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mercredi 13 novembre 2019

"J'ai mis plusieurs années à devenir jeune..." d’après Emil Cioran, écrivain contemporain d'origine roumaine 27/12/2013

" J'ai mis plusieurs années à devenir jeune..." D’après Cioran, écrivain contemporain d'origine roumaine… Étant le plus âgé de la Loge…, ce que je n'ai jamais pu m’imaginer que cela puisse m'arriver, il n'est pas encore trop tard de me présenter "en personne" aux FF' de notre BAM Loge.

79 ans, dans quelques jours, pour expliciter aussi, pourquoi et comment j'ai rejoint notre Ordre. 79 ans, deux chiffres marquants dans une vie... Avant les 80 fatidiques... et chargés symboliquement. En effet, il faut savoir que le premier (7) est un chiffre fort. Un nombre entier indivisible sauf par lui-même... Les textes mythologiques comme ceux de la symbolique traditionnelle font abondamment référence à ce chiffre mythique... à commencer par les 7 jours de la semaine et les Sept Merveilles du Monde Antique et Moderne… jusqu'aux 7 poètes de la Pléiade et, enfin, les 7 petits Nains et les 7 Mercenaires... Éventuellement, le cycle lunaire de 4 phases de 7 jours. Il représente le plus souvent la Perfection ou la Plénitude (éventuellement lunaire...). Pour rire ou sourire un peu, l'anagramme de mon nom en seulement 4 lettres permet 7 combinaisons possibles. Le deuxième (9) est également un chiffre et symbole très fort. L'aîné des premiers chiffres mais divisible par 3 en 3 triades ou 3 triangles isocèles de trois côtés chacun. Aussi, des "3 x 3 points en triangle" bien connu des Initiés... tout en notant qu'en Maçonnerie traditionnelle, la Batterie du Grade de Maître est de 3 x 3 soit 9 battus des deux mains… ce qui tendrait à confirmer son autorité, si besoin en était encore...

Je suis né en 1935, deux ans seulement après l’avènement au pouvoir d'Hitler, dans le quartier juif de Budapest et 3-4 ans avant la plus grande tragédie de l'Histoire, la guerre 1938-1945 et ses innombrables péripéties meurtrières.

La SHOAH étant certainement le sommet de l’"irreprésentabilité", tellement le plus abject avec ses 5 à 6 millions de morts (on n'en est pas à un million près...), dans des conditions d'une atrocité absolue. Meurtres gratuits et inutile d'hommes, de femmes et d'enfants en bas âge n'ayant commis d'autre faute que d'être nés juifs, tziganes, slaves, non aryens, principalement. Sans compter les résistants politiques au système en place et, en général, tous ceux qui "contestaient" le régime criminel de l'Allemagne nazie comme les Francs-Maçons. Meurtres de masse dont l'avilissement avant exécution reste humainement indescriptible à l’Esprit Humain.

C'est dire que je suis/je me sens "un enfant de la guerre" qui m'a non seulement traumatisé à l'époque mais j'en garde toujours, même encore aujourd'hui, des séquelles psychologique vives. Non que j'en été moi-même victime personnellement, (je n'ai pas eu besoin des thérapies de Résilience chères à Boris Cyrulnik) mais j'ai survécu par chance ou miracle grâce à des parents clairvoyants voire courageux, dans la proximité immédiate des événements car nous étions vraiment très près de passer par la cheminée. J'y reviendrai plus loin... En effet, mon père, quoique laïque/athée, antireligieux, républicain donc antimonarchiste et anti Empire, très à gauche, était de parents d'origine juive. Mais il avait lu "Mein Kampf" comme il fallait le lire et avait immédiatement compris ce qui non seulement "pouvait se passer" mais "allait certainement se passer". Dont acte...

Mon arrière-grand-père était d'origine turque juive (sépharade) et mon arrière-grand-mère était d'origine juive allemande (ashkénaze).Tout pour réussir, comme on dit... Mon arrière-grand-mère venait, en effet, d'Allemagne d'un milieu bourgeois nanti et devait être une femme particulièrement énergique comme en témoigne le superbe portrait que je possède d'elle. Ce qui avait fortement influencé sa fille, ma grand-mère paternelle, également assez autoritaire et dont les effets se feront sentir chez mon père, lui-même fort autoritaire. A noter qu'elle s'appelait Schwartz (Noir en allemand). Mon arrière-grand-père s'appelait Weiss (Blanc en allemand) était un israélite particulièrement laïque et athée et avait eu l'intelligence et le courage d'abandonner radicalement la religion devenant ainsi un juif historique ou ethnique, si cette définition a encore un sens quelconque. Mais sa plus grande intelligence fut, avec l'abandon de la religion, de changer de nom en **** (dont il y a 3 pages dans le bottin téléphonique de Budapest).

Ce qui me fait toujours rire quand les gens me disent que j'ai un nom typiquement espagnol...!

Quant au grand-père, sa vie fut marquée par une tragédie. Enrôlé de force dans l'armée austro-hongroise lors de la guerre de 14-18, il va aller se faire massacrer dans les Dolomites italiennes contre les italiens où l'on s'entretuait à coup de canons, à 2.5OOm d'altitude pour un pic rocheux (qui ne servait à rien), comme à Verdun où on s'entretuait pour une colline. Il sera très gravement blessé et restera toute sa vie un invalide quoiqu'il vivra extraordinairement jusqu'à 87 ans, ce qui est plutôt exceptionnel pour l'époque. Ceci expliquera facilement l'origine de la haine de mon père contre ces systèmes politiques tyranniques, impérialistes, monarchistes, oppressifs et criminels.

Mon père était donc aussi d'origine juive, du moins historiquement/ethniquement comme je le décris plus avant, et personne de ma famille ne m'en avait parlé, évidemment, plus pour des raisons vitales de sécurité que d'oubli de mémoire. Je m'en étais évidemment rendu compte assez jeune lorsque je m'étais demandé pourquoi il n'avait pas fait ses études universitaires en Hongrie. Mon père était un homme brillant, particulièrement intelligent comme en témoignera sa fulgurante carrière professionnelle. Mais il fit ses étude supérieures de 1927 à 30 en Tchécoslovaquie, en territoire sudète que Hitler va revendiquer et annexer immédiatement en 1938 même avant l'annexion de la Tchécoslovaquie. J'avais évidement rapidement compris les raisons qui sont que, en1929 déjà (quatre ans avant Hitler, j'insiste), le gouvernement fasciste de l'Amiral (sans flotte) HORTY avait interdit aux jeunes gens (hongrois) d'origine juive de faire des études universitaires. D'où son exil dans un pays limitrophe encore libre... pour peu de temps. Son diplôme en poche, il émigre immédiatement en France pour laquelle il a une attirance extrême (le Pays de la Liberté) et ira travailler dans les usines du Nord de la France, Roubaix/Tourcoing.

Ma mère elle, est issue d'un milieu ouvrier ou petits bourgeois flamand (mon grand-père était facteur avec 7 enfants à charge). Ma grand-mère maternelle avait des origines de pécheurs de la région de Blankenberge.

Après ses seules études primaires, ma mère devra aller travailler comme ouvrière couturière dans un atelier appartenant à la mère d'une de ses amies... amie avec qui elle va le rester intensément jusqu'à ses tous derniers jours en 1987. C'est donc à Mouscron, ville frontière, que mes parents se rencontreront. Ils vont se marier rapidement en 1933. Elle n'a que 22 ans et , pour une raison qui m'échappera toute ma vie et que n'ai toujours pas élucidée aujourd’hui, ils vont retourner en Hongrie en 1934, littéralement "se jeter dans la gueule du Loup", alors que tous les juifs nantis fuient les pays de l'Est aussi vite qu'ils le pouvaient, pour l'Occident, ou mieux, les USA, le Canada, l'Afrique du Sud, l'Amérique du Sud... où des milliers feront d'ailleurs leur fortune, éventuellement, celle de leur pays d’accueil... C'est ainsi que dans ce climat de pré-guerre, je nais en 1935 (ma mère a 23 ans) de cet étrange couple flamando-hongrois émigré hongrois revenu de France pour l'un, et émigrant par consentement en Hongrie pour l'autre. Mais les nuages commencent décidément à s'amonceler et nous quitterons si non avec le dernier train, probablement un des derniers... Comme tous les émigrés arrivant à Bruxelles, nous logerons près de la gare du Midi, avec des valises, puis chez l'amie de ma mère Boulevard du Midi. Cela ne va pas durer longtemps, nous émigrerons vite vers des quartiers plus nobles, St-Josse, Schaerbeek puis Uccle, soit la tournante habituelle des émigrants qui réussissent leur ascension. Mon père, son diplôme d'ingénieur en poche et avec son intuition géniale va s'associer avec un Français qui désire monter une usine à Lembeek (Hal) pour fabriquer un tout nouveau produit: des détergents ménagers et textiles. Ce sera le début de sa fortune, du moins à son échelle. En 1942, seulement quatre ans après son arrivée en Belgique avec deux valises, il achète déjà une villa à Uccle - commune chic/chère - et il aura déjà une Mercedes (d'occasion) en 1945, signe d'ascension sociale et en 1948 une des premières Chevrolet sortie nouvellement des usines d'Anvers.

Pendant la guerre, nous ne serons pas particulièrement inquiétés, probablement dû à l’intuition géniale de l'arrière-grand-père en changeant de nom qui a peut-être évité de nous marquer et, peut-être également, par les origines flamandes de ma mère comme garant de pureté ethnique. Par contre, les deux frères de ma grand-mère seront déportés dans les camps de la Mort et n'en reviendront pas…

Grâce à mon père et à son idéologie Libertaire-Égalitaire et Humaniste, je ferai des études totalement mixtes (F/G), du jardin d'enfants aux études supérieures et je ne fréquenterai que des écoles officielles fortement marquées Maçonniquement comme Decroly en primaire, pendant la guerre, (dont plusieurs enfants juifs, dans ma classe, cachés dans des familles belges sous des faux noms) à l'Athénée d'Uccle, également fortement teintées maçonniquement au niveau professoral et de par son enseignement libéral. Je terminerai mes études supérieures d’ingénieur industriel et ferai pratiquement toute ma carrière avec une multinationale américaine qui m’enverra bourlinguer aux quatre coins de la planète pendant 30 ans et finirai avec eux en 1996 dans des fonctions stratégiques. Sans en avoir vu tous les pays, j''en ai vu tout de même vu toutes les régions, ce qui m'a aussi donné l'occasion d'assister à des évènements politiques ou militaires, comme la guerre des Six jours (1967) à laquelle je participerai comme Officier de Liaison dans le Golan. Je ferai 1500 vols en avions, traverserai 12O fois d'atlantique d'ouest en Est, couvrirai l’Afrique puis Amérique du Sud et l’Extrême Orient et habiterai même plusieurs années aux États-Unis dans la partie la plus déshéritée, en Louisiane sur le Mississippi, siège opératif des usines, où régnait et règne encore, la ségrégation Noirs/Blancs comme en l'Afrique du Sud. Louisiane, berceau le plus profond des origines du Jazz, dans les plantations de cannes à sucres où les Noirs, déportés en esclavage, chantaient leur misère et leur désespoir.

Par contre, bonheur exceptionnel, j'aurai l'occasion inespérée d'entrer en Maçonnerie locale - R'L' St James Lodge N°47 F & A.M. à l' Or' de Bâton Rouge où je résidais -, soit 10 ans avant mon admission à l'Ordre, en Belgique. Maçonnerie hétérodoxe mais Maçonnerie quand même dans ses idéaux et buts humanitaires ultimes. De toute façon, dans le Sud, je n'avais pas le choix...

En guise de conclusion, je dirais que nous sommes tous, bien évidemment, conditionnés d'abord par l'héritage physique et génétique de nos Parents mais aussi conditionnés ou tributaires, avant tout, de leur éducation, qu'elle soit autoritaire et dirigée/dirigiste ou libertaire, laïque, athée et Libre Penseuse comme ce fut mon cas personnel tel que décrit en détails plus avant.

La Voie Maçonnique était donc toute tracée pour moi, encore que ce fut impossible d'y adhérer physiquement jusqu'à la cinquantaine, étant professionnellement dans l'incapacité totale d'assurer l'assiduité requise.

Enfin, immense bonheur pour moi et mon entourage familial, à 52 ans, je suis Initié à l'Ordre Maçonnique tant espéré...

Ce qui ne m'empêchera pas de gravir encore les HG et de les terminer en moins de 20 ans.

Je terminerai donc cette présentation éminemment personnelle en rappelant, brièvement, les Principes Fondateurs de notre Ordre, il y a bientôt près de 3 siècles (1717), en Angleterre, et qui doivent toujours nous guider:

* Aimer ses Père et Mère

* Être Tendre avec l'Aimée de son Cœur

* Résister à l'Oppression et l'Intolérance

* Être un père ou mère affectionné/e

* Être sincère avec ses amis/amies

* Être un exemple vivant dans la pratique de la Vertu et de la Bienfaisance Universelle

Programme ambitieux, je l'avoue, mais buts ultimes et sens directionnel à donner entièrement à notre Vie de Maçon/ne.

Je terminerais ce parcours en citant nos Devises Vertueuses telles qu'inspirées des Encyclopédistes (Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, en particulier), de LIBERTÉ - ÉGALITÉ - FRATERNITÉ - TOLÉRANCE et Humanisme, mais j'y ajouterais également la notion absolue du DEVOIR, si chère à Kant dans la panoplie du Franc-Maçon/ne, à savoir "Ce qui nous élève au-dessus de nous-même, soit une réelle transcendance de nos propres consciences".

J'ai dit, V’M’, ... en vous remerciant tous, mes FF'/SS', pour votre écoute ou lecture bienveillante.

Guy V

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