Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».

« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

« Que puis-je savoir ? - Que dois-je faire ? - Que m'est-il permis d'espérer ? » Emmanuel Kant

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lundi 10 août 2020

Histoire de la Guerre de Trente Ans (1618-1648) (3/4) : Les traités de Westphalie ont-ils mis en place un nouvel ordre européen ? | France culture 05/09/2018

Le 27 août 2018, Emmanuel Macron a fait référence dans un discours à l'ordre westphalien. Qu'entendait-il par là ? Aujourd'hui, pour cerner les changements initiés par ces traités de paix signés en 1648, un débat historiographique avec les historiens Claire Gantet, Emilie Dosquet et Paul Vo-Ha.

 Mettre un terme à la guerre ne signifie pas
effacer ses traces : les conséquences des traités
de Westphalie ont durablement marqué l'Europe

Dans son discours du 27 août dernier devant les ambassadeurs et les ambassadrices rassemblé.e.s à l'Elysée pour leur conférence annuelle, Emmanuel Macron a fait référence à "l'ordre westphalien", né des traités de Westphalie signés à Münster et Osnabrück en 1648 pour mettre un terme à la Guerre de Trente Ans. 

S'exprimant au sujet de Donald Trump, le Président de la République a décelé dans l’évolution de l’Amérique un symptôme de « la crise de la mondialisation capitaliste contemporaine et du modèle libéral westphalien multilatéral qui l’accompagne ». Mais que recouvre exactement ce fameux modèle ? Quel régime de coexistence a-t-il dessiné pour les états-nations européens pour les siècles à venir ?

Friedrich von Schiller écrit dans son Histoire de la Guerre de Trente Ans (1790)

« Par une marche singulière des choses, cette commune sympathie entre les nations européennes s’annonça d’abord par un événement tragique et funeste, une guerre dévastatrice qui, du milieu de la Bohême jusqu’à l’embouchure de l’Escaut, des bords du Pô jusqu’à ceux de la mer Baltique, dépeupla les contrées, ravagea les moissons, réduisit les villes et les villages en cendres, une guerre où les combattants trouvèrent la mort par milliers et qui éteignit pour un demi-siècle en Allemagne l’étincelle naissante de la civilisation, et rendit à l’ancienne barbarie ses mœurs qui commençaient à peine à s’améliorer. Mais l’Europe sortit affranchie et libre de cette épouvantable guerre dans laquelle, pour la première fois, elle s’était reconnue comme une société d’états unis entre eux. » texte lu par Elsa Dupuy

Batailles sanglantes, massacres, fosses communes, viols, scènes d’anthropophagie : que sait-on du niveau de violence réel de cette guerre ? Comment expliquer qu’un souvenir si aigu de cette violence soit resté dans la mémoire de ceux qui n’ont pas vécu le conflit ?

Claire Gantet : "La brutalité des combats est loin de n’être qu’une fleur de rhétorique ou un produit de l’emphase baroque. La violence de la guerre de Trente ans a profondément marqué les contemporains. Elle a laissé des blessures du corps mais aussi des blessures de l’âme.  Elle a accéléré la prise de conscience de cette dernière dimension. A partir de là, on voit apparaître sous le terme clinique de « nostalgie » la prise en charge par la médecine militaire d’un symptôme nouveau, proche ce que l’on appellerait aujourd’hui un état de souffrance post-traumatique."

Emilie Dosquet : "Tout chercheur qui travaille sur la violence, que ce soit dans un contexte militaire, judiciaire ou civil, se pose la question de son échelle, de son intensité et des outils que l’on utilise pour la mesurer. Il est fondamental de faire la distinction entre la manière dont une violence est ressentie et la manière dont on peut tenter de l’évaluer objectivement. Or cette évaluation objective est compliquée. Savoir si cette violence a été excessive ou pas relève parfois d’une question de morale, mais ce qui est intéressant c’est de savoir comment elle marque. Comment elle s’inscrit dans la manière dont les militaires choisissent par la suite d’en rendre compte. Et comment les civils la perçoivent et la racontent. Incontestablement, la Guerre de Trente Ans a été ressentie par ses contemporains comme l’apogée de la violence militaire, une rencontre inédite entre « a fame, a peste, a bello » (la famine, la peste, la guerre) dans un combo catastrophique. Cet élément est décisif pour comprendre comment des phénomènes ponctuels de cannibalisme, qui ont été beaucoup moins importants que ce que la littérature en a fait, ont marqué les esprits et suscité une écriture et une perception du conflit qui a aussi eu une conséquence sur la façon dont la paix de Westphalie est perçue comme étant ce terme au déchaînement de violences."

Que signifie l’expression « tournant westphalien » ? En quoi cet ordre serait-il encore valide aujourd’hui ? 

Claire Gantet : "Ce que les hommes politiques et les politologues entendent par « tournant westphalien » est l’idée selon laquelle ces traités auraient vu la naissance d’un nouvel ordre international fondé sur l’affrontement d’états désormais souverains et égaux en droits. Et participant par conséquent d’une stabilisation considérable de l’ordre international, après une époque de guerres civiles. Cette idée a été lancée en 1948 par un politologue en et souvent reprise depuis, par Bertrand Badie notamment. Aujourd’hui, certains politologues voient cet ordre menacé par les conflits ethniques et à nouveau religieux du XXe siècle et ont un regard presque nostalgique sur cet ordre westphalien qui a clarifié les relations internationales. D’autres trouvent que les traités de Westphalie pourraient donner des leçons utiles pour les conflits actuels en ce qu’ils composent avec des éléments internationaux, mais aussi territoriaux et religieux. A l’instar du conflit actuel en Syrie par exemple qui lui aussi mêle ces différents éléments. C’est la raison pour laquelle les traités de Westphalie sont très présents dans la réflexion des politologues contemporains. Pour autant, les historiens restent sceptiques sur ce type de rapprochement, parce que s’il est certain que les traités de Westphalie ont fondé un ordre d’état, mais tout dépend de ce que l’on entend par ce terme. Le terme « état » en 1648 a très peu à voir avec ce qu’on entend par ce terme en 1800, 1850 ou 1900."

Les traités de Westphalie établissent-ils vraiment un nouvel ordre européen comme certains ont pu le fantasmer au 20e siècle ou bien marquent-ils seulement une remise à niveau de la façon de faire la guerre ? 

Paul Vo-Ha : "De manière très classique, ces traités s’ouvrent par une clause d’oubliance. Comme dans toutes les capitulations de villes, ou dans toutes les paix de religion, la première chose c’est l’oubli, l’oubli affirmé comme un principe politique pour permettre la reconstruction d’une communauté, d’un collectif et d’un corps politique. On ne cherche pas du tout à mettre hors-la-loi un certain nombre de pratiques, si violentes soient-elles." 

Après 1648, les déprédations continuent. Le fait que la guerre ait continué malgré les traités de paix en annule-t-il la valeur politique ? culturelle ?

Paul Vo-Ha : "Les traités de Westphalie contiennent en germe les guerres de Louis XIV qui en a utilisé certaines clauses imprécises pour justifier ses politiques d’annexion. Loin de mettre un terme à la guerre, ces traités ont permis de justifier de nouvelles prétentions territoriales."

Emilie Dosquet : "Certes, a brutalité reste la même, mais ce qui va changer c’est la volonté d’encadrement des pratiques guerrières. Le rapport que les sociétés européennes ont à la violence change. Si le niveau de violence observé dans les pillages, les déprédations, les prises de villes reste le même, ce qui change c’est la norme acceptable qui leur est associé, le "permissible"."

Claire Gantet : "Dans toute l’Europe, on s’est accroché à la paix de Westphalie comme à un rempart stabilisant l’Europe centrale, et permettant la paix. Bien sûr, celle-ci a été malmenée par les guerres de Louis XIV. Mais dans tous les traités ultérieurs, on a continué de s’y référer et de l’actualiser. Les traités de Westphalie ont créé une culture européenne de la conflictualité et ils ont gardé leur actualité jusque qu’au XVIIIe siècle en France, où ils ont été lus comme un texte permettant une critique de l’absolutisme, et en cela sont devenus très populaires parmi certains auteurs des Lumières."

Musiques diffusées

  • Maurice Ravel, Gaspard de la Nuit (extrait, Le Gibet)
  • Ernst Krenek, Cantate sur l'inconstance de toute chose op. 72

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