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mercredi 10 juillet 2019

L'hédonisme ou une éthique du désir, par notre F:. Jean-Pierre D | Planche 25/01/2013

Je ne vous parlerai pas de l’hédonisme des stoïciens grecs, matérialistes et athées, tels que Diogène ou Epicure qui est plutôt une technique d’ascèse, le bonheur du sage qui sait se maîtriser pour éviter tout déplaisir…
Comme Michel Onfray, je suis plus inspiré par le Carpe Diem des épicuriens romains, moins sévères, tels que Epictète, Lucrèce ou Horace, à la recherche du « comment il faut vivre sa vie », pour lesquels il n’existe ni bien ni mal, et pour lesquels « L’homme est l’égal des héros et des dieux s’il a vaincu ses démons intérieurs : la souffrance, la peur, le désir » ?
L’hédonisme dont je vous parle, c’est la recherche du plaisir, comme le « souverain bien » à partager comme le dit l’aphorisme de Nicolas de Chamfort, ce moraliste du 18ème siècle, « Jouis et fais jouir sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà je crois toute la morale ».

Comment jouir aujourd’hui des plaisirs multiples et variés, du corps, des richesses et des honneurs, dans notre monde déchristianisé et qui a souscrit aux valeurs matérialistes et individualistes des Lumières ? Comment jouir de toutes ces libertés et se laisser aller à ses désirs sans y être aliéné comme par exemple un Casanova ou autre DSK compulsif dans sa quête incessante de la séduction et de la jouissance physique ?
Car c’est là le sujet de ma planche, la recherche du plaisir par ceux qui sont rentrés dans le langage, le monde symbolique où ils se sont aliénés, la recherche du plaisir par ceux-là qui refuseraient précisément l'imaginaire où ils sont prisonniers du désir et des images d’autrui auxquelles ils se sont identifiés.
Un hédonisme à l’éthique contractuelle, qui n’est donc pas celui des pervers, ces délinquants relationnels dont parle Michel Onfray et pour qui la recherche du plaisir se fait au mépris de celui des autres,… tels Sade qui préférait bouder en bonne compagnie !… et dont je ne vous parlerai pas !
Je vous parlerai d’un hédonisme d’aujourd’hui dans notre monde occidental matérialiste, où le corps, le sexe et la femme ont leur place à part entière, où les dieux ne sont plus à craindre et où il y a une place pour le rire !… Mais où les fées se sont penchées sur notre berceau pour nous jeter de bons et mauvais sorts !
    
ÉCOUTONS : Plaisir d’amour ne dure qu’un moment (à 25’’)

Dès son plus jeune âge, l’enfant construit sa personnalité sous la pression des messages permissifs et normatifs de ses parents & son entourage. Il choisit sa position existentielle de vie, - se sentant égal aux autres, ou, plus ou moins important que les autres qu’il méprise ou qu’il admire alors -. Ne disposant pas encore des outils de la raison, de l’esprit critique qui lui auraient demandé plus de connaissance et d’expérience, il va se créer une mythologie à propos de lui-même et des autres, mythologie à la fois singulière et nourrie de l’inconscient collectif, mythologie qu’il n’a de cesse de renforcer pour survivre et qui perdure à l’âge adulte si les interactions avec les autres n’ont pas été suffisantes pour la débusquer. Il interprète, à travers sa grille de lecture, maints aspects de sa vie et de ses relations de manière à se prouver continuellement la vérité de celle-ci !
Il va tout faire pour se faire reconnaître, en particulier en structurant son temps afin de doser la quantité et l’intensité de ces reconnaissances dont il a tant besoin et dont la monotonie et l’excès importent tout autant : Il n’aura de cesse d’étancher cette insatiable soif de stimulations, de reconnaissances et de structuration du temps, tiraillé entre plaisir et déplaisir.
Ainsi, a-t-il construit ce qui sera le scénario caractériel de toute sa vie, avec ses stratagèmes, souvent masqués par ses comportements sociaux, non conscient de ce qui se trame secrètement, dans une tragi-comédie gagnante pour certains, le plus souvent banale et frustrante, catastrophique pour les moins chanceux.
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Plutôt que l’avenir tout tracé de Papageno, Tamino a choisi l’initiation. Il a décidé de s’émanciper des « dogmes », de se défaire de « ses croyances & préjugés », d’aller à la recherche de sa vérité, de son propre désir, de cet « obscur objet du désir », de son secret disons-nous,… pour renaître…
Apprenti, il est l’élu que chacun accueille de façon inconditionnelle, pour peu qu’il soit probe et libre. « Tu es important, je suis important » lui dit-on continuellement ! Cette fois, dans sa Loge, il est membre à part entière de la race humaine !
Au rythme de ses augmentations de salaire, il va progressivement accéder dans une atmosphère de respect mutuel à des types de structurations de son temps où les échanges se feront progressivement de plus en plus intenses :
  • Le retrait sur la colonne du nord s’y vivra de façon non blessante. Ni bouderie, ni dépit,… le réapprentissage en douceur de la frustration ?
  • Le rituel dont les échanges sont stylisés, stéréotypés et prévisibles est fait d’amabilités et non de rebuffades et les passe-temps vont à la recherche de ses FF :. libres, respectueux et aidants.
  • Quant aux activités en Loge, elles n’engagent pas trop sa personne et elles créent des relations de collaboration constructive et non de servitude aliénante.
  • Souscrivant à  notre règle de triangulation des échanges sous l’autorité du V:. M:., il ne s’adresse jamais directement à ses FF:. ! Sinon, l’intensité des échanges l’emporterait de loin sur celle des structurations précédentes, et selon l’option de vie adoptée, -- Je suis important, tu n’es pas important -- ou l’inverse, il risquerait de tomber dans les pièges de ses stratagèmes, amorces de tous les conflits. Rappelons-nous « Qui a peur de Virginia Woolf ? » où Liz Taylor et Richard Burton s’affrontent cruellement, où feintes et parades alternent, chacun portant ses coups et ripostes, les piques jaillissant de cette partie secrète de leur inconscient qui renferme tant d’anciennes et réelles blessures !
  • Pour enfin, oser partager aux Agapes cette précieuse intimité, cette promesse de confiance, cet engagement sacré, cette Fraternité… où l’attente et le désir des FF:. se rejoignent. Les échanges sont cette fois intenses,… mais libres, authentiques et plein de créativité.
Pourquoi tant de précaution ?
Pourquoi est-ce si périlleux de sortir d’un univers scénarique clos, monotone et répétitif, pour rentrer dans un univers réel ? Pourquoi est-ce si périlleux de réorganiser son monde intérieur pour basculer dans un monde de relation où notre Frère a enfin sa place « à part » et « à part entière » ? C’est que le passage des stratagèmes à l’intimité n’est pas qu’affaire de volonté, la désescalade s’impose…
S’il veut échapper à ces stratagèmes qui ne comportent que les trois rôles de « Persécuteur », « Victime » et « Sauveur », s’il veut passer de ce qu’on appelle en thérapie comportementale le « triangle dramatique »,… à plus de sérénité, il doit d’abord revenir à un mode de structuration du temps où les échanges sont moins intenses et surtout moins risqués !
Et tout en réapprenant une sorte d’économie des caresses, l’initié est au contact des symboles & des outils avec lesquels il va remonter le temps pour se reconstruire. Il va confronter ce qui lui reste de cette pensée prélogique infantile, égocentrique, animiste, finaliste, qui croyait surtout à la toute-puissance des adultes, puis à la sienne, à celle de Dieu, des monstres et des héros, qui croyait à cette mythologie source des superstitions, tel que la croyance en la fatalité, au mauvais œil… etc.
Bref !… Notre méthode symbolique opère !…
  • Pour que notre Frère mette en place une nouvelle grille d’interprétation du monde construite cette fois principalement par la raison individuelle…
  • Pour qu’il mette de côté les messages trop contraignants afin de se donner de nouvelles permissions tout en adoptant de nouvelles normes… nos valeurs de Tolérance, d’Humanité et d’Universalité…
  • Pour qu’il domine sa programmation passée, qu’il accède à plus d’autonomie, à plus de spontanéité, et qu’il renonce aux avantages qu’il tirait à vivre plus ou moins en boudeur ou poule mouillée, pour découvrir les joies de l’intimité…
  • Enfin pour qu’il choisisse en conscience sa façon de rechercher son plaisir, son propre hédonisme, son éthique du désir, une éthique partagée entre personnes conscientes et consentantes, loin des moralisations hypocrites des bien-pensants, un hédonisme fait de respect mutuel loin de l’égoïsme cynique, de l’hubris et du déchainement des passions d’un Don Juan pervers…
Le plus grand bonheur pour le plus grand nombre ! Une fin oui, mais qui ne justifie pas tous les moyens !
L’hédonisme ou l’éthique du désir, une école de vertu alors ?

ÉCOUTONS : Gluck : Alceste « Divinités Du Styx » (à 21’’)

Pour terminer V :. M :. Et vous tous mes Fr :.
Je voudrais exprimer mes propres interrogations au sujet de ce qui est encore tabou dans notre société ! : Abandonner la pensée magique de notre enfance pour l’exercice de la raison peut conduire certain… à l’ Athéisme !

Faut-il y voir encore la punition divine ?
Ou bien faut-il voir alors dans l’athéisme un symptôme, un bénéfice de surcroît de cette émancipation, un peu comme Freud considérait l’éventuelle guérison à l’issue d’une cure psychanalytique “interminable” !
Etre sauvé de la peur de la mort qui pèsent sur la vie humaine et qui empêche de bien vivre, pour aimer et être libre, en ne s’en remettant plus à Dieu, ni à la foi, ni au Grand Autre comme dirait Lacan.
  • Être responsable de la conséquence de ses actes, être conscient du seul temps qui nous est offert pour « cultiver notre jardin », jusqu’à l’arrivée de la mort … et non du père Noël.
L'athéisme qui n’est ni une religion, ni une philosophie, ni un anticléricalisme, serait-il le signe d’une ultime libération ?, pour devenir une évidence, un choix pour certains, devenus indifférents aux croyances et au scepticisme ?
Reste qu’avoir tué le père pour rechercher sur terre son salut sans Dieu, appelle sagesse et humilité ! Un Franc-maçon agnostique peut-il avouer son athéisme et son corollaire, cet hédonisme et son éthique libertaire du désir partagé ?
La religion révélée serait-elle toujours aussi utile comme consolation et sa morale incontournable comme frein à la violence ?… ou au contraire, liée à la crainte de la mort, ne serait-elle pas un cancer pour le Droit et la recherche du bonheur, comme on peut le voir dans les sociétés féodales où elle soutient la tyrannie des puissants ? Dieu ne serait-il pas le pire des tyrans ?…, parce qu’on ne peut le combattre, qu’il nous détourne de notre responsabilité, qu’il pousse ses courtisans à l’arrogance & à la lâcheté et qu’il s’oppose par la fausseté du discours religieux au Droit terrestre ?  
Et si l’athéisme n’était pas une conclusion, mais un nouveau point de départ à la recherche du « comment il faut vivre sa vie » ?
La prise en compte de ce que les hommes seront après la mort, ne modifierait-elle pas la façon de rechercher le plaisir et le bonheur ici-bas ?
V:. M :. et vous tous mes F:., bannissons la crainte et les alarmes, que le plaisir succède à la douleur !

J’ai dit V :. M :.   

ÉCOUTONS : Gluck : Alceste « Bannis la crainte et les alarmes, que le plaisir succède à la douleur » ( à 19’’)

Jean-Pierre D

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