« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

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jeudi 13 février 2020

∆∆∆ Barbara Stiegler sur l’injonction à s’adapter au néolibéralisme ( Hayek, l'Ordo-libéralisme et le darwinisme macronien ) : Maurizio Ferraris sur la post-vérité | France culture 07/12/2019



Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : "Il faut s’adapter" : sur un nouvel impératif politique de Barbara Stiegler (Gallimard) et "Post-vérité et autres énigmes" de Maurizio Ferraris (PUF).

Donald Trump, président des États-Unis
avec en surimpression "Fake News". 
Deux livres qui abordent par la philosophie la question de l’opinion publique. Dans « Il faut s’adapter », publié chez Gallimard, Barbara Stiegler s’interroge sur les effets de cette injonction faite à chacun aujourd’hui d’épouser le rythme des mutations du monde. 

Elle retourne pour ça aux sources d’un débat qui a opposé deux grands philosophes américains dans les années 30 : Walter Lippeman et John Dewey sur l’avenir du libéralisme et de la démocratie. 

Il est aussi question des États-Unis, notamment, dans l’essai de Maurizio Ferraris Post-vérité et autres énigmes publié aux Presses Universitaires de France et traduit de l'italien par Michel Orcel. Le philosophe italien se penche sur l’alliance entre le pouvoir extraordinairement moderne d’internet et la plus ancienne pulsion humaine, celle d’avoir toujours raison. Pour au final proposer une théorie de la vérité qui montre la radicale originalité des fake news, et leurs conséquences. 

Barabara Stiegler - « Il faut s’adaper » : sur un nouvel impératif politique

Je vous propose de commencer par le livre de Barbara Stiegler, « Il faut s’adapter » : sur un nouvel impératif politique, publié chez Gallimard dans la collection NRF essais. L’auteure est professeure de philosophie à l’université-Bordeaux Montaigne, et se penche depuis plusieurs années sur l’articulation entre politique et biologie, à travers notamment un travail poussé sur la pensée de Nietzsche. Ce qui l’a amenée – naturellement, serait-on tenté de dire – vers les questions d’éthique, elle a ainsi été membre du comité d'éthique du CHU de Bordeaux.

"Il faut s’adapter" est mis entre guillemet dans le titre, car c’est à cette injonction permanente à suivre les mutations de plus en plus rapides d’un monde complexe que s’intéresse la philosophe. Adaptabilité, flexibilité, mobilité… compétition, sélection… le vocabulaire utilisé de nos jours emprunte beaucoup à la théorie de l’évolution de Darwin. Il s’agit pour Barbara Stiegler de faire la généalogie de ce mouvement de colonisation progressive par un lexique biologique du champ économique, social ou politique.

Pour cela, elle remonte aux années 1930, aux sources d’une pensée politique peu connue en France alors qu’elle concerne le passage du libéralisme au néolibéralisme. L’un des théoriciens de ce nouveau libéralisme est l’américain Walter Lippmann, qui a aussi été un acteur politique de premier plan puisqu’il a par exemple participé à la rédaction des 14 points de Wilson. Selon lui, face à des masses réfractaires au changement, rivées à la stabilité de l’état social, seul un gouvernement d’experts peut permettre cette nécessaire adaptation. Il se heurte alors à un autre grand philosophe américain, le pragmatiste John Dewey qui croit, lui, à la mobilisation de l’intelligence collective et à un approfondissement de la démocratie.

"Ce qui est intéressant aussi dans ce livre c'est le clivage entre progressistes et conservateurs qui est sous-jacent et qui est un des résultats de ce néolibéralisme en disant finalement d'un côté il y a les progressistes, il n'y a pas deux possibilités politiques qui s'affrontent, il n'y a que des phénomènes de consentement ou de résistance et ceux qui ne sont pas d'accord  avec ce néolibéralisme ce sont des conservateurs qui sont en retard." Eugénie Bastié

"Barbara Stiegler est assez précise sur la question de la manipulation des foules. Elle rappelle qu'il y a deux courants dans le libéralisme politique : celui qui consiste à penser à La Rousseau que la souveraineté politique doit être appelée régulièrement pour s'exprimer et puis ceux qui pensent : surtout pas ! Ce sont les mieux sachants qui doivent déterminer le cours des opérations..." Olivier Pascal-Mousselard

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