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dimanche 26 septembre 2021

∆∆∆ ∆∆∆ ∆∆∆ Covid-19 : comprendre la croissance exponentielle d’une pandémie, un défi cognitif pour la population, par Etienne Meyer-Vacherand | Le Temps 08 juillet 2020

Une étude menée par des chercheurs allemands aux Etats-Unis met en évidence la difficulté de la population à appréhender la croissance explosive de ce type de courbes. Un biais qui a un impact sur l’adhésion aux mesures de distanciation physique.

Aux Etats-Unis, la propagation du SARS-CoV-2 s’est accélérée ces derniers jours, notamment dans les Etats du Sud. Dans certains d’entre eux, les mesures d’isolement avaient entraîné des manifestations en avril. De l’autre côté de l’océan Atlantique, le déconfinement de la majorité des pays européens a aussi entraîné un certain relâchement dans les mesures de distanciation physique.

Des chercheurs allemands se sont livrés à une analyse regroupant trois études menées aux Etats-Unis pour comprendre pourquoi une importante partie de la population a du mal à accepter et à comprendre l’utilité de ces mesures. Les résultats, publiés par la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences), mettent en évidence l’impact d’un biais cognitif, le biais de croissance exponentielle, sur l’adhésion de la population aux règles de distanciation.

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La courbe exponentielle décrit un phénomène explosif, qui peut avoir cours dans les premiers temps d’une pandémie : si le nombre de nouvelles infections double tous les trois jours, cela signifie que la moitié des personnes infectées depuis le début de l’épidémie l’ont été depuis moins de trois jours. Ce phénomène d’emballement est difficile à appréhender, selon les expériences rapportées dans PNAS.

Le modèle linéaire comme référence

Ces trois études ont été menées sur trois groupes différents de plus de 500 personnes pendant la deuxième partie du mois de mars, alors que la croissance de l’épidémie s’emballait aux Etats-Unis. Pour la première étude, les chercheurs ont demandé aux participants d’estimer le nombre de nouveaux cas sur les cinq jours passés. Sur les trois premiers jours de la semaine, ces derniers ont tendance à surestimer le nombre de cas, mais la tendance s’inverse sur les deux derniers jours. Ainsi, sur l’ensemble de la période, les personnes interrogées ont en moyenne sous-estimé la croissance de l’épidémie de 45,7 % par rapport à son évolution réelle. Cette double tendance s’explique par la difficulté à appréhender la propagation exponentielle du virus. Les estimations de la majorité des participants suivent en fait un modèle linéaire d’évolution de l’épidémie.

Les chercheurs ont également cherché à mettre en évidence l’influence des convictions politiques sur les estimations des participants. Globalement, ceux se considérant comme conservateurs ont eu plus de mal à estimer la vitesse de diffusion du virus que ceux se présentant comme libéraux. Pour autant, les auteurs indiquent que les conservateurs ne sous-estimaient pas l’ampleur du problème. Ils ont même eu tendance à davantage surestimer le nombre de cas que les libéraux pendant les trois premiers jours, mais ils ont eu plus de mal à prendre en compte la rapidité avec laquelle les cas se sont effectivement multipliés.

Pour la deuxième étude, les chercheurs ont répété les conditions de la première expérience, mais en séparant le deuxième groupe en deux sous-groupes. La moitié des participants ont reçu un message d’avertissement leur indiquant que la plupart des personnes n’arrivaient pas à estimer correctement la vitesse de propagation du Covid-19 et qu’« aux Etats-Unis (comme dans presque tous les autres pays) le nombre de patients double et continue de doubler tous les trois jours ». Encore une fois, les deux groupes ont eu tendance à surestimer le nombre de cas dans un premier temps, puis à le sous-estimer ensuite. Toutefois, les estimations du groupe ayant reçu l’avertissement se sont révélées plus proches de l’évolution réelle de la maladie que celles du groupe de contrôle.

Un biais qui peut être corrigé

Cette difficulté à appréhender le phénomène de croissance exponentielle a déjà été mise en évidence dans d’autres études, notamment dans le domaine économique. En 2009, des chercheurs avaient montré que les ménages touchés par ce biais avaient tendance à emprunter plus et à épargner moins. Une autre étude, de 2015, a révélé que plus une personne était touchée par ce biais, plus elle se montrait confiante dans sa capacité à évaluer une croissance exponentielle. Les chercheurs notent également que les participants avertis ont davantage tendance à soutenir les mesures de distanciation physique.

Pour la troisième étude, ils se sont donc demandé s’il était possible de corriger ce biais. Cette fois, l’ensemble des participants du troisième groupe (scindé en deux) ont reçu les chiffres de l’évolution réelle du nombre de cas aux Etats-Unis ainsi que l’avertissement sur l’incapacité des gens à appréhender cette croissance exponentielle. Il leur a ensuite été demandé d’estimer l’évolution de l’épidémie sur les quinze jours à venir. Le sous-groupe de contrôle a dû donner directement le nombre de cas à la fin de la période, tandis que le second devait estimer l’évolution du virus en cinq étapes espacées de trois jours. Le second groupe a donné des estimations proches d’une courbe exponentielle et un résultat final supérieur de 173 % par rapport au groupe de contrôle.

Ce dernier volet montre qu’en demandant à certains participants de prendre en compte différentes étapes de progression du nombre de cas dans le futur, ils ont une meilleure compréhension des effets d’une croissance exponentielle de l’épidémie et soutiennent davantage les mesures de distanciation physique. Pour les auteurs, ces résultats montrent à quel point l’impact de ce biais cognitif est important dans la perception que la population a de l’épidémie et quant à son soutien aux mesures de distanciation physique. Ils soulignent également que, dans le cadre d’une crise aussi médiatisée que celle du Covid-19, il est possible de corriger ce travers en avertissant la population.

Etienne Meyer-Vacherand ("Le Temps")

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