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jeudi 10 octobre 2019

∆∆∆ L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident par le Pr Edhem Eldem | Collège de France févr. 2018



En introduction d’un programme portant sur une période longue – le long XIXe siècle – et sur un sujet pour le moins complexe, il paraît utile de consacrer le premier cours à des questions de fond qui concernent la discipline de l’histoire en général et, plus particulièrement, le domaine de l’histoire turque et ottomane.

Revenant d’abord sur quelques-uns des problèmes posés lors de ma leçon inaugurale, j’ai commencé par rappeler à quel point le domaine était vicié par l’emprise du politique et de l’idéologique, notamment dans une Turquie que je qualifiais de "cliomane" et "cliopathe".

Toutefois, c’est plutôt sur des problèmes inhérents à la discipline et relevant de questions de méthode et de contexte que je me suis penché, à commencer par la terminologie – particulièrement le risque d’amalgame, toutes périodes confondues, entre « turc » et « ottoman » – et par le monopole de fait que s’est arrogé la Turquie sur l’histoire ottomane, encouragée en cela par le rejet systématique par les autres États successeurs – balkaniques et arabes – de l’héritage ottoman, jugé incompatible avec leur propre récit « national ». Ce fut l’occasion d’évoquer aussi l’impact de l’orientalisme, toujours très présent dans la discipline, notamment en raison de la survivance de certains réflexes eurocentristes des siècles précédents. Non sans ironie, le désir de corriger ces dérives historiographiques n’est pas dépourvu de risque, puisqu’il peut déboucher sur un anti-orientalisme qui est parfois aussi réducteur et simpliste que sa cible.

Enfin, j’ai insisté sur le fait que l’un des défis majeurs de l’historien travaillant sur cette période était de ne pas se faire happer par une téléologie susceptible d’occulter les dynamiques internes de modernités locales qui sont soit ignorées, soit mises sur le compte d’une influence occidentale fort douteuse. S’il est évident que, de par son intitulé, ce cours portera surtout sur une interaction avec l’Occident, il importe de se souvenir que les transformations de cette période ne peuvent et ne doivent pas être réduites à une logique aussi simpliste et univoque. Ainsi que je le rappelais à la fin de ma leçon inaugurale, l’objectif de l’historien, plus que de répondre à des questions, est d’en poser de bonnes, capables de révéler la complexité et les ambiguïtés du récit historique.

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