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mercredi 30 octobre 2019

Freud et la religion : "Malaise dans la culture" 1929 | France culture 28/09/2016



"Le développement de la culture doit être qualifié sans détour de combat vital de l'espèce humaine", écrit Freud dans Le Malaise dans la culture (1930). 

C'est qu'on y voit s'affronter deux forces pulsionnelles opposées : l'amour (Eros), qui conduit les hommes à se lier entre eux; et la pulsion de mort, qui révèle leur penchant fondamental à l'agressivité.

Culture, religion, culpabilité : autant de digues élevées pour endiguer cette "lutte de géants", et qui pourtant menacent à leur tour l'esprit humain de coercition. 

Pierre Pellegrin analyse aujourd'hui le portrait souvent pessimiste, mais toujours lucide, que Freud dresse de la civilisation humaine.

« L’existence de ce penchant à l’agression, que nous pouvons ressentir en nous-mêmes et présupposer à bon droit chez autrui, est le facteur qui perturbe notre relation au prochain et oblige la culture aux efforts qu’elle déploie. Par suite de cette hostilité primaire des hommes les uns envers les autres, la société culturelle est sans cesse menacée de ruine. L’intérêt de la communauté de travail n’en maintiendrait pas la cohésion, les passions de type pulsionnel sont plus fortes que les intérêts rationnels. 

La culture doit tout mettre en œuvre pour poser des barrières aux pulsions d’agressions des hommes et tenir en respect ses manifestations par des formes de réactions psychiques. De là la mise en œuvre de méthodes pour inciter les hommes à l’identification et aux relations d’amour refrénées dans leur visée, de là la restriction de la vie sexuelle, de là aussi le commandement idéal : aimer son prochain comme soi-même, qui se justifie effectivement par le fait que rien n’est plus contraire à la nature humaine originelle. 

Malgré tous ses efforts, cette aspiration de la culture n’a pas atteint grand-chose jusqu'ici. Elle espère prévenir les débordements les plus grossiers de la violence brutale en s’arrogeant le droit d’exercer une violence sur les criminels, mais la loi ne saurait avoir de prise sur les manifestations les plus prudentes et les plus fines de l’agression humaine. Chacun de nous en vient à laisser tomber les attentes illusoires qu’il a placé dans ses semblables dans sa jeunesse, et peut apprendre combien leur malveillance lui rend la vie plus difficile et plus douloureuse. Ce faisant, il serait injuste de reprocher à la culture de vouloir exclure des activités humaines la querelle et la compétition. Sans doute sont-elles indispensables, mais l’antagonisme n’est pas nécessairement de l’hostilité, il lui sert seulement de prétexte. »

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