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dimanche 21 juillet 2019

Promenade autour du plateau de Secrétaire | Grande Loge Traditionnelle et Moderne de France 05/04/2015

Qui n’a joué avec le mot « Secrétaire » et découvert tout aussitôt que dans secrétaire, il y a évidemment secret ?… 

Voilà qui est rassurant, ce n’est pas lui qui dévoilera ce qui lui sera confié… Les frères peuvent aller en paix. Le secrétaire sera d’autant plus rigoureux que, comme on le remarque, le mot secrétaire est une forme pléonastique puisque à secret il rajoute le verbe « taire »… Infinitif certainement très impératif tant on sait qu’est grande la tentation de révéler qu’on détient un secret… 

Mais si le rôle du secrétaire s’arrêtait au silence, y-aurait-il besoin d’un secrétaire dans une loge pour dire qu’il n’y a rien à dire ?… Je crois que nous pouvons aller plus loin. En effet, on peut encore entendre « taire » comme « la terre »… Et voilà qui nous rapproche tout d’un coup de notre « chez-nous » maçonnique et ne surprendra personne de considérer la terre comme le lieu de tous les secrets.

Rappelons-nous, rapidement, l’histoire du roi Midas. 

Ce roi de Phrygie affublé d’oreilles d’âne et qui les cachait à son peuple sous un bonnet. Seul son barbier était fatalement dans la confidence. Mais le secret était lourd à porter, tellement lourd qu’un jour, n’en pouvant plus, notre barbier décide de s’en débarrasser. Il traverse la ville, s’en va dans la campagne, et là, creuse un trou dans la terre, il se penche et enfin dit son secret. Il referme le trou et rentre chez lui d’un cœur léger. Quelque temps plus tard des roseaux poussèrent à l’endroit où la terre avait été remuée, agités par le vent, ils répétèrent les paroles du barbier et apprirent à tout le pays que le roi Midas avait des oreilles d’âne !

Alors puisque nous, « Maçons » avons le goût très prononcé de jouer avec nos origines et de nous enchanter des plus diverses, il me plaît de voir dans cette histoire, dans cette terre, le lieu de naissance de la fonction du secrétaire et dans ces roseaux, ancêtres des premières plumes, l’outil de son travail. Le secret est donc dans la terre… et le secrétaire devient alors le jardinier des mots qui le formulent. Mais il doit comprendre que si son travail est de consigner les moments qui nous unissent ce n’est pas pour les enterrer afin de les taire, même la terre ne le peut pas, on l’a vu, mais pour qu’au contraire, sous la plume, sur le papier, dans ce séjour végétal, ces moments précieux, prennent tout leur essor… Afin que la parole qui a volée ici et là, ne s’oublie pas, mais qu’une fois posée sur le papier, « la lecture, comme le disait François Mauriac, soit le baiser qui la réveille ». 

« Mon F… secrétaire, dit le V.M. le jour de l’installation, vous êtes la mémoire de la Loge, en rappelant les décisions prises, vous contribuerez à leur application. Cette phrase du Vénérable, situe le secrétaire non comme un rapporteur qui se dépêcherait de tout cacher, mais le place dans le sens d’une action ; il s’agit de savoir si notre parole a bien été transformée en travail. Les paroles s’envolent et le secrétaire reste. Le secrétaire est donc le temps qui demeure dans celui qui passe. Il a pour mission d’être le témoin du présent pour rappeler aux Frères, dans le futur, leurs engagements. C’est pourquoi, la planche tracée, loin d’être une trahison du secret est une forme de contrat qui rapporte ce sur quoi tous les frères de l’atelier s’engagent. Les Frères ne se déterminent pas seulement pour confirmer qu’ils sont tous d’accords sur la liste des présents ou des absents, ou les dates des cérémonies, on ne dérange pas un vote pour cela. Le vote est alors la démonstration que la loge se reconnaît dans la trace ainsi laissée, la planche devient miroir… le miroir du travail de l’atelier. Et pour éclairer ce miroir, le secrétaire n’est pas n’importe où dans le temple. Il n’est pas au fond pour voir tout de loin, il n’est pas de ceux qui décorent les colonnes, il est sur les hauteurs de l’Orient ; il est de ce point où le jour se lève et où monte le bruit des hommes qui se mettent au travail et d’où parviennent leurs interrogations. De là, il pourra tout réunir, rien ne demeurera épars, et de ce flot d’éléments divers, il pourra reconstituer la vie un moment, ici, assemblée.

Mais s’il est plus haut, il ne faut pas qu’il se croit plus puissant pour autant, il est dans un coin, ce qui lui ôte toute velléité de domination. Cette position tout en étant probablement une facilité technique dans le commerce qu’il doit entretenir avec le Vénérable au cours de la cérémonie, révèle encore un autre élément : Le Secrétaire fait face à l’Orateur. Le verbe et l’écrit se regardent. Et chacun voit, en même temps, le Maître de la loge. A chacun son profil. Rien ne leur échappera. Sont-ils placés ainsi pour le surveiller ?… N’oublions pas, l’Orateur est la conscience de la Loge, le Secrétaire sa mémoire… Il y a un peu de juge là-dedans… Ou sont-ils comme des instruments bien posés de chaque côté du praticien et que celui-ci utilise tour à tour, selon ses besoins, pour répandre la lumière ?… Ou encore, renonçant à les distinguer, faut-il les lier, tous trois, dans le même flux et représentent-ils alors ce qui distingue l’homme dans l’ordre de la création : la pensée qui naît, la parole qui la dit, et l’écriture qui la transmet ?… Mais le questionnement est sans fin et même s’il y a encore bien des secrets enfouis, il est temps de poser les outils et de cesser de creuser le champ : un bon jardinier sait qu’il faut laisser se reposer la terre.

R.F. Jérôme Touzalin – 05/04/2015 – Grande Loge Traditionnelle et Moderne de France (G.L.T.M.F.)

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