Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures.

Saisir des mots clefs à rechercher

vendredi 9 avril 2021

De la politique néotribale par Marta Bucholc | Dans Sociétés 2011/2 (n°112), pages 17 à 26

Introduction

Aujourd’hui, la question concernant la possibilité de la politique dans le monde moderne occupe tous les philosophes de la politique, et il semble que ce problème est propre à notre époque. Néanmoins, cette question n’est qu’une variante des questions classiques sur la pertinence de la politique, visant à la séparer en tant qu’un objet d’analyse. Dans mes réflexions sur la politique dans la société contemporaine, je voudrais utiliser les catégories proposées par Michel Maffesoli pour deux raisons. 

D’abord, sa théorie se situe très près des motifs classiques de la pensée sociologique. Puis, il attribue à la politique une signification bien particulière. Maffesoli a pris Machiavel pour le patron de son Temps des tribus. À première vue, ce choix n’est pas évident. 

On peut lire cet ouvrage comme une ardente polémique avec la politique dans les sens donnés par Machiavel, en tant qu’un art de gagner et de maintenir le pouvoir. La crise de la politique ainsi définie devient l’un des sujets les plus importants de l’autonarration de la société contemporaine. 

L’originalité de Maffesoli a donc les mêmes origines que celle de Machiavel – tous les deux, ils comprennent qu’il est temps de réviser notre compréhension du politique. Maffesoli propose un retour à la « pensée de la place publique », à la politique qui n’est pas faite à partir de la perspective des salons et des académies. Dans ce texte, je voudrais demander si cette vision n’entraîne pas l’effacement du problème de la politique en général. C’est ainsi que je vais opposer les idées de Maffesoli et celles de >>> Max Weber, en indiquant les points où ils ne peuvent pas s’accorder.

La naissance de la société néotribale

Maffesoli nous donne une critique de l’hyper-organisation moderne, de l’hypertrophie des régulations, de la fiction omniprésente de l’individualisation. Cette critique concerne des théories sociologiques ainsi qu’une réalité sociale que celles-ci décrivent et construisent. Maffesoli s’oppose notamment à la vision weberienne de la modernité : Weber – par le postulat de Wertfreiheit – affirme « un type moderne de l’homme rationalisé comme la somme des habitudes stéréotypées : l’homme d’organisation » . Maffesoli fait une opposition entre ce désenchantement et le réenchantement postmoderne. Les institutions dépourvues de la magie et la sociologie scientifique sont incapables de faire face à la pression de l’irrationnel qui est une conséquence immédiate de la rationalisation.

Maffesoli a développé le concept de « la société néotribale » mais il vaut mieux parler d’une « société des néo-tribus ». Cette dernière, bien qu’elle ressemble beaucoup à ses ancêtres pré-modernes, s’est fondée sur un mode inédit de construction des relations interpersonnelles, retournant à la pure socialité processuelle.

La socialité – d’après Maffesoli – est une réinterprétation synthétique de la solidarité organique durkheimienne et de la sociabilité simmelienne. Maffesoli renverse le sens des deux types de solidarité sociale de Durkheim : le type mécanique, typique de la société moderne, s’opposant au lien organique né de la diversité, qui est caractéristique d’une société tribale. Quant à la sociabilité, celle-ci inspire Maffesoli particulièrement comme une forme primordiale de la socialisation. La nature volontaire, l’importance d’un élément proxémique, la légèreté et le plaisir – telles sont les propriétés des relations sociales selon Simmel, que Maffesoli attribue à toutes les interactions.

Le principe d’appartenance

Les communautés fondées sur une telle socialisation ont plusieurs aspects particuliers dont le premier est la viscosité de la vie tribale. Maffesoli fait valoir que la compacité exceptionnelle des néo-tribus découle du principe de l’appartenance fondée uniquement sur les propriétés qui ne peuvent pas être acquises par une action délibérée. On ne peut pas apprendre à aimer le thrash metal ou la prose de Virginia Woolf : tout simplement, un jour, il est clair que l’on ne puisse plus vivre sans eux. C’est le goût qui nous donne un billet d’entrée à la tribu des fans, vu le rôle joué par l’esthétique dans la vie tribale.

Les membres d’une tribu se reconnaissent grâce à des signes externes. On peut se contenter de la métaphore de Goffman selon lequel il s’agit là d’une conséquence de la multitude des rôles joués par les individus dans des spectacles différents. Maffesoli l’accepte, mais il va plus loin, vers l’extérieur de ce goût qui dirige les personnes vers des rôles divers. Le goût fonctionne d’une manière mécanique : il est même difficile de parler des « choix esthétiques ». À un moment, certaines choses cessent de correspondre à une certaine « forme de vie ». Mais la forme de vie wittgensteinienne n’est pas réglée a priori – une hexis est requise pour suivre les règles, celle qui est intégrée à la vie communautaire fondée sur l’émotivité et la spontanéité. Ainsi, la forme de la vie d’une tribu ferme-t-elle l’accès aux « autres ». Une tribu constitue un groupe de personnes qui se reconnaissent mutuellement par leur vêtement similaire, c’est-à-dire par l’esthétique sans implications morales ou intellectuelles immédiates. Par conséquent, Maffesoli fait valoir que l’on peut caractériser l’attitude néotribale par « l’immoralisme éthique ». L’éthique cesse de garantir la cohérence de la vie à la moderne, elle n’ordonne pas la biographie, elle ne produit pas de subjectivité individuelle. La communauté émotionelle est instable, ouverte, tout en demeurant dans une relation anomique avec la moralité reconnue.

Dominer une tribu ?

Tout mène à la conclusion que, dans une tribu, il n’y a pas de place pour la domination au sens weberien, définie comme la chance d’obéissance. Le goût, sans être systématique ni réglé, ne peut pas la garantir. Maffesoli fait une exception pour la domination charismatique, le seul type de domination fondée sur la dépendance personnelle du leader. Chez Weber, la domination charismatique dure pourtant aussi longtemps que le charisma du leader. En revanche, un charisme néotribal persiste jusqu’à ce que les membres de la tribu aient une attitude émotionnelle subjective envers le leader.

Une tribu – fermée du point de vue épistémologique et communicationnel – reste en même temps ouverte puisque l’abandon n’est pas limité. Cela résulte de l’inconstance du goût. La « chance d’obéissance », qu’a un leader tribal charismatique, est alors sûre et imprévisible à la fois. Le chef d’une tribu ne sait jamais le nombre de ses supporters, bien qu’il puisse être sûr de leur loyauté.

Dominer une société tribale ?

Si l’on constate que la catégorie de domination weberienne ne s’applique pas à une seule tribu, il nous reste à élargir le champ d’intérêt à une multitude de tribus. Par là, on reprend la question de l’identité tribale en tant que fondement de l’intégrité individuelle et sociale. Si chaque néo-tribu a sa propre forme de vie, qu’est-ce qu’était une société composée de telles néo-tribus ?

Maffesoli ne nous donne pas une réponse directe. Il utilise la métaphore du réseau pour indiquer une variété de dimensions du néo-tribalisme. Cette métaphore n’explique pas, cependant, comment un ensemble construit d’unités si périssables peut exister. Cela nous amène à la question de la dualité des règles selon lesquelles fonctionne la société néotribale. 

La personne (persona) dans une tribu – au niveau micro – agit en tant que membre de la communauté émotionnelle sans dimension institutionnelle. En même temps, l’individu opère dans le domaine du macro-social dont les institutions sont « archaïquement modernes ». Le paradoxe de cette macro-société tient à ce qu’elle ne trouve pas son équivalent au niveau de l’identité individuelle. Cela présente un double obstacle : l’individu n’est plus en mesure de soutenir les institutions dont la logique lui est étrangère et ces institutions perdent leur légitimité. C’est ainsi que le tribalisme a corrompu toutes les institutions sociales . Par conséquent, la personne néotribale vit dans une sorte de commensalisme avec les institutions : sans contribuer à leur fonctionnement, elle fait usage de ce qu’elles offrent. Ce commensalisme se transforme parfois en parasitisme. Ce principe s’applique à toutes les institutions, les institutions politiques y compris.

Les hommes tribaux contre les hommes de politique

La société néotribale se méfie du vocabulaire traditionnel de la politique ainsi que des idées qui ont donné forme à la vie publique moderne, telles que la « citoyenneté », le « contrat social », la « société civile », et le « projet » en général. Bien sûr, Maffesoli n’est pas le seul à observer qu’aujourd’hui, les catégories de la philosophie politique du XIXe siècle deviennent inutiles. Le fait que l’élite intellectuelle s’en abstienne obstinément résulte d’un décalage croissant entre la pensée politique et la pensée de la place publique.

Le discours contemporain de la crise est généralement fataliste et pessimiste. Maffesoli, tout au contraire, appelle à regarder la crise du politique comme le début d’un nouveau monde : celui d’un polythéisme ouvert.

Celui-ci, avec toute l’imperfection qu’il entraîne, se trouve au cœur des histoires humaines, tout comme il est propre à la vie. On souligne justement que le polythéisme moderne, dont le sens réside dans la lutte de différentes sphères de valeurs également légitimées, n’a pas de panthéon propre, mais est visité par l’esprit de son prédécesseur, le monothéisme. Pour inverser cet argument : le fantôme du polythéisme moderne hante le polythéisme postmoderne, qui crée un panthéon, mais de sorte que dans celui-ci chaque valeur devient Le Seul ; c’est dans ce sens que Maffesoli parle d’« hénothéisme ».

La source d’énergie qui peut élever au rang du Seul toute valeur qui, à un moment, a été mise au centre des émotions tribales, c’est la Puissance, à l’opposition au Pouvoir. Dans la mesure où la politique est dans la logique du Pouvoir, la cause de la crise de la politique est la Puissance. La crise, cependant, ne concerne qu’une seule dimension de la politique (domination abstraite et réglée) qui ne tolère pas la possibilité d’une autre politique (la politique de Puissance).

Politique de Puissance

L’image de la politique de Puissance, comme en témoignent les travaux de Maffesoli, semble fortement inspirée par la pensée de Nietzsche. La lutte est une catégorie centrale, ce qui n’est aucunement une chose nouvelle. Tout au début, la politique de la Puissance se distingue de la politique du Pouvoir parce qu’elle rompt le rideau idéologique derrière lequel, à l’époque moderne, se cachait la guerre des dieux tribaux. Mais elle n’est pas une simple exposition du statu quo – c’est un véritable changement. La conséquence de la présence de la Puissance dans la politique est un effondrement des bases de la domination légitime dans les tribus et dans la société en tant que telle. La structure des institutions politiques corrompues par l’esprit tribal devient sectaire. 

La politique sectaire est alors absolument nouvelle (ou tout à fait éternelle) et « ne doit rien » au vieux monde. Dans une telle perspective, le mariage des institutions démocratiques et de l’esprit néotribal semble un peu bizarre. La politique de Puissance devient peut-être opérette parce qu’elle force les peuples tribaux à se servir d’outils incompatibles à leurs fins. D’où cette indocilité du peuple, celle qui devient aujourd’hui le déterminant le plus important de la vie politique. La politique crée un espace pour « l’harmonie du conflit » par laquelle les éléments sociaux et biologiques du corps social s’adaptent les uns aux autres pour ainsi assurer la stabilité de l’ensemble. Le rapprochement entre le peuple et le pouvoir est possible lorsque le peuple exprime son pouvoir. 

L’art de la politique consiste donc à intégrer le monde social pour le protéger contre les éruptions de « quant à moi » populaire. Un homme de politique travaille pour faciliter le frottement dans une société qui, par sa variété épistémologique, éthique, esthétique et communicationnelle, ressemble à un sac de hérissons. L’homme de politique préoccuppé d’apaiser les hérissons sait que le peuple a un avantage sur lui, exactement le même avantage que la Puissance (phylum et physis) a sur le Pouvoir (qui appartient à l’ordre du nomos). La Puissance – un attribut du corps social durkheimien – gagne toujours. Un homme de politique professionnel dans la société néotribale, est-ce alors possible ?

De la possibilité d’un homme de politique responsable

Le problème de la politique dans la théorie sociale découle de la rupture de l’unité des images métaphysiques modernes du monde. C’est elle qui annule le projet de la gestion systématique et méthodique de la vie par les individus ; le même projet qui a amorcé le processus de décomposition de l’unité métaphysique. Weber, Simmel et Marx en parlent d’une voix unique : les accomplissements d’esprit moderne, qui ont poussé les processus de développement et de changement en avant avec une rapidité sans précédent, ont aussi détruit la première cause de ce mouvement.

Selon Weber, l’état des affaires décrit ci-dessus est particulièrement gênant dans la sphère politique dont le bon fonctionnement nécessite la coexistence de deux facteurs. Le premier facteur, c’est la responsabilité individuelle d’agent, capable de tenir ses convictions en échec ; l’autre facteur constitue une passion à la poursuite de l’objectif. Weber ne voit pas d’autre moyen – sauf cette éthique de la responsabilité – pour réconcilier l’esprit de Kant avec l’énergie qui puisse insuffler la vie dans les institutions modernes.

Le concept central de la philosophie politique weberienne, c’est alors le projet de l’éthique politique, conçue à la fois comme l’éthique du leadership et celle d’une expérience directe du destin tragique d’un Kulturmensch. 

Un homme de politique a besoin d’un équipement spirituel exceptionnel pour réussir et réaliser sa vocation. Trois vertus lui sont nécessaires : la passion, la responsabilité et le sens de la mesure. La passion n’est plus une impulsion irrationnelle inhibée par l’élément « objectif ». L’homme de politique a un éthos qui lui permet de servir ses valeurs d’une manière constante et passionnée, mais soumise au contrôle interne. 

Pour cela, il faut de la distance. Le problème des attitudes religieuses, en tant qu’obstacles auxquels un homme politique doit faire face, constitue l’une des questions fondamentales du débat entre Maffesoli et Weber. Selon ce dernier, le caractère religieux de l’éthique des convictions oblige chaque homme politique responsable à prendre en compte deux dangers : la multiplicité des fanatismes et l’apathie. L’éthique de la responsabilité peut résoudre le problème de la passion des autres, puisque cette passion peut être considérée comme un coût du risque dans l’action politique responsable. Elle permet aussi de remédier au problème de l’apathie. Aussi les valeurs des autres ainsi que leur apathie sont-elles étrangères à un homme politique professionnel et le destin historique de la communauté sociale est une plate-forme sur laquelle la responsabilité lui permet de construire activement une réalité institutionnelle commune avec les autres.

L’homme politique est donc responsable de lui-même et des conséquences de ses actions. Ainsi, il se distingue par une bonne vue : il s’oblige à combattre les effets de myopie des serviteurs dévoués entièrement à leurs dieux. La politique, selon Weber, dépend de l’existence des hommes politiques qui – représentant les intérêts de leurs parties – sont en même temps des individus responsables, capables de calculer rationnellement. Il faut alors que certains effets de leurs actions soient prévisibles. Le problème de la politique se résume finalement à la possibilité et à la capacité d’une prédiction précise.

La politique sans responsabilité

Peut-on dès lors imaginer une politique néotribale à la Weber (avec un homme politique néotribal responsable) ? Le premier contre-argument apparaît immédiatement : vu le rôle que Weber attribue à l’éthique, une combinaison de politique et d’esthétique devrait entraîner des conséquences sinistres. L’un des points de sa critique de l’éthique des convictions peut être considéré comme une attaque sur la distorsion de la nature de la politique qui fait déplacer la question sur la relation entre l’éthique et la politique dans le domaine esthétique. Pour Maffesoli, c’est un bon exemple de l’usurpation du monde de la vie par l’intellectualisme moderne qui se sert de l’infamie d’« esthétisme » comme une arme.

Le deuxième contre-argument est lié à la question wittgensteinienne. En effet, le néotribalisme exclut toute rationalité supra-tribale, humaine en général. Par conséquent, l’homme politique ne peut pas prévoir les effets de ses actions parce qu’il ne peut attribuer aucune rationalité calculable aux autres acteurs sociaux. Ses outils de prédiction le déçoivent de la même manière que les instruments de la science sociale moderne.

Le troisième contre-argument concerne la sociogenèse de l’homme politique weberien. Si la société se compose de pueri aeterni, un tel homme politique serait un puer senex, combinant la passion de jeunesse avec le bon sens et la modération propres à l’âge mûr. Un tel garçon devrait venir soit d’une des tribus composant la société, soit de dehors.

La faiblesse d’individualisation dans la société néotribale rend improbable la genèse spontanée d’un homme politique au-dehors des tribus. Pourtant, même si c’est le cas, un tel individu n’obtiendrait jamais de support politique. Un homme politique devrait donc être membre d’une tribu, ce qui exclut la distance, l’objectivité et l’évaluation de l’impact des actions. Un tel homme politique resterait, au mieux, un chef tribal. Par conséquent, la figure centrale dans la pensée de Weber – à savoir un leader politique opérant sur le niveau macro-social – ne pourrait pas exister.

En résumé : le modèle weberien de la politique ne fonctionne pas dans la société tribale parce qu’elle n’offre pas des conditions nécessaires pour l’existence d’un homme politique muni de distance et d’objectivité. Une autre raison de cette situation tient à l’impossibilité de communication inter-tribale qui permettrait de prévoir les effets de l’action politique. La théorie politique weberienne est envisagée comme une réponse au polythéisme moderne – mais elle ne suffit pas face au pluralisme postmoderne.

Drame du politique – tragédie du destin

Après avoir opposé l’image de la politique de la Puissance à la vision weberienne, je peux revenir à la question de la pertinence du politique aujourd’hui. La politique dans la société néotribale, pour être efficace, devrait être fondée sur la compréhension de l’effervescence révolutionnaire de l’élément tribal. Une telle profonde reconstruction de la vision moderne permettrait aux hommes politiques de traiter la société tribale comme le Prince traite la Fortune, la battant et la flattant en même temps. L’époque des barbares pourrait ouvrir la voie à une politique dramatique dans laquelle l’accent serait déplacé, cependant, de l’acteur-tragédien à la galerie. Cette opération serait sans doute désagréable à deux « patrons » de Maffesoli, Nietzsche et Machiavel. Le premier est « devenu le plus grand critique de la démocratie libérale longtemps avant Schmitt, Mouffe, Laclau, Agamben et Žižek » parce qu’elle a une tendance à promouvoir l’hédonisme de masse sans virtù. Maffesoli fait valoir que Nietzsche s’est trompé en méprisant l’homme de masse, parce que c’est lui qui incarne toute la vitalité de Puissance. Le pouvoir n’est pas responsable de la survie.

Une noble vitalité du peuple s’oppose alors au talent dramatique de l’homme politique. Ce point de vue est, à son tour, étranger à Machiavel. Même les peuples vertueux ont besoin de dirigeants qui doivent être non seulement acteurs, mais aussi timoniers habiles. Une main plus forte est nécessaire pour mener un peuple rebelle, ne pensant qu’au « quant à soi ». Les hommes néotribaux comprennent les émotions, ce qui donne une chance à l’homme politique qui saurait saisir les rênes et utiliser l’énergie du peuple comme force motrice. Mais ne serait-il qu’un acteur portant un masque de cocher ?

L’homme politique, représentant le Pouvoir dans le cahot de la Puissance, gère la vie de la même manière qu’on gère de vilains enfants. L’homme politique se trouve exclu de la tragédie de l’expérience authentique de la vie. La politique, de la sphère la plus réelle de la vie, devient donc la sphère la plus secondaire, irréelle et dispensable, même du point de vue de la théorie sociale.

>>> Marta Bucholc

Aucun commentaire:

Publier un commentaire