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lundi 26 avril 2021

« Bonne chance en Relation, Monsieur » ( Cliquer sur l'image ) | France culture 21/05/2018

À retrouver dans l'émission MATIÈRES À PENSER AVEC FRÉDÉRIC WORMS par Frédéric Worms

Frédéric Worms s'entretient avec François Noudelmann, philosophe, auteur de "Edouard Glissant, l'identité généreuse" (Flammarion, 2018).

L'écrivain Edouard Glissant en avril 1982
au Centre Georges Pompidou à Paris. 

« Bonne chance en Relation, Monsieur »

Tel est le voeu qu’Edouard Glissant (avec P. Chamoiseau) avait adressé à Barack Obama, en qui il plaçait tant d’espoirs. Mais aussi son voeu au Monde. La clé de son héritage et de sa vie, telle que la raconte François Noudelmann. 

Edouard Glissant, poète-penseur de la Relation. Car la Relation est tout sauf une évidence facile. La Relation, elle fut imposée aux Africains déportés en esclavage; elle est encore porteuse de violence. Elle se heurte aux figures et aux mots de l’identité. Elle suppose une poésie, mais aussi une poétique, une philosophie du langage, du discours, du créole, de la créolisation. Toute une pensée. 

Il faut revenir avec François Noudelmann sur cette vie, cette oeuvre. Qu’est-ce qu’Edouard Glissant aurait pensé du Monde, après Obama? Il n’aurait pas été surpris, il n’aurait pas renoncé. La Relation, c’est une aventure. « Rien n’est vrai, tout est vivant » : rien n’est acquis, il faut poursuivre.

François Noudelmann : "Qu'est-ce qu'une vie d'écrivain ? Comment l'écrire ? La fabrique d'une pensée passe par la vie. Quand on philosophe, on ne philosophe pas dans le ciel des idées mais avec son vivant, sa vie. Il faut passer par une existence, pas par une trajectoire. Parce que la notion de trajectoire, c'est rétrospectif, et c'est une illusion : c'est comme si l'on croyait encore à la pré-formation des êtres. Approcher la vie, c'est aussi saisir ces moments où des tangentes sont prises, où il y a des dépressions, tout d'un coup ça chute, ça reprend, ça part en rafales. C'est comme cela qu'on peut accéder à la fabrique des idées, à la fabrique d'une philosophie, d'un imaginaire. Les bonnes biographies sont des archéologies. On n'écrit pas tout seul, les idées n'arrivent pas de façon épiphanique, elles se construisent dans le temps."

"Dès qu'il y a un Noir, on pense au jazz ! Mais Edouard Glissant n'aimait pas que le jazz. Il y a toujours un risque de réduction. Glissant n'a cessé de dire qu'il fallait sortir de ces mots : "métissage", "antillais", etc. Ces mots ils les a transformés : créolisation, à la place de créolité par exemple. Pour que ces mots-là s'adressent à tous : qu'ils ne concernent pas seulement les populations issues de l'esclavage mais sont des concepts, des schèmes, des images ou des notions qui peuvent s'appliquer à tous."

"La pensée d'Edouard Glissant s'est disséminée aux quatre coins du monde, elle s'est archipélisée. C'est cela le Tout-Monde, quelque chose qui n'est surtout pas réductible à un institut ou une institution quelconque. C'est la générosité de cette pensée. Et être à sa hauteur c'est le lire avant tout. Ce qui n'est pas toujours facile. Il faut être à la hauteur de cette exigence de langue qu'est l'œuvre d'Edouard Glissant."

Le choix musical de François Noudelmann est "Ondine", extrait de Gaspard de la nuit de Maurice Ravel.

INTERVENANTS

  • François Noudelmann, philosophe

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