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samedi 28 septembre 2019

2019 : où en est-on avec le populisme ? | France culture 22/09/2019



Après les déboires de M. Salvini et de Boris Johnson, quel bilan dresser de cette vague populiste que l’on disait irrésistible, mais qui semble aujourd'hui subir quelques revers ? "Signes de temps" revient sur différents visages du populisme, de Patrick Buisson en France à Steve Bannon aux EU.

De Boris Johnson à l'heure du Brexit à l’Amérique de Trump, quel bilan dresser, de cette vague des populismes que l’on disait jusqu’ici irrésistible, mais qui, alors que la décennie s’achève, a l’air de marquer le pas un peu partout ?

On peut dater du début de la décennie qui s'achève le mouvement de fond connu sous le nom de populisme qui sous des formes diverses submerge pratiquement toute la planète aujourd'hui. 

Le phénomène s'est fait jour dès les années 1990 mais c'est à partir de 2009-2010 que, dans la foulée de la crise financière, il a commencé à se cristalliser en Europe. C'est cette année-là que Viktor Orban est arrivé au pouvoir en Hongrie, avant qu'en France, en 2011 Marine Le Pen ne prenne le contrôle du Front national, devenu depuis le Rassemblement national, lui donnant une nouvelle impulsion, avant que, en Matteo Salvini ne prenne le contrôle de la Ligue du nord en Italie. 

Tandis que Jair Bolsonaro se ridiculise au Brésil, que Matteo Salvini voit le pouvoir lui échapper en Italie, que Boris Johnson s’empêtre dans le Brexit et que même Donald Trump cale face aux conséquences de sa politique étrangère vis-à-vis de l'Iran et que l’OCDE lui prédit une récession mondiale du fait de sa politique, quantité de livres et de documentaires sortent en ce moment pour tenter de répondre à cette question. 

On en a retenu deux qui s’attachent à dessiner le portrait des hommes qui incarnent, de chaque côté de l’Atlantique, cette vague populiste : "Steve Bannon le grand manipulateur" d'Alison Klayman, qui sort la semaine prochaine sur les écrans, et fait le portrait de l’homme qui a fabriqué Trump et de son influence en Europe, et "L’Ennemi", le livre que Georges Buisson consacre à la figure et à la trajectoire politique de son père, Patrick Buisson.

Marc Weitzmann s’entretient avec Georges Buisson, auteur de L’Ennemi (Grasset), Martial Foucault, directeur du CEVIPOF et co-auteur de Les origines du populisme (Seuil) et Alain Frachon, éditorialiste au Monde.

Si les populismes ne sont pas morts, une séquence ne s’est elle pas achevée aux dernières élections européennes ?

Martial Foucault : Pour ma part, je vois davantage de sources d’inquiétudes dans les prochaines années non seulement en Europe mais aussi sur d’autres continents, pensons à l’Amérique du sud, à l’Asie, autour de ces mouvements populistes.

Si l'on considère alors que les partis populistes sont en train de devenir la force politique dominante en Europe et aux Etats-Unis, y a-t-il un risque qu'ils parviennent à se fédérer ?

Alain Frachon : C'est justement le projet de Steve Bannon, l'ancien conseiller de Trump : créer un "mouvement populiste global" c'est à dire une structure d’échanges, de médias, d’édition mais aussi de soutien aux mouvements populiste européens - notamment le Rassemblement national - afin de les aider dans leur stratégie électorale. Or, c’est un échec. Bannon n’est pas parvenu à constituer un groupe unique, les singularités nationales l’emportent. Cette idée d'un internationalisme du populisme - un Popintern comme on a eu un Komintern - s’avère une échec monumental parce qu’il y a une contradiction insoluble entre vouloir faire émerger des nationalismes partout et créer un mouvement internationaliste des populismes.

Steve Bannon. Le Grand Manipulateur un documentaire d'Alison Klayman, sortie en France le 25 septembre

En France, l'extrême droite a-t-elle connu cette tendance internationaliste ?

Georges Buisson : Non, en France, il n’y a pas ce désir internationaliste. A partir des années 70, sur le plan du discours, le FN décide d’investir massivement le terrain de l’immigration. Parce qu'à partir de cette période, l'extrême droite en France commence pour la première fois à réfléchir aux moyens de prendre le pouvoir. Pour cela, et Patrick Buisson sera l'un de ceux qui vont forger cette nouvelle stratégie, il faut à la fois porter un projet politique – via le Front national - et un projet meta politique qui consiste à investir les médias, la culture, la recherche en histoire, etc. afin de diffuser les idées dans l’opinion avant d’engranger un gain électoral. C’est l’idée, empruntée à Gramsci, le fondateur du Parti communiste italien, que la victoire idéologique précède la victoire politique. Cette logique va trouver sa consécration en 2007 avec l’élection de Nicolas Sarkozy.

Sous quelle autre thématique s'est fait cet investissement du champ métapolitique ?

Georges Buisson : L'autre grande stratégie rhétorique c'est l'inversion, le retournement historique. Cela fonctionne pour tout, pas seulement pour le révisionnisme ou pour la guerre d’Algérie. C’est un trait commun que l’on retrouve depuis la fin du XVIIIe siècle avec l’Abbé Barruel qui a écrit une contre histoire de la Révolution française, et jusqu’aux historiens maurassiens comme Jacques Bainville ou Pierre Gaxotte. Tous ces hommes ont en commun d’avoir été vaincus par l’Histoire, d’être des parias. La planche de salut c’est le retournement. Transformer la traîtrise en résistance, et d’une défaite une force.

Y a-t-il des points communs aux discours populistes actuels en Europe ?

Martial Foucault : Les mouvements populistes ont en commun le refus de la complexité. Sur le plan rhétorique, ça donne le "bon sens", régulièrement invoqué par Matteo Salvini, et l’opposition aux élites. Trouver cela sommaire revient à se demander qui conseille ces leaders. On voit bien que leur grande difficulté, c’est qu’ils n’ont pas accès aux ressources de conseil d’un système déjà constitué, donc ils sont obligés de sortir des cercles habituels du pouvoir. Mais quand on affirme vouloir construire une pensée disruptive, on est condamné à produire une pensée simpliste parce que si on produit une pensée complexe on se retrouve dans ce qu’ils condamnent : l’accaparement du pouvoir par un microcosme.

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