« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

« Democracy Dies in Darkness »

Saisir des mots clefs à rechercher

lundi 20 janvier 2020

Gilles Deleuze (1925-1995) | France culture 01/05/2011



Portrait de Gilles Deleuze, figure intellectuelle représentative des années 1970, et retour sur l'essence de sa philosophie.

Gilles Deleuze et Félix Guattari en 1980,
en France
Gilles Deleuze est né en 1925 et mort en 1995 en se défenestrant, ne supportant plus les très lourdes difficultés respiratoires qui l'obligeaient à vivre avec des bouteilles d'oxygène. 

Il était, avec son contemporain Michel Foucault, la grande figure intellectuelle des années 1970, même si son œuvre se prolonge jusqu'à la fin des années 1980. Figure emblématique de l'esprit 68, il déployait sa pensée tous azimuts et croisait la philosophie avec d'autres disciplines. 

Que ce soit seul ou avec son ami Félix Guattari, il a inventé des concepts (les machines désirantes, les fractales, le pli...), qui ont créé un appel d'air dont la philosophie mais aussi l’architecture ou la critique littéraire et cinématographique portent définitivement l'empreinte. 

Foucault nous apparaît ainsi dans cette émission comme un monument de la philosophie, mais toujours dans l'humilité :

"Le siècle sera deleuzien. Il a inventé une autre façon de la philosophie, et aujourd'hui on ne peut plus revenir en arrière." Robert Maggiori

"Il y avait d'abord chez lui une intensité dans la parole : quand il disait quelque chose, avec cette voix très particulière et assez forte, il était complètement dans sa parole. Mais quand il écoutait, il y avait la même intensité dans cette écoute. Il était dans une empathie totale avec celui qui parlait." Bruno Tessarech

"Je suis le plus naïf des philosophes de ma génération. Je travaille avec des concepts presque bruts, alors que les autres travaillent avec des médiations." Gilles Deleuze

Né dans une famille bourgeoise non intellectuelle, c'est pour Gilles Deleuze une révélation lorsqu'il découvre la philosophie. Il commence sa carrière de façon académique par une agrégation (où il est reçu second en 1948), puis un poste de professeur de lycée dans deux villes de province, Amiens et Orléans. Mais très vite, il explose les règles, sort des cadres normatifs. Il marque ses élèves par son humour et la façon dont il fait entrer dans ses cours la littérature, la psychanalyse et les arts plastiques, ce qui, dans les années 1950, est exceptionnel. Dans cette émission, deux de ses anciens élèves témoignent ainsi de cette atmosphère unique :

"Les cours de Deleuze étaient quelque chose d'inoubliable. Vu de l'extérieur, ça pouvait ressembler à une sorte de brouhaha, de capharnaüm invraisemblable : tout le monde était autour de lui, et lui avec ses longs cheveux, son pull gris en col V, qui bougeait beaucoup les mains... Pour nous, qui étions tout jeunes et le regardions avec des yeux ébahis, c'était l'incarnation de la pensée. Non pas parce qu'il pensait juste ou élaborait des choses, mais parce qu'il pensait, comme l'eau coule : on avait l'impression qu'il pensait en parlant." Robert Maggiori

"Vincennes était un lieu très politisé. Mais une politique non institutionnelle : il n'y avait aucun souci des partis politiques ou des choses comme ça, ça n'intéressait personne. C'était une vision de la politique au sens le plus antique, de la vie de la Cité. Il y avait souvent des assemblées générales, des rencontres, etc. Et j'ai l'image de Gilles Deleuze y entrant souvent, en toute discrétion." Bruno Tessarech

"Il y avait quelque chose d'assez magique en Deleuze. On sentait la volonté double à la fois de cerner par les mots au plus près sa pensée, et en même temps d'être compris et entendu. C'était son exigence principale. Est-ce que cela ne définit pas un professeur extraordinaire ?" Bruno Tessarech

Parallèlement à ces cours, il commence son œuvre, avec des monographies de philosophes que l’époque laissait à la marge, comme par exemple Bergson ou Spinoza. Deleuze est immédiatement un créateur, il bouscule la lecture traditionnelle des auteurs sur lesquels il se penche. Puis, arrive Mai 68, qui est fait pour lui, dont la marque de fabrique est le vitalisme : l’heure est au bouillonnement, au désir et aux rencontres. Vivre pour Gilles Deleuze signifie être aux aguets, essayer, rencontrer, éprouver sa puissance vitale. En 1969, Félix Guattari entre dans sa vie. C'est avec lui qu'il va écrire, en 1972, le livre qui incarne les années 1970, L’Anti-Œdipe. Deleuze devient alors une véritable star :

"C'est le tournant théorique dans la pensée de Deleuze, et c'est aussi un tournant au niveau de sa célébrité. Tout à coup, il est propulsé au devant de la scène. Même si, avant ce livre, Deleuze était déjà très connu dans le monde philosophique, c'était déjà une star à Vincennes." Bruno Tessarech

"C'est un livre qui est à la fois une espèce de traversée de toute l'effervescence des sciences sociales de la fin des années 1960 et du début des années 1970, et une espèce de théorisation dans l'après-coup de la brèche de 68." François Dosse

Gilles Deleuze est mort en 1995, après ses amis François Châtelet, Michel Foucault, Félix Guattari. Ses livres ou ceux qu’il a cosignés avec Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, Mille Plateaux, ou encore L’Abécédaire, présentent des concepts avec lesquels on pense aujourd'hui la littérature, le cinéma, et l’architecture.

Par Virginie Bloch-Lainé. Réalisé par Clotilde Pivin. Présenté par Matthieu Garrigou-Lagrange. Prise de son : Christophe Gaudin, Olivier Leroux, Nicolas Mathias.

Avec :

- Robert Maggiori (professeur de philosophie et journaliste à Libération, ancien élève de Gilles Deleuze)
- Pierre Chevalier (directeur des projets d’Arte, et baby-sitter des enfants de Gilles Deleuze de 1973 à 1983)
- François Dosse (historien, auteur en 2007 d’une biographie croisée de Gilles Deleuze et Félix Guattari)
- Bruno Tessarech (professeur de philosophie, écrivain, ancien élève de Gilles Deleuze à Vincennes)

Extraits audio : archives extraites de l'émission "Radio Libre" consacrée à Gilles Deleuze par Jean Daive sur France Culture en 2002.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire