Art. 1: « Le Grand Orient de Belgique, obédience masculine, maillon de la franc-maçonnerie universelle, demande à celui qui se présente à l’Initiation d’être honnête homme et d’être capable de comprendre et de propager les principes maçonniques. Il exige de ses membres, la sincérité des convictions, le désir de s’instruire et le dévouement. Il forme une société d’hommes probes et libres qui, liés par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité, travaillent individuellement et en commun au progrès social, et exercent ainsi la bienveillance dans le sens le plus étendu ».
« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. » Henri Poincaré

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samedi 28 décembre 2019

∆∆∆ Les figures de l'allégeance (4/9) : La résurgence du gouvernement par les hommes | France culture 01/11/2018



Vigiles de Charles VII, fol. 215,
Adoubement des chevaliers, XVe siècle
Sans marquer un retour au Moyen-Age, dans quelle mesure, peut-il y avoir une résurgence de l’ordre féodal qui se manifesterait par de nouvelles techniques d’inféodation des personnes et de concessions des choses ? s’interroge le juriste Alain Supiot.

Comment le mouvement d’allégeance des Etats s’est-il puissamment accéléré depuis l’implosion des marchés financiers en 2008 ?

Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités », membre, depuis 2017, de la Commission mondiale sur l'avenir du travail, Alain Supiot voit dans l’analyse juridique une manière privilégiée pour observer, sans jugement de valeur, les mutations de notre monde, même si certaines se révèlent glaçantes. 

Cette analyse juridique met en lumière une situation complexe, d’hybridation du public et du privé, qui se donne à voir dans la généralisation de liens d’allégeance entre les personnes, dans le contexte présent, de recul du gouvernement par les lois, sous l’effet de l’effacement de l’Etat, de la soumission de l’ordre juridique à l’ordre économique et technique, du calcul d’utilité et de la gouvernance par les nombres dans un monde globalisé. La série diffusée cette semaine s’attache aux « Figures de l’allégeance».

Dans les cours précédents, Alain Supiot a montré le recul de l’hétéronomie et le caractère insoutenable d’une société sans foi ni loi. Il a rappelé :

« Dans un système de gouvernement par les lois, la soumission de tous à des lois générales et abstraites est la condition de la liberté reconnue à chacun. Cette structure implique la mise en scène d’un Tiers garant des lois, qui transcende la volonté et les intérêts des individus. »

Or ce modèle recule au profit de la résurgence du gouvernement par les hommes sous des formes inédites.

« Dans un système de gouvernement par les hommes, souligne Alain Supiot, ces derniers sont inscrits dans des réseaux de liens de dépendance. Ce n’est pas la soumission de tous à une même loi abstraite qui est alors recherchée, mais la conformité du comportement de chacun à la place qu’il occupe dans ce réseau. Chacun doit servir au mieux les intérêts de celui dont il dépend et doit pouvoir compter sur la loyauté de ceux qui dépendent de lui. L’inscription dans des liens personnels, et non plus la soumission à une même loi impersonnelle, définit alors la condition juridique des hommes, aussi bien dans leurs rapports mutuels que dans les rapports avec les choses. La figure du Tiers garant ne disparaît pas dans ces formes de gouvernement, mais c’est un garant des liens et non plus un garant des lois. Un tel montage permet donc de faire l’économie de la figure de l’État souverain. En revanche, il mêle nécessairement le domaine du calculable et de l’incalculable. Ce dernier n’étant pas pris en charge par une instance tierce, les distinctions du privé et du public se brouillent. »

Après le ritualisme chinois dans le cours précédent, Alain Supiot s’attache aujourd’hui à

"trouver dans les concepts juridiques propres à la féodalité des clés d’analyse des bouleversements institutionnels de grande ampleur qui sont à l’œuvre derrière la notion acritique de 'globalisation'. "

Alors comment la « société en réseaux » peut-elle marquer "non le stade suprême de la liberté individuelle, mais le nouveau visage du féodalisme" ?

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 14 mai 2014, pour le cours d’Alain Supiot, « Les figures de l’allégeance », aujourd’hui « La résurgence du gouvernement par les hommes »

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