« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

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dimanche 9 février 2020

La faillite des élites et l'humanisme authentique | Michel MAFFESOLI et Michel NICETTE via Les Amis Philosophes Reims

Michel Maffesoli
Le 5 février 2020, nous avons eu le plaisir de recevoir Michel MAFFESOLI, sociologue français, ancien élève de Gilbert Durand et professeur émérite à la Sorbonne. 

Il a construit une oeuvre autour de la question du lien social communautaire, de la prévalence de l'imaginaire et de la vie quotidienne dans les sociétés contemporaines. 

Il a reçu le Grand Prix des Sciences Humaines de l'Académie Française en 1992 pour "La transfiguration du politique".

Vous pouvez écouter ou ré-écouter sa conférence "La faillite des élites et l'humanisme authentique" en cliquant sur ce lien :

>>> https://drive.google.com/file/d/1-KfosDRrlpusX1vZWxuS_SDwOTosKVM4/view?usp=sharing

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Pour le sociologue des «tribus», anar de droite en marge de la sociologie française, les élites ne comprennent plus le fonctionnement de la société et les aspirations communautaires de ses membres. Et «le bavardage des journalistes, politiques, hauts fonctionnaires et “experts” n’intéresse plus grand monde». Et le sien ?

[...] Les élites consanguines

Mais son récent livre, Les nouveaux bien-pensants, ne parle pas tant de tribus que de l’écart grandissant entre les élites et ceux qu’ils sont censés représenter.

Après l’affaire Dieudonné, qui a révélé une énième fois le gouffre qui existait entre des médias globalement scandalisés et une grande partie de l’opinion, on ne peut que prêter l’oreille à cette critique vigoureuse des discours qui sont censés faire l’opinion et qui, souvent, semblent tourner dans le vide, ou n’être prononcés que pour s’entre-rassurer.

Maffesoli :

«On ne sait plus dire les mots pertinents. On reste sur nos vieux mots des XVIIIe et XIXe : “République”, “contrat social”, “citoyen”, “démocratie”, c’est amusant de voir comment dans tous les discours on emploie tous ces mots à tire larigo; les ethnologues le montrent d’ailleurs: l’incantation dans les tribus primitives, c’est le fait de chanter des trucs dont on n’est pas convaincu. Ça ne marche plus, mais on le dit, on le dit, on le dit: et là c’est frappant d’entendre ces mots: “république”, “république”, “république”, “démocratie”, “démocratie”, “démocratie”, mais ce sont des incantations qui ne correspondent plus vraiment à ce qui est vécu».

«Le bavardage des journalistes, politiques, hauts fonctionnaires et “experts” n’intéresse plus grand monde», écrit-il par ailleurs, marquant indéniablement un point.

«C’est ce que dit Machiavel dans Le Prince: il y a une différence entre la pensée de la place publique et la pensée du Palais.»

Entre «le peuple, enfin les gens qui vivent, l’homme sans qualité», et l’élite censée justement «dire» et «faire» en son nom.

Pourquoi ce décalage, cet anachronisme, cet éloignement ?

«Ce qui est quand même frappant, si je le dis de manière savante, c’est qu’il y a de l’endogamie dans l’air.»

Et de manière non savante ? Ben, c’est un peu House of Cards sur la rive gauche - Maffesoli y réside lui-même.

«Ça couche ensemble, voilà. Et dans les 5, 6, 7e arrondissements, vous avez le politique, qui est le petit ami du journaliste, qui a lui-même affaire avec tel énarque… Quand les ethnologues parlent d’endogamie, ils montrent que dans le fond ça appauvrit le sang et que ça produit une caste séparée, donc voilà ma réponse à votre question: ils ne voient pas, pour la bonne raison qu’ils sont ensembles. Que ça fricote.»

Il prend l'exemple de François Hollande, qu’on avait pas forcément imaginé comme figure emblématique de cet entresoi sexuel.

«On a là la caricature du politique qui est avec une journaliste, une énarque puis une comédienne, c’est en raccourci une coupe épistologique: avec un petit morceau de peau on lit tout le corps social… il n’est bien sûr pas le seul, je ne dis pas ça pour lui, mais ça crée une forme d’entresoi.»

[...]

Jean-Laurent Cassely - 9 mai 2014

>>> Michel Maffesoli, le troll de la sociologie française

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