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mardi 23 juillet 2019

Une Vie, une œuvre : Nicolas Machiavel (1469-1527)



Suite d'entretiens menés par Pascale Lismonde au cours de laquelle les divers intervenants développent les principales thèses de Machiavel concernant la politique, la place du mal, la théorie de la fortune, Machiavel : fondateur du libéralisme, le pouvoir et la peur, politique et morale, l'Etat moderne tel qu'il le définit, comment concilier autorité et liberté, éloge du peuple.

« Un prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l'ont déterminé à promettre n'existent plus : tel est le précepte à donner. Il ne serait pas bon sans doute, si les hommes étaient tous gens de bien ; mais comme ils sont méchants, et qu'assurément ils ne vous tiendraient point leur parole, pourquoi devriez-vous tenir la vôtre ? Ce qui est absolument nécessaire, c'est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l'art de simuler et de dissimuler. On doit bien comprendre qu'il n'est pas possible à un prince, et surtout à un prince nouveau, d'observer dans sa conduite tout ce qui fait que les hommes sont réputés gens de bien, et qu'il est souvent obligé, pour maintenir l'État, d'agir contre l'humanité, contre la charité, contre la religion même. Il faut donc qu'il ait l'esprit assez flexible pour se tourner à toutes choses, selon que le vent et les accidents de la fortune le commandent ; il faut, comme je l'ai dit, que tant qu'il le peut il ne s'écarte pas de la voie du bien, mais qu'au besoin il sache entrer dans celle du mal. »

Relire l'œuvre de Machiavel dans le contexte politique que nous vivons prend une résonance singulière car il s'agit toujours de cette mise à nu crue, et apparemment limpide, du mécanisme du pouvoir, dont la complexité et la portée dépassent largement les ruses amorales du "machiavélisme" bien connu. Dans ces œuvres majeures que sont, au début du XVIe siècle, les "Discours sur la première décade du Tite Live" et "Le Prince", se décide en effet l'orientation moderne de l'esprit européen dans son effort d'émancipation profane du monde chrétien.

Comment fonder un pouvoir qui échappe à la tutelle religieuse ? Telle est la question centrale ouverte déjà à Florence dès 1300 par Dante, mais que Machiavel transforme radicalement et rend opérationnelle en démontrant comment prendre et garder le pouvoir, et maintenir le bien public par l'exercice de la violence et le recours à la peur. C'est-à-dire que le "Bien" se fonde sur le "Mal", et que l'ordre terrestre devient, de ce fait, autosuffisant. D'où l'effet de rupture radicale et de libération du dogme classique et le rôle de fondateur de l'état moderne qu'on attribue à Machiavel. D'où aussi les lectures contradictoires de son œuvre, depuis le XVIe siècle lui-même.

Mis à l'index par l'Eglise en 1549, Machiavel est aussi rejeté par les huguenots, comme l'exemple du cynisme italien, tandis qu'il est cité quatre cent fois par le théâtre élisabéthain comme l'incarnation du mal ("la pestilence qui traverse la Manche" - Marlowe). C'est seulement depuis le XVIIe siècle qu'on le relit avec plus d'objectivité. A travers les lectures successives de Spinoza puis de Rousseau, Hegel ou Gromsel, on retrouve un Machiavel démontrant la souveraineté du peuple, qu'il faut instruire de la conduite des princes en fondant le premier Etat rationnel moderne et en appelant l'Italie à son unité afin de se libérer de la tutelle étrangère.

Autant de questions qui soulèvent toujours véhémence et passion, que les interprétations les plus contemporaines (Léo Strauss, Claude Lefort) ne finissent pas d'épuiser.

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