Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».
« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

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dimanche 28 juin 2020

Comment Victor Hugo a écrit "Les Misérables" par Camille Renard | France culture 16/01/2020

"Mes amis, retenez ceci. Il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs." Le film de Ladj Ly "Les Misérables", nommé aux Oscars, se termine sur cette citation de Hugo. Voici comment celui-ci a écrit ce livre total, qui se passe aussi en partie à Montfermeil.
 

“Tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l'homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus (...) tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles.” Dès sa célèbre préface des Misérables, qui tient en une seule phrase, Victor Hugo pose l'enjeu de ce livre total. Avec ses personnages de Cosette, Gavroche, Jean Valjean ou Marius, cette oeuvre est aujourd'hui l'une des plus connues au monde, les plus adaptées, sous forme de manga, de télénovelas, de film ou de comédie musicale. Le récent succès du film de Ladj Ly, Les Misérables, qui cite le roman et y fait référence sans pour autant en être une adaptation, a remis en avant l'actualité du propos politique de Hugo, quant à la violence, la misère ou l'éducation. 


Comment Victor Hugo s’y est-il pris pour écrire cette oeuvre magistrale que tout le monde connaît (mais que peu ont vraiment lu) ? D’abord en y mettant tout son talent, toute son âme. Jean-Marc Hovasse professeur de littérature à Sorbonne-Université, spécialiste de Victor Hugo et auteur d'une biographie de référence à son sujet (Fayard, 2001 et 2008), explique la genèse de ce roman, qui suit les méandres de la vie de Victor Hugo, de ses liaisons amoureuses à ses transformations politiques en passant par son intérêt pour le spiritisme (ce sont les esprits qui lui dicteront le titre des Misérables). 

Jean-Marc Hovasse : "L’ambition politique et sociale de Victor Hugo avec Les Misérables est considérable. Il s’agit de fonder la démocratie avec un peuple qui sait lire. L’ambition de Victor Hugo, c’est d’élever, comme on parle des élèves, d’élever son lecteur. De constituer le peuple dans la grande république qu’il rêve pour la France, l’Europe et le monde. Son ambition c’est d’être lu et d’avoir une incidence, une utilité dans le monde entier. Et c’est extraordinaire de constater combien ça a marché parce que c’est le roman français sans doute le plus connu dans le monde entier. On trouve dans Les Misérables tout Victor Hugo, c’est très important. On trouve le Hugo politique, le Hugo dramaturge, le Hugo poète, d’abord dans l’écriture ; Rimbaud dit que c’est un poème. On a tout Hugo aussi parce qu’on a le Hugo d’avant l’exil et le Hugo de l’exil, mêlés. Sa femme a mis en évidence les liens qui existent entre Marius et lui-même, qui sont évidents quand on connaît la biographie. Et Hugo lui-même dans une déclaration dit “ce sont des quasi mémoires”. C’est le sommet de son oeuvre."

Le bureau de Victor Hugo dans son
appartement de la Place des Vosges à Paris
Littéralement, le roman d’une vie

Hugo écrit ce roman sur 17 années, en deux fois diamétralement opposées, à deux moments presque opposés de son évolution personnelle et politique. 

La première fois, en 1845, il a 43 ans et le livre s’appelle alors Les Misères. Au sommet de sa carrière, académicien, mondain, reçu par le Roi, Hugo est honoré partout. Il vient d’être nommé Pair de France, l’équivalent d’un sénateur, dans le parti de l’ordre, conservateur. Mais il est pris en flagrant délit d’adultère. Sa réputation ternie, le roi lui demande de se faire oublier quelques temps. Dans son bureau de la Place des Vosges, il s’isole et écrit, frénétiquement, sa réponse à la Comédie humaine de Balzac à partir du destin d’un forçat libéré du bagne, Jean Valjean.

Jean-Marc Hovasse : "Hugo déplace les horaires de repas, il travaille énormément, le matin, l’après-midi, le soir. Il s’enferme dans son roman. Sa documentation, c’est là où c’est troublant, il l’a accumulée depuis des années." Habité par la question sociale depuis longtemps, Hugo fait appel à ses anciennes visites de prisons, de bagnes, d’usines, de villes comme Montfermeil, de rencontres avec des ouvrières, pour écrire au plus près du réel, de la misère. Mais alors qu’il a écrit les trois quarts du récit, survient la révolution de 1848, Hugo arrête tout pour se consacrer à la politique. Élu à l’Assemblée nationale, il tient de grands discours sur le prolétariat, la liberté de la presse, l’éducation... qu’il déclinera plus tard dans son roman.

Portrait de Victor Hugo député
Écrit à cheval sur l'exil

Mais suite au coup d’État de Napoléon III, qui met fin à la IIe République, Victor Hugo est proscrit et doit s’exiler. En partant pour le rejoindre, sa maîtresse Juliette Drouet prend avec elle sa malle remplie du manuscrit des Misères, et lui apporte, alors qu'il est en Belgique. Pourtant, il n’y touchera pas encore pendant huit années. Jean-Marc Hovasse : "Pourquoi il s’interrompt ? C’est aussi parce qu’il change. Et ça, c’est aussi très rare dans la littérature, c’est que ce n’est pas le même auteur. Idéologiquement, il n’est plus d’accord avec ce qu’il avait écrit. Et ça lui pose un véritable problème. Il est passé à l’extrême gauche de l’échiquier politique."

À 58 ans, isolé, en exil à Guernesey après des années d’errance, alors que ses textes sont interdits en France, Hugo relit son manuscrit des Misères. Mais n'en corrige rien encore. Il s’en imprègne pendant six mois. Il médite. Puis il se remet à écrire, en un an, toujours à la plume d’oie, le double de volume, dans une version profondément différente. Jean-Marc Hovasse : "La jointure, le moment précis où il reprend le manuscrit et où il dit la date précise d’interruption, en février 1848, des Misérables. Et il parle de lui en disant : “Ici le pair de France est arrêté” comme si ce n’était plus lui. Et on tourne la page, la parenthèse continue, c’est une petite note entre parenthèses, “le proscrit a continué”. Et ça c’est génial parce qu’en quelques mots, il y a l’espèce de suture qui se passe. Ce qui fait qu’il n’y a quasiment aucune pages des Misérables qui date de la 1re campagne de rédaction. Parfois un adverbe, un mot, une virgule et parfois un chapitre, voire un livre entier. Des personnages qui changent de noms. Il y a des personnages qui deviennent beaucoup plus importants, c’est le cas de Javert étonnamment. Très souvent le narrateur dans la première partie disait des choses, émettait des points de vue, que dans la nouvelle version il ne prend pas à son propre compte. Il ajoute par exemple : “un conservateur de ce temps-là disait, ou pensait” et puis il se cite, sans dire que c’est lui." 

Quelques années auparavant, à Jersey, lors d’une séance de spiritisme en famille, les “Misères” s’était déjà changé en “Misérables”. Jean-Marc Hovasse : "Il y a un des esprits qui lui demande quand est-ce qu’il termine Les misérables. Curieusement, c’est la première apparition dans le texte qu’on a, du nouveau titre."

"Ici le père de France est arrêté,
 le proscrit a continué"
,
 manuscrit des "Misérables"
 de Hugo, Gallica BNF
Un pari largement gagné

Hugo met un point final à son manuscrit pour l’anniversaire de Waterloo, en juin, sur le champs de bataille, en Belgique, où il a emporté le manuscrit. Après de multiples corrections, il publie Les Misérables en 1862 en France, mais aussi en Belgique, en cas de censure par l’Empereur, et rapidement aussi dans une dizaine d’autres pays. Jean-Marc Hovasse : "Il était toujours en train de corriger la suite quand il publiait le début, donc c’était vraiment un travail incroyable de va-et-vient des épreuves et des corrections. Épuisant."

Mais quand paraît Les Misérables, Hugo a gagné son pari. Non seulement il n’est pas censuré, mais le succès est immense.

Jean-Marc Hovasse : "Ça coûtait cher les livres à l’époque, donc il est très soucieux d’avoir une édition populaire, une édition en petit format. On sait que les ouvriers se cotisaient pour l’acheter, le lisaient tour à tour, il y avait des lectures à haute voix... Le succès public est considérable, obligeant tous les autres auteurs à décaler leur publication, on ne parlait que de ça, et ça a magnifiquement marché, et du coup, ce livre qui était le plus important pour lui a eu aussi un impact politique énorme puisqu’il y fait passer finalement tout ce à quoi il croit en politique." 

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