Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».
« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

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dimanche 26 avril 2020

∆∆∆ La Peste de Camus, récit d’une épidémie littéraire | France culture 25/09/2014



Gabriel García Márquez, Jose Saramago, Jean-Marie Le Clézio, André Brink ou Stewart O'Nan ne sont que quelques-uns des écrivains à avoir été fortement influencés par La peste. Comment expliquer que le roman d'Albert Camus ait eu un retentissement au fort au sein de la littérature contemporaine ?


Albert Camus à Paris en 1955
En quoi l'épidémie est-elle un motif particulièrement fécond dans l'histoire de la littérature ?

Aurélie Palud : L'épidémie est propice à des réflexions politiques, des réflexions morales. Chez les auteurs contemporains que j'ai étudiés, ce qui les hante particulièrement c'est la question de la communauté. Est-ce qu'une communauté est encore possible aujourd'hui ? Ou est-ce que l'individu se replie sur soi ou dans une relation amoureuse ? Ces questions, l'épidémie les pose avec intensité puisque le propre de l'épidémie, justement, c'est de faire que chaque individu se méfie de celui qui est à côté de lui. Soudain, au cœur de l'épidémie, on prend conscience qu'on est inscrit dans une collectivité. Cet autre, qu'on négligeait, ou au contraire que l'on fréquentait soudain, devient une menace. Ce qui est intéressant, me semble-t-il dans les récits d'épidémie, c'est le traitement du rapport à l'autre.

"En regardant par la fenêtre sa ville qui n’avait pas changé, c’est à peine si le docteur sentait naître en lui ce léger écœurement devant l’avenir qu’on appelle inquiétude. Il essayait de rassembler dans son esprit ce qu’il savait de cette maladie. Des chiffres flottaient dans sa mémoire et il se disait que la trentaine de grandes pestes que l’histoire a connues avait fait près de cent millions de morts. Mais qu’est-ce que cent millions de morts ? Quand on a fait la guerre, c’est à peine si on sait déjà ce qu’est un mort. Et puisqu’un homme mort n’a de poids que si on l’a vu mort, cent millions de cadavres semés à travers l’histoire ne sont qu’une fumée dans l’imagination. Le docteur se souvenait de la peste de Constantinople qui, selon Procope, avait fait dix mille victimes en un jour. Dis mille morts font cinq fois le public d’un grand cinéma. Voilà ce qu’il faudrait faire. On rassemble les gens à la sortie de cinq cinémas, on les conduit sur une place de la ville et on les faits mourir en tas pour y voir un peu clair. Au moins, on pourrait mettre alors des visages connus sur cet entassement anonyme. Mais, naturellement, c’est impossible à réaliser, et puis qui connaît dix mille visages ? Albert Camus, La Peste

La question que pose Camus dans La peste est aussi comment, par le langage, réussir à décrire un événement aussi violent, aussi indescriptible précisément qu'une épidémie?"

Aurélie Palud : En effet, il y a dans La peste l'idée que la peste ne s'imagine pas, ou s'imagine mal. Si on l'imagine mal, qu'on la sous-estime, alors on ne va pas déployer les moyens nécessaires pour y faire face. Si au contraire, on surestime les ravages de l'épidémie, dans ce cas, ça peut donner lieu à des délires apocalyptiques qui sont également évoqués dans le roman. On a beaucoup dit que La peste était écrit dans un style monotone. Je pense au contraire que le style est plus complexe et plus riche qu'on ne le pense. En outre, ce style un peu monotone et cette écriture basée sur beaucoup de répétitions sont en adéquation avec l'épidémie puisque comme le dit Camus, elle consiste à toujours devoir recommencer. Je pense qu'il a voulu mimer par ce style cette épidémie qui englue la collectivité dans un présent, et qui nous étouffe.

Mais ne peut-on aussi lire La peste comme une allégorie ?

Aurélie Palud : En effet,le motif de l'épidémie est intéressant parce qu'il déploie tout un imaginaire, il est source de discours.  Discours médicaux évidemment, mais aussi politiques, religieux, discours de charlatans, discours populaires. Ce qui est intéressant chez Camus c'est qu'avec ce texte, il croise l'imaginaire de l'épidémie avec les imaginaires de l'histoire. Il comprend bien que l'épidémie met en jeu l'individu et la collectivité et rattache du coup ce thème à celui de la Seconde Guerre mondiale. En fait, la lecture que l'on fait traditionnellement de La peste, c'est que elle rend compte de l'histoire des mentalités. Elle rend compte de la Seconde Guerre mondiale, d'une certaine façon.

Comment expliquer que La Peste se soit propagé de cette façon au sein de la littérature contemporaine ?

Aurélie Palud : Cela est sans doute lié justement à cette allégorie, qui autorise des lectures multiples. Le lecteur a le droit de voir dans La peste une fiction qui met en scène une épidémie mais il est également libre d'y voir une image de la Seconde Guerre mondiale. Certains critiques sont allés même plus loin en y voyant une image de la Shoah et par la suite, ses interprétations n'ont cessé d'être réactualisées. On y a vu aussi une dénonciation du communisme, et plus récemment encore, le roman a eu un grand retentissement au Japon, après la catastrophe de Fukushima. Les Japonais se sont intéressés à ce roman parce qu'ils y ont trouvé une image de leur vécu. Camus nous enseigne que la littérature n'apporte pas un surplus de bonheur. Il nous confronte à l'absurde, au fait que notre combat contre l'épidémie - contre le mal - est vain. Mais pourtant qu'il faut lutter et que cette lutte est noble et nécessaire. En fait, ce à quoi nous invite Camus, c'est à l'humilité et à la lucidité. Il faut comprendre que nous sommes voués à revivre des épidémies, que c'est cela qui fait l'existence humaine. C'est le fait d'ouvrir les yeux qui nous rend humains.

Références musicales

  • Claudio Costa , Minimal 5
  • El Kalai Ahmed , Maqâm hijâz kâr kurdî Taqsîm
  • Brigitte Bardot, Je voudrais perdre la mémoire
  • La Maison Tellier, La peste

  • Textes lus par Anouk Grinberg
    • Albert Camus , La peste
    • Gabriel Garcia Marquez , Cent ans de solitude, Points Seuil, 1995, p 63.

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