Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».

« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

« Que puis-je savoir ? - Que dois-je faire ? - Que m'est-il permis d'espérer ? » Emmanuel Kant

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dimanche 31 mai 2020

Expliquez-moi Derrida : Le langage tient-il sa parole ? | France culture 09/11/2017


Pourquoi Derrida est-il le seul philosophe à défendre l'écriture ?

Jacques Derrida en 1987
"Dans l’imaginaire collectif de nos civilisations, l'antériorité de la parole orale sur la parole écrite est une idée profondément enracinée." Charles Ramond

L'écriture est la mal aimée des philosophes, Platon lui attribue le pouvoir de faire oublier aux hommes ce qu'il savent , Rousseau l'accuse de faire disparaître l'intonation de la voix dans son Essai sur l'origine des langues. Qu'ont-ils tous à accuser l'écriture ? 

De la Grammatologie (1967) à La Dissémination (1972), en passant par le Monolinguisme de l'autre, (1996), Derrida s'attaque à cette préférence de la philosophie pour la voix, à la difficulté de s'approprier sa propre langue maternelle, et d'y laisser une trace...  

Le texte du jour

"Je suis monolingue. Mon monolinguisme demeure, et je l’appelle ma demeure, et je le ressens comme tel, j’y reste et je l’habite. Il m’habite. Le monolinguisme dans lequel je respire, même, c’est pour moi l’élément. Non pas un élément naturel, non pas la transparence de l’éther mais un milieu absolu. Indépassable, incontestable. Hors de lui je ne serais pas moi-même. Il me constitue, il me dicte jusqu’à l’ipséité du tout, il me prescrit, aussi, une solitude monacale, comme si des vœux m’avaient lié avant même que j’apprenne à parler. Ce solipsisme intarissable, c’est moi avant moi. A demeure. Or jamais cette langue, la seule que je sois ainsi voué à parler, tant que parler me sera possible, à la vie à la mort, cette seule langue, vois-tu, jamais ce ne sera la mienne. Jamais elle ne le fut en vérité. Tu perçois du coup l’origine de mes souffrances, puisque cette langue les traverse de part en part, et le lieu de mes passions, de mes désirs, de mes prières, la vocation de mes espérances. Mais j’ai tort, j’ai tort de parler de traversée et de lieu. Car c’est au bord du français, uniquement, ni en lui ni hors de lui, sur la ligne introuvable de sa côte que, depuis toujours, à demeure, je me demande si on peut aimer, jouir, prier, crever de douleur ou crever tout court dans une autre langue ou sans rien en dire à personne, sans parler même. Mais avant tout et de surcroît, voici le double tranchant d’une lame aigüe que je voulais te confier presque sans mot dire, je souffre et je jouis de ceci que je te dis dans notre langue dite commune : « Oui je n’ai qu’une langue, or ce n’est pas la mienne. »

Jacques Derrida, Le monolinguisme de l’autre, Galilée, p.14-15

Lectures
  • Jacques Derrida, Le monolinguisme de l’autre, Galilée, p.14-15
  • Platon, Phèdre, interprété par George Claisse, NCC, 12/12/2013
  • Jacques Derrida, « La différance », Marges-de la philosophie, Minuit 1972
Extraits 
  • Archive Derrida ( émission « A voix nue » entretien avec Laure Adler, 16/12/1998)
  • Archive Lacoue-labarthe : la langue de Derrida (émission « Le bon plaisir », 22/03/1986)
Références musicales
  • France Gall, Parler, parler
  • Dhafer Youssef, Ode
  • Dranem, On ne me comprend pas

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