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vendredi 27 septembre 2019

L’intégralité du compte rendu de la conversation téléphonique entre Trump et le président ukrainien | Le Monde 25 juillet 2019


La Maison Blanche a publié mercredi le compte rendu de l’appel durant lequel le président des Etats-Unis demande à Kiev d’enquêter sur la famille de Joe Biden.

Document. [La Maison Blanche a publié, mercredi 25 septembre, le compte rendu de l’appel téléphonique du 25 juillet durant lequel le président des Etats-Unis, Donald Trump, demande au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, d’enquêter sur la famille de Joe Biden, favori dans la course à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020. En voici la traduction intégrale.]

Déclassifié sur ordre du président.
Le 24 septembre 2019.
Transcription téléphonique.

Sujet : conversation téléphonique avec le président ukrainien Zelensky.
Interlocuteurs : le président ukrainien Zelensky.
Transcription : salle de crise de la Maison Blanche.
Date, heure, lieu : 25 juillet 2019, 9 h 03 heure de Washington.
Résidence [de la Maison Blanche].

Le président [Donald Trump] : Félicitations pour cette belle victoire. Aux Etats-Unis, nous vous avons tous suivi, vous avez fait un super boulot. On ne vous avait pas vu venir, personne ou presque ne misait sur vous, et finalement vous avez gagné haut la main. C’est un sacré exploit, félicitations.

Zelensky : Vous avez tout à fait raison M. le président. Nous l’avons emporté largement, c’est vrai, et nous avons travaillé dur pour y arriver. Nous avons beaucoup travaillé, mais je dois vous dire que j’ai beaucoup appris grâce à vous. Votre savoir-faire et vos connaissances nous ont pas mal servi, et tout cela nous a servi de modèle pour nos élections. Car oui, ces élections ont été exceptionnelles. Nous étions dans une situation exceptionnelle, d’où ce succès exceptionnel. Laissez-moi vous dire une chose : la première fois, vous m’avez appelé pour me féliciter pour ma victoire à la présidentielle, aujourd’hui, vous m’appelez une deuxième fois après la victoire de mon parti aux législatives. J’aimerais me présenter plus souvent à des élections, pour que vous m’appeliez plus souvent et que nous ayons plus souvent l’occasion de nous parler.

Le président : [Rires] Voilà une excellente idée. Votre pays doit être très content de tout ça, j’imagine.

Zelensky : Eh bien oui, et pour tout dire, nous travaillons dur parce que nous avons voulu faire le ménage dans ce pays. Nous avons fait venir beaucoup, beaucoup de nouveaux noms. Pas les vieux politiciens, pas les professionnels de la politique : nous voulons un nouveau format, un gouvernement d’un nouveau genre. Et vous êtes un maître pour nous dans ce domaine.

Le président : Eh bien, c’est très gentil de votre part. Laissez-moi vous dire que nous faisons beaucoup pour l’Ukraine. Nous y consacrons de grands efforts, et beaucoup de temps. Bien plus que les pays européens, qui devraient vous aider bien plus qu’ils ne le font. L’Allemagne ne fait rien ou presque pour vous. Ils ne font que parler – je crois que vous devriez les questionner là-dessus. J’ai discuté avec Angela Merkel, elle parle de l’Ukraine, mais elle ne fait rien. Et c’est pareil pour beaucoup d’autres pays européens, je crois que vous devriez vous pencher sur le sujet. Alors que les Etats-Unis se comportent très très bien avec l’Ukraine. Je ne dirais pas qu’il doit nécessairement y avoir une réciprocité, c’est vrai qu’il se passe des choses qui ne sont pas faciles, mais les Etats-Unis se comportent très très bien avec l’Ukraine.

Zelensky : C’est vrai, vous avez totalement raison. A 100 %, non, vous avez raison à 1 000 % même, et je peux vous dire une chose : j’ai moi-même parlé avec Angela Merkel, je l’ai rencontrée. J’ai aussi discuté avec Macron, et je leur ai dit qu’ils étaient loin de faire tout ce qu’ils devraient faire sur la question des sanctions. Ils n’appliquent pas les sanctions. Ils ne font pas tout ce qu’ils pourraient faire pour l’Ukraine. Alors que logiquement, l’Union européenne devrait être notre plus gros partenaire, techniquement les Etats-Unis sont un partenaire bien plus important que l’Union européenne. Je vous en suis très reconnaissant, car les Etats-Unis font beaucoup pour l’Ukraine. Beaucoup plus que l’Union européenne, en particulier sur les sanctions contre la Fédération de Russie. Je tiens aussi à vous remercier pour votre immense soutien dans le domaine de la défense. Nous sommes disposés à poursuivre notre coopération, et en particulier nous sommes presque prêts à passer de nouvelles commandes de [lance-missiles antichar] Javelin auprès des Etats-Unis pour renforcer notre défense.

Le président : J’aimerais que vous nous fassiez une faveur, quand même, car notre pays en a vu de dures, et l’Ukraine en sait beaucoup sur la question. J’aimerais que vous mettiez au clair ce qui s’est passé avec tout ce bazar avec l’Ukraine, on dit que CrowdStrike [la société américaine qui avait aidé le comité national démocrate à enquêter sur un piratage informatique en 2016]… Je crois que quelqu’un de riche, chez vous… Le serveur [informatique], ils disent que c’est l’Ukraine qui l’a. Il s’est passé beaucoup de choses, dans cette affaire. Je crois savoir que vous êtes en train de vous entourer des mêmes personnes. J’aimerais que le ministre de la justice vous appelle, vous ou votre équipe, et j’aimerais que vous alliez au fond des choses. Comme vous avez dû le voir hier, toute cette absurdité s’est finie sur un très mauvais numéro de ce Robert Mueller [qui témoignait la veille 24 juillet devant le Congrès], un numéro raté, mais ils disent qu’une bonne partie de tout ça a commencé en Ukraine. Alors si vous pouvez faire quelque chose, il est très important que vous le fassiez, dans la mesure du possible.

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Zelensky : Oui, c’est très important pour moi, comme tout ce dont vous avez parlé. C’est très important pour moi, en tant que président, et nous sommes ouverts à toute perspective de collaboration. Nous sommes prêts à ouvrir un nouveau chapitre de coopération dans les relations entre les Etats-Unis et l’Ukraine. C’est dans cet esprit que je viens de rappeler notre ambassadeur aux Etats-Unis, il va être remplacé par un ambassadeur très compétent et très expérimenté qui va travailler dur pour le rapprochement de nos deux pays. J’espère qu’il aura votre confiance et pourra nouer avec vous des liens personnels pour que nous puissions coopérer davantage encore. De vous à moi, un de mes assistants a parlé avec M. Giuliani [Rudy Giuliani , l’avocat personnel de Donald Trump] tout récemment, et nous espérons que M. Giuliani pourra se rendre en Ukraine, nous pourrons alors nous rencontrer. Je tenais à vous assurer une fois encore que vous n’avez ici que des amis. Je vais faire en sorte de m’entourer des meilleurs, des plus expérimentés. Je veux aussi vous dire que nous sommes vos amis, nous sommes de grands amis. M. le président, vous pouvez compter dans notre pays sur des amis, ce qui nous permet de poursuivre notre partenariat stratégique. Je compte moi aussi m’entourer de personnes de qualité, et outre cette enquête [en particulier], je vous garantis, en tant que président de l’Ukraine, que toutes les enquêtes seront menées avec transparence et sincérité. Je peux vous le garantir.

Le président : Bien, parce que j’ai entendu dire que vous aviez un procureur très bon qui s’est fait mettre sur la touche, et ça c’est très injuste. Beaucoup de gens parlent de ça, de la façon dont cet excellent procureur a été écarté, et des gens très néfastes étaient mêlés à ça. M. Giuliani est un homme éminemment respecté. Il a été maire de New York, un excellent maire d’ailleurs, et j’aimerais qu’il vous appelle. Je vais lui demander de vous appeler, tout comme au ministre de la justice. Rudy sait très bien de quoi il s’agit, c’est un type très compétent. Si vous pouviez lui parler, ce serait génial. L’ancienne ambassadrice des Etats-Unis, cette femme, c’était une calamité, et les gens avec qui elle traitait en Ukraine, des calamités aussi, je tenais à vous le dire [la diplomate évoquée par M. Trump, Marie Louise Yovanovitch, a été rappelée à Washington deux mois auparavant]. Autre chose, on parle beaucoup du fils de Biden, que Biden a fait arrêter les poursuites, et beaucoup de gens veulent démêler cette histoire – alors si vous pouvez faire quelque chose avec le ministre de la justice, ce serait génial. Biden s’est vanté partout d’avoir fait arrêter les poursuites, si vous pouviez vous pencher sur la question… Ça me semble tellement horrible.

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Zelensky : Je voulais justement vous parler du procureur. D’abord, je comprends, et je suis bien informé de la situation. Comme nous avons remporté la majorité absolue au Parlement, le prochain procureur général sera choisi à 100 % par moi, ce sera mon candidat, il sera approuvé par le Parlement et prendra ses fonctions en septembre. Il ou elle se penchera sur la question, en particulier sur cette société que vous avez mentionnée. Dans l’enquête sur cette affaire, il s’agit de renouer avec l’honnêteté : nous allons y veiller, et travailler sur cette enquête. Par ailleurs, je vous serais reconnaissant si vous avez la moindre information complémentaire à nous fournir, ce serait précieux pour l’enquête si nous pouvions rendre la justice dans notre pays quant à l’ambassadrice des Etats-Unis en Ukraine – elle s’appelait Ivanovich, je crois. C’est bien que vous ayez été le premier à dire que c’était une mauvaise ambassadrice, car je suis d’accord à 100 %. Son attitude à mon égard était loin d’être parfaite car elle admirait mon prédécesseur et elle le soutenait. Elle refusait de me reconnaître correctement en tant que nouveau président.

Le président : Elle va avoir quelques ennuis. Je vais vous faire appeler par M. Giuliani, et par le ministre de la justice [William] Barr, et nous allons aller au fond des choses. Je suis certain que vous saurez comment vous y prendre. J’ai entendu dire que le procureur avait été très mal traité, alors qu’il était très juste, je vous souhaite donc bonne chance. Votre économie est sur la pente ascendante, croyez-moi. Vous avez beaucoup d’atouts. C’est un pays formidable. J’ai beaucoup d’amis ukrainiens, des gens incroyables.

Zelensky : J’ai moi aussi pas mal d’amis ukrainiens qui vivent aux Etats-Unis. La dernière fois que je suis allé aux Etats-Unis, j’étais à New York, près de Central Park, et je suis descendu à la Trump Tower, figurez-vous. Je vais leur parler, j’espère les revoir prochainement. Je tenais aussi à vous remercier de votre invitation aux Etats-Unis, précisément à Washington. Par ailleurs, je tiens encore à vous assurer que nous prendrons l’affaire très au sérieux et que nous allons travailler sur cette enquête. Quant à l’économie, il y a un gros potentiel pour nos deux pays, et parmi les questions essentielles pour l’Ukraine, il y a l’indépendance énergétique. Je suis convaincu que nous pouvons faire de grandes choses et collaborer avec les Etats-Unis pour l’indépendance énergétique. Nous travaillons déjà à cette coopération : nous achetons du pétrole américain, mais je fonde beaucoup d’espoir dans une prochaine rencontre. Nous aurons plus de temps et plus d’occasions d’évoquer ces perspectives, et de faire davantage connaissance. Je tiens encore à vous remercier pour votre soutien.

Le président : Très bien. Bon, merci beaucoup, vous êtes bien aimable. Je vais dire à Rudy et au ministre Barr de vous appeler. Merci. Si vous voulez venir à la Maison Blanche, n’hésitez pas à m’appeler. Vous nous donnez une date, et nous arrangerons tout ça. J’ai hâte de vous voir.

Zelensky : Merci beaucoup. Je serais très heureux de venir, de vous rencontrer en personne et de faire mieux connaissance avec vous. J’attends cette rencontre avec impatience, et je vous invite également à venir nous rendre visite en Ukraine, et dans la belle ville de Kiev. Nous avons un beau pays qui vous accueillera à bras ouverts. Je crois que je serai en septembre en Pologne, peut-être pourrons-nous nous rencontrer là-bas. En même temps, ce serait merveilleux que vous veniez en Ukraine. Nous pouvons prendre mon avion pour y aller, ou bien prendre le vôtre, qui est sans doute bien mieux que le mien.

Le président : O.K., on peut arranger ça. J’ai hâte de vous voir à Washington, ou bien en Pologne, puisque je crois que nous y serons.

Zelensky : Merci beaucoup M. le président.

Le président : Félicitations pour ce beau boulot. Le monde entier a suivi les événements. Je ne crois pas que ça nécessitait tout ce foin, mais félicitations.

Zelensky : Merci M. le président, bye-bye.

[Au pied du document, la Maison Blanche précise : AVERTISSEMENT : un mémorandum de conversation téléphonique (TELCON) n’est pas une retranscription intégrale [verbatim] de la discussion. Le texte de ce document rapporte les notes et les souvenirs des officiers de la Situation Room et des équipes du Conseil de sécurité nationale affectés à écouter et à rendre compte par écrit alors que la conversation a lieu. Un certain nombre de facteurs peuvent avoir des conséquences sur l’exactitude du document, comme la mauvaise qualité de la communication ou les accents. Le mot « inaudible » est utilisé pour indiquer les parties de la conversation que le preneur de notes n’a pas pu entendre.]


MAISON BLANCHE

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