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mardi 16 juillet 2019

Simone Weil, philosophe sur tous les fronts : L’engagement contre la barbarie | France culture 03/07/2019



Chez Simone Weil, il n’y a pas de séparation entre la philosophie et l’engagement, une véritable vocation. Elle ne se barricade pas derrière ses écrits ou sa pensée et n’hésite pas à aller sur le front, elle est là où se trouve le malheur des autres.

Simone Weil en 1936 durant la guerre civile espagnole,
 engagée alors dans la colonne du général Durruti
L'invité du jour :

François L’Yvonnet, philosophe et éditeur aux éditions de l’Herne
Co-directeur de Simone Weil aux Cahiers de L'Herne, directeur de Simone Weil : le grand passage aux éditions Albin Michel, auteur de Simone Weil l’Altissime aux éditions lemieux.

Simone Weil, incarnation de l’engagement

Simone Weil n’est pas une intellectuelle engagée, elle n’agît pas en tant qu’intellectuelle faisant valoir son nom, c’est dans l’anonymat qu’elle pousse sa réflexion philosophique jusque dans ses conséquences extrêmes : l’inscription dans l’action, dans le temps, le siècle.         
L’engagement n’est chez elle jamais problématique, il y a une conjonction de la théorie de la pratique, une conjonction de l’engagement militant et de la réflexion philosophique ou idéologique.         
Il y a chez Simone Weil une manière très particulière d’être engagée, on pourrait presque dire qu’elle est plus une incarnation de l’engagement qu’engagée.         
François L’Yvonnet

Simone Weil et le malheur

Elle est là où se trouve le malheur des autres car le malheur est une idée essentielle chez elle. Elle fait remarquer que le malheur qui est une sorte d’anéantissement de soi, est facilement invisible. Elle s’évertue, et ça fait partie des injonctions de lucidité, d’être au plus près des gens qui vivent dans leur chair le malheur, l’abandon. Son engagement commence avant 1936, déjà étudiante, Simone de Beauvoir raconte qu’elle la rencontre et qu’on parlait de Simone Weil comme cette femme qui pleurait parce qu’il y avait des famines en Chine et lorsque Beauvoir s’étonne de cela, Simone Weil lui répond qu’on ne peut pas dormir, vivre paisiblement lorsque l’on sait que des gens ont faim.       
François L’Yvonnet

Les contradictions de Simone Weil

Simone Weil est pleine de contradictions : elle est à la fois syndicaliste et en même temps contre le collectif, elle est révolutionnaire mais pour le dialogue social, elle est anarchiste et en même temps elle fait de l’ordre l’un des premiers besoins de l’âme. Il faut insister sur ces contradictions et les maintenir en tension, quant à la classer, c’est difficile, ses adhésions au mouvement ouvrier vont plutôt vers des tendances qui appartiennent au syndicalisme révolutionnaire ou anarchiste. Elle se retrouvera d’ailleurs, durant la guerre d’Espagne, dans la colonne du général Durruti qui était anarchiste. Elle appartient à cette tradition libertaire mais il ne faut pas l’y enfermer, de son point de vue c’est une critique de la logique des appareils, des partis, de cette manière qu’a le collectif d’étouffer l’individu, de penser à la place des autres…         
Elle a des positions de principe qui affirment sa liberté de penser, d’action, à relier aux malheurs des autres, à un monde humain qu’elle ne perd pas de vue.         
François L’Yvonnet

Textes lus par Hélène Lausseur :

- Résister à l'oppression et à la force, extrait des Oeuvres de Simone Weil, éditions Gallimard Quarto
et musique de Dimitri Chostakovitch, Quatuor à cordes n°11 en fa mineur
- Analyse des totalitarismes, dénonciation de l'absurde, extrait des Oeuvres de Simone Weil, éditions Gallimard Quarto
et musique de Dimitri Chostakovitch, Symphonie n°5 allegretto
- Engagement anarchiste et expérience de la guerre, extrait des Oeuvres de Simone Weil, éditions Gallimard Quarto

Sons diffusés :

- Début d'émission : archive d'un bulletin d'information de 1936 à Paris
et musique de Dimitri Chostakovitch, Symphonie n°15 en la majeur
- Lecture d'Adèle Van Reeth extrait de L'Iliade ou le poème de la force de Simone Weil, 1941
et musique de Dimitri Chostakovitch, Symphonie n°12 en ré mineur
- Archive de Georges Bernanos, conférence pour la paix, 1946
- Chanson de fin : Ray Ventura et ses Collégiens, La Grève de l'Orchestre, 1936

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