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vendredi 26 juillet 2019

La société juste selon John Rawls, par Astrid Von Busekist - L'Égalité en droits et des chances, soit l'Équité, pour une « utopie réaliste » 15/03/2018




DE JUSTES INÉGALITÉS - JOHN RAWLS (PAR ASTRID VON BUSEKIST) [RÉÉDITÉ 2015]

John Rawls est un auteur américain qui a réveillé la philosophie politique, qui a pris au sérieux les critiques de ses contempteurs, et qui s'est impliqué dans la vie politique américaine. C'est un auteur classique, qui doit beaucoup à la pensée de Kant.

Son ouvrage le plus connu, Théorie de la justice, répond à une question fondamentale de la philosophie politique : selon quels principes ordonner une société juste ? Trois grands principes, que l'auteur écartera successivement, se présentent traditionnellement : le mérite, l'utilité, la liberté.

1. Le mérite moral
Une société est juste, les institutions sont bien ordonnées si elle donne aux individus en fonction de la valeur de leur contribution à la société. Variante aristotélicienne : déterminer la meilleure adéquation entre les talents de l’individu et leur rôle social (les meilleures flûtes vont aux meilleurs joueurs)

2. L’utilité
Si les institutions permettent de maximiser le bien-être agrégé, si elles permettent la somme de satisfaction la plus élevée pour l’ensemble des sociétaires, elles sont justes. La valeur des choses est fonction de leur utilité, il n’y a pas de valeur intrinsèque des choses ou des êtres.

3. Libertarisme
- Je suis propriétaire de moi-même. L’individu est souverain et ne peut pas être contraint par une quelconque emprise ou entreprise collective.
- Toutes les transactions sont justes si elles sont volontaires. La justice se déduit du respect des droits individuels fondamentaux et du respect des termes initiaux du contrat.
- Ce que j’améliore par mon travail devient mien.

Le libéralisme politique rawlsien tire les principes de la justice de l’opinion que vont en avoir les acteurs de la société après une délibération impartiale. « Les principes de justice, écrit Rawls, sont (ceux que des) individus libres et rationnels, désireux de favoriser leurs propres intérêts et placés dans une situation initiale d’égalité, accepteraient et définiraient (comme) les termes fondamentaux de leur association » (p. 152-152). Il convient donc que ces principes soient établis à l’issue d’une délibération commune.

La singularité de la solution de Rawls est illustrée par un exemple imaginé par le prix Nobel d’économie Amartya Sen dans The Idea of Justice, 2010, p. 12-15. Trois enfants se chamaillent pour une flûte. Anne est la seule à savoir en jouer. Bob est le plus pauvre, il n’a pas de jouets du tout. Clara a travaillé dur pour fabriquer la flûte. À qui doit aller la flûte ? Pour l’utilitariste et pour Aristote, à Anne : son plaisir sera le plus grand, elle sait en jouer. Pour le libertarien, pour Locke (et le marxiste), à Clara : elle a droit aux fruits de son labeur. Pour Rawls, il faudrait que les enfants se mettent d’accord.

Antoine de La Taille

John Rawls, Théorie de la justice, 1971, Seuil (trad. Catherine Audard). Ce livre est considéré dans le monde anglo-saxon comme le texte contemporain le plus important de la philosophie morale et politique. C'est un défi lancé à tous ceux qui pensent que la justice sociale et l'efficacité économique sont incompatibles. Théorie de la justice est un livre de portée universelle, à cause, d'une part, du dialogue qu'il instaure entre cieux traditions opposées - Rousseau et Kant confrontés à l'utilitarisme de Mill et Sidgwick - et, d'autre part, de la rigueur et de la profondeur des analyses qui y sont proposées. C'est, au meilleur sens du terme, un livre de philosophe engagé, donnant aux préoccupations morales et politiques de notre époque - de la justice sociale à l'écologie, de la politique de l'éducation à la théorie de l'obéissance civile - une armature intellectuelle et une clarté déductive qui leur manquaient. Dans ce livre, souvent exigeant mais aussi exaltant, John Rawls a formulé ce que l'on pourrait appeler une charte de la social-démocratie moderne, avec ses forces et ses faiblesses. 

John Rawls, Libéralisme politique, 1993, PUF (trad. Catherine Audard). Ce livre est le manifeste d'une philosophie politique et morale qui cherche à concilier les deux termes antagonistes de la modernité : la liberté des individus et la nécessité de leur coopération équitable au sein des institutions politiques. John Rawls y renouvelle le sens et la portée de sa conception de la justice à la lumière de ce qu'il appelle " le fait du pluralisme ". La divergence des idéaux moraux et des horizons culturels n'empêche pas la reconnaissance et l'acceptation des mêmes principes de justice et l'exercice d'une raison commune. Il s'inscrit ainsi dans la tradition de défense du principe de tolérance et des libertés fondamentales.

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