Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».

« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

« Que puis-je savoir ? - Que dois-je faire ? - Que m'est-il permis d'espérer ? » Emmanuel Kant

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dimanche 26 juillet 2020

∆∆∆ Dans l'antre du Capital | France culture 23/07/2020


Londres, 1850. La révolution industrielle bat son plein et Marx vit exilé dans la misère. Sur un bout de toile cirée, au milieu de la vaisselle et des enfants qui jouent, Marx se plonge dans les rouages du capitalisme et entame la rédaction de son grand roman à énigme, "Le Capital".

Karl Marx en 1867
Arrivé à Londres, Marx s’établit avec sa femme et ses enfants en bas âge à Soho, dans le quartier des exilés allemands. Ils sont pauvres. Marx ne gagne pas d’argent. Karl et Jenny perdent coup sur coup trois enfants. 

Sans une volonté de fer, sans l’intime conviction de l’importance scientifique et politique de la tâche qu’il s’est assignée, et sans le soutien financier de son ami Engels, Marx n’aurait jamais écrit Le Capital.

"Lorsque les Marx arrivent à Londres, ce sont des réfugiés. Après avoir changé plusieurs fois d’adresse et pris la fuite à plusieurs reprises, Marx et Jenny trouvent un petit deux-pièces dans Dean Street." Rachel Holmes, historienne

L’Angleterre des années 1850 est le cœur de la révolution industrielle. Marx est fasciné par les progrès techniques, la construction du chemin de fer et la mécanisation du monde. Mais il est en même temps horrifié par les conditions de vie et de travail effroyables auxquelles sont soumis les ouvriers. 

Engels, qui gère l’usine familiale à Manchester, a déjà dressé un portrait cru et détaillé de la situation dramatique de cette classe laborieuse dans la grande ville du coton. Les longues heures passées en compagnie d’Engels à sillonner les rues et la bibliothèque de Manchester vont constituer un matériau empirique de premier plan dans l’élaboration du Capital.

Fumées d'usine, nord de l'Angleterre
"Quand vous marchiez dans les rue de Manchester, c’était une agression de tous les sens. Vous entendiez le claquement des métiers à tisser, vous ne pouviez pas voir le ciel à cause de la fumée, vous sentiez partout l’odeur de la fumée." Michael Sanders, professeur à l’université de Manchester

"Des hommes aux articulations déformées, la colonne vertébrale déviée, des femmes rendues impropres à la procréation, des enfants estropiés, des générations entières gâchées. L’esclavage dans lequel la bourgeoisie a entraîné le prolétariat ne se révèle nulle part aussi éclatant que dans le système industriel." Friedrich Engels, La situation de la classe laborieuse en Angleterre

Ateliers de la London and
North-Western Railway
A Londres, Marx passe ses journées à la bibliothèque publique du British Museum, où il lit les économistes classiques et compile quantité de rapports et de statistiques. 

Marx entend livrer une analyse rigoureuse et scientifique d’un système qui broie les corps et détruit les esprits. 

Sa véritable révolution sera scientifique. Il faut interroger les fondements du capitalisme. Faire ce que personne n’avait encore fait en économie : questionner la valeur et le profit. C’est un véritable “missile” que Marx veut lancer en visant ce système infernal et sans limite, qui asservit tant ceux qui le subissent que ceux qui en profitent.

"Jusqu'à Marx, on a considéré que le marché et les échanges étaient l'essentiel de l'économie. Pour Marx, sous la réalité apparente se trouve une autre réalité qui est la réalité du travail et qu'il faut mettre en lumière. C’est là où il est révolutionnaire." Jacques Attali, économiste

Grand lecteur et conteur d’histoires, Marx perfectionne son anglais grâce à la poésie et emmène ses filles faire des “kilomètres” de Shakespeare dans les parcs de Hampstead. 

Eleanor Marx, la benjamine, se souvient de l’histoire que son père lui racontait lorsqu’il écrivait Le Capital. Un menuisier sans le sou du nom de Hans Röckle, qui fabriquait de magnifiques jouets, devait les vendre à un méchant diable qui ne les achetait pas à leur juste prix. Hans Röckle travaillait beaucoup mais restait pauvre car on lui volait le fruit de son travail. Marx avait trouvé là un moyen d’expliquer la plus-value à des enfants.

Dans un jardin du parc de Hampstead,
 Londres
Le Capital est d’ailleurs à sa manière un roman à énigme, une quête à la recherche de l’origine du profit, un conte maléfique sur les sortilèges de l’argent, le vol du temps, l’extraction de la plus-value, le capital fictif…

"Les masques dont se couvrent les personnages de notre drame ne sont pas autre chose que la personnification des rapports économiques. Nous allons les accompagner dans l’antre secret de la production. Là le grand secret de la plus-value, va enfin se dévoiler." Karl Marx, Le Capital

"C’est presque une tragédie grecque, ou une tragédie Shakespearienne, que Marx écrit sous forme d’analyse économique. Une dialectique du bien et du mal, de la richesse et de la misère." Yanis Varoufakis, économiste

"J'ai été totalement prise par ce que j'ai vécu comme une enquête, quasiment un roman policier à la recherche de l'origine de la survaleur. Je voyais émerger des personnages romanesques : la marchandise, le capitaliste, le travailleur,..." Alix Bouffard, philosophe

A bout de forces, Marx publie le Livre 1 du Capital dans l'indifférence générale, ou presque. 

Mais aujourd’hui encore, que l’on soit cheminot, ouvrier à la chaîne, philosophe ou écrivain, après la lecture du Capital, le monde n’est plus le même.

Une série documentaire produite par Christine Lecerf réalisée par Franck Lilin.

Textes lus :
  • Karl Marx, Lettre à Friedrich Engels, 1855, Correspondance T. 4, Éditions Sociales, 1974
  • Friedrich Engels, Situation de la classe laborieuse en Angleterre en 1844, Éditions sociales, 1961
  • Karl Marx, Lettre à Friedrich Engels, 1855, Correspondance T. 4, Éditions Sociales, 1974
  • L'histoire de Hans Röckle, in Rachel Holmes, Eleanor Marx. A Life, Bloosmbury, 2014
  • Karl Marx, Le Capital. Critique de l'économie politique, Éditions sociales, 2016
  • Karl Marx, Lettre à Friedrich Engels, 1863, Correspondance T. 7, Éditions Sociales, 1979

Voix : Catherine Baugué, Ellie Concato, Gabriel Dufay, Laurent Lederer, Mohamed Rouabhi et Andrea Schieffer

Traductions : Lou Héliot

Documentation : Maria Contreras, Romain Couturier

Prise de son : Romain Luquiens et Alain Joubert

Mixage : Claude Niort

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