Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».
« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

Saisir des mots clefs à rechercher

jeudi 16 janvier 2020

Victor Hugo (d')après Victor Hugo | France culture 25/12/2016



Victor Hugo, personnage politique et littéraire, a imprégné toute l’histoire du XIXe siècle ; mais aussi, et c’est plus rare, son œuvre littéraire semble avoir été incorporée par l’Histoire. Avec Jean-Marc Hovasse, directeur de recherche au CNRS et biographe de Victor Hugo.

Portrait de Victor Hugo
Jean-Marc Hovasse, vous êtes ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, agrégé et docteur ès lettres, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de Victor Hugo. Vous participez au "Groupugo" – une vaste entreprise de recherches collectives sur Victor Hugo rattachée à Paris VII –, vous lui dédiez votre biographie.

Cette biographie monumentale fait déjà référence dans les études hugoliennes ; elle est aussi un formidable outil de découverte pour les non-spécialistes. 

Les deux premiers tomes ont paru chez Fayard en 2001 et en 2008 : le premier s’intitule Victor Hugo : Avant l'exil (1802-1851). Le deuxième, Pendant l'exil I (1851-1864). Le dernier tome est en préparation. Avec vous, nous allons nous intéresser à la fabrication du personnage de Victor Hugo, et au rapport qu’il entretient avec l’Histoire et avec la légende.

Pour un biographe, dont le travail consiste peut-être à mettre en regard une vie et une œuvre, Victor Hugo représente un summum, pour ne pas dire un sommet. Il paraît impossible d’échapper aux sens que le Victor Hugo historique a imprimés au Victor Hugo littéraire. Victor Hugo qui pense Victor Hugo semblent tout deux confondus et comme indissociables.

Le personnage, politique et littéraire, a imprégné toute l’histoire du XIXe siècle ; mais aussi, et c’est plus rare, son œuvre littéraire semble avoir été incorporée par l’Histoire. Les frontières qui confinent l’histoire, la politique et la littérature à des domaines particuliers se résorbent dans Victor Hugo. D’une part, comme le remarque Guy Rosa : « Toute l'histoire du siècle se résume dans sa biographie politique » : depuis la Restauration jusqu’à « la fondation de la République », en passant par la Monarchie de Juillet ». Il conclut que Victor Hugo est un « phare » qui, tout comme son siècle, est à « éclats tournants ».

C’est lui - avec d’autres – qui déclare « l’échafaud le plus insolent des outrages à la dignité ». C’est lui qui, en 1849 à l’Assemblée, parle des: « Etats-Unis d’Europe ». C’est lui qui interpelle les nations du continent : « vous toutes, sans perdre (…) votre glorieuse individualité, vous constituerez la fraternité européenne. » En 1855 c’est lui qui imagine pour l’Europe une assemblée unique, les libertés d’aller et venir, et une monnaie commune pour remplacer « toutes les absurdes variétés monétaires d’aujourd’hui ». En 1871, après le Traité de Versailles, c’est lui qui avertit que « c'en est fait du repos de l'Europe », qu’il « y aura désormais deux nations qui seront redoutables », l'une « victorieuse », l’autre « vaincue ».

Comme le montre votre livre, il y a aussi une entreprise hugolienne d’auto-mythification qui relève d’une conception de l’Histoire dont la cohérence se trouve dans le sujet Hugo lui-même. Celui qui déclare, dans la préface de 1859 à La Légende des Siècles, que « l’aspect légendaire du genre humain » n’est pas « moins vrai » que son « aspect historique », se présente aussi comme la « synthèse vivante » et définitive de tout un siècle : « toute époque est condensée en un homme. L’homme expiré, l’époque est close. » Dans William Shakespeare, il formule une téléologie dont il est l’aboutissement : après Dante qui est le moyen-âge, après Voltaire qui est le XVIIIe siècle, il y a Victor Hugo.

Jean-Marc Hovasse, selon-vous, Victor Hugo est-il un mythe que Victor Hugo a créé et dont la spécificité serait d’avoir pris ? Peut-on penser qu’à défaut d’ « écouter [les] poètes » – comme il le demande dans Les Rayons et les ombres –, les « peuples » ont écoutés Victor Hugo ? A quoi tient-il qu’un narcissisme qui serait intolérable de la part de tout autre que lui, nous rend admiratifs – et peut-être dévots – lorsque Victor Hugo en use ? Comment se déroule, dans le cadre de votre recherche, le tête-à-tête avec ce titan ? N’êtes-vous jamais tenté de vous exclamer, ainsi qu’Amédée Rolland cité dans votre livre : « Ah ! C’en est trop (…) Grâce ! un peu de répit ! » ?

Aucun commentaire:

Publier un commentaire