Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».
« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

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dimanche 26 avril 2020

Les idées sont-elles contagieuses ? | France culture 24/09/2014



Dans quelle mesure des idées peuvent-elles être "contagieuses" ? Avec le philosophe Dan Sperber, tentative de dresser un tableau épidémiologique des idées, mais aussi des représentations et des pratiques culturelles, du phénomène de la rumeur aux contes populaires en passant par le tabagisme.


Comment le Petit Chaperon rouge, en dépit de
toutes ses variations, est-il resté un conte
 reconnaissable à travers les siècles et les sociétés ?
Gustave Le Bon dans sa Psychologie des foules publiée en 1895 exposait déjà le phénomène de "contagion mentale" au sein des foules. 

Un individu dans une foule est victime, disait-il, de contagion qui fait qu'il va perdre ses caractéristiques propres pour se fondre dans une foule, un peu comme les fans de Britney Spears en train d'écouter le morceau Toxic, un des morceaux les plus repris au monde aujourd'hui. 

Comment les idées, les attitudes, les passions entre les êtres humains, chacun séparément, devant leur ordinateur, sur Internet, dans une foule ou simplement dans le quotidien de leurs rapports sociaux, se répandent-elles ? Comment se créent des pratiques communes ou au contraire des oppositions entre groupes ?

Contrairement à Gustave Le Bon qui parlait de contagion mentale, vous évoquez pour votre part un phénomène de contagion des idées ?

Dan Sperber : On sent chez Gustave Le Bon une méfiance profonde vis à vis des foules, vis-à-vis des mouvements de groupes, des manifestations de gens qui ont peu de pouvoir individuellement et qui se mettent à plusieurs pour avoir plus d'impact. L'idée qu'ils deviennent quasi décervelés, voire hypnotisés par des meneurs, et le contraste qu'il cherche à établir entre ces foules décervelées et une élite qui ne se met pas en foule, qui est capable de penser pour les autres, sont fortement empreints des choix idéologiques d'un homme du XIXe siècle. Aujourd'hui, quand on emploie le mot contagion, on pense immédiatement aux maladies infectieuses. Mais il existe d'autres types de contagion ou de diffusion d'une conduite : on peut penser, par exemple, à des contagions non virales comme celle d'un état névrotique, d'une série de conduites suicidaires ou encore le mécanisme du tabagisme, dont on peut dire qu'il se transmet mais pas de façon virale.

Il semble que différents facteurs soient à l'oeuvre dans la transmission d'une idée ou d'un comportement.

Dan Sperber : En effet, mais l'on peut quand même dégager une constante qui est celle de l'attractivité. Certaines pratiques culturelles ou d'idées qui sont plus attirantes que d'autres. Et ce qui est attirant pour les êtres humains est dû en partie à des phénomènes qui tiennent à l'organisation même du cerveau , et en partie, à des phénomènes historiquement et culturellement situés. Prenez l'exemple des contes populaires. Dans le monde entier, on retrouve les mêmes structures de récit : un problème, un défi ou une épreuve qui se trouvent résolus à la fin, etc. Prenez le Petit Chaperon rouge qui s'est transmis oralement. Pourquoi est ce que ce n'est pas parti dans toutes les directions? Pourquoi en dépit de ses variations, est-il resté un conte reconnaissable à travers les siècles et les sociétés ? Parce que les variations ont tendance à converger vers une forme plus attractive. Le cerveau humain est ainsi fait que certaines formes narratives nous conviennent plus que d'autres. Donc, si nous entendons des versions qui s'en écartent, on ne va pas les reproduire mais on va les améliorer en direction de attracteurs pour des raisons neurobiologiques et pour des raisons d'habitudes culturelles.

Vous défendez l'idée d'une approche épidémiologique des idées ?

Dan Sperber : Oui des idées, des rumeurs, des traditions, de toutes les pratiques culturelles. Vous avez des phénomènes sociaux comme les rumeurs par exemple, qui sont relativement éphémères, quelques semaines ou quelques mois. Ils disparaissent ou reviennent de façon périodique, comme la rumeur de vol de pénis en Afrique occidentale par exemple. Et d'autres, comme les traditions, qui ont des diffusions beaucoup plus lentes, qui se répandent petit à petit. Mon idée c'est que pour comprendre cette socialisation d'idées, de pratiques, il faut comprendre les micro-mécanismes qui la rendent possible. Et ces micro-mécanismes sont parfois des transmissions collectives, comme ce que nous sommes en train de faire maintenant : "Je suis en train d'essayer de vendre à un public aussi large que possible l'idée même d'une épidémiologie des idées." Mais le plus souvent des transmissions inter-individuelles. Qu'est ce qui se passe dans la transmission ? L'idée un peu plate qu'on trouve dans les sciences sociales c'est l'idée de la copie, la transmission ce serait la machine Xerox. Quand on communique, les autres auraient une copie de l'idée qu'on a vu qu'on a voulu communiquer. Ou dans la pratique, on imite ce que font les gens, on est dans la reproduction. C'est faux ! Si on regarde les micro-mécanismes de communication, on s'aperçoit qu'il y a plein de transformations qui se produisent : il y a de la perte de l'information, de la création de l'information, de la reconstruction. On a donc une grande labilité de l'information qui circule. Comment est-ce que, néanmoins, certaines informations parviennent à se stabiliser avec un contenu assez homogène au sein d'un groupe social ? Ça, c'est la question intéressante à à laquelle on ne peut pas répondre sans étudier les micro mécanismes mêmes de la transmission.

Musiques diffusées
  • Yaron Herman , Toxic
  • Louis Armstrong, Cultural exchange
Textes lus par Anouk Grinberg
  • Gérard Minko , « Une victime au marché d'Akébé ? » extrait de Paroles en actes , Paris, L'Herne (Cahiers d'antropohologie sociale 5), p. 115-138
  • Richard Dawkins, Le Gène égoïste (Odile Jacob) , p. 260-261.
Archive diffusée
  • Pontypool ,  film de Bruce McDonald (2008)

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