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jeudi 13 janvier 2022

La démocratie représentative, notre bien commun | Le Monde 11 janv. 2022

Les menaces et les violences envers les élus se sont multipliées au fil du quinquennat. Cette situation, nouvel indice de la défiance politique dont souffre le pays, exige un sursaut et un réengagement collectif de la base jusqu’au sommet.

Editorial. La situation était inquiétante, elle devient alarmante. A deux reprises, au cours des dernières semaines, des élus du peuple ont été la cible de violences intolérables. Le 29 décembre, le garage personnel du député de l’Oise Pascal Bois a été incendié. Quelques jours plus tard, son collègue de Saint-Pierre-et-Miquelon, Stéphane Claireaux, membre comme lui de La République en marche, a été visé par des projectiles devant son domicile.

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Ces agressions s’ajoutent aux attaques répertoriées au cours des dernières années contre des permanences électorales, soit le lieu où les élus de la nation reçoivent leurs concitoyens et rendent compte de leur action. L’effacement de la frontière entre la fonction et l’espace privé constaté ces derniers jours montre à quel point l’esprit civique s’est affaissé. Aux yeux des agresseurs, l’élu n’est plus considéré comme le représentant de la nation, légitimé par le nombre de suffrages qu’il a obtenus au terme d’une campagne électorale durant laquelle il a exposé son projet. Il est l’oppresseur contre lequel il est légitime d’exercer la violence.

Les statistiques confirment cette inquiétante dérive : 1 200 élus ont été pris pour cible durant les onze premiers mois de 2021. Parmi eux, 162 parlementaires et 605 maires ou adjoints ont été victimes d’agressions physiques, soit une hausse de 47 % par rapport à 2020. Le président de la République, giflé en juin, n’y a pas même échappé.

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Les tensions créées par la pandémie de Covid-19 et la mise en place d’un passe sanitaire et bientôt vaccinal expliquent pour partie l’exacerbation des tensions qui déborde le politique, comme l’a illustré l’agression qui a visé le directeur du centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe, le 4 janvier. Mais il est illusoire de penser que ces violences injustifiables pourraient disparaître avec le virus.

Passions tristes et parole incendiaire

Leur banalisation se vérifie au contraire dans la tolérance dont elles bénéficient. Un sondage commandé en novembre par l’Assemblée nationale indique que 60 % des personnes interrogées disent « comprendre » les « comportements violents » visant les députés. La pertinence de la démocratie représentative se trouve questionnée, au moment où les réseaux sociaux libèrent les passions tristes et la parole incendiaire.

Cette violence est un nouvel indice de la défiance politique dont souffre le pays. Certains de nos concitoyens respectent d’autant moins leurs élus qu’ils estiment que ces derniers ne les représentent pas, voire qu’ils sont corrompus. Pourtant, à rebours des idées paresseusement entretenues, jamais le degré d’exigence n’a été aussi élevé en la matière. Des dispositifs de plus en plus stricts ont été votés pour prévenir les conflits d’intérêts et sanctionner les fautifs.

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La sécession vis-à-vis des mécanismes de la démocratie représentative est une impasse. Elle est la promesse d’une violence qui se perpétue pour elle-même, ou, pour paraphraser Hannah Arendt, d’une violence qui peut abattre les institutions tout en étant totalement incapable de les créer.

La gravité de la situation rend sans doute illusoire une rapide guérison. Mais elle appelle un sursaut, au-delà de l’inévitable durcissement de l’appareil répressif. L’union affichée mardi 11 janvier par tous les groupes de l’Assemblée nationale constitue un préalable. Il faut à présent un réengagement collectif de la base jusqu’au sommet. La démocratie parlementaire est notre bien commun. Chacun en est potentiellement comptable, dans ses paroles comme dans ses actes. Le rappel de cette évidence implique que tous ceux dont la voix porte s’en tiennent à une exemplarité salutaire.

Le Monde

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