mots de Socrate ? Comment sa mort, racontée...


Phédon

Édition de Monique Dixsaut

Le Phédon raconte une mort, celle de Socrate. Mais le récit de ces adieux singuliers est l’occasion de tenir un discours différent à ce sujet. Car Socrate meurt après avoir parlé, après avoir arraché à la mort son « masque » effrayant de sorcière, et en pariant sur l’immortalité de nos âmes.

Avec lui, mort et philosophie se livrent au même travail que Pénélope, défaisant ce que la vie a tissé et délivrant l’âme de l’oubli d’elle-même.

Il est impossible de lire ce dialogue-là tout à fait comme on en lirait un autre. Platon, qui n’assistait ni à ce dernier entretien ni à ces derniers instants du maître, les élève à une vérité plus haute que toute exactitude historique. Et Socrate qui, « demain », ne sera plus là, est présent comme il ne l’a jamais été.

(Présentation de l'éditeur)



Protagoras

Editions Flammarion GF, 1997

Présentation et traduction : Frédérique Ildefonse

Cédant à la demande du jeune Hippocrate, Socrate vient interrompre un meeting de sophistes et demande à voir le plus célèbre et le plus brillant d’entre eux, Protagoras. La question mise à l’ordre du jour est : la vertu peut-elle s’enseigner ? Faute d’avoir préalablement défini la vertu, la réponse à cette question demeurera jusqu’au bout incertaine. Mais le face-à-face entre le philosophe et le sophiste acquiert vite une intensité dramatique rarement égalée dans l’œuvre de Platon. Les pièges se multiplient et le lecteur ne sort pas épargné de cette succession inattendue d’épreuves.

(Présentation de l'éditeur)

Faust ou l’Adjectif mal choisi ( Cliquer sur l'image ) | France culture 19/09/2021

À retrouver dans l'émission PERSONNAGES EN PERSONNE par Charles Dantzig

Qui est Faust qui a signé un pacte avec Méphistophélès? En échange de son âme, le vieux savant, retrouve une nouvelle jeunesse... mais qu'en est-il de son humanité?

Extrait de "Faust" par F. W. Murnau, 1926, 
  « Faust, tu as pleinement profité de la vie […]
Mais maintenant, tu ne te réjouis plus de rien »

Pour Charles Dantzig, "Faust est un personnage de fiction devenu archétypique"."Quand on dit ‘faustien' aujourd'hui, note-t-il, cela désigne un désir extravagant de jeunesse et cela a très peu à voir avec Faust. L'erreur de l'adjectif est la conséquence du triomphe du nom. Peu de gens ont lu le 'Faust de Goethe', mais ils s'en font une idée. 'Se faire une idée' est une expression qui dit assez franchement l’approximation et l’erreur."

"Marlowe, contemporain de Shakespeare, rappelle Charles Dantzig, a eu l'idée d'écrire sa pièce 'La tragique histoire du Dr Faust', en 1589, à partir d'un Allemand qui avait vécu à la Renaissance. Et voilà la première oeuvre d'art avec Faust, la tragique histoire du docteur Faust. Près de deux siècles plus tard, et un peu de la même façon que Sophocle a eu l'idée d'ajouter un troisième personnage à la tragédie qu'avait inventée Eschyle, Goethe ajoute à Faust et Méphistophélès le personnage de Marguerite, ce qui change considérablement le personnage, lui ajoutant une humanité et lui enlevant peut être de l'orgueil."  

Pour parler de ce personnage dans son authenticité et lui ôter son caractère mythique, Charles Dantzig reçoit Charles Ficat qui publie >>> Faust, chez Bartillat, dans une traduction de l’allemand par Jean Lacoste et Jacques Le Rider - la meilleure édition disponible en France puisqu'elle est la seule à comprendre les trois versions de la pièce de Goethe.

Auteurs :  Christopher Marlowe, 1564-1593. Johann Wolfgang von Goethe, 1749-1832.

Œuvres : De Marlowe, La Tragique Histoire du Dr Faust, 1589, de Goethe, Faust, 1808 et le second Faust, posthume, 1832.

Personnage : Faust.

Extrait de "Faust" par F.W. Murnau

Adaptations : nombreuses, entre autres en littérature par Thomas Mann dans Le Dr Faustus,1947, 

au cinéma, par Friedrich Murnau dans Faust, une légende allemande, 1926, par René Clair dans La Beauté du diable, 1949, 

à l’opéra, par Hector Berlioz dans La Damnation de Faust, 1846 

et par Charles Gounod dans Faust, 1859.


Bibliographie

Goethe, >>> Faust (Urfaust, Faust I, Faust II), Bartillat

Hector Berlioz dans La Damnation de Faust, CD

René Clair, La Beauté du diable, DVD

Charles Gounod dans Faust, CD

Thomas Mann, Le Dr Faustus,

Christopher Marlowe, La Tragique Histoire du Dr Faust

Friedrich Murnau, Faust, une légende allemande, DVD

>>> Dorian Gray ou la Beauté qui porte malheur

>>> Hélène 1 ou l’Antiréaliste antique

>>> Verlaine, >>> « Nuit de Walpurgis classique », Poèmes saturniens (1866)

  • "C'est plutôt le sabbat du second Faust que l'autre."
  • "Un rhythmique sabbat, rhythmique, extrêmement "
  • "Rhythmique. — Imaginez un jardin de Lenôtre," 
  • "Correct, ridicule et charmant. (1re strophe)"

mardi 21 septembre 2021

Mécaniques du complotisme : QAnon | France culture 15/09/2021


Le 6 janvier dernier lors de l'invasion du Capitole de Washington, plusieurs assaillants se sont revendiqués de la mouvance QAnon. Cette nouvelle saison de "Mécaniques du complotisme".retrace l'histoire de ce complotisme d'un nouveau genre caché derrière le "Q" symbolique du mouvement.

11 septembre,  sionisme, grand remplacement… 

Les enquêtes d'opinion le montrent : sur un nombre grandissant de sujets, les Français sont friands de complotisme. Hier cantonnées aux marges, les théories les plus improbables ont gagné en audience et en respectabilité. De l'internaute anonyme au chef d'Etat populiste, des librairies spécialisées aux plateformes de streaming, des cafés du commerce aux plateaux télé, on les retrouve désormais dans toutes les strates de la société. Par quelle mécanique une théorie complotiste née dans l’imagination de quelques uns parvient-elle à devenir un phénomène culturel majeur ? Pour comprendre cette progression, appréhender leur attrait et, peut-être, atteindre leurs relayeurs crédules, il faut en revenir à leurs origines et identifier leurs concepteurs.

Un podcast de Roman Bornstein, Elise Karlin, Alain Lewkowicz, Victor Macé de Lépinay, David Servenay et Romain Weber. Réalisation Thomas Dutter, Guillaume Baldy et Alexandre Manzanarès.Coordination: Baptiste Muckensturm


>>> [BANDE-ANNONCE] QAnon, d'un délire internet à la mise en danger de la démocratie américaine, dès le 16 septembre

En 4 épisodes, "Mécaniques du complotisme" propose de s'intéresser à l'irruption de la mouvance QAnon, mise en lumière lors de l'invasion du Capitole de...


>>> les origines

Le 6 janvier dernier lors de l'invasion du Capitole de Washington, plusieurs assaillants se sont revendiqués de la mouvance QAnon. Derrière le "Q" symbolique...


>>> Donald Trump, le sauveur

L’ex-président américain Donald Trump affirme ne rien savoir du mouvement QAnon, néanmoins, il refuse de le condamner. De fait, les partisans de la mouvance...


>>> faire du neuf avec du vieux

Alimentées par l’actualité sanitaire de ces derniers mois, les organisations conspirationnistes comme QAnon ne sont cependant pas nouvelles. Dans les années...


>>> un complotisme qui s'exporte

La mouvance QAnon dépasse les frontières et répand les théories qui la fondent partout ailleurs dans le monde. "Make France great again" scande le média...



>>> Les Protocoles des Sages de Sion, le complot centenaire (1/3) : les faussaires du Tsar

Au tout début du XXe siècle, dans la Russie pré-révolutionnaire du tsar Nicolas II, parait un texte aux origines aussi mystérieuses que son titre : "Les...


>>> Les Protocoles des Sages de Sion, le complot centenaire (2/3) : un passeport pour le génocide

Après la révolution bolchevique, les Protocoles commencent à circuler à l'étranger. Malgré l’évidence de leur caractère frauduleux, deux hommes vont peser...


>>> Les Protocoles des Sages de Sion, le complot centenaire (3/3) : du péril juif au complot sioniste

Après la Shoah, l’Europe et les Etats-Unis délaissent pour un temps les Protocoles et leur mythe du plan secret des juifs pour dominer le monde. Mais au...

vendredi 17 septembre 2021

André Gide, le choix d'être soi ( Cliquer sur l'image ) | France culture 30/07/2021

>>> André Gide s'est engagé dans tous les grands remous politiques et sociétaux de son temps : l'Affaire Dreyfus, les affres du colonialisme, le communisme, l'homosexualité. Ne craignant ni scandale, ni critique, a construit une œuvre à son image, libre, émancipée des carcans.

En 1949, Jean Amrouche enregistre avec son ami André Gide une série d'entretiens. La forme de ce tête-à-tête qui prête à la réflexion tout en garantissant la plus grande liberté de ton est innovante. Elle laisse une trace encore vivante dans la réalisation radiophonique. 

André Gide se livre sur ses jeunes années. La Roque, le domaine familial où il cultive sa solitude, et Paris ou il fréquente avec son ami Pierre Louÿs les salons littéraires de José-Maria de Heredia et de Mallarmé. Il est question de littérature aussi quand il explique dans quel état d'esprit il écrit Paludes, Les nourritures terrestres ou Corydon. 

Les voyages sont dans la vie d'André Gide, le ferment de son engagement politique Sa découverte au Congo de la maltraitance et des injustices subies par les autochtones marque son adhésion enthousiaste aux théorie communiste. Plus tard, son voyage en U.R.S.S signe sa désaffection pour ce projet politique. Un désamour qui provoque le scandale mais Gide assume ses convictions. De même, la publication de Corydon, un essai sur l'homosexualité, lui vaudra la perte de nombreux amis. 

À retrouver dans l'émission À VOIX NUE

TOUS LES ÉPISODES


>>> "Je pensais que ma vie s'arrêtait là"

André Gide revient sur ses jeunes années d'après-lycée. Le château familial de La Roque, les salons littéraires parisiens, et ses premières œuvres dont...


>>> "Replonger aux sources de la littérature, de son existence même : la vie"

À l'écriture de "Paludes" succède celle des "Nourritures terrestres", marquées par la source de vie qu’est pour André Gide la littérature grecque antique. En...


>>> "Plus un auteur différait de moi plus je m’éprenais de lui"

André Gide, écrivain et un temps critique littéraire à La Revue blanche, nous parle des œuvres et des auteurs qui accompagnent sa vie. Certains, tel Paul...


>>> "J'ai épousé la théorie communiste avec enthousiasme et, je peux dire, avec aveuglement"

Un voyage au Congo et la découverte des réalités coloniales poussent André Gide à s'engager politiquement. Avec passion et exaltation, il adhère aux théories...


>>> "J'estimais qu'il était indispensable pour moi de dire des choses que j'étais le seul à pouvoir dire"

Désillusions et scandales marquent la vie d'André Gide. Désillusion politique qui le détourne du communisme et désillusion amicale due à la publication...

Sortir des assignations avec Rachel Khan | France culture 12 mars 2021


Rachel Khan ne rentre sous aucune étiquette. Née d'un père gambien musulman et d'une mère juive polonaise, son identité est plurielle : elle est juriste, comédienne, ancienne athlète de haut niveau. Quand elle n’est pas à La Place, centre culturel consacré au hip-hop à Paris, elle est présidente de la commission jeunesse et sport de la LICRA, ou en train d’animer un atelier en prison.  

Elle est auteure de “Racée”, qui sort aux éditions de l'Observatoire, ouvrage dans lequel elle renouvelle son attachement à l’universalisme.

L'invité des Matins de France Culture.
Comprendre le monde c'est déjà le transformer, l’invité était Rachel Khan (07h40 - 08h00 - 11 Mars 2021)
Retrouvez tous les invités de Guillaume Erner sur www.franceculture.fr

Cynthia Fleury, repenser le soin ( Cliquer sur l'image ) | France culture 14/09/2021

À retrouver dans l'émission TRACTS, LE PODCAST

Tracts, le podcast |Que serait une société qui ne se soucierait pas du soin ? Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, ne l'envisage pas. "Quand la civilisation n’est pas soin, elle n’est rien", déclare l'auteure du Tracts "Le Soin est humanisme". Comment les humanités peuvent-elles habiter le temps du soin ? Comment comprendre le sens de notre vulnérabilité ?

Cynthia Fleury, en 2016

En observant les "corps fatigués" et les "esprits abîmés" des citoyens lors de la crise des Gilets Jaunes et, aujourd'hui, subissant les conséquences de la pandémie, Cynthia Fleury a décelé la "trace d'une vraie usure", révélatrice d'une crise de la subjectivité, d'un manque de soin de soi et d'autrui et d'un défaut de considération pour le soin dans notre Etat de droit.

Or le soin se trouve au fondement de notre humanisme estime la philosophe et psychanalyste, professeure titulaire de la chaire Humanités et Santé au Conservatoire national des arts et métiers et directrice de  la chaire de philosophie à l'hôpital Sainte-Anne du GHU Paris psychiatrie et neurosciences. Dans ce Tracts, Cynthia Fleury défend une conception politique du soin. "Quand la civilisation n’est pas soin, elle n’est rien, constate-t-elle. Les humanités doivent prendre racine et promouvoir une vie sociale et politique fondée sur l’attention créatrice de chacun à chacun."

"L’Etat social de droit ne tient que par la mise en place d’un ethos du soin. On a vu à quel point lorsque tout s’écroule, à cause d'une catastrophe, de l'inédit, du réel dans sa dimension d'ébranlement, les choses classiques s'effondrent. Mais il y a une chose qui ne s'écroule pas, c'est l'ethos. C'est-à-dire les valeurs, les gestes solidaires, la culture, le capital social… Tout cela ne s'écroule pas, car ce n'est pas que matériel, c'est quelque chose qui tient par l'implication des individus." Cynthia Fleury

>>> Cynthia Fleury : " Éduquer, soigner sont les gestes paradigmatiques de la société."

En envisageant le soin comme un souci de "rendre capacitaires" les individus - c'est à dire de leur rendre leur souveraineté - s'ouvre la possibilité d'envisager la vulnérabilité comme quelque chose qui n'est pas seulement un déficit :

"C'est terrible parce que la pandémie raconte l'expérience d'une vulnérabilité systémique. Nous sommes vulnérables, c'est notre condition. Mais nous avons aussi en partage le déni de la vulnérabilité, ce qui ne nous aide pas parce que la vulnérabilité est un réel qu’on ne peut pas nier. On peut tout faire pour l'éviter, le réduire, et c'est bien l'enjeu. Mais le fait de le dénier empêche d'en faire un levier capacitaire." Cynthia Fleury

"La pandémie a été un terrain de jeu - et de non-jeu - pour expérimenter cette crise, mais plus viscéralement, cette rupture de paradigme, cette entrée dans un monde autre. Ce sont des expériences d'effondrement, des expériences de raréfaction d'accès à la ressource quelle qu'elle soit - la liberté, les vaccins...- et nous allons rentrer dans un monde de priorisation, d'exception de la raison gouvernementale, c'est-à-dire, en gros, tout ce qui menace les humanités." Cynthia Fleury

>>> Cynthia Fleury : "C'est en préservant sa responsabilité qu'on préserve sa liberté"

mercredi 15 septembre 2021

Alain Finkielkraut : littérature sous influence ou sans influence ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 14/09/2021

À retrouver dans l'émission LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert

Aurions-nous basculé dans une nouvelle ère artistique où l'éthique l'emporte sur l'esthétique ? Le philosophe et écrivain Alain Finkielkraut pose son diagnostic dans son essai "L'après littérature" (Stock, septembre 2021).

Alain Finkielkraut

Avec >>> L'après littérature (Stock, septembre 2021),  c'est une vue d'ensemble sur l'art du XXème siècle que nous livre Alain Finkielkraut. Ses conclusions : le mot est remplacé par l'écran, la subtilité par l'émotivité, la complexité ambiguë du roman par la transparence inflexible d'un nouvel ordre moral. 

"Quand la vision littéraire s’éloigne, l’idéologie prend toute la place, et on en crève" Alain Finkielkraut

Ce "nouvel ordre moral", autrefois incarné par le politiquement correct et aujourd'hui par les wokes serait incompatible avec un art dont il ne comprend plus la nécessité : 

"Ce dont souffre notre présent, c'est précisément de se suffire à lui-même. Il manque de manquer."  Alain Finkielkraut

A la libération attendue de la littérature se substituerait alors, en ce début de XXIème siècle, une autre forme de morale : 

"Le communisme est derrière nous, mais d'autres idéologies ont pris le relais, qui nous empêchent d'y voir clair, qui nous empêchent de penser ... Nous assistons à une reglaciation de la vie littéraire. Le débat intellectuel par exemple, ne se place plus sous le modèle de la conversation, mais sous le modèle de la guerre. On préfère les disqualifications, on préfère les anathèmes." Alain Finkielkraut

Or la littérature, pour l'écrivain, est moins affaire de causes à défendre que de choses à comprendre :

"La littérature fait œuvre de connaissance, elle est une invention, une découverte, elle élucide l’existence : c’est là son rôle majeur. Donc il ne s'agit pas d'écrire contre ou pour, il s'agit d'aider à voir clair, d’aider à comprendre." Alain Finkielkraut

>>> Nadav Lapid, libre et debout

Extraits sonores

  • Christine Angot sur France Culture, août 2021
  • Milan Kundera sur Apostrophe

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Les enfants de Torquemada | CINCIVOX

Tribunal de l’Inquisition,
Francisco de Goya (1812-1819)

Autoproclamés représentants de minorités supposément opprimées, néoféministes intersectionnels, porte-étendards de conceptions très particulières de la justice, fanatiques « éveillés » (« woke » dans la langue originelle de ce produit d’importation) aux discriminations réelles ou imaginaires… médias et réseaux dits sociaux vivent au rythme de leurs oukases et fatwas. Les Fouquier-Tinville de bac à sable ne supportent aucune restriction à leurs caprices, aucun frein à leurs libertés – quoiqu’ils n’aient pas la moindre idée de ce que signifie ce mot. Ils hurlent à la dictature et au complot contre la jeunesse lorsque des mesures prophylactiques sont adoptées pour protéger la population. Ils combattent la grammaire et censurent la culture au nom d’un féminisme dévoyé et d’un « antiracisme » racialiste. Ils brisent des enseignants et mettent des vies en danger pour complaire aux pires archaïsmes religieux. Tous les prétextes sont bons pour lancer des campagnes dans lesquelles les revendications, pleurnicheries et mises au pilori se mélangent dans un tourbillon de violence et de haine.

Sommaire :

  • La justice victime du déballage médiatique
  • Une crise d’adolescence collective
  • Un puritanisme étouffant

La justice victime du déballage médiatique

Le moindre fait divers sordide se voit monté en épingle au nom d’une conception viciée de la justice. L’opinion se régale de ces scandales qui déboulonnent avec une joie mauvaise les célèbres et les puissants. Les médias courent après les réseaux sociaux, dans une accélération délétère, déballant sans ordre ni méthode, sans recul ni vérification, les révélations les plus intimes, les plus obscènes. Le buzz n’est rien d’autre qu’une cacophonie assourdissante de tout ce que l’humain porte en lui de plus vil. Et peu importe si le temps de la justice, nécessairement plus long que l’impératif instantané des médias, démontre finalement la folie d’un tel carnage. Se souvient-on de Perben ? Se souvient-on d’Outreau ?

À quoi bon une enquête à la recherche des faits, quand on est persuadé de détenir la vérité ?

À quoi bon le principe du contradictoire quand la parole de la victime est sanctifiée a priori ?

À quoi bon les droits de la défense quand on a déjà désigné le coupable ?

Justice doit être rendue pour les victimes, pour les accusés, pour la société, pour la nation, pour la loi… mais pas pour l’opinion. Cette justice médiatique n’a rien à voir avec la justice, mais tout avec une forme de vengeance idéologique terrifiante. Les « procès » y sont conduits à charge dans des cabales irresponsables où quelques fanatiques confisquent les rôles de procureur, juge et bourreau à la fois. Foin de la présomption d’innocence et de l’État de droit : les charognards se jettent avidement sur les carcasses qui bougent encore. Sans se soucier de dévorer en même temps les supposées victimes livrées à lumière crue d’une publicité qui les dépasse et les sacrifie.

Affirmer hargneusement, dans une forme de serment solennel sur l’autel de l’irrationnel, « quoi que vous disiez, nous vous croyons », ce n’est pas rendre service aux victimes qui obtiennent temporairement une sympathie superficielle aussi intense qu’éphémère. Surtout, ce n’est pas œuvrer pour la justice. Parce qu’il n’est pas question, en matière de justice, de croire ou de ne pas croire ce que disent l’accusateur ou l’accusé. La justice exige l’établissement de faits ; la justice médiatique ne vit que de la saturation de l’émotion. L’enquête nécessite une sérénité devenue impossible par l’exhibitionnisme médiatique.

Lorsque les victimes sont réelles, cette confusion entre justice et vendetta médiatique ne peut en aucun cas les aider puisqu’elles sont manipulées à des fins qui les dépassent. Pire : lorsqu’elles sont imaginaires, la puissance d’écho des réseaux dits sociaux transforme la diffamation en arme de destruction massive. Peu importe que les accusés-condamnés soient ensuite réhabilités par la véritable justice : le mal causé ne peut pas être effacé et les responsables, ces militants fanatiques, n’ont jamais à répondre de leurs actes – dans le meilleur des cas, ils en réchappent avec un benêt « c’était pour la bonne cause » et s’empressent de commanditer les assassinats sociaux suivants.

Une crise d’adolescence collective

Du plus répugnant au plus ridicule, tout devient prétexte à ces gesticulations outrées. La moindre égratignure justifie des mouvements d’humeur disproportionnés. Prend le pouvoir une génération de sales gosses tyranniques à la sensibilité exacerbée, qui ne se définit pas par la révolte ni même par l’indignation mais par l’offense. Un rien les émeut aux larmes et aux cris. Les névroses individuelles s’élèvent au collectif et se prétendent actes militants. Comme le montre Camus, la révolte est une réponse positive à l’absurde – mais rien de tel ici : point de révolte contre l’insupportable hiatus entre notre quête de sens et l’assourdissant silence du monde. Non. Seulement des réactions épidermiques à des outrages imaginaires. Alors ça geint et ça pleurniche. Bienvenue en chochottocratie !

Ainsi a-t-on assisté au Canada à un psychodrame ahurissant. Des étudiants en littérature découvrent qu’un livre à leur programme contient le mot « nègre »… et qu’on ne les a pas prévenus ! Les pauvres petits choupinous, « traumatisés », « choqués », harcèlent leur enseignante de leur ressentiment et exigent des excuses – qu’elle ne cesse de présenter (contre toute logique !) mais qui ne sont jamais jugées suffisamment « sincères ».

Et l’université leur donne raison !

On marche sur la tête.

De tels énergumènes n’ont pas leur place à l’université mais en hôpital psychiatrique ! Quant aux parents qui ont élevé ces monstres de stupidité, ils devraient être interdits d’enfanter et déchus de leurs droits civiques. Cette pantalonnade n’a rien d’anecdotique : elle n’est qu’un exemple de la terreur qui règne dans les campus anglo-saxons et qui s’installe dans les universités françaises, où les militants imposent leurs névroses.

Dans les universités… et bien au-delà ! Du haut de leur inculture revendiquée et de leur immaturité assumée, ils font sans cesse la leçon aux autres. Et avec quel esprit de sérieux ! quelle absence totale de légèreté ! Sur les réseaux dit sociaux, les tombereaux de haine déversés au nom de bons sentiments mièvres et d’une moraline écœurante ne comprennent ni ne supportent l’humour, le second degré ni la nuance. Plutôt pontifier que penser ; plutôt sermonner que discuter ; plutôt crier qu’ironiser.

Il y a dans cette arrogance acnéique une sorte parfaite conformité au temps présent. Comme une quintessence de synchronicité. Ces petits Narcisse, archétypes du nombrilisme, sont complètement en phase avec leur époque – ce qui n’est pas trivial. Le mouvement dit « woke », comme tous ses clones et avatars, incarne peut-être la figure la plus aboutie de l’individualisme postmoderne. Quoi que ses représentants en disent, ils se font les meilleurs agents du néolibéralisme triomphant et de son idéologie. Le consumérisme atteint jusqu’à leur manière de « militer » qui est au militantisme ce que la mode du « développement personnel » est à la psychothérapie : c’est rapide, ça se partage dans un entre-soi réconfortant, ça ne demande pas trop d’engagement ni d’effort… et surtout on évite soigneusement de se remettre en question profondément.

Leur bonne conscience en étendard, les petits inquisiteurs exhibent fièrement leur vertu. Quelle hypocrisie que cet altruisme égocentrique ! Pour mieux vendre leur bien-pensance, ils ont besoin d’inventer des torts au point de transformer toute différence en injustice. Par un étrange masochisme artificiel, ils se créent de toute pièce des adversaires, imaginent sans cesse de nouvelles oppressions pour mieux pouvoir les corriger. Tout y passe et on les voit ainsi, sous le fallacieux prétexte de la « déconstruction », détruire leur propre langue, leur propre culture, leurs propres traditions philosophiques dans une effarante haine de soi.

Un puritanisme étouffant

Le « militantisme de la rancœur » [1] est un militantisme à moindre frais qui monte en épingle des sujets insignifiants, comme la supposée absence de sparadraps de couleurs, pour ne pas avoir à affronter les enjeux politiques réels. Ces ultrasensibles de métier prennent le monde qu’ils imaginent pour plus réel que le monde matériel. Après tout, pourquoi pas : ils ne seraient pas les premiers à délirer. L’extrême danger vient de qu’ils imposent avec violence leur délire aux autres. Au nom de la tolérance, leur intolérance agressive dirige des chasses aux sorcières dignes du Moyen-Âge, dont les conséquences peuvent être dramatiques [2].

La dénonciation de crimes imaginaires provoque une jouissance morbide qui s’étale et résonne sur les réseaux dits sociaux. Paranoïa et complotisme s’expriment dans une détestation de tout ce qui n’est pas soi. Ces rebelles sur canapé sont incapables d’envisager qu’il soit possible de penser autrement, de voir les choses différemment. Toute altérité doit être combattue – mieux : abattue – parce qu’elle est le symptôme d’une injuste domination. Pas de débat : seulement l’annihilation de l’autre ; pas d’adversaire : seulement des ennemis mortels. La stratégie rhétorique fonctionne à merveille puisque la diabolisation de l’autre, réduit à la figure du mal à détruire, légitime le refus d’entendre ses arguments, crée une polarisation dont il ne peut s’échapper et enferme cet adversaire infréquentable dans une position nécessairement défensive. Dans un renversement de culpabilité classique mais toujours très efficace, ce sont les victimes d’invectives, d’intimidations, de caricatures, de calomnie… qui doivent se justifier.

Or, une vision du monde, de l’homme et de la société, aussi simpliste, ne reposant que sur l’opposition entre le Camp du Bien©, c’est-à-dire ce « nous » exclusif, et… tout le reste, ça marche ! Ils ont beau n’avoir que des nouilles trop cuites entre les oreilles, leur entreprise réussit au-delà de toutes leurs espérances. Pour preuve : ils ont réussi à confisquer luttes sociales et causes politiques, et à occuper tout l’espace médiatique. Médias mais aussi monde de la culture, universités, syndicats, partis politiques… les digues cèdent un peu partout et l’idéologie des nouveaux inquisiteurs imprègne des champs de plus en plus larges. Ces sinistres pantins qui se prennent pour des Gardes rouges et rêvent d’importer les méthodes de la Révolution culturelle chinoise imposent leur rééducation idéologique.

Surtout, ceux qui s’opposent à ce raz-de-marée sont contraints d’y répondre et de se détourner de leurs propres objectifs. Les défenseurs de l’universalisme, de la laïcité, de la République… sont sommés de jouer sur le terrain de leurs adversaires. Ce combat se mène d’ailleurs à fronts renversés puisque sont accusés d’être « réactionnaires » ceux qui défendent les idéaux des Lumières et les principes qui ont guidé la Révolution ; et se prennent pour révolutionnaires ceux-là mêmes qui promeuvent une conception du monde très Ancien régime, des archaïsmes religieux, des catégorisations pré-scientifiques, des superstitions et paranoïas, l’inculture… et un ordre moral d’une rigueur très… réactionnaire ! Peu étonnant que les religieux les plus orthodoxes et les plus orthopraxes se régalent de ce spectacle qui accroît leur emprise sur les esprits. Tout cela « sent le curé froid », comme disait Cavanna !

La création d’antagonismes sommaires au nom d’une morale dévoyée nie la complexité du réel. Le manichéisme accusatoire et victimaire divise selon le critère fantasmé de la domination, dont les grands ordonnateurs sont ces justiciers qui ont depuis longtemps tourné le dos à toute justice. L’objectif : instaurer un nouvel ordre moral dans une eschatologie à la fois crétine et terroriste. Ce puritanisme autoritaire trahit une obsession pathologique de la pureté. L’épuration de tout ce qui ne cadre pas permet la création d’un univers où l’on n’est bien que dans un entre-soi rassurant. Ainsi voit-on les néoféministes sexistes défendre la ségrégation sexuelle et les « antiracistes » racialistes organiser la ségrégation raciale ! Ateliers, colloques et autres événements [3] interdits à tout ce qui n’a pas le bon patrimoine génétique, le bon taux de mélanine, la bonne inclination érotique, la bonne religion… se multiplient dans une célébration communautaire de l’apartheid bon teint.

Les geignards divisent, cloisonnent, séparent, étiquettent, classent, listent… Sous leur joug, les individus sont réduits à des critères qui leur sont imposés pour les embrigader dans des forteresses en guerre les unes contre les autres. Les demi-instruits à l’idéologie criminelle, les déplorables sycophantes de crimes imaginaires, les descendants de Torquemada et Savonarole qui ne rêvent que de purification par le feu menacent la civilisation de leurs caprices puérils.

Cincinnatus, 29 mars 2021

[1] J’emprunte l’expression à Jean Szlamowicz, Le sexe et la langue, éd. Intervalles, 2018.

[2] Par exemples : le harcèlement d’adolescentes ou la décapitation de professeurs.

[3] Et même cérémonies de remise de diplômes, comme à l’Université de Columbia !

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Critique de la politique de l'identité ( Cliquer sur l'image ) | France culture Critique de la politique de l'identité 08/02/2021 Via notre F Pierre V

A partir de la lecture de "Genre, race, identité. La grande déraison" de l'essayiste britannique Douglas Murray, Brice Couturier présente les termes du débat idéologique qui oppose une gauche universaliste, héritière des Lumières, et une gauche woke, attachée à défendre la politique des identités.

À retrouver dans l'émission LE TOUR DU MONDE DES IDÉES par Brice Couturier

"Si on peut qualifier les thèses que développe Douglas Murray dans son dernier essai, Genre, race, identité. La grande déraison (L’Artilleur), cela ne me paraît pas une raison suffisante pour n’en pas parler… D’autant que pas mal de gens qui se reconnaissent de gauche, disons de la gauche old school, universaliste, rationaliste et héritière des Lumières, commencent à perdre patience face à la gauche >>> "woke", particulariste et ennemie déclarée des Lumières." Brice Couturier

A partir de la lecture de l'essai de Douglas Murray, qui vient d'être traduit en français, et qui sous son titre original The Madness of Crowds, Gender Race and Identity, a été l’une des meilleures ventes en 2020 en Grande-Bretagne, Brice Couturier présente dans cette série de chroniques des analyses critiques de notions structurantes du débat public - autant que de la recherche universitaire - dans les pays anglo-saxons comme l’intersectionnalité, les études de genre, les études subalternes et post-coloniales.

TOUS LES ÉPISODES


>>> Douglas Murray : quand politique de l'identité rime avec déraison

Il arrive que des livres à contre-courant, voire franchement réactionnaires, enregistrent d’importants succès de librairie. C'est le cas notamment des...


>>> La notion de "communauté LGBT" remise en cause

Dans un essai polémique intitulé "La grande déraison", l'écrivain britannique néo-conservateur Douglas Murray brocarde la politique des identités : celles...


>>> Le woke ou la trahison des idéaux des années 1960

Défenseurs d'une justice sociale fondée sur les critères de race et de genre, les tenants de la culture woke revendiquent l'héritage des mouvements d’émancipation...


>>> "Woke", une pensée pleine de contradictions ?

Entre affirmation de la fluidité de l'appartenance de genre, de race, et dénonciation de l'appropriation culturelle, la pensée woke ne propose-t-elle pas...


>>> Contrepoints : Culture woke, vers une société totalitaire ?

>>> Contrepoints : Les “woke”, idiots utiles de l’extrême droite

vendredi 10 septembre 2021

Plutôt le symbolisme que la symbolâtrie ! | Sous la Voûte étoilée

Labyrinthe de la Cathédrale de Chartres
Penser le symbole comme un outil...

Opposer les maçons qui seraient "symbolistes" à celles et ceux qui ne le seraient pas est un vieil exercice auquel on se livre encore beaucoup trop pour que ce soit très ... catholique. Plusieurs de vos récents commentaires reviennent sur la survalorisation du symbolisme dans le travail des Francs-Maçons.

Cette thèse qui place le symbolisme comme une fin s'impose aujourd'hui dans la littérature maçonnique. Elle s'écrit à grand renfort de copier-coller d'un volume à l'autre ou est le fruit d'amateurs de pseudonymes curieux, évocateurs, pour laquelle on crée même des maisons d'éditions pour mieux fidéliser un lectorat, de toute manière, captif !

Sur le fond, et à moins de considérer que le contenu du symbolisme soit renfermé dans un "catéchisme", il en existe au moins trois conceptions. Le tout symbole, le tout sans symbole (particulièrement après 1877) et celle qui se situe au milieu de cette alternative en souhaitant accorder au symbolisme la valeur d'un outil au service d'une Franc-Maçonnerie tournée vers l'amélioration de la Société.

Dans cette optique, il devient un outil au service d'une Franc-Maçonnerie de Progrès. Cette vision du symbolisme ne bénéficie, encore aujourd'hui, que de peu de littérature. Charles Porset qui en parle comme de cette "épaisse gangue accumulée à travers le temps" ("oser Penser"), Cécile Révauger, qui fut sa collaboratrice et Jean-Charles Nehr, qui indique dans "Symbolisme et Franc-Maçonnerie" :

"Pour important qu'il soit dans la vie de la Franc-Maçonnerie, le symbolisme ne doit pas nous faire oublier l'essentiel. Certes le symbolisme est un moyen privilégié pour aider les Francs-Maçons de progrès à réaliser l'oeuvre qu'ils poursuivent : " travailler à l'amélioration de l'homme et de la société". Certes le symbolisme joue un rôle fondamental, exceptionnel dans l'histoire de la Franc-Maçonnerie et dans le travail du Franc-Maçon, mais il n'est pas une finalité, il n'est pas un but, il n'est qu'un moyen, qu'un outil." (p.179)

Quelques éléments de critique du symbolisme conçu comme une fin en soi :

D'abord, ce symbolisme cultive à loisir la complexité sans jamais la justifier autrement que par une espèce de procrastination qui repousse toujours à plus tard l'explication et y voit même, chez certains auteurs, sa propre raison d'être. Mais à quoi peut donc bien servir un symbole qu'on ne comprend jamais vraiment ?

Ensuite, il est présenté comme destiné à faire accéder à des "vérités d'ordre supérieur" sur le postulat que "ce qui en en bas est comme ce qui est en haut", Bien curieux postulat au demeurant qui renvoie à une espèce de syllogisme où la tierce serait l'Homme : L'homme aspire à connaître ce qui est en haut, or ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, donc en connaissant ce qui est en bas, l'homme connaît ce qui est en haut ! Reste à justifier l'intérêt de connaître "ce qui est en haut" ! Et la littérature maçonnique regorge, en puisant dans les mythologies les plus diverses, d'arguments pour nourrir la "réflexion".

Enfin, il isole le maçon dans une recherche individuelle, une sorte de centration destinée non pas à lui permettre de s'émanciper en s'appropriant le signifié pour mieux appréhender les différentes compréhensions que l'on peut avoir d'un même fait mais en sacralisant le signifiant, c'est-à-dire en le plaçant plus haut que ce qu'il est censé signifier.

Je suis de celles et de ceux qui "utilisent" le symbole comme un outil en adoptant cette première définition qu'il y a symbole qu'alors qu'existent 3 facteurs : le signifiant, le signifié et le groupe auquel ils s'adressent, sachant que tout autre groupe ne comprendra pas nécessairement le signifié. Ainsi, porter le dessin d'un poisson stylisé pourra constituer un signe de reconnaissance pour certains catholiques.

Mais les tenants du tout symbolisme en maçonnerie vont plus loin. Ils attribuent au signifiant un rôle en lui-même, une valeur intrinsèque dont l'étude peut révéler les "mystères" de la Franc-Maçonnerie ! Là encore une littérature maçonnique conseillée, appropriée va venir "aider" le Maçon dans sa récherche.

On peut entrer dès lors, dans un processus qui accentue l'isolement, qui sacralise une pensée, qui met en place des éléments troublants, proches de la démarche sectaire. C'est ce que Pierre Louis retrace dans son livre "Main basse sur une Loge Maçonnique" que j'avais évoqué ici à l'issue de ma rencontre avec lui au Salon du Livre Maçonnique.

Et par un curieux effet du hasard, on fait souvent au Rite Français le reproche de n'être pas un rite symbolique. 

C'est probablement réconfortant pour ceux qui le disent, mais ce n'est pas la réalité. Le Rite Français, dans sa version la plus communément pratiquée aujourd'hui, celle d'Arthur Groussier, offre un contenu symbolique centré sur la connaissance de soi, l'aventure de l'altérité, le gout de la sortie des sentiers battus, la maîtrise de la curiosité, celle de la consolidation des acquis et de leur transmission.

Puis dans ses grades de sagesse, au delà du 3° degré, il offre sur la base du mythe d'Hiram et de la construction du Temple de Salomon un parcours initiatique sur la hiérarchie des Devoirs de l'Homme dans la société et de la Connaissance de l'Art de se perfectionner.

Il s'agit en fait d'un outil qui privilégie le rôle que pourra jouer le Maçon, à partir de sa maîtrise, dans la Loge ET dans la société, à la place qui est la sienne. C'est là un choix cohérent avec la Maçonnerie du Siècle des Lumières. C'est notre REGULARITE, définie et structurée par notre histoire, au fil des évènements internes et externes.

Et cette histoire-là est aussi celle de la République, particulièrement la 3° mais pas que..., dans ses contradictions, dans ses oppositions, dans ses drames. Celle dont sommes les héritiers, celle à laquelle nous avons à nous mesurer, celle qui nous élèvent. Le symbolisme peut être soit cet outil forgé au fil des ans qui s'est modifié avec la société et ses évolutions ou cet ensemble fixé, figé à une époque et qui porte en lui-même sa propre signification, objet d'étude de sa propre identité.

La différence entre ces conceptions n'est pas de nul effet dans la manière de maçonner. Elles prédisposent à des Franc-Maçonneries qui, bien qu'en affirmant des objectifs universels, n'en affichent pas moins des différences substantielles. Ainsi de la "Régulière", de celle qui voudrait l'être et de celle qui n'en a cure.

Une Maçonnerie qui appelle au repli sur soi ou une Maçonnerie qui appelle à s'intéresser aux questions de la société et à extérioriser ses réflexions...

G C

Kalila Wa Dimna de Moneim Adwan au Festival d'Aix en Provence | Arte 26 mars 2019



fatéma mezyane : شكرا جزيلا على هذه الهدية الثمينة... تحيّاتي البهجوية

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Aux musulmans, et en particulier aux élèves et parents d’élèves qui désapprouvent les caricatures de Mahomet | Pierre Jourde (Ecrivain) • L'OBS 20 octobre 2020 via notre F L B


LES CHRONIQUES DE PIERRE JOURDE 

CHRONIQUE LIBRE. Ecrivain, professeur d’université et critique littéraire, Pierre Jourde se pose ici quelques questions. 

Aux musulmans, et en particulier aux élèves et parents d’élèves qui désapprouvent les caricatures de Mahomet

Chers concitoyens musulmans, 

Ne nous voilons pas la face : il y a un problème. Tant de morts, tant de souffrances pour de simples caricatures. Comment en est-on arrivés là ? 

A la fin du Moyen-Âge, tous les pays chrétiens et musulmans vivaient sous le même régime d’intolérance. Un simple soupçon de blasphème ou d’impiété pouvait vous mener à l’échafaud. Les gens des autres religions ne disposaient pas des mêmes droits et étaient à peine tolérés. On peut même dire que les pays musulmans, l’empire ottoman en particulier, étaient un peu plus tolérants envers les juifs et les chrétiens que les pays chrétiens ne l’étaient envers les juifs et les musulmans. 

Et puis, en Europe, il s’est passé deux phénomènes, étroitement liés, qui ont fait la société où nous vivons aujourd’hui, la France, et plus généralement les pays occidentaux : la naissance de l’esprit scientifique et la philosophie des lumières. Cela a mis quatre siècles pour aboutir, du XVIe siècle au début du XXe siècle, le travail a été long, douloureux et sanglant. Au bout de ce travail, il y a, entre autres, le droit au blasphème. 

Chems-Eddine Hafiz : « L’islamisme est une maladie de l’islam » 

L’esprit scientifique a cherché à expliquer rationnellement le monde, par l’observation et la logique, sans s’en tenir aux vérités religieuses. Il a d’abord fallu faire admettre aux autorités chrétiennes que la terre tournait sur elle-même et autour du soleil. Galilée a été obligé par l’Eglise de renoncer à ses découvertes. Au XIXe siècle encore, les découvertes de Darwin étaient refusées au nom de la Bible. Mais l’esprit scientifique a fini par s’imposer. Grâce à lui, on en sait plus aujourd’hui sur l’univers, l’homme et la nature. Mais il a aussi permis l’essor technique : si vous avez un téléphone portable, la télévision, une voiture, la lumière électrique, si vous prenez l’avion, le train, si vous pouvez vous faire vacciner, passer une radio, c’est grâce au développement de l’esprit scientifique tel qu’il s’est développé en Europe, et qui a dû lutter des siècles contre la religion et ses soi-disant vérités révélées. 

L’esprit des lumières s’est opposé aux persécutions religieuses, au fanatisme religieux, à la superstition. Voltaire a lutté pour faire réhabiliter Calas, condamné à l’atroce supplice de la roue, parce qu’il était protestant et qu’on le soupçonnait d’avoir tué son fils parce qu’il voulait se convertir au catholicisme. Voltaire a lutté pour faire réhabiliter le Chevalier de la Barre. Ce garçon de vingt ans est torturé et décapité pour blasphème. On lui cloue sur le corps un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire et on le brûle. 

La Révolution française, puis les lois de la laïcité, qui s’imposent à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, vont dans le même sens : empêcher la religion catholique, qui est pourtant celle de l’immense majorité des Français, d’imposer sa vérité, son pouvoir, de torturer et de tuer pour impiété ou pour blasphème, et faire en sorte que toutes les religions aient les mêmes droits, sans rien imposer dans l’espace public. Car c’est cela, la laïcité. 

Mais le catholicisme n’a pas abandonné si facilement la partie, même après avoir perdu le pouvoir, il voulait encore régner sur les esprits, censurer la libre expression, imposer des visions rétrogrades de l’homme et, surtout, de la femme. En 1880, puis encore en 1902, il a fallu expulser de France tous les ordres religieux catholiques qui refusaient de se plier aux lois de la république. Pas quelques imams : des milliers de moines et de religieuses. Ça ne s’est pas passé sans résistance et sans violences. 

La critique, la satire, la moquerie, le blasphème ont été les moyens utilisés pour libérer la France de l’emprise religieuse. Tant que la religion était religion d’état, ceux qui le faisaient risquaient leur vie. Puis l’Eglise catholique a fini par accepter d’être moquée et caricaturée. Elle a accepté les lois de la démocratie. Les caricatures et les blasphèmes étaient infiniment plus durs et plus violents que les caricatures assez sages de Mahomet, chez les ancêtres de Charlie Hebdo, qui s’appelaient par exemple L’Assiette au beurre, et plus récemment, il y a une cinquantaine d’années, Hara-Kiri, et de nos jours dans Charlie Hebdo, beaucoup plus durs avec le Christ qu’avec Mahomet. Imaginez qu’un artiste comme Félicien Rops représentait le Christ nu, en croix, en érection, avec un visage de démon ! Et « Hara-Kiri » la sainte vierge heureuse d’avoir avorté ! Personne ne les a assassinés. Au contraire, en 2015, une revue catholique a publié des caricatures du Christ par Charlie Hebdo ! Pour montrer qu’ils étaient capables de les accepter. 

Le Christ satanique de Félicien Rops, la couv de « Hara-Kiri » sur l’avortement de la Vierge Marie.

Pakistanais, Tchétchènes… Les nouveaux profils du terrorisme, par Olivier Roy 

Si vous êtes libres de pratiquer votre religion en France, si vous avez les mêmes droits que les chrétiens, c’est grâce au blasphème, qui a empêché une religion d’imposer sa loi. Les musulmans sont redevables de leur liberté aux blasphémateurs. 

Beaucoup de gens aujourd’hui refusent l’idée de blasphème, pas seulement les musulmans. Il faudrait « respecter » les religions. Mais c’est justement parce qu’on ne les a pas respectées que nous sommes libérés de l’emprise religieuse, et que nous vivons en démocratie, dans un pays où toutes les religions sont acceptées. Charlie Hebdo ne va pas trop loin, Charlie Hebdo fait avec courage son travail de journal satirique, qui s’en prend à tout le monde, sans distinction de religion ou d’origine, parce qu’en démocratie on a le droit de se moquer de tout et de tout le monde. Sachez que Charlie Hebdo, qui est plutôt classable à l’extrême gauche, s’en est pris au racisme, à l’extrême droite, au christianisme, aux hommes politiques de tous bords. Et à l’islam, donc, à égalité avec les autres. Pourquoi auraient-ils dû faire une exception uniquement pour l’islam ?

En France, on peut critiquer avec virulence tout le monde, les partis politiques, les institutions, les hommes politiques, les artistes, etc. Faut-il faire une exception pour les religions ? En France, on peut moquer le catholicisme, le judaïsme, le bouddhisme, sans risquer sa vie. Pourquoi ne peut-on moquer l’islam sans risquer sa vie ? L’islam serait-il une exception ? L’islam peut être critiqué et moqué, comme toutes les autres religions, comme toutes les croyances, comme toutes les opinions, car en démocratie, une religion est une opinion, elle n’est pas sacrée. Si vous n’admettez pas cela, alors vous n’admettez pas la démocratie. Cela signifie que vous souhaitez vivre dans une société sans liberté d’expression, où on ne critiquera plus rien ni personne, dans une société sans blasphème, où la religion dictera aux gens leur manière de vivre, les limites de leur comportement et de leur parole. C’était la France au Moyen-Âge. C’est l’Arabie saoudite aujourd’hui.

Quelques couv de « Charlie Hebdo ». 

La perpétuité requise contre Verlaine et Rimbaud, par Pierre Jourde 

L’islam est critiquable justement parce qu’il a encore du mal à accepter la liberté d’expression et la liberté des femmes. Connaissez-vous des massacres et des attentats de même ampleur, partout dans le monde, au nom du christianisme ? L’islam est la seule religion aujourd’hui au nom de laquelle on tue des centaines d’innocents partout dans le monde. Combien de massacres en France, l’Hyper Cacher, Charlie Hebdo, le Bataclan, le carnaval de Nice, les petits enfants juifs tués par Mohammed Merah, le professeur de Conflans, et bien d’autres encore ? Combien d’attentats aux Etats-Unis, en Espagne, en Angleterre, en Belgique, tous aux cris de « Allah est grand » ? Et les organisations totalitaires islamiques, comme Daech, Al Qaïda, les Tribunaux islamiques somaliens ou les Talibans, qui lapident, décapitent et crucifient au nom d’Allah les chrétiens, les musulmans chiites, les juifs, les zaïdites, les homosexuels, les femmes adultères et les blasphémateurs ? Et dans combien de pays islamiques les autres religions sont-elles persécutées, les femmes considérées comme mineures, des jeunes gens exécutés pour n’avoir pas respecté la religion? 

Ces pays et ces gens ont manqué la révolution scientifique et l’esprit des lumières. Ils ont manqué de blasphème ! 

Critiquer l’islam n’est pas de l’« islamophobie », maladie imaginaire créée pour empêcher justement toute critique, encore moins du racisme, qui n’a rien à voir. Est-ce que critiquer l’extrême droite est de l’extrême-droitophobie ? Est-ce que critiquer le capitalisme est de la capitalistophobie ? Est-ce que critiquer le catholicisme est de la catholicismophobie ? 

Critiquer l’islam, c’est le mettre sur le même plan que toutes les autres religions et opinions. C’est donc le respecter. Ne pas le critiquer, c’est penser qu’il est incompatible avec la démocratie, comme on préserve la sensibilité d’un petit enfant qui ne peut pas endurer la même chose que les adultes. 

Les caricatures de Charlie Hebdo, celles des journaux danois, attaquaient l’islam justement sur le sujet de la violence et de l’intolérance. Et c’est bien un problème, ne le pensez-vous pas ? Les réactions violentes ont montré qu’ils avaient raison ! Les assassins de Charlie Hebdo démontrent qu’ils avaient raison, qu’il y a là un problème. Le jour où l’islam acceptera de se confronter à ses problèmes au lieu de tout renvoyer à l’islamophobie, le jour où il acceptera de rire de lui-même, et de prendre la moquerie avec une indulgence souriante, il montrera qu’il est compatible avec la démocratie, capable d’autocritique, comme l’a été le catholicisme. Ce jour-là, une simple petite caricature ne donnera plus lieu à des massacres. 

Je souhaite vivement, je ne sais par quel canal, être entendu de vous, surtout ceux que choquent les caricatures. Qu’ils comprennent enfin que c’est la loi démocratique, que c’est au prix de cette insolence qui réveille les esprits qu’on peut réfléchir, se remettre en question et avancer. Et si les religions avaient enfin de l’humour ? Si la Grande Mosquée de Paris organisait une expo Charlie Hebdo ? On peut rêver…

lundi 6 septembre 2021

Rosh Hachana 5782

Mythes et réalités d'Ernest Hemingway ( Cliquer sur l'image ) | France culture 25/03/2019

Quatre émissions pour tenter de démêler l'authentique de la légende, en traversant les mille vies de l'écrivain américain Ernest Hemingway. Sa vie s'est imprégnée d'une aura mythique au fil du temps : soldat, chasseur, marcheur, boxeur, amoureux de Cuba, des corridas, époux et séducteur...

À retrouver dans l'émission LA COMPAGNIE DES OEUVRES par Matthieu Garrigou-Lagrange

TOUS LES ÉPISODES


>>> L'envers de sa propre légende

La vie de l'écrivain américain Ernest Hemingway (1899-1961) s'est imprégnée d'une aura mythique au fil du temps : nous cherchons dans cette émission à...


>>> Hemingway et l'expérience des limites

Nous envisageons dans cette émission l'idée de transgression chez Hemingway, à l'oeuvre dans ses nouvelles, et cheminons aux côtés de Bataille et Hopper....


>>> L'art de Hemingway

Nous nous interrogeons sur l'art romanesque d'Hemingway et le style particulier du grand romancier américain, à travers deux de ses romans : "Le Soleil...


>>> Paris est une fête

Nous partons à la découverte du Paris de Hemingway, terre d'accueil pour la "génération perdue" qui y découvre l'art sous toutes ses formes...