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jeudi 21 octobre 2021

Le BDSM, peut-on consentir à la soumission ? ( Cliquer sur l'image ) | France culture 15/10/2021

À retrouver dans l'émission LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Géraldine Mosna-Savoye et Adèle Van Reeth

Connaissez-vous le BDSM : bondage et discipline, domination et soumission, sadomasochisme ? Pourquoi permet-il de comprendre philosophiquement ce qu'est le consentement, et ce qu'il signifie ?

Un couple au Skin Two club,
en Angleterre dans les années 80

Que peut penser la philosophie ?

Y a-t-il des objets plus respectables que d'autres ?

Parce qu'il n'y a pas que le temps, le bonheur ou la justice, tous les vendredis, nous donnerons la place à ce qui semble ne pas en mériter, à des objets inattendus...

Aujourd'hui : le BDSM.

Peut-être pratiquez-vous le BDSM, peut-être en avez-vous vaguement entendu parler, peut-être en avez-vous des a priori ou, au contraire, peut-être y voyez-vous le signe d'une sexualité libérée.

Et maintenant, connaissez-vous le consentement ? Pas seulement le fait de ne pas dire non, mais le concept de consentement, celui qu'on invoque pour distinguer le bon sexe du viol ? Celui qui ne désigne pas que le fait d'être d'accord, d'accepter une demande ou d'acquiescer à une proposition quelconque ? Peut-être en avez-vous aussi une intuition... Imaginez qu'avec le BDSM se profile la possibilité de comprendre clairement ce que le consentement signifie. Et même mieux, la sexualité égalitaire qu'il esquisse.

L'invitée du jour :

Manon Garcia, philosophe, professeur de philosophie à l’Université de Yale aux Etats-Unis

Qu'est-ce que le BDSM ?

"Le BDSM est quasiment impossible à définir puisque ce sont les gens qui font ce type de pratique qui décident exactement le champ de ces pratiques. Mais c'est presque infini. Ce qui se joue, ce sont des rapports de pouvoir, de douleur, des jeux divers et variés. Mais il y a un vrai débat pour savoir si le BDSM est un ensemble de pratiques ou si c'est une identité, si c'est même une forme de thérapie ou si c'est un loisir..." Manon Garcia

Aux origines du BDSM

"Les praticiens et praticiennes du BDSM ont été les premiers et les premières à réfléchir sérieusement à cette question du consentement. Parce que dans le contexte du BDSM, le consentement est ce qui permet de faire le départ entre de la violence et du sexe.          

Le BDSM vient du sadomasochisme et a donc été pathologisé pendant très longtemps, à partir du 19e siècle, il y a une réflexion psychanalytique, médicale, sexologique consistant à dire que le sadomasochisme est une déviance, une anormalité. Et à partir des années 50-60, au moment du tout début du combat des gays et des lesbiennes pour la reconnaissance de leurs droits, il y a une intrication entre la pathologisation, du sadomasochisme et le combat gay et lesbien, puisque il y a ce qu'on appelle la culture "cuir". Dans la communauté gay et lesbienne de Chicago, on s'habille en cuir et on se fouette.          

Les gays et les lesbiennes des clubs cuir à San Francisco n'avaient pas l'intention d'imposer le BDSM, mais ils ont été la cible d'attaques continues sous l'angle du BDSM. Gayle S. Rubin, une penseuse lesbienne qui travaille sur le BDSM, montre qu'il y a cette idée d'une menace cuir qui permet de lutter contre le droit des gays, des lesbiennes, de vivre en paix. Ca a eu un très grand rôle parce que ces gays et lesbiennes ont développé une théorisation de ce qui se passait dans leur communauté, et d'expliquer que ce qui se jouait pour eux à travers leur BDSM, c'était de subvertir les rapports de pouvoir et les normes de genre." Manon Garcia

Toutes les ambiguïtés du BDSM

"Quand ce sont par exemple deux femmes qui jouent à la dominante, l'autre à la soumise, elles jouent avec les normes du patriarcat et ça a créé ce qu'on a appelé les "sex wars" aux Etats-Unis : une polarisation du débat, notamment chez les lesbiennes féministes entre d'un côté celles qu'on a appelées "les anti sex", des féministes radicales qui disaient qu'on ne peut pas trouver que le patriarcat est sexy, qu'on ne peut pas s'en amuser, en jouer ou érotiser ces rapports-là ; et d'un autre côté, des lesbiennes dont la solidarité allaient plutôt avec les gays de la communauté cuir qu'avec les féministes, et qui estimaient qu'à travers ces pratiques, on remettait en cause le patriarcat." Manon Garcia

Textes lus par Bernard Gabay :

  • Contrat entre Wanda von Dunajew et Sacher-Masoch, fin 19e siècle, restitué par Gilles Deleuze dans les Appendices de Présentation de Sacher-Masoch : le froid et le cruel, éditions de Minuit, 1967

Sons diffusés :

  • Extrait du film Le Fantôme de la liberté, de Luis Buñuel, 1974
  • Chanson de Giafferi, Sado maso
  • Extrait du film 50 Nuances de Grey, de Sam Taylor-Johnson, 2015 (adaptation du roman de E.L. James, 2012)
  • Archive de Catherine Robbe-Grillet, 4 novembre 2012, dans Le tête à tête, France Inter
  • Archive de Michel Foucault sur la sexualité non naturelle
  • Chanson de fin : The Velvet Underground, Venus in furs
La conversation des sexes : philosophie du consentement
Manon Garcia
Climats, 2021
 














On ne naît pas soumise, on le devient
Manon Garcia
Climats, 2018

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