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samedi 26 octobre 2019

Saint-Simon, socialiste et utopiste ? | France culture 03/07/2018



Réponse avec Michèle Riot-Sarcey, l’une des meilleures spécialistes de l’histoire des utopies.

Illustration page 011 du
volume I de l'ouvrage
Histoire socialiste
Il est le seul homme, avec Marx, à avoir, au XIXè siècle, donné son nom à un courant : il y eut le saint-simonisme comme il y eut le marxisme. Mais Charles Henri de Rouvroy, dit Henri de Saint-Simon, avait  pensé, avant le grand Karl, la force irréversible des choses. 

Selon ce penseur français du début du XIXè siècle, qui coucha ses idées dans une oeuvre aussi foisonnante que dispersée, le progrès des Lumières était le moteur de l’histoire. « L'âge d'or du genre humain, disait Saint-Simon, n'est point derrière nous, il est au-devant, il est dans la perfection de l'ordre social »

Certes, et on l’a beaucoup moqué, Saint-Simon s’est pris pour Dieu sur terre. 

Mais il a été l’un des premiers penseurs de la transformation sociale, car il fallait rétablir, selon lui, l’ordre dans un monde cul par-dessus tête depuis la Révolution française : ceux qui ne travaillaient pas n’étaient-ils pas en haut de la société (les nobles mais aussi les bourgeois qui venaient de s’y hisser) quand en bas se trouvaient ceux qui étaient la sève de l’avenir : les producteurs, les travailleurs, les savants et même les poètes ?

Cette philosophie amena Saint-Simon à penser un monde bâti autour du travail et de la fraternité - c’est cette ébauche de paradis qui a poussé Engels et Marx à le classer du côté des “socialistes utopiques”. Et pourtant nombre de ses disciples se sont trouvés plus à l’aise avec le capitalisme du Second empire qu’avec le soulèvement des canuts en 1831. Lui-même, tout en donnant des gages de sa philanthropie, ne s’intéressait qu’aux élites politiques. Comment mieux comprendre cette pensée germinale d’où fleuriront plusieurs XIXè siècles ?




1798, 1869, 1956... trois jalons pour comprendre l'histoire de l'une des plus grandes réalisations de l'homme sur la planète, jonction de l'Orient avec l'Occident qui fit rêver dès l'Antiquité.

Beaucoup d'utopies avant, quelques conflits après : ce rêve fou qu'est le canal de Suez a commencé pendant l'Antiquité pour s'animer jusqu'à aujourd'hui. 1798, 1869, 1956... trois étapes fondamentales de cette passionnante histoire.

1798 : échos de l'Antiquité

Traverser l'isthme de Suez pour faire se rejoindre la Mer Rouge et la Méditerranée et, ainsi, relier l'Orient et l'Occident par voie maritime : ce rêve a finalement abouti au XIXe siècle mais c'est pourtant un projet très ancien, déjà en partie réalisé près de 4000 ans plus tôt, pendant l'Antiquité égyptienne, sous le règne du pharaon Sésostris III (1862-1843 av. J.-C.).

A l'origine, le tracé diffère de celui que nous connaissons car il relie en fait la Mer Rouge au sud du Nil. Le Perse Darius Ier (522-486 av. J.-C.) reprendra par la suite ces travaux et un canal fonctionnera pour de bon, par intermittence du fait l'ensablement, au moins jusqu'au VIIIe siècle après J.C. Même recouvert par le désert, il va quand même laisser une trace dans l'histoire puisque, lors de l'expédition d'Egypte emmenée par le général Bonaparte en 1798, celui-ci va demander explicitement à ce que l'on recherche les éventuels vestiges d'un canal originel.

1798 est donc un tournant majeur : l'égyptomanie rapportée par les Français et les nouvelles ambitions coloniales de l'Occident relancent un projet qui, entre-temps, avait peu refait surface du côté de l'Empire Ottoman au XVIe siècle, ou sous Louis XIV avec Jacques Savary.

1869 : inauguration

Et le canal, défi fou, va bel et bien être inauguré moins d'un siècle plus tard, en 1869, lors de fêtes fastueuses qui vont rassembler certaines des personnalités les plus importantes de la planète. Pour le meilleur et pour le pire, le Français Ferdinand de Lesseps en aura été le principal  artisan. D'abord en se faisant l'écho auprès du gouverneur d'Egypte des projets de canal développés dans les années 1830 par les saint-simoniens. Puis en menant à bien cette vaste entreprise capitalistique et technique que fut la création de la Compagnie Universelle du canal maritime de Suez. Ceci ne se fait pas sans difficultés, puisque les débuts sont rudimentaires, que des milliers d'ouvriers égyptiens sont forcés à construire dans des conditions épouvantables par le biais de la corvée, et que les Britanniques font leur maximum pour tenter d'empêcher une réalisation dont ils craignent qu'elle fasse barrage à leur route des Indes.

Mais c'est un succès et, à partir de là, la Compagnie du canal de Suez va se développer à mesure que le commerce maritime croit et que la marine à vapeur prend rapidement l'avantage. C'est en revanche moins simple pour l'Egypte même qui, pour financer la construction du canal et les fêtes qui accompagnent son inauguration, a dû s'endetter terriblement auprès de créanciers occidentaux. En 1875, contrainte de vendre toutes ses parts pour cause de surendettement - aux Britanniques qui ont fini par rallier le projet, l'Egypte ne détient plus rien du canal qui devait contribuer à son propre développement.

1956 : nationalisation

S'ouvre alors une longue période où, pour reprendre les termes du Général Gamal Abdel Nasser lors de son discours de nationalisation à Alexandrie en juillet 1956, le canal de Suez fonctionne comme "un Etat dans l'Etat". Même si sa neutralité a été entérinée en 1888 par la Convention de Constantinople, afin que la circulation y soit libre, c'est une entreprise dont le bénéfice ne revient pas à l'Egypte et que protège la couronne britannique, aux commandes de 1882 à 1936. Dans un pays qui, au XXe siècle, ne cesse d'accroître ses distances par rapport à l'occupant, en particulier lors du renversement du roi Farouk en 1952, l'annonce de 1956 va déclencher une véritable liesse populaire. Mais aussi l'une des dernières interventions dites de "la canonnière" par les puissances coloniales en déclin que sont la Grande-Bretagne et la France, ce qui se soldera par un échec pour elles. Dans le même temps, l'intervention conjointe d'Israël ouvre une période de conflits majeurs dans la région, jusqu'à une relative "pacification" à partir de la fin des années 1970.

Aujourd'hui, le canal de Suez connaît la stabilité mais, à l'orée du Sinaï qui conduit à la zone israelo-palestinienne, il est très convoité. Le régime en place l'a agrandi, doublé et, depuis le Nil, multiplie les projets de développement vers cet "eldorado" de l'Est, comme pour faire oublier que ce ne fut qu'un désert.

Antoine Lachand

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