Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures. Force, Sagesse et Beauté / Liberté, Égalité, Fraternité

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lundi 13 juin 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Manufacturing Consent : Media manufacture our consent



Cette brève " autobiographie ", parue en 1906, est l'un des textes politiques de Jack London (1876-1916) les plus marquants. Dans ce récit personnel, il retrace le chemin qui le mena à devenir socialiste. Crieur de journaux, pilleurs d'huîtres, ouvrier dans une conserverie, employé d'une teinture, électricien, vagabond... il nous livre ici les voies qui firent de lui un auteur engagé si longtemps méconnus. 

"Je suis né dans la classe ouvrière. Très tôt, j ai découvert l'enthousiasme, l'ambition, les idéaux; et les satisfaire devint le problème de mon enfance. Mon environnement était primitif, dur et fruste. Je ne voyais nul horizon, seulement de bas en haut. Ma place dans la société était tout en bas. Là, la vie n'offrait que laideur et misère, aussi bien pour la chair que pour l'esprit. Car la chair et l'esprit y étaient pareillement affamés et tourmentés. Au-dessus de moi s'élevait l'édifice colossal de la société, et à mes yeux la seule façon de m'en sortir était par le haut. Alors, j'ai résolu très tôt d'escalader cet édifice. Aux étages supérieurs, les hommes portaient des costumes noirs et des chemises impeccables, les femmes étaient habillées de robes somptueuses. Et il y avait des bonnes choses à manger, et beaucoup. Ça, c'était pour la chair. Et puis il y avait les choses de l'esprit. Loin au-dessus de moi, je le savais, régnaient la générosité de l'esprit, la pureté et la noblesse de la pensée, l'éclat de la vie intellectuelle. Je savais tout cela parce que j avais lu les romans de la bibliothèque Seaside. A l'exception des voyous et des aventurières, tous les hommes et les femmes y avaient de belles pensées, s'exprimaient avec élégance, accomplissaient des actions glorieuses. Bref, le fait que loin au-dessus de moi se trouvait tout ce qui était délicat, noble et gracieux, tout ce qui donne décence et dignité à la vie, tout ce qui la rend digne d être vécue, tout ce qui récompense chacun de son labeur et de sa souffrance, me paraissait aussi incontestable que la course du soleil dans le ciel."


La presse va mal en France parce que les patrons du CAC 40 ont mis la main dessus : telle est l’idée centrale de ce livre. À la Libération, on ne parlait que de mettre les journaux à l’abri des puissances d’argent, de protéger leur indépendance. Mais au fil des années, cette louable ambition s’est effilochée. Aujourd'hui, les Arnault, les Dassault les Pigasse, les Lagardère, les Pinault, les Bolloré et autres seigneurs contrôlent la presse nationale via leurs holdings aussi opaques que rémunératrices. 

Jean Stern, homme de presse s’il en est, montre comment les “journalistes-managers” – July, Colombani – ont conduit « Libération » et « Le Monde » à leur perte avant d’en être éjectés sans égard. Comment les journaux qui perdent de l’argent permettent aux patrons de payer moins d’impôts ? Comment les divers “conseils de surveillance”, “chartes d’indépendance” et autres gadgets n’empêchent nullement les patrons de pressurer les rédactions en exigeant des économies ? Les journaux finiront-ils en “fermes de contenus” où des pigistes à domicile rédigeront des “articles” à la chaîne adaptés aux algorithmes des moteurs de recherche ? C’est ce que l’on peut craindre si l’on laisse faire le capitalisme déchaîné.

mercredi 18 mai 2022

Pour le pire | ARTE 23 juin 2021


En France, en 2019, 146 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-compagnon. Au travers de trois affaires, une mise en lumière glaçante des mécanismes du féminicide, symptôme d’un dysfonctionnement de la société.   
En France, 84 % des victimes des 173 homicides conjugaux commis en 2019 étaient des femmes. Mais quelle réalité se cache derrière ces chiffres effrayants, que les collectifs féministes contribuent à rendre visibles ? Qui sont ces femmes dont on ne connaît souvent que le prénom, l’âge et les circonstances du décès ? Sindy, 34 ans et enceinte, a été abattue en septembre 2017 sur le quai de la gare de Noyon, avec deux de ses enfants, par son conjoint policier, à qui elle venait d’annoncer sa décision de le quitter. À Corbas, en juillet 2017, les gendarmes ont découvert dans leur appartement les corps en état de décomposition avancée de Michèle, 44 ans, et de sa fille de 18 ans, poignardées par Laurent, le père de famille, chômeur alcoolique qui menait une double vie. La même année, à Toulon, Dorothée a succombé aux coups de couteau portés par son mari au cours du déjeuner de Noël, malgré la tentative d’interposition de leurs enfants.

Défaillances

Pour tenter de saisir la mécanique des féminicides, qui surviennent souvent au moment d’une rupture, Aurélia Braud s’est plongée dans des affaires datant de 2017, qu’elle reconstitue au travers des témoignages d’amis et voisins des trois couples, de gendarmes, d’avocats, d’un journaliste ou d’une responsable associative. Alors que 40 % des femmes tuées par leur conjoint ont subi des violences physiques ou psychologiques avant le drame, dans la majorité des cas, l’entourage et la société tout entière n’ont pas su ou pu déceler les signaux d’alerte. Une immersion glaçante dans la violence de ces drames à huis clos, symptômes d’un dysfonctionnement de la société, dont les enfants constituent les victimes collatérales invisibles.

Documentaire d'Aurélia Braud (France, 2020, 52mn)
Disponible jusqu'au 03/06/2022

mardi 26 avril 2022

Guerre au climat | Géopolitis 8 avr. 2022


Le conflit en Ukraine va-t-il remettre en question les engagements climatiques des Etats, alors que le GIEC sort un nouveau rapport?
Invitée : Sonia Seneviratne, climatologue EPFZ - membre du GIEC
Présentation : Jean-Philippe Schaller

"C'est un dossier de la honte, qui répertorie les promesses vides qui nous mettent sur la voie d'un monde invivable", les mots du secrétaire général des Nations unies António Guterres pour qualifier le dernier volet du rapport du GIEC sonnent comme un réquisitoire adressé aux Etats et leur inaction politique. A chaque rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), un nouveau cri d'alarme. Et pourtant, le constat du réchauffement climatique ne fait qu'empirer. Depuis l’ère préindustrielle, la planète a gagné en moyenne 1,1 degré. Les experts concluent à une accélération sans précédent qui pourrait atteindre +3,2 degrés d’ici la fin du siècle, bien au-delà de l’objectif de 1,5 degré des accords de Paris.

Pour inverser la tendance, "il faudrait des actions très fortes et très rapidement, dans un délai de moins de trois ans", alerte la climatologue Sonia Seneviratne dans Géopolitis. Professeure à l'EPFZ et co-auteure de plusieurs rapports du GIEC, elle espère une ultime prise de conscience. D'ici 2100, la planète va subir une augmentation sans précédent d'événements météorologiques extrêmes, canicules, sécheresses ou pluies diluviennes, selon les experts. Les conséquences sont déjà là. Selon l'Organisation météorologique mondiale, le nombre de catastrophes a été multiplié par 5 ces 50 dernières années.

Moins de gaz russe, plus de pollution ? 

"On n'arrivera pas à stabiliser le réchauffement climatique, si on n’accepte pas de manière très claire, de laisser les énergies fossiles dans le sol. Sinon on va vers une catastrophe absolument gigantesque", poursuit Sonia Seneviratne. Or, la guerre en Ukraine pourrait bien remettre en cause les objectifs climatiques de certains Etats, inquiets de manquer de gaz et de pétrole russes.

L'Allemagne et la Grèce envisagent de relancer leur production de charbon, à l'image de la Chine, qui avait déjà augmenté sa production en raison de la reprise économique. Confrontés à la grogne sociale due à la flambée des prix, plusieurs pays, dont la France, ont décidé de subventionner le carburant. Au niveau mondial, le secteur des énergies fossiles reste par ailleurs massivement subventionné. Les Etats y ont consacré chaque année 600 milliards de dollars en moyenne sur les 10 dernières années, selon l'OCDE.

Pour s'émanciper toujours plus du gaz russe, dont ils dépendent à hauteur de 40%, les Européens se tournent aussi vers le gaz naturel liquéfié, notamment américain, plus polluant que celui transporté par gazoducs.

Au sommaire:
- Le nouveau rapport du GIEC confirme les pires prévisions de réchauffement
- Sonia Seneviratne: "Si on n'abandonne pas les énergies fossiles, on court à une catastrophe absolument gigantesque"
- Pour s’émanciper du gaz russe, l’Europe se tourne vers le gaz naturel liquéfié
- Sonia Seneviratne: "Il y a beaucoup de potentiel au niveau de la mobilité électrique"
- Réchauffement climatique et démographie, défis des villes africaines
- Le combat de Bruno Manser en Malaisie pour préserver la forêt tropicale 

Géopolitis est une émission de la Radio Télévision Suisse et TV5 Monde. La rédaction décode les affaires du monde, en s'entourant des meilleurs experts et observateurs des relations internationales. Politique, commerce, santé, coopération ou écologie, retrouvez l'actualité de la planète sur le web en tout temps, le dimanche à 13h10 sur RTS 1 et sur tous les canaux de TV5 Monde.

Le site de Géopolitis : >>> http://geopolitis.ch

mercredi 6 avril 2022

Nucléaire : une solution pour la planète ? | ARTE 24 mars 2022

 

Une enquête dense sur les enjeux écologiques et économiques de l’énergie nucléaire, à travers la question cruciale du démantèlement et du retraitement des déchets contaminés. 

À l’heure où l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou la Suisse ont décidé de sortir de l’énergie atomique, la France – pays le plus nucléarisé au monde, dont près de 70 % de l’électricité est produite par ses réacteurs – projette d’investir dans de nouveaux EPR. Ce choix est-il réellement compatible avec la transition écologique ? C’est ce que laisse entendre la Commission européenne, qui vient d’accorder un label "vert" au nucléaire dans le cadre de sa taxonomie, une classification des énergies selon leur durabilité. Certes, les centrales n’émettent pas de CO2, ce qui constitue un avantage incontestable face au réchauffement climatique. Mais le nucléaire implique aussi des niveaux mal maîtrisés de rejets radioactifs aux abords des centrales (tritium, carbone 14...), des quantités exponentielles de déchets dangereux dont le recyclage et le stockage restent problématiques, ou le risque jamais exclu d’accident grave, à l’image des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima. Alors, le nucléaire peut-il être qualifié d’énergie "verte" ?

Débat verrouillé

En s’intéressant aux coulisses de "l’après-Fessenheim" en France, la documentariste Ghislaine Buffard s’est lancée dans une vaste enquête. Partant à la rencontre de scientifiques, de représentants de l’industrie de l’atome et de militants écologistes, elle éclaire avec pédagogie et sans manichéisme un débat verrouillé par des intérêts politiques et économiques complexes, auquel le changement climatique donne une nouvelle perspective. Des voix de plus en plus nombreuses présentent en effet le nucléaire comme la seule alternative crédible aux énergies fossiles. Mais, en France comme ailleurs, les exemples abondent pour illustrer l'"arrogance scientifique" dont les pronucléaires font preuve, selon les termes du consultant Mycle Schneider : recyclage très parcellaire des combustibles dans l’usine de retraitement de La Hague, sûreté controversée du futur "cimetière" de déchets de Bure – dangereux pendant des centaines de milliers d’années –, pollution de la Loire par des rejets radioactifs... Si le nucléaire peut apparaître comme une solution à moyen terme, il semble impossible d’en maîtriser les retombées à une échéance (beaucoup) plus lointaine.

Documentaire de Ghislaine Buffard (France, 2022, 1h34mn)
disponible jusqu'au 28/04/2022

mercredi 30 mars 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Ricardo et Malthus, vous avez dit liberté ? | Capitalisme (3/6) / Et si Marx avait raison ? | Capitalisme (4/6) / Keynes/Hayek, un combat truqué ? | Capitalisme (5/6) | ARTE janv. 2022

Ricardo et Malthus, vous avez dit liberté ? | Capitalisme (3/6)

 

Le troisième volet se penche sur les théories de David Ricardo et Thomas Malthus, considérés comme des acteurs fondamentaux de la construction de la société britannique du XIXe siècle.

David Ricardo et Thomas Malthus sont considérés comme des acteurs fondamentaux de la construction de la société britannique du XIXe siècle. Depuis quarante ans, l'économie se mondialise selon la vision de David Ricardo de "l'avantage comparatif" et en conditionne notre adhésion à la logique du marché. Les bouleversements sociaux et politiques engendrés par ce tsunami économique ont été présentés comme le prix à payer pour améliorer le sort de tous. Mais qu'est-ce que David Ricardo a réellement écrit ? Est-ce que l'histoire des quatre dernières décennies s'explique avec des théories du XIXe siècle ou par les intérêts politiques et économiques de nos contemporains ? Considéré aujourd’hui comme une évidence, le capitalisme n’a, de fait, pas toujours existé... 

Cette magistrale série documentaire offre des clefs de compréhension du système capitaliste. Capitalisme Série documentaire d'Ilan Ziv (France, 2013, 54mn)

Et si Marx avait raison ? | Capitalisme (4/6)

 

Ce quatrième volet décrypte la pensée de Karl Marx, depuis sa jeunesse d’étudiant romantique, ami d’Engels, jusqu'à son accession au statut de leader théorique de la révolution mondiale.

Et si Marx avait raison, après tout ? Avec l'effondrement de l'Union soviétique et la chute du Mur, le communisme a été jeté à la poubelle de l'histoire, et lui avec. Mais après la crise de 2008, on peut se demander si nous avons bien compris Marx. Son analyse du capitalisme du XIXe serait-elle plus pertinente aujourd'hui ? Cet épisode décrypte la pensée de l’auteur du Capital, depuis sa jeunesse d’étudiant romantique, ami d’Engels, jusqu'à son accession au statut de leader théorique de la révolution mondiale. Au-delà de l'idéologie communiste, le film s'attache à sa lecture du capitalisme comme "immense accumulation de marchandises" jusqu’à sa critique des concentrations financières et du capitalisme d’État, démontrant que ses prévisions s'avèrent aujourd’hui très pertinentes. S’il a reconnu que le système produisait des merveilles, il fut aussi l'un de ses critiques les plus impitoyables, notamment à travers son analyse de l'inéluctabilité des crises.

Considéré aujourd’hui comme une évidence, le capitalisme n’a, de fait, pas toujours existé... Cette magistrale série documentaire offre des clefs de compréhension du système capitaliste.
Série documentaire d'Ilan Ziv (France, 2013, 52mn)
Disponible jusqu'au 04/07/2022
 
Keynes/Hayek, un combat truqué ? | Capitalisme (5/6)

   

Ce cinquième volet revient sur l'affrontement entre l’économiste autrichien Friedrich Hayek et son confrère britannique John Maynard Keynes, qui a modelé la pensée économique au XXe siècle.

L'affrontement entre l’économiste autrichien Friedrich Hayek et son confrère britannique John Maynard Keynes a modelé la pensée économique de tout un siècle. Chacun défend ses idées pour sortir le capitalisme de la sévère dépression des années 1930, la pire qu’il ait connue. Pourquoi et comment ce débat qui semblait réglé ressurgit-il régulièrement, notamment depuis la crise économique de 2008 ?

Considéré aujourd’hui comme une évidence, le capitalisme n’a, de fait, pas toujours existé... Cette magistrale série documentaire offre des clefs de compréhension du système capitaliste.

Série documentaire d'Ilan Ziv (France, 2013, 54mn)
Disponible jusqu'au 04/07/2022

jeudi 10 février 2022

LE PROBLÈME DE LA PORNOGRAPHIE CHEZ LES JEUNES | Le Précepteur1 mai 2019


Art subversif selon les uns, signe de décadence pour les autres, la pornographie demeure un objet de controverse. Mais au-delà des conceptions morales, que nous disent les faits au sujet de la pornographie ?
Faut-il s'inquiéter de son influence auprès d'une partie de la jeunesse ? Ou bien devons-nous relativiser son impact sur la société ?

L’émission d’Ovidie : >>> https://youtu.be/S1jgtCA010c

Entretien avec Ovidie, réalisatrice du documentaire « Là où les putains n’existent pas » tourné en Suède. Elle évoque le féminisme pro-sexe à l’épreuve de #MeToo, la sexualité des jeunes et la notion de consentement. En dialogue avec elle, Robin d'Angelo, auteur d’une enquête sur le milieu porno amateur.

Russie, le poison autoritaire | ARTE 8 févr. 2022


En Russie, la chasse aux opposants au régime s’intensifie. Rencontre avec ceux qui osent défier Vladimir Poutine au péril de leur vie et révèlent l’envers du décor d’un pays mis en coupe réglée. 

"Poutine et sa bande, au tribunal !" Les Russes, et surtout les Moscovites, ont été toujours plus nombreux à défiler ces derniers mois  contre un pouvoir jugé liberticide. Plus que jamais, la Russie apparaît comme une nation divisée entre ceux qui font profil bas devant l’autoritarisme de Poutine, voire le soutiennent, et ceux qui le combattent, souvent au péril de leur liberté. La répression policière s’est en effet nettement accrue, tandis qu’une justice aux ordres d’une machine étatique programmée pour détruire toute velléité contestataire couvre les arrestations arbitraires et souvent absurdes, les séjours en prison et les mises au ban de la société. Mais qui sont ces citoyens ordinaires qui font trembler l’autocrate du plus grand pays du monde et prennent tous les risques, jusqu’à devoir s’exiler, pour réclamer une Russie à visage humain ?  

Dictature postmoderne 

Pendant près d’un an, le réalisateur Stéphane Bentura a suivi ceux qui, souvent jeunes et instruits, ont fait leur figure de proue d’ >>> Alexeï Navalny, empoisonné puis emprisonné dès son retour surprise à Moscou en janvier 2021. Journaliste pourchassée, simple manifestante d’un jour, prisonniers politiques victimes de tortures ou économiste en exil, ils racontent comment ils sont ou ont été la cible d’un matraquage qui va crescendo, sous couvert d’une application stricte de la loi et de l’ordre. "C’est une dictature postmoderne, avec une façade pseudo-démocratique, des parodies d’élections et de procès", assène Vladimir Kara-Murza, vice-président du mouvement Russie ouverte, victime de deux tentatives d’empoisonnement. Pour beaucoup, cette férocité répressive vise à masquer l’ampleur de la corruption, le gaspillage de l’argent du gaz russe et les promesses socio-économiques non tenues de Vladimir Poutine. Des témoignages clés qui aident à dissiper le mirage de la nouvelle puissance russe.

Documentaire de Stéphane Bentura (France, 2021, 53mn)
disponible jusqu'au 16/04/2022

mercredi 9 février 2022

Chine : le drame ouïghour | ARTE 4 févr. 2022


Nourri d’accablants témoignages, un récit rigoureux de la tragédie des Ouïghours, minorité victime d’une répression systémique et d’un génocide culturel par les autorités chinoises.

Tortures dans d’immenses camps d’internement, disparitions, travail forcé, "rééducation" des enfants et des adultes, stérilisations massives, surveillance généralisée et destruction du patrimoine mémoriel, y compris des cimetières : la politique de la Chine au Xinjiang à l’égard des Ouïghours, population de 11 millions de turcophones à majorité musulmane, s’apparente à un génocide. Dans cette terre des "montagnes célestes" à l’ouest du pays, riche en ressources − charbon, pétrole et gaz… − et porte d’entrée stratégique des nouvelles routes de la soie chères à Xi Jinping, on estime aujourd’hui à plus de 1 million le nombre de personnes détenues arbitrairement. Alors que Pékin tient d’une main de fer une région qui n’a plus d’autonome que le nom, le numéro un chinois n’hésitait pas, en 2014, à exhorter les autorités locales du Parti à utiliser "les outils de la dictature" dans leur "lutte totale contre le terrorisme, l'infiltration et le séparatisme" et à ne montrer "absolument aucune pitié"

Depuis des années, prenant prétexte d’une prétendue lutte contre le radicalisme et la pauvreté, le Parti communiste se livre à une persécution systématique de cette ethnie, visant à éradiquer sa culture. Parallèlement, organisée à partir de 1949, la migration des Han au Xinjiang s’accélère. Depuis 2018, pourtant, des lanceurs d’alerte accumulent documents et témoignages accablants pour dénoncer les exactions commises et les violations des droits humains. Longtemps sans réaction, la communauté internationale commence à s’en préoccuper. Mais les sanctions timides qui frappent l’incontournable partenaire économique chinois ne l’empêchent pas de poursuivre une répression sans équivalent depuis la Seconde Guerre mondiale.
 
Identité menacée

Pourquoi cet effroyable acharnement qui, au-delà de la Chine, interroge aussi l’avenir de la démocratie et de la liberté dans le monde ? Mêlant archives, témoignages bouleversants de rescapés des camps de détention et décryptages d’experts, chinois et étrangers, ce documentaire met au jour l’ampleur d’une tragédie hier passée sous silence. En remontant le cours tumultueux de l'histoire du Xinjiang depuis Mao, cette rigoureuse investigation explore aussi le traitement infligé à ses minorités par la Chine et montre pourquoi et comment l'ethnie majoritaire des Han veut assimiler, voire éliminer, les Ouïghours, dont la diaspora, bien seule face à Pékin, tente d’organiser la résistance pour préserver l’identité menacée de son peuple.

Documentaire de Romain Franklin (France, 2021, 1h45mn)
disponible jusqu'au 06/03/2022

lundi 7 février 2022

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Le procès Lady Chatterley : Orgasme et lutte des classes | Documentaire | ARTE Cinéma 7 oct. 2021


En 1960 s'ouvre à Londres le "procès du siècle" opposant la Couronne britannique à Penguin Books. En vertu d'une nouvelle loi autorisant la parution d'une œuvre "obscène" si un tribunal lui reconnaît des qualités littéraires, l'éditeur a publié le roman de D. H. Lawrence, "L'amant de lady Chatterley", interdit depuis sa sortie à compte d'auteur en 1928.

Le procureur Mervyn Griffith Jones fustige des pages où le sexe est "ramené à la moindre occasion". Face à lui, des professeurs de littérature, des critiques, et même un évêque prennent ardemment la défense du roman. La procédure débouchera sur un "non coupable" unanime et le public se ruera sur ce livre, peu avant le déferlement de la révolution sexuelle.

La conquête du plaisir

Se replongeant dans les minutes de ce procès, dont les interventions "pour" et "contre" sont jouées par des comédiens, ce documentaire, nourri d'archives et d'interviews, celles de Sylvain Tesson et Catherine Millet notamment, souligne l'épaisseur et la modernité du roman, occultées par une réputation sulfureuse qui suscita fantasmes et malentendus. En racontant les amours d'une aristocrate et du garde-chasse de son époux, revenu, lui, impuissant de la Grande Guerre, >>> D. H. Lawrence repousse les limites de ce qui peut s'écrire dans une Angleterre corsetée. S'inspirant de son épouse Frieda, avec qui il vit une relation libre, il décrit l'émancipation d'une femme à travers la conquête du plaisir. Mais s'il dépeint le sexe sans fausse pudeur, il en montre aussi la dimension rédemptrice, amoureuse, et les ébats des amants se doublent d'une douce communion avec les bois alentour. Ce "requiem pour une nature blessée" dénonce au passage les ravages de la guerre et de l'industrie. Fils de mineur, Lawrence ose enfin mêler les classes sociales, à travers cette idylle entre un prolétaire et une lady. Autant de transgressions qui lui vaudront les foudres de la censure. Ce documentaire offre un juste retour sur une œuvre dont le scandale a longtemps éclipsé la force littéraire.

Documentaire de Mathilde Damoisel (France, 2019, 53mn)
Disponible jusqu'au 15/03/2022

dimanche 30 janvier 2022

« Emmanuel Macron n’est que le dernier avatar de la politique de dépérissement de l’Etat social » estime le juriste Alain Supiot | Le Monde 28 janvier 2022

Ce spécialiste du droit du travail et de la philosophie du droit s’alarme, dans une tribune au « Monde », de voir le démantèlement de l’Etat dissoudre, au nom du mythe de la « République contractuelle », la société en « tribus hostiles ».

S’il fallait résumer d’une formule le bilan social du quinquennat finissant, ce pourrait être « l’Etat contre l’Etat », c’est-à-dire le démantèlement de l’Etat par lui-même. Le sort actuel d’EDF en offre une parfaite illustration. EDF a été créée en 1946 pour assurer la continuité et l’égalité d’accès à l’énergie de toute la population, dans des conditions économiques abordables. Forte de ce consensus politique et social, de la compétence de ses ingénieurs et de l’autonomie que lui conférait son statut d’entreprise publique, EDF était devenue un leader mondial dans son domaine jusqu’à ce qu’en 1999, obéissant aux directives européennes, le gouvernement entame son démantèlement pour revenir à la situation des années 1930, d’un marché de l’énergie ouvert à la libre concurrence. Ce marché largement fictif (EDF est le seul producteur) s’avérant aujourd’hui incapable d’assurer la continuité et la modicité du service, le gouvernement en tire argument, non pour restaurer le service public de l’électricité, mais bien au contraire pour obliger EDF à soutenir artificiellement ses concurrentes, la privant ainsi des ressources nécessaires aux investissements qu’appelle notamment la transition écologique.

>>> A l’approche de la présidentielle, le gouvernement renforce sa vigilance sur les restructurations industrielles

En l’absence cette fois de toute consigne européenne, les mêmes méthodes sont appliquées à la Sécurité sociale. Egalement créée à la Libération, elle jouissait, elle aussi – à la différence du système britannique –, d’une autonomie à l’égard de l’Etat. Cette autonomie interdisait notamment à l’Etat de puiser dans ses caisses. Aujourd’hui, le gouvernement en a pris l’entier contrôle et lui impose de s’endetter pour payer ses propres factures. Il n’est pas de jour où l’on n’aggrave pas ses charges tout en diminuant ses ressources, créant ainsi les conditions de sa faillite et de l’ouverture au marché des assurances santé ou vieillesse.

Convergence des marxistes et des libéraux

L’actuel président, dont François Hollande a pu écrire : « Macron, c’est moi », n’est que le dernier avatar de cette politique de dépérissement de l’Etat social. Au nom de la « République contractuelle », qu’aussitôt élu il a promis d’établir devant le Parlement réuni en Congrès, il s’est efforcé de démanteler tous les statuts garantis par l’Etat. Promesse tenue avec la casse méthodique de tous les statuts professionnels (statut salarial, fonction publique, cheminots, préfets, diplomates, universitaires…) et la paupérisation de tous les services publics (police, hôpitaux, tribunaux, écoles ou universités). Diriger ainsi l’Etat comme une start-up n’a pas empêché l’aggravation du déficit commercial. Les responsabilités en ce domaine seraient aussi à rechercher du côté des « élites économiques » qui, contrairement à leurs homologues allemandes, ont fait depuis trente ans le choix de la financiarisation et de la désindustrialisation. Elles sont enclines – trait bien français – à toujours imputer à l’Etat leurs propres insuffisances. Car en France, l’Etat demeure l’objet de toutes les attentes et la cible de toutes les critiques, ce qui rend son autodémantèlement particulièrement dangereux.

>>> Emmanuel Macron évoque les pistes de son futur programme social pour l’élection présidentielle de 2022

S’éclaire ainsi le sens du « en même temps » sous l’égide duquel Emmanuel Macron avait placé sa candidature en 2017. Depuis plus d’un siècle, l’Etat a été l’objet des critiques convergentes des marxistes et des libéraux. Les premiers y ont vu un instrument de domination de classe, voué à dépérir avec l’avènement du communisme. Et les seconds un obstacle au libre jeu des forces du marché, qu’il fallait, selon le mot d’ordre de Grover Norquist, fondateur et président du lobby Americans For Tax Reform, « ramener à une taille assez petite pour qu’on puisse le noyer dans une baignoire ».

Mais les uns comme les autres ont considéré que dans une phase intermédiaire, il convenait d’exacerber le pouvoir de l’Etat pour assurer la dictature du prolétariat ou celle du marché. Telle fut la position de Lénine ou de Trotski, selon qui « l’Etat, avant de disparaître, prend la forme de la dictature du prolétariat, c’est-à-dire de l’Etat le plus impitoyable, qui s’empare impérieusement de la vie des citoyens ». Telle fut également celle des « Chicago Boys » et de Margaret Thatcher, qui ont soutenu la dictature chilienne d’Augusto Pinochet.

Mirage dangereux

Le monde d’après-Covid-19 a donc peu de chances d’être celui du retour des jours heureux. Plus probable est la répétition du scénario qui a suivi l’implosion des marchés financiers en 2008. Après que les Etats se sont endettés pour payer la note faramineuse de leurs dérèglements, argument a été pris de cet endettement pour « passer la vitesse supérieure » (ce fut dès 2010 le mot d’ordre de l’OCDE) dans le sens des « réformes structurelles » exigées par… les marchés financiers. Mises en œuvre depuis la fin du XXe siècle, ces réformes consistent à privatiser les segments les plus lucratifs du secteur public et à soumettre le reste au « New Public Management », c’est-à-dire à une gouvernance par les nombres, de facture post-soviétique, qui combine inflation bureaucratique et réduction constante des moyens alloués au service réel du public. Les effets de cette gouvernance ont été parfaitement saisis par les personnels de santé qui, dès 2015, ont dénoncé le fait de devoir « soigner l’indice plutôt que le patient ». Les gouvernements successifs sont restés sourds aux alertes lancées par les agents publics, car pour des dirigeants se pensant – dans la grande tradition léniniste – à l’avant-garde du sens de l’histoire, les syndicats sont une courroie de transmission dont la seule tâche est de faire la pédagogie pour des travailleurs ignorant les lois immanentes de l’économie.

>>> Les partenaires sociaux veulent reconquérir l’influence perdue depuis 2017

L’invention de ce que, depuis 1946, notre Constitution nomme la République sociale avait consisté au contraire à compléter la citoyenneté politique par une citoyenneté économique, qui permet aux dirigés de faire la pédagogie des dirigeants et les prémunit ainsi d’une politique « hors-sol ». C’est cette invention qui avait restauré la légitimité de l’Etat et assuré, au XXe siècle, la victoire des démocraties sur les régimes autoritaires. S’employer à le défaire méthodiquement au lieu de le réformer démocratiquement ne peut conduire qu’à la violence. La « République contractuelle » est un mirage dangereux, car les sociétés humaines ne peuvent être réduites à une poussière de particules contractantes. Privés d’un tiers garant de leur état civil et professionnel, les humains se regroupent en tribus hostiles, selon une logique amis/ennemis qui est le degré zéro du politique et dont les médias nous donnent tous les jours le désolant spectacle.

Alain Supiot est professeur émérite au Collège de France. Il a notamment écrit « La Gouvernance par les nombres » (Fayard, 2020).

Le bilan social du quinquennat

Limitation des indemnités chômage, refonte de la négociation d’entreprise, projet de retraite par points... Les mesures sociales d’Emmanuel Macron s’inscrivent dans la continuité des réformes libérales.

Alain Supiot, Juriste

samedi 29 janvier 2022

Constitution française du 4 octobre 1958, norme juridique suprême de la Cinquième République française | Wikipédia

La Constitution française du  est la constitution de la Cinquième République, régime actuellement en vigueur en France. Norme juridique suprême du pays, elle est, malgré vingt-quatre révisions, l'une des constitutions les plus stables que la France ait connue.

Elle est rédigée en pleine guerre d'Algérie dans le but de mettre un terme à l'instabilité gouvernementale et au risque de coup d'État militaire ; elle est marquée par le retour d'un pouvoir exécutif fort. Deux hommes y ont notamment imprimé leurs idées : Michel Debré, inspiré par le modèle britannique d'un Premier ministre fort, et le général de Gaulle, entendant ériger le président de la République en garant des institutions, conformément aux principes énoncés dans ses discours de Bayeux et d'Épinal en .

La Constitution de  accorde un poids institutionnel très important au président de la République. Toutefois, elle ne remet nullement en question le caractère parlementaire du régime : en effet, à l'instar des constitutions de la IIIe République et de la IVe République, celle de la Ve République demeure fondée sur une séparation souple des pouvoirs (l'exécutif peut dissoudre l'Assemblée nationale, laquelle peut renverser le Gouvernement), par opposition aux régimes présidentiels fondés sur une séparation stricte des pouvoirs (l'exécutif n'a pas le pouvoir de dissoudre le législatif, lequel ne peut renverser l'exécutif). Le rôle politique central du président de la République semble toutefois résulter beaucoup moins du texte initial de la Constitution de  que de deux éléments majeurs : i) la pratique institutionnelle insufflée par le premier président de la Ve République, Charles de Gaulle, dont l'aura politique et le poids historique sont considérables à la différence de ceux de ses prédécesseurs ; ii) l'élection du président de la République au suffrage universel direct à partir de , laquelle a très fortement élargi le poids politique du chef de l'État (jusque là élu au suffrage indirect), donnant naissance à la notion de « majorité présidentielle », inconcevable en . Certains constitutionnalistes, tels que Maurice Duverger, concluent à ce titre au caractère « semi-présidentiel » des institutions de la Ve République qui, sur le plan formel, établissent pourtant un régime parlementaire.

C'est en fait dans les rapports au sein du pouvoir exécutif que la Constitution de  instaure un système politique à géométrie variable, selon que l'on soit en période de concordance des majorités présidentielle et législative ou, au contraire, de cohabitation. En période de concordance, l'Assemblée nationale, le Premier ministre, le Gouvernement et le président de la République, sont du même bord politique : le président exerce alors une autorité importante qui limite l'exercice des attributions constitutionnelles du Premier ministre. À l'inverse, ce sont paradoxalement les périodes de cohabitation qui se rapprochent le plus de la lettre et de l'esprit originels de la Constitution de  : le Premier ministre y joue seul le rôle de chef de majorité (parlementaire), puisqu'il n'existe pas de majorité présidentielle. À cet égard, le président de la République François Mitterrand, confronté par deux fois à ce cas de figure (- et -), disait que « la cohabitation c'est la Constitution, rien que la Constitution mais toute la Constitution »[1].

Le préambule de la Constitution de la Cinquième République renvoie à deux textes fondamentaux : la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ; la Charte de l'environnement de 2004 leur a été adjointe par la suite. Ces textes, ainsi que les principes jurisprudentiels qu'ils ont permis de dégager (notamment les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République issus du préambule de ) forment, avec la Constitution stricto sensu, le « bloc de constitutionnalité » depuis que le Conseil constitutionnel a accordé valeur constitutionnelle au préambule de la Constitution en [2].

Le Conseil constitutionnel vérifie la conformité des lois à la Constitution lorsqu'il est saisi. Il peut le faire a priori, avant la promulgation des lois, en étant saisi par des parlementaires par exemple, ou a posteriori par voie d'exception via la question prioritaire de constitutionnalité, introduite par la réforme constitutionnelle de 2008. Cette dernière procédure peut être enclenchée par tout citoyen lorsqu'il estime que des droits et libertés garantis par la Constitution sont en jeu. Le Conseil d'État vérifie quant à lui la conformité à la Constitution des actes réglementaires du Gouvernement (décrets, ordonnances prises sur habilitation du Parlement, arrêtés ministériels).

Contexte historique de son adoption

Crise de 1958

Le putsch d'Alger mené par l'armée et la crise du 13 mai 1958 ont entraîné le retour au pouvoir du général de Gaulle. Le , celui-ci est investi par le Parlement comme président du Conseil : il accepte de reprendre le pouvoir et « d'assumer les pouvoirs de la République » à condition de pouvoir gouverner par ordonnance pour une durée de six mois et de pouvoir modifier la Constitution. Le Parlement accepte ses conditions et adopte la loi constitutionnelle du 3 juin 1958, qui autorise le gouvernement de Gaulle à proposer une modification de la Constitution, tout en soumettant cette révision à des conditions de fond et de forme.

Les conditions de fond sont au nombre de cinq : « le suffrage universel est la seule source du pouvoir » ; « le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif doivent être effectivement séparés » ; « le gouvernement doit être responsable devant le Parlement » ; « l'autorité judiciaire doit demeurer indépendante » ; « la Constitution doit permettre d'organiser les rapports de la France avec les peuples qui lui sont associés »[3]. La volonté du Parlement est donc de voir créée une Constitution démocratique, instaurant un régime parlementaire et permettant de régler les problèmes qu'a la France avec ses colonies, surtout en Algérie. La révision devra ainsi être soumise à référendum. Cette procédure reste discutée et n'est pas exempte de certains reproches, attendu qu'elle permet au gouvernement de Charles de Gaulle de déroger à la procédure de révision contraignante de la Constitution de la IVe République.

Élaboration

À partir du , le général de Gaulle forme un comité informel et réduit, dont fait partie notamment Yves Guéna, chargé de rédiger une ébauche de constitution. Le , le Comité consultatif constitutionnel est créé et reprend les travaux préparatoires[4] avec le gaulliste Michel Debré et d'autres hommes politiques d'autres bords. On distingue trois grandes étapes :

  • la première est l'élaboration d'un avant-projet, qui débute le 15 juin. Deux organes participent à sa préparation : un comité d'experts, présidé par Michel Debré[5], constitué de hauts fonctionnaires (Jérôme Solal-Céligny[Note 1]Jean Mamert[Note 2]...), et un comité interministériel, formé notamment du général de Gaulle et du garde des Sceaux, Michel Debré[Note 3]. Ces deux comités s'appuient sur différentes propositions faites par la gauche comme par la droite depuis  et fondées sur le renforcement du pouvoir exécutif par rapport au pouvoir législatif. À l'été , Debré et trois autres membres du comité d'experts (Solal-Céligny, Mamert et Raymond Janot[Note 4]) s'isolent au château de La Celle pour finaliser la rédaction de l'ensemble de l'avant-projet[6] ;
  • la deuxième étape est l'intervention du comité consultatif formé par le Parlement : il propose quelques changements, qui ne modifient pas l'économie générale du texte et dont certains seront retenus ;
  • enfin, dernière étape, l'avant-projet modifié est, dès le , examiné par le Conseil d'État.

Le texte issu de ces interventions est, le , adopté par les électeurs français, consultés par référendum, à une majorité de 79,25 % des voix[9], avec une abstention faible (15,6 %). La Constitution est promulguée par René Coty le .

Exemplaires originaux

Page des signatures de la Constitution du 4 octobre 1958 conservée aux Archives nationales[Note 5].

Il existe plusieurs exemplaires originaux de la Constitution[10]. Les Archives nationales en conservent trois, en réserve dans l'Armoire de fer[11]. Le , un des dix exemplaires originaux a été déchiré, dans une intention symbolique, lors d'une occupation du Conseil constitutionnel par une centaine de chômeurs[12].

Le texte est publié au Journal officiel le .

L'article 16 comprend depuis l'origine une faute d'orthographe puisqu'il est ainsi libellé : « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate[13][…] » Le terme « menacés » devrait en fait s'écrire « menacées » car il se rapporte exclusivement à des substantifs féminins. Selon les publications, le mot est soit correctement orthographié[14], soit annoté[15], soit orthographié avec la faute[16]. Un amendement adopté le  par l'Assemblée nationale, sur un projet de loi constitutionnelle avorté, proposait de corriger cette erreur[17].

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