Rechercher dans ce blog ? Entrez vos mots-clés !

samedi 19 octobre 2019

∆∆∆ « Order », « whips » et banquettes : comment fonctionne la Chambre des communes britanniques, par Philippe Bernard | Le Monde 19 octobre 2019

Le Parlement britannique est au centre des débats sur le Brexit depuis plusieurs années. Il a ses rituels, qui apparaissent étonnants aux non-initiés.

« Order ! » Ce cri du « speaker », le président de la Chambre des communes britanniques, est devenu célèbre avec les débats houleux du Brexit. 

Le palais de Westminster, qui abrite le Parlement du Royaume-Uni, est ainsi devenu depuis plusieurs années le lieu où se cristallise les positions autour du départ du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cette « citadelle de la liberté britannique », chère à Churchill, a ses rituels qui apparaissent étonnants pour les non-initiés.

L’architecture

A la différence des hémicycles où se réunissent les députés dans la plupart des pays du monde, la Chambre des communes se distingue par sa forme rectan­gulaire et sa taille relativement exiguë. Détruit par un incendie en 1834, le palais de Westminster a été reconstruit en style néogothique sous la reine Victoria. Bombardées par les nazis, les Communes ont été rebâties à l’identique entre 1945 et 1950. La disposition des lieux est héritée du temps où les députés siégeaient sur les stalles de la chapelle Saint Stephen (1547-1834). Aujourd’hui, elles reflètent le bipartisme des institutions et le système électoral à un seul tour qui marginalise les partis autres que les tories et le Labour.

Lire aussi
La Chambre des communes, épicentre tumultueux de la crise du Brexit

Le face-à-face

Selon la tradition, seule la longueur de deux épées sépare les deux lignes rouges qui, au sol, délimitent les bancs du parti au gouvernement (à droite du speaker, président) et ceux de l’opposition (à gauche). La grande proximité entre les adversaires politiques a été conçue à la fois pour favoriser la vivacité des débats et créer une impression d’intimité.

Les banquettes

La couleur verte de leur cuir est depuis trois siècles emblématique des Communes. Elles peuvent accueillir 427 personnes, alors que les députés sont au nombre de 650, et ne comportent pas de places nominatives. Seuls les premiers arrivés peuvent s’asseoir. Les autres peuvent se tenir debout, mais non prendre la parole.

La herse et la couronne

Une herse (port­cullis), symbole des frontières du royaume, surmontée d’une couronne de St Edward figurant l’autorité royale, est le symbole des deux chambres du Parlement de Westminster (Communes et Lords). Portcullis vient du français « porte coulissante ».

« Frontbenchers » et « backbenchers »

Les banquettes situées face à la table centrale, non loin du speaker, sont occupées par les « frontbenchers » (« députés du premier rang ») qui sont d’un côté le premier ministre et des membres du gouvernement (qui restent députés), de l’autre le chef de l’opposition et des membres de son « cabinet fantôme ». Assis derrière eux, les « backbenchers » sont les simples députés.

Se nommer. Les députés ne s’appellent pas par leur nom mais usent des formules « The honourable member for… » ou « My honourable friend, the member for » (s’ils appartiennent au même parti) suivi du nom de sa circonscription. S’ils ne se souviennent plus de ce dernier, ils se réfèrent à « the honourable gentleman » ou « the honourable lady ».

S’interpeller

Quand un député veut prendre la parole, il se lève pour capter l’attention du speaker. Les élus ne s’interpellent jamais entre eux. Ils sont censés ne s’adresser qu’à une seule personne : le speaker. Ils ne parlent que s’ils sont debout, puis s’assoient. Lors du prononcé d’un discours, la règle veut que l’on écoute ses contradicteurs en s’interrompant régulièrement pour leur céder la parole.

Se respecter

Un député n’a pas le droit d’accuser un autre de mentir ni d’avoir bu. Le speaker exige alors qu’il retire ses paroles. S’il n’obtempère pas, il peut suspendre sa participation à la séance. Des circonlocutions ont été forgées : « inexactitude terminologique » pour « mensonge » ; « fatigué et émotif » pour « ivre ». Au fil des siècles, la liste des mots prohibés s’est allongée : « canaille », « freluquet », « lâche », « con », « voyou », « hooligan », « rat », « mouchard », « traître ». Les élus ne doivent pas applaudir. Ils expriment leur approbation et leur soutien en lançant en chœur de sonores : « Hear ! » (« entendez-le ! »)

Le speaker et son fauteuil

Personnage majeur de la vie politique britannique, le speaker donne la parole et conduit les débats avec autorité. « Order ! » est son interjection favorite pour rétablir l’ordre. Il surplombe la chambre, juché sur un fauteuil vert surmonté d’une canopée enrichie de boiseries gothiques et portant les armoiries royales. Elu par ses pairs en 2009, John Bercow, l’actuel titulaire du poste (qui a annoncé sa démission au plus tard le 31 octobre), a abandonné le jabot et la robe pour une blouse de soie noire recouvrant son complet-veston sombre rehaussé de cravates souvent chamarrées.

Lire aussi
John Bercow, figure de la Chambre des communes britannique, annonce son départ

La table centrale

Située en face du speaker, dans l’espace séparant les bancs du gouvernement de ceux du cabinet fantôme de l’opposition, elle est recouverte d’objets évoquant une liturgie. A une extrémité est posée la masse (« the Mace »), sorte de sceptre en argent apporté en grande pompe au début de chaque séance et symbolisant l’autorité de la reine, chef de l’Etat. Deux mallettes (« Dispatch boxes ») en bois de puriri d’Australie, contenant des textes religieux utilisés lors des prestations de serment, sont disposées devant le siège du premier ministre et celui du leader de l’opposition. Ils y posent leurs documents ou s’y appuient lorsqu’ils prennent la parole. Des livres sur la procédure parlementaire et deux carafes d’eau y sont aussi posés.

Le vote

Il a d’abord lieu par acclamations. Le speaker appelle en premier les voix favorables (ayes pour oui) puis les défavorables (nos). S’il estime que le résultat n’est pas net, il décide d’une division, autrement dit un vote individuel, en criant : « Division ! Clear the lobbies ! » (« Division ! Dégagez les vestibules ! »). Une sonnerie retentit dans tout le palais de Westminster et certains restaurants alentour. Les députés ont huit minutes pour se rendre dans l’un des deux lobbies situés de part et d’autre de la Chambre, l’un pour les oui, l’autre pour les non. Ils donnent leur nom à un greffier (clerk). Au bout de huit minutes, le speaker ordonne la fermeture des portes d’accès aux lobbies. Les députés sont comptés lorsqu’ils quittent la pièce. Puis quatre députés scrutateurs (tellers) rendent compte du résultat du vote après avoir incliné la tête devant le speaker qui les proclame (« The ayes/noes have it »).

« Whips »

Du mot whip, « fouet », ce sont des députés chargés par les partis politiques de faire respecter la discipline de vote. Ils dirigent les députés vers le lobby correspondant à la consigne du parti qui est graduée : un 3 lines whip est un vote absolument essentiel ; une absence peut être tolérée en cas de 2 lines whip, mais à condition de trouver un collègue également ­absent dans le camp opposé. Un 1 line whip est moins impérieux. Les récalcitrants peuvent se faire retirer l’investiture de leur parti, à l’instar des 21 députés conservateurs qui ont été sanctionnés début septembre par Boris Johnson pour avoir voté en faveur du texte destiné à empêcher un Brexit sans accord.

Lire aussi
Brexit : Boris Johnson multiplie les menaces contre les « rebelles conservateurs »

« Prime minister’s questions »

Chaque mercredi à midi, et pendant une demi-heure, le premier ministre fait face aux questions du leader de l’opposition et des députés. La parole est donnée alternativement aux élus du parti au pouvoir et à ceux de l’opposition. Très médiatisée et commentée, cette passe d’armes animée et bruyante permet le contrôle des engagements gouvernementaux.

Philippe Bernard

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire