Depuis sa création en 1833, le Grand Orient de Belgique défend la franc-maçonnerie dans sa dimension « adogmatique et progressiste ». Elle ne peut donc être assimilée à une église ou tout autre structure proposant une pensée unique. Elle n’est pas plus un parti politique ou une organisation syndicale. Bien qu’ancrée dans le monde réel, elle n’est pas pour autant un centre laïque. Elle est fondamentalement attachée à la liberté d’opinion, la liberté de conscience et réfractaire à toute instrumentalisation ou contraintes extérieures.

Saisir des mots clefs à rechercher

mercredi 17 février 2021

Ce que le Covid-19 fait à l'intimité : "J'ai pris conscience du besoin de contact humain" ( Cliquer sur l'image ) | France culture 17/02/2021

À retrouver dans l'émission LES PIEDS SUR TERRE par Sonia Kronlund

Comment nouer des liens intimes avec d'autres en temps de pandémie ? Celio a ouvert les yeux sur la nature de sa relation toxique. Pour Kinou, le confinement a apporté une rencontre inattendue. Eva, elle, en a profité pour échanger des messages érotiques avec des inconnus.

Le confinement, cette épreuve pour
 le contact humain.

Comment vivre sa sexualité et son rapport à l’autre aux temps du Covid ? Quelle que soit leur situation, ils ont vécu le premier confinement comme un défi, une opportunité, une leçon.

Celio est une célibataire de 30 ans. En mars, elle se retrouve confinée dans son studio parisien. Comme beaucoup, le confinement est synonyme de virtualité : elle drague sur Instagram et tue le temps sur Tinder. Elle commence à dialoguer avec une vague relation, puis organise un rendez-vous :

"Ça fait deux mois que je suis enfermée, je ne sais plus commet socialiser avec des gens que je ne connais pas, mais je vais prendre mon courage à deux mains, et y aller."

Un rendez-vous paradisiaque qui dure deux jours. En une semaine toutefois, Celio prend peur : sa nouvelle compagne lui refuse de passer la soirée avec une amie à regarder Top Chef, son émission routinière depuis le confinement. Les vacances qu’elle passe avec sa dulcinée ne la rassurent pas. En effet, reproches et compliments commencent à se mélanger au point de déstabiliser la jeune femme :

"C’était très gênant et à double tranchant : c’était quelqu’un qui commentait beaucoup mon corps, en public comme en privé. Pour moi, ce sont des attitudes qu’on attribue à des hommes cis-genre, mais elle disait "mais t’as vu ses seins", "regarde son cul !"."

La dépendance se mue en relation toxique. Celio en vient à ne rien faire : être sur son téléphone devient presque interdit, et l’isolement est de mise.

"Elle me voulait toujours allongée dans son lit, presque alitée, dévêtue, et surtout ne rien faire. Je n’avais pas le droit de faire la cuisine, rien, et c’est comme ça qu’elle m’aimait."

Alors qu’elle pense faire une colocation avec une amie, Célio voit la rupture tomber comme un couperet. Elle est concrétisée par une dernière rencontre au sommet. Trois jours après, Celio a vent d’étranges symptômes : elle fait le test, et se retrouve positive au Covid, aux alentours du second confinement. 

Le Covid a fini par partir, de même que la fille. Une expérience qui fait réfléchir Celio :

"Cette situation, celle du Covid et du confinement, accentue beaucoup les possibilités d’isolement et de violence psychiques et physiques, amoureuses et sexuelles." 

>>> Le couple

Tout autre est l’expérience d’Éva : à 35 ans, cette mère de famille bordelaise s’ennuie dans son couple. Si elle ne s’est jamais trouvée belle, elle a toutefois pris l'habitude de se prendre en photo depuis un projet d'arts plastiques qui remonte à l'adolescence.

"J’avais l’impression de ne pas plaire. Je n’avais pas d’amis, pas de petits copains, pas de relation amoureuse. Les selfies, c’était peut-être une manière d’entretenir une relation d’amour envers moi-même."

La sexualité conjugale s’est progressivement transformée en routine peu stimulante :

"Je me suis complètement oubliée. J’ai voulu me ré-approprier mon image, et c’est venu avec les réseaux sociaux et Instagram. J’ai créé une page avec des photos de moi nue, en cachant mes parties intimes, soit avec une main ou une jambe, et tout en subtilité."

Ce petit jeu, Eva l’aime. Elle reçoit des messages, passe ses journées sur les réseaux à répondre à des admirateurs, au point même de faire des dossiers dans son téléphone.

"C’est un peu comme si on fait l’amour par message."

Le premier confinement est aussi riche que complexe pour elle. Les messages affluent alors même que son époux ignore tout de cette situation. Une double vie difficile à gérer s’installe au sein du couple :

"Parfois, je partais. Je profitais de mon heure de liberté autorisée pour envoyer des messages, des photos et des messages audio…"

Pourtant réservée et timide, Eva pâtit du manque de contact social. C'est dans cette sexualité virtuelle qu'elle trouve une forme de présence :

"Pendant le confinement, ça a été d’autant plus bénéfique d’avoir ces personnes avec moi : je leur apportais beaucoup mais je recevais aussi beaucoup, de ce fait."

>>> Mon sexe et moi

À 33 ans, Kinou, artiste en Île-de-France, redoute aussi le confinement. Après avoir mis son temps à profit en apprenant de nouvelles choses, il réinstalle  les applications de rencontre, à quelques jours de la « libération ». Il commence à dialoguer avec un homme qui finit par le hanter au fil des jours.

Malgré le climat anxiogène du déconfinement, l'attirance virtuelle se confirme :

"Je me retrouve dans la rue, à attendre ce correspondant. Il arrive devant moi, et nous sommes toujours masqués. Il y a une espèce de tension palpable…"

Assis dans un bar (et oui), Kinou tombe sous le charme. Et tout se passe bien : un week-end est d’ailleurs prévu, mais Kinou doute rapidement, notamment en découvrant le loft de l'homme qu’il fréquente. Pour l'artiste, issu d’une classe moyenne et ouvrière, le contraste est saisissant :

"Il me propose rapidement d’aller dans sa résidence secondaire. Donc je pars 5 jours à la campagne avec le golden boy. On fait l’amour, il fait ce qu’il a à faire, et moi je travaille, je dessine dans le jardin. Des écureuils viennent me regarder dessiner, et je suis dans un Walt Disney."

Les papillons dans le ventre cèdent la place à l’eau dans le gaz. À mesure que l'intimité progresse, Kinou déchante : remarques homophobes, commentaires jugés méprisants et condescendance ponctuent cette relation, jusqu’à la séparation des deux tourtereaux. Comme pour Celio, la leçon qu'il tire du confinement est liée au besoin de partager :

"Pendant ce confinement, en réalité, je me suis rendu compte du besoin de l’autre, du besoin de contact humain." 


Reportage : Pauline Verduzier

Réalisation : Cécile Laffon 

Mixage : Dhofar Guérid

Merci à Celio, Eva et Kinou.

Musique de fin : "Cap Ferret-Flots de l’âme", Thibault Cauvin featuring M - Album : Cities, 2018 - Label : Sony Classical.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire