Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».
« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

Saisir des mots clefs à rechercher

mercredi 6 mai 2020

∆∆∆ Dictature ou démocraties : qui remportera la guerre contre l'épidémie ? par Brice Couturier | France culture 24/03/2020

Le Tour du monde des idées | L’histoire de l’humanité se confond avec celle d’épidémies meurtrières. Si une des clés de leur éradication réside dans la collecte d’informations sûres puis dans leur partage rapide aux populations, les démocraties partent-elles donc mieux armées que les dictatures pour remporter ces batailles ?

A partir du XVIe siècle, les maladies introduites
sur le continent américain par les conquistadors
 espagnols comme la variole, la rougeole ou
le typhus et grippe décimèrent
les populations locales.
L’histoire de l’humanité se confond avec celle d’épidémies épouvantables, décimant des populations entières, souligne Chris Patten, l’ancien gouverneur de Hong K. 
Parce qu’elles possèdent une meilleure capacité d’improvisation et d’adaptation. 
Les crises leur sont souvent l’occasion d’imaginer des solutions inédites. 

En face, les sociétés autoritaires, au pouvoir centralisé, sont lentes à réagir parce que l’initiative locale y est découragée, les règles contraignantes, les populations habituées à la passivité et à l’obéissance. 

Conséquence : une hécatombe. Des populations réduites de 90 % en deux siècles.

Du typhus des guerres napoléoniennes à la grippe espagnole de 1918

La retraite de Russie de la grande armée de Napoléon fut, certes, causée par le "général Hiver et le général Famine", comme l’a dit le maréchal Ney. Mais ce fut surtout la victoire du "général Typhus et du général grippe", selon Patten.

Et, comme on le rappelle, ces jours-ci, la "grippe espagnole", qui a provoqué entre 20 et 50 millions de décès dans le monde, a tué davantage d’êtres humains en seulement deux ans que le carnage de la Première Guerre mondiale en quatre ans en Europe : 18 millions en Inde, 9 millions en Chine, 2,3 millions en Europe. Le virus avait probablement éclos au Kansas, où il avait infecté des recrues, entraînées pour aller faire la guerre en Europe. Les soldats y apportèrent la maladie. Aux Etats-Unis, une infirmière sur quatre y perdit la vie. "La réponse médicale a été complètement inadaptée" souligne Chloé Maurel. "Les autorités militaires américaines, agissant à l’aveuglette, laissèrent des malades en permission diffuser la grippe dans tout le pays."

>>> La grippe espagnole de 1918 : la mère de toutes les épidémies

Nous le savons aujourd’hui, "un problème global requiert des solutions mondiales." (Patten) Vaincre une épidémie exige de coordonner les recherches entre les laboratoires du monde entier, rendre accessibles médicaments et vaccins aux pays pauvres - une collaboration internationale qui a déjà permis de grands succès contre la malaria.

L’une des clés de toute victoire contre les épidémies, rappelle aussi Chris Patten, tient dans la capacité à situer avec précision les foyers géographiques de l’infection et à anticiper les suites de l’épidémie par des statistiques. C’est dire combien la collecte et le partage d’informations sûres et la transparence sont essentielles. "Il faut dire aux gens la vérité", si l’on veut les associer pleinement au combat pour leur propre salut.

Comment Pékin a géré la crise du SRAS en 2002

Lorsque l’épidémie de SRAS a éclaté en Chine du Sud, en novembre 2002, de courageux médecins chinois, comme Jiang Yanyong ont joué un rôle de lanceurs d’alerte. Mais les autorités chinoises de l’époque ont censuré les informations concernant l’épidémie. Un nouveau dirigeant, Hu Jintao, secrétaire général du Parti communiste, était sur le point d’être nommé président. Le parti unique ne voulait pas que son inauguration soit gâchée par de mauvaises nouvelles. Et l’OMS a ainsi perdu un temps précieux. Néanmoins, l’épidémie de SRAS a pu être contenue par l’action concertée des états du monde entier.

« Malheureusement, les autorités chinoises semblent n’avoir rien retenu de ce précédent épisode », écrit Chris Patten. En décembre dernier, un autre médecin chinois courageux, Li Wenliang ont tenté d’attirer l’attention des autorités de Pékin sur une nouvelle épidémie ravageant Wuhan. Li et ses collègues ont été menacés par la police et priés de se taire sur ce qu’ils savaient. Et la vie à Wuhan a continué, un temps, comme si de rien n’était.

Les études menées ces temps derniers par l'université de Southampton montrent que si le pouvoir chinois avait pris plus tôt les mesures rigoureuses de confinement auxquelles il s’est finalement résigné, l’épidémie aurait pu être contenue.

>>> Coronavirus : comment expliquer les défaillances de l'État chinois

Dictature ou démocratie, quel est le système le plus efficace face à l'épidémie ?

Et pourtant, le débat sur l’efficacité comparée des deux types de régime, l’autoritaire et le démocratique, fait rage. Sukhayl Niyazov : "L’inaction et l’irresponsabilité de Donald Trump ont affaibli la capacité de l’Amérique à contenir l’expansion du coronavirus. Les ennemis de la société ouverte ont présenté le contraste entre les manières américaine et chinoise de combattre le coronavirus de façon à démontrer la supériorité de cette dernière, de son mode de gouvernement."

D’un côté, laxisme et irresponsabilité du gouvernement, populations refusant les mesures de confinement nécessaires à sa propre protection. De l’autre, pouvoir absolu, mais présenté comme compétent, régnant sur des peuples disciplinés et respectueux de l’autorité. D’un côté, des sociétés éclatées, culturellement hétérogènes et politiquement polarisées. De l’autre, une unité nationale, assise sur un patriotisme sûr de soi.

Mais cette présentation des choses est truquée, selon Niyazov. La Corée du Sud et Taïwan sont des sociétés démocratiques, au régime mettant en compétition plusieurs partis et reposant sur le libre choix des électeurs. Et leur efficacité, face à l’épidémie, s’est révélée supérieure à celle de la Chine autoritaire. Au contraire, le culte du secret et la dissimulation, marques du régime communiste, ont fait perdre à la Chine et au monde un temps précieux dans la lutte contre l’épidémie.

Si les sociétés libérales ont paru moins efficaces, c’est l’incompétence de certains de leurs dirigeants qu’il convient de mettre en cause. Pas leur système politique, ni leur ouverture.

Guerres, épidémies. Chaque crise contient un levain de mobilisations démocratiques

Les nations démocratiques sont capables de se réunifier et de se mobiliser en temps de crise, comme elles l’ont montré lors des guerres. Le sentiment de défendre de précieuses libertés constitue une forte incitation à se battre.

Et il y a bien des raisons de penser que nos sociétés, ouvertes, démocratiques et libérales, sont mieux à même d’affronter les crises imprévues, les "cygnes noirs". Parce qu’elles possèdent une meilleure capacité d’improvisation et d’adaptation. Les crises leur sont souvent l’occasion d’imaginer des solutions inédites. En face, les sociétés autoritaires, au pouvoir centralisé, sont lentes à réagir parce que l’initiative locale y est découragée, les règles contraignantes, les populations habituées à la passivité et à l’obéissance.

Brice Couturier

Aucun commentaire:

Publier un commentaire