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jeudi 10 octobre 2019

L’Empire ottoman et la Turquie face à l’Occident, les années 1820-1830 | France culture 07/10/2019



Que se passe-t-il dans une société extrêmement complexe et variée, comme l’Empire Ottoman au XIXe siècle, face à une Europe conquérante ? s'interroge l'historien Edhem Eldem. Comment l’Etat-nation s’avère-t-il d’une simplicité qui n'arrive pas à comprendre cet empire « multiple et pluriel » ?

Portrait du sultan de l'Empire ottoman,
Selim III ((24 décembre 1761 – 28 juillet 1808)
 par Konstantin Kapıdağlı


Dans le contexte de l’instrumentalisation de l’histoire, pourquoi rappeler la nécessité et la force des questionnements face aux réductions politiques ?

Nous retrouvons aujourd’hui, Edhem Eldem, professeur à l’université de Boğaziçi (l’université du Bosphore) titulaire pour 5 ans de la chaire « Histoire turque et ottomane » au Collège de France.

Il poursuit cette semaine sa série inaugurée en 2018, sous le titre "L’Empire ottoman et la Turquie face à l’Occident".

L’an passé, il s’est attaché au "changement sensible du rapport de forces entre le vieil Empire ottoman et l’Europe", au tournant des XVIIIe-XIXe siècles.

L'Empire ottoman et la Turquie face à l'Occident : Introduction



L’expédition d’Egypte en 1798 avait marqué, de ce point de vue, un traumatisme pour les Ottomans, qui avaient alors perdu ce "joyau de l’empire", pour entrer dans le jeu complexe des puissances européennes. Les Ottomans ont commencé "à perdre prise " avait souligné Edhem Eldem. Face à cette situation nouvelle, ils avaient dû  "revoir leur politique envers un Occident de plus en plus envahissant et menaçant, mais aussi de plus en plus attrayant et tentant par ses succès."

Edhem Eldem reprend donc son analyse au moment du tournant des années 1820-1830, avec les réformes étatiques de la Sublime Porte. Il nous propose un stimulant rappel de sa série précédente et nous introduit dans son laboratoire d’historien au Collège de France.

Le journaliste Marc Semo a consacré un beau portrait à l’historien, dans Le Monde, début janvier 2018, alors qu'Edhem Eldem débutait sa première série de cours au Collège de France. Il écrivait :

"A cinq ans déjà, Edhem Eldem parlait l’ottoman – turc ancien de l’empire défunt mêlant mots perses et iraniens en caractères arabes –, que Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la République, avait balayé en 1928 en imposant l’alphabet latin et de profondes transformations du vocabulaire.    Avec un père diplomate de bonne famille, né avant la première guerre mondiale, le petit garçon était à bonne école. "

Dès lors, cette langue déchiffrée comme une langue morte par les historiens, devient pour Edhem Eldem « bien vivante », son père lui faisant des dictées.

Dans ce même article, Edhem Eldem narre l’anecdote emblématique d’un Recep Tayyip Erdogan, "l’actuel président islamo-conservateur de la Turquie", qui avait un moment voulu rendre obligatoire l’étude de l’ottoman dans les lycées religieux afin que "les enfants puissent enfin lire les lettres de leurs aïeux, selon sa formule". Or, raconte Edhem Eldem :

"l’illettrisme était tel dans l’empire que de telles missives étaient bien rares ! La connaissance de l’ottoman ne sert finalement qu’aux historiens pour la consultation des archives."

Comme l’an passé, Edhem Eldem revient sur les chausses-trappes qui guettent l’historien de l’Empire ottoman. Il avait déjà évoqué les difficultés de son métier d’historien "face au rapport frénétiques des Turcs à l’histoire, le domaine étant vicié, selon ses mots, par l’emprise du politique et de l’idéologique », que ce soit la vision kémaliste déformante au XXe siècle ou que ce soit l’islamo-nationalisme du pouvoir au XXIe siècle.

Marc Semo indique qu'Edhem Eldem est "un intellectuel qui aime bousculer les idées reçues" ? Alors justement comment l’historien s’attache-t-il à les « déconstruire »?

Nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 11 janvier 2019 pour le cours d’Edhem Eldem, aujourd’hui « Reprise et rappels »

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