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lundi 30 septembre 2019

Emma Becker : "Le sexe est le dernier bastion d'apolitisme dans l'existence." | France culture 15/09/2019



Si l'on en juge par l'actualité des essais, l'intérêt ne faiblit pas, deux ans après #Metoo, pour la nouvelle vague féministe et son analyse dynamitée des rapports hommes/femmes. Pour les passer au crible, Emma Becker a choisi de faire l'expérience de la prostitution dans une maison close à Berlin.

Depuis 2002, la prostitution est légale en Allemagne,
et reconnue comme un métier à part entière.
Les maisons closes sont autorisées tant que
les conditions de travail y sont reconnues
comme appropriées.
En cet automne, et deux après l'affaire Weinstein et le lancement du #MeToo, les débats autour de la nouvelle vague féministe et plus généralement sur les relations hommes-femmes sont toujours très vifs. 

L'actualité le prouve : que ce soit au cinéma avec Une fille facile de Rebecca Zlotowoski ou en librairie, avec les livres de Caroline Emke Quand je dis oui, La révolution féministe d’Aurore Koechlin, Pourquoi le patriarcat ? de la philosophe américaine Carol Gilligan, sans oublier le manifeste d’Ivan Jablonka, Les hommes justes. 

Et ce n'est pas fini, octobre verra la parution de la somme très attendue de la féministe allemande Heide Göttner-Abendroth sur les sociétés matriarcales aux éditions des Femmes ou encore de Femmes Libres, hommes livres de l’essayiste italo-américaine Camille Paglia.

La maison close comme poste d'observation pour explorer les rapports hommes/femmes, un choix radical  ?

Emma Becker : Je voulais faire l'expérience de cette condition très schématique : une femme réduite à sa fonction la plus archaïque, celle de donner du plaisir aux hommes. N'être rien d'autre que cela. Il y avait une forme de bravade mais pas de courage, j’étais tellement fascinée, intriguée, j’avais envie d’écrire sur ce sujet c’est cela qui m’a aidée à pousser la porte du premier bordel.

Quitte à nourrir une admiration presque naïve pour la figure de la prostituée, mythifiée, et pour ce milieu interdit en France ?

Emma Becker : En effet, j’étais fascinée par les prostituées, par cette évidence avec laquelle elles se tiennent là, splendides, sanglées dans leur corset, objectivement faites pour être louées par des hommes, par cette paisible toute-puissance. Toute une part de la littérature en fait des figures mythologiques. J’avais besoin de les faire descendre de ce piédestal sur lequel je les avais mises, et au travers de ma propre expérience, soit de m’élever à leur niveau soit de les ramener au mien. En tout cas j’avais envie de les comprendre.

Si l'on cherchera en vain dans La Maison une critique des rapports de domination et du patriarcat, Emma Becker - qui affirme clairement son engagement en faveur de la légalisation de la prostitution en France - livre en revanche une confession à la fois très littéraire et très intime sur ce que cette expérience a changé dans son rapport à son propre désir, pour aboutir à une revendication de la dimension "apolitique" de la sexualité :

Emma Becker : Pour moi, le sexe est le dernier bastion d’apolitisme que l’on a dans l’existence. Il ne devrait pas y avoir de politique. Malheureusement, il y en a, on réfléchit beaucoup en ce moment à « Qui domine qui ? » « Qui est soumis à qui ? » Mais moi la question de l’égalité dans le sexe ne me fait pas bander. Ce que je trouve très excitant en revanche c’est à quel point la personne qui avait les rênes soudain les lâche, que l’on puisse se réinventer constamment. Que les hommes puissent assumer cette part de féminité dans le sexe, que les femmes accèdent à cette part de pouvoir, de masculinité, et qu'au fond, tout le monde s’en foute. Je pense que la porte de la chambre à coucher devrait rester fermée à toutes ces considérations hystérisées de domination et de soumission.

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