Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».
« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

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mercredi 6 mai 2020

∆∆∆ Crise du Covid-19 : quelles conséquences politiques ? par Brice Couturier | France culture 05/05/2020 - via notre F LB

Le Tour du monde des idées |On pourrait penser que Trump, Duterte, Bolsonaro et les autres "hommes forts" élus au lendemain de la crise de 2008 sortiraient politiquement affaiblis et discrédités par une crise sanitaire qui a révélé leur incompétence. Pourtant, certains observateurs penchent pour un scénario moins optimiste...

2025. Le spectre d'une inflation de l’autoritarisme, favorisé par les épidémies ?
Tel est le scénario sombre esquissé par un éditorialiste du New York Times...

Lors de la crise des subprimes, une crise financière, provoquée par la rapacité et l’inconséquence des banques, le capitalisme paraissait sur la sellette. D’innombrables essais et articles, publiés il y a une dizaine d’années, nous annonçaient la disparition imminente d’un système économique où les mouvements de capitaux avaient divorcé de l’économie réelle. Sur le plan politique, il paraissait évident, à la grande majorité des observateurs, que cette crise du capitalisme allait nécessairement bénéficier aux partis les plus à gauche de l’échiquier politique. Et les médias donnèrent alors un écho démesuré aux mouvements "Occupy" qui semblaient en apporter la démonstration.

La crise des subprimes : un précédent qui devrait inciter les prévisionnistes à la prudence

Or, non seulement le système capitaliste n’a nullement été abrogé, ni remplacé, mais politiquement et dans le monde entier, ce sont les populistes de droite qui ont eu le vent en poupe. Et ce n’est certes pas le capitalisme qu’ils menacent, mais les libertés publiques, les droits de l’opposition, l’indépendance de la magistrature et des médias. Dans des démocraties représentatives devenues de plus en plus méritocratiques, ils ont su capter l’exaspération des peuples envers les élites, les experts, les supériorités de toute nature.  

Ainsi, la crise des subprimes a-t-elle accouché, dans d’authentiques démocraties, de personnages aussi inattendus que Modi, Erdogan, Bolsonaro, Orban, Salvini, Duterte, Trump, BoJo… Toute une panoplie "d’hommes forts" et de "démocrates illibéraux" qui se prennent pour "le peuple" et supportent mal toute limite à leur appétit de pouvoir. C’est pourquoi ceux qui se mêlent de prévisions politiques doivent faire preuve de prudence avant de se prononcer sur les conséquences politiques prévisibles de la crise en cours. 

On peut toutefois formuler quelques questions : le besoin de sécurité et le repli national vont-ils renforcer le courant populiste ? A rebours, l’incompétence manifestée par la plupart des "hommes forts" incitera-t-elle les électeurs à renouer avec l’expertise ? Les mesures prises pour endiguer la progression de l’épidémie ont érodé nombre de nos libertés fondamentales. Peu s’en inquiètent. Allons-nous les récupérer entièrement ou pas ? L’épidémie a trouvé dangereusement polarisées les nations jouissant encore d’un régime démocratique. La crise économique et sociale qui va suivre la crise sanitaire va-t-elle aggraver ces antagonismes politiques ou, au contraire, les atténuer ? 

2025. Le scénario d'une inflation de l’autoritarisme, favorisé par les épidémies ?

On prétendait, en 2020, que les régimes autoritaires, tels que celui qui dirige la Chine, à cause de leur capacité à dissimuler les faits gênants, avaient tendance à favoriser la propagation de l’épidémie. C’était exact ; mais l’inverse l’était également : les épidémies facilitent l’expansion de l’autoritarisme, écrit l’éditorialiste Bret Stephens, dans une chronique parue ces jours-ci dans le New York Times mais datée… du 19 janvier 2025.

La pandémie a fourni tous les prétextes nécessaires aux dirigeants désireux de fermer les frontières, écrit notre éditorialiste venu d’un futur proche. Ils ont imposé de sévères restrictions aux voyages à l’étranger, bloqué les mouvements migratoires. Les manifestations de l’opposition ont été interdites pour "raison sanitaire". Les Etats contrôlent sévèrement l’information sous prétexte de chasse aux fake news. 

Bien sûr, Trump a été réélu haut-la-main en novembre 2020, en promettant la mise en place d’un Etat-providence sous contrôle étroit du gouvernement ; il lui permet de récompenser les comtés qui votent pour lui. Il a nationalisé des dizaines de banques, étendu le contrôle de Washington sur l’économie américaine. Le mur avec le Mexique est devenu une réalité. 

Au Mexique, l’effondrement de l’Etat a été suivi de la prise du pouvoir par les cartels. La crise économique mondiale a provoqué de sévères crises sociales dans les pays fragiles. Les dirigeants russes, iraniens et bien d’autres réagissent par une agressivité internationale très dangereuse. Des conflits armés ont éclaté ici ou là. De plus graves se préparent. Cette montée des tensions renforce la méfiance et les tendances à l’isolement qu’on constate dans les rues des grandes capitales mondiales, où les lieux de sociabilité comme les bars, pubs et restaurants sont devenus rares et peu fréquentés… 


Le retour en grâce des experts. Mais à chacun le sien...

Mais revenons en mai 2020. L’année où Donald Trump, après avoir prédit que l’épidémie passerait d’elle-même durant l’été comme une banale grippe, a préconisé l’hydrochloroquine, puis l’injection de désinfectant ; où Rodrigo Duterte, aux Philippines, a recommandé aux forces de police de tirer à vue sur les "fauteurs de trouble" ; où Manuel Lopez Obrador, au Mexique, a longtemps nié la réalité de l’épidémie, puis a prétendu faire reculer le virus avec un trèfle à quatre feuilles et une image pieuse, avant de se décider à confiner brusquement ses compatriotes pour deux mois ; où Jair Bolsonaro prétend que l’épidémie est une invention des médias de gauche et persiste à multiplier les bains de foule...  Les dirigeants populistes ont, dans la séquence, particulièrement brillé par leur frivolité et le leur incompétence. Eux qui prétendaient "protéger le peuple" s’en sont montrés incapables. 

Partout, l’opinion fait bien davantage confiance aux experts : Anthony S. Fauci, aux Etats-Unis, Christian Drosten en Allemagne, Anders Tegnell en Suède sont devenus, dans leur pays, des personnalités de premier plan. Leur parole pèse davantage que celle des dirigeants politiques. Dans de très nombreux autres pays comme la France et la Grande-Bretagne, l’exécutif s’appuie dorénavant sur un conseil scientifique, réunissant un panel de médecins et d’épidémiologistes pour toute décision politique face à l’épidémie.

L’opinion, qui se passionne dorénavant pour les problèmes sanitaires, va-t-elle s’éloigner des bonimenteurs lancés en politique ? Pas sûr, selon Andres Velasco, économiste et ancien ministre des Finances du Chili. 

En réalité, tant face à la pandémie que face à la crise économique et sociale qu’elle est en train de provoquer, les gens doutent. Le confinement parviendra-t-il à limiter le nombre de victimes, ou seulement à les étaler dans le temps ? Et dans ce dernier cas, était-il vraiment indispensable ? Les mesures de relance budgétaire vont-elles permettre de remettre les économies en route ? Ne sont-elles pas trop inspirées de celles adoptées face à la dernière crise - et donc inadaptées à celles que nous allons connaître ?

Les experts divergent. Et l’opinion se divise. Chaque secteur appuie les experts dont les préconisations lui semblent favoriser ses propres intérêts. Les uns veulent sortir le plus rapidement possible du confinement parce que leur survie économique en dépend : les indépendants, entrepreneurs grands et petits, agriculteurs, commerçants. D’autres privilégient le prolongement du confinement parce qu’ils continuent à percevoir leur salaire sans risquer de s’exposer à la contagion. 

L'épidémie crée de nouvelles inégalités, insuffisamment prises en compte

Les cols blancs apprécient le télé-travail. Les cols bleus n’y ont pas accès. Les jeunes ont parfois le sentiment qu’on sacrifie leur avenir pour la sécurité des seniors. Ceux qui vivent le confinement dans leurs maisons de campagne ne le vivent pas exactement comme ceux qui subissent une colocation. Les professions "de première ligne"_, comme les médecins et les infirmiers, paient un prix démesuré à la crise. Celle-ci frappe de manière inégale des sociétés dont la plupart avaient déjà connu auparavant une forte amplification des inégalités. 

Et pourtant, la lutte contre l’épidémie nécessite une forte mobilisation des sociétés et un haut degré de consensus. Là où il n’existe pas, il est habituellement remplacé par l’autoritarisme étatique. L’issue, dans les sociétés démocratiques, écrit encore l'économiste Andres Velasco, dépendra du degré de confiance des populations envers les institutions et des individus entre eux. Là où la confiance n’existe pas, les "hommes forts" populistes trouveront de nouvelles opportunités. 

Aux Etats-Unis, une troublante similitude entre deux cartes

Aux Etats-Unis, où l’élection de Donald Trump a polarisé le pays comme rarement dans son histoire, la carte de la progression de l’épidémie coïncide dans une large mesure avec la carte électorale. Les Etats densément peuplés des deux côtés, atlantique et pacifique, sont beaucoup plus touchées par le COVID-19 que ceux de l’intérieur du pays. Or, les premiers sont acquis au Parti démocrate, les seconds à Trump. 

Les premiers réclament le confinement et la solidarité. Les seconds de pouvoir "rouvrir leurs business", afin qu’on "leur restitue leurs vies". Ce clivage en recoupe un autre : les minorités ethniques, vivant dans les grandes villes densément peuplées, sont touchées de manière disproportionnée, par rapport aux Blancs, majoritaires dans l’Amérique rurale.


Gestionnaires de crise efficaces ou rhéteurs provocateurs : à qui les électeurs donneront-ils leur prime ?

Pourtant, relèvent deux chercheuses du think tank Carnegie Endowment, Ashley Quarcoo et Rachel Kleinfeld, il existe des signes démontrant des convergences bipartisanes prometteuses. Le stimulus budgétaire CARES, le plus important de toute l’histoire financière des Etats-Unis, a été voté par 96 voix contre 0 au Sénat. Les sénateurs démocrates ont ainsi adopté le plan de relance présenté par une administration républicaine. Mais c’est surtout localement, au niveau des Etats fédérés, qu’on observe des convergences encourageantes : sept gouverneurs du Midwest ont décidé de lutter ensemble contre l’épidémie et ses conséquences. A l'appel des autorités sanitaires de New York, 25 000 volontaires se sont mobilisés à travers tout le pays. Ainsi, les électeurs sont-ils en train de réaliser que les politiques bipartisanes et consensuelles sont plus efficaces.

Ce qui est frappant, lorsqu’on regarde les sondages, c’est que l’électorat semble décidé à récompenser les élus qui ont bien géré la lutte contre l’épidémie. Sans tenir compte de leur appartenance partisane. Ainsi, le démocrate Andy Beshear, élu gouverneur du Kentucky dans un mouchoir de poche (avec quelques milliers de voix d’avance) en décembre dernier bénéficie-t-il de sondages très flatteurs. Même chose, pour Harry Logan, le gouverneur (républicain) du Maryland. Les politiciens en tireront-ils la leçon que l’efficacité gestionnaire paye davantage que les rhétoriques enflammées et clivantes que persiste à utiliser leur Président ?


Trois conseils aux décideurs politiques

Les crises les plus graves, écrivent encore Ashley Quarcoo et Rachel Kleinfeld,  ont souvent été une occasion de resserrer les rangs. En psychologie, on parle de "recatégorisation" pour décrire les processus par lesquels les oppositions entre "ingroups" (ou endogroupes, ceux auxquels appartient un sujet) et "outgroups" (ceux qui n’en sont pas) sont subsumés au profit d’une appartenance d’un degré supérieur. Et de donner trois recettes pour y parvenir : 
  • encourager les coopérations en vue d’objectifs partagés
  • s’adresser aux groupes en question dans un lexique non-partisan
  • en appeler à un degré d’appartenance commune aux groupes en question. 
Il faut, en particulier, faire référence à l’identité nationale et rappeler les normes sociales, afin de rétablir la confiance entre les tribus politiques et les communautés. En faisant respecter les règles sociales communes par tous, et en fournissant de manière égalitaire les biens sociaux de base, les gouvernements préviennent les comportements asociaux qui rendent plus difficile de combattre l’épidémie. Si tout le monde a conscience d’être logé à la même enseigne par un Etat qui assume ses responsabilités, la confiance peut revenir et les gens arrêtent de stocker des produits de base au point de les rendre indisponibles, voire de piller les magasins.

Face à la terrible crise économique et sociale qui s’annonce pour cause de mise en panne prolongée des appareils de production dans bien d’autres pays que les USA, ce sont des conseils à méditer. Face à des ressources qui vont nécessairement se raréfier, la concurrence entre groupes sociaux va s’aggraver. Il ne faudrait pas que les plus exposés, les moins protégés, aient des raisons de penser que leurs intérêts sont sacrifiés. Le fardeau devra être équitablement partagé. 


Brice Couturier

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