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vendredi 13 septembre 2019

HUMEUR DE JOËL KOTEK : LE TEMPS PRESSE | Regards n°1049 10 septembre 2019

L’antisémitisme est depuis toujours en Belgique une non-question, un angle mort. Le sujet ne divise pas, il est tout simplement occulté. Pour preuve, l’accord régional de gouvernement PS, Ecolo et Défi conclu en juillet 2019 qui n’a pas jugé opportun de citer l’antisémitisme parmi les maux spécifiques bruxellois à la différence de la « stigmatisation à laquelle peut conduire le rappel des attentats islamistes » (sic). Nos hommes politiques bruxellois ignorent-ils qu’à ce jour, seuls les lieux spécifiquement juifs -y compris les crèches et les mouvements de jeunesse- sont l’objet d’une surveillance militaire quotidienne ?

Ce déni du réel touche aussi les médias et les institutions universitaires, et ce, quand bien même les sciences sociales se trouvent concernées au premier chef par le racis-me, sous toutes ses formes. A l’exception du Vif et de quelques blogueurs fous (« fous » au sens où les antisémites n’hésitent plus à porter plainte contre ces lanceurs d’alerte !), la presse se refuse de son côté à tout exercice de décryptage et de déconstruction, dès qu’il s’agit d’antisémitisme.

Einstein antisioniste ? Gainsbourg indifférent à ses racines juives ? Tsahal dépeceur de cadavres palestiniens ? Gaza équivalent à Auschwitz ? Ben voyons ! Tout devient acceptable sous prétexte d’une soi-disant critique de la politique israélienne. Ces hommes et ces femmes qui fabriquent jour après jour l’opinion publique ne savent-ils pas que la haine des Juifs n’est que le révélateur de l’état général d’une société. Car, si tout commence avec la stigmatisation des Juifs, tout finit par retomber sur l’ensemble des citoyens. La Seconde Guerre mondiale qui anéantit la judaïcité européenne se solda par la mort de quelque 50 millions d’Européens, toutes religions confondues. Nos médias seraient donc bien avisés de tenir la chronique de ces petits faits, de ces petits mots, de ces attitudes qui jour après jour revisitent l’antisémitisme d’avant la Shoah et qui annoncent, peut-être, de nouvelles catastrophes qui nous concerneront tous.

Comment ne pas s’effrayer de l'ouvrage de cette ancienne candidate du CDH qui accrédite le mythe des hosties profanées de Bruxelles de 1370. Comment interpréter le silence de nos médias, de notre Eglise, de notre Consistoire israélite de Belgique face à la monstration d’un mythe qui, tout absurde qu’il fut, conduisit au bûcher une vingtaine de Juifs préalablement torturés et à l’expulsion des Juifs du Brabant, évidemment après confiscation de leurs biens.

Qu’attend donc le Président du Consistoire, dont les liens avec l’Episcopat sont connus de tous, pour exiger la condamnation ferme et définitive de Mme Hargot-Deltrente qui se défend évidemment d’être antisémite et ce, de bien sotte manière. Comme le rapporte Marcel Sel à qui nous devons ce scoop, notre Dame n’a pas hésité à adopter, en réponse à ses détracteurs, une ligne de défense pour le moins curieuse puisqu’elle en vient à accuser les Juifs de crimes anti-chrétiens. « Halte à cette auto-flagellation. Pourquoi ne pas évoquer tout le bien fait aux juifs et dit des/aux juifs par l’Eglise et ses fidèles, même avant le concile ? Quid des persécutions juives contre des chrétiens ? Quid des attaques de juifs contre des processions du Saint-Sacrement et des crucifix historiquement attestées au Moyen-Age ? » 

On croit rêver, sauf qu’on ne rêve pas.

Nous sommes bien en 2019 dans une Belgique qui ne craint plus de stigmatiser les Juifs et pas seulement du côté de la bonne vieille droite conservatrice. A gauche (?) aussi, des intellectuels (?) se parent de la critique d’Israël pour mieux moquer les Juifs, leur prétendue Terre promise et leur physique repoussant. C’est ainsi qu’un certain Dimitri Verhulst en est venu à dénoncer cet été dans une tribune confiée au Morgen, les soi-disant « chouchous de Dieu », Moïse, et le nez de Gainsbourg non sans en appeler, pour conjurer à l’avance les critiques, à Hitler. Je le cite : « Je deviens même une moitié d’Hitler quand je reste ahuri suite aux berceuses que les dirigeants mondiaux se chantent les uns aux autres, alors que, ces 17 dernières années, quelque 10.000 Palestiniens ont été assassinés. Les balles israéliennes ne connaissent pas les dix commandements ».

La détestation des Juifs ne connaît aucune limite en Flandre. 

Elle est sans complexe, sans retenue ; retour de refoulé (collaborationniste) oblige. Et si l’on s’offusque en Flandre, c’est que l’on puisse considérer comme antisémite de se moquer du physique des Juifs (Verhulst), de les associer à la laideur de l’argent (Carnaval d’Alost), de comparer la Gaza à la Shoah (Ducal), de faire des sionistes les responsables de la crise migratoire (De Kauter), de participer à un concours de caricatures négationnistes (Descheemaeker), d’accuser les Israéliens de pratiquer des infanticides ciblées (Vanderbeeken). A chaque fois, comme l’affaire Verhulst, nos amis flamands se parent de leur plus belle vertu : « Il est clair que nous ne considérons pas le texte comme antisémite (…) L’antisémitisme est une allégation très sérieuse, qui, à notre avis, est utilisée trop facilement dans ce cas-ci, pour faire taire le débat sur les politiques israéliennes », a répondu Bart Eeckhout, rédacteur en chef du Morgen. Ben voyons. « Jean XXIII, Emile Vandervelde, réveillez-vous, ils sont devenus fous ! »

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