Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».

« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

« Que puis-je savoir ? - Que dois-je faire ? - Que m'est-il permis d'espérer ? » Emmanuel Kant

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jeudi 10 septembre 2020

« M. L’enfant du siècle », d’Antonio Scurati : Mussolini, la tyrannie du vide, par Nicolas Weill | Le Monde 02 septembre 2020

Couronné par le prix Strega, le formidable et imposant « M. L’enfant du siècle » ouvre une trilogie romanesque sur le « Duce », en se concentrant sur son ascension.

Portrait (1933) de Benito Mussolini, par Gerardo Dottori. Ce peintre appartenait au mouvement futuriste, dont une partie des membres a soutenu activement le fascisme.

« M. l’enfant du siècle » (M. Il figlio del secolo),
d’Antonio Scurati, traduit de l’italien par
Nathalie Bauer, Les Arènes, 864 p., 24,90 €.

Monumental ! Le mot n’est pas trop fort pour qualifier le projet d’Antonio Scurati. L’écrivain italien, qui a reçu le prix Strega 2019 – l’équivalent du ­Goncourt – pour M. L’enfant du siècle, campe le portrait de Mussolini en un triptyque romanesque d’une ampleur inédite.

La première partie, qui paraît aujourd’hui en français, traite de la période 1919-1924 et comprend déjà plus de 800 pages. Elle dresse, pour des générations exposées à tous les révisionnismes, le paysage de l’Italie au sortir de la première guerre mondiale, frustrée des fruits territoriaux d’une victoire qui a coûté plus d’un million de morts civils et militaires, déchirée par des affrontements confinant à la guerre civile entre les militants révolutionnaires et la poignée de fascistes lancés à la conquête de Rome. Le défi était ­immense. Il est magnifiquement relevé et offre ce qu’il y a de meilleur dans le genre du roman historique.

Gourdins et huile de ricin

Le ton et le style sont ceux de la chronique. Les événements se trouvent relatés presque au jour le jour, dans une présentation arrangée des faits, certes, mais où toutes les figures sont réelles. Le discours indirect et les subtils glissements d’un point de vue à l’autre ouvrent au romancier le cerveau et la psychologie des ­acteurs. M. L’enfant du siècle fournit une brillante illustration de la puissance propre à la littérature, capable, comme le pensait le philosophe Paul Ricœur, d’articuler temps historique et temps humain. Organisé en saynètes qui portent à chaque fois un nom de protagoniste, une date et un lieu, le livre raconte l’ascension du fascisme sur le mode d’un scénario de film ou de série dont la fin ne ­serait jamais écrite d’avance. L’« effet de réel » est assuré, à la fin de chaque chapitre, par des documents du temps qui, en leur langage, attestent la réalité de ­l’action qui vient d’être racontée. Le récit en reçoit son rythme haletant et, surtout, l’histoire retrouve toute sa contingence.

« M. L’enfant du siècle » raconte l’ascension du fascisme sur le mode d’un scénario de film ou de série dont la fin ne ­serait jamais écrite d’avance

Et si le roi Victor-Emmanuel III avait ­signé le décret instaurant l’état d’urgence lors de la « marche sur Rome » de 1922, au lieu de jeter le coup de pied de l’âne à l’Etat libéral et de désigner Mussolini comme premier ministre ? Et si, en dépit de son goût soi-disant nietzschéen pour la guerre, Mussolini avait échoué à maîtriser ses troupes, qui ravageaient le nord de l’Italie armées de gourdins, d’huile de ricin mais aussi de revolvers et de fusils ? Et si, face au scandale provoqué par le meurtre de l’opposant socialiste Giacomo Matteotti (1885-1924), qu’Antonio Scurati érige en contretype ­positif de Mussolini, ce dernier s’était laissé pousser à la démission ? Et si la gauche, pourtant triomphante dans les urnes, n’avait pas été aussi divisée ? [...]

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