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samedi 27 juillet 2019

∆∆∆ La démocratie ou l'espace des raisons | France culture 05/10/2017



De Platon à Arendt en passant par Machiavel, "connaissance et démocratie ne font pas bon ménage", tandis que la vérité n’aurait rien à faire en politique. Alors "Pourquoi vouloir associer ces trois concepts : connaissance, vérité et démocratie?" demande la philosophe Claudine Tiercelin.

In Praise of Reason: Why Rationality
Matters for Democracy (MIT Press)
« Que pourraient bien venir faire vérité et connaissance dans un univers où règnent la contingence, les vérités de fait et non les vérités de raison » ? s'interroge encore Claudine Tiercelin.

A l’heure des relativismes de tout genre, dans un contexte de peur-panique et de montée des populisme tandis que prospèrent les « faits » dits « alternatifs », on comprend l’urgence à mobiliser toutes les ressources, à faire dialoguer la philosophie de la connaissance avec les autres disciplines et plus particulièrement avec la philosophie morale et la philosophie politique,

Spécialiste de Charles Peirce, ce Leibnitz américain, ce « logicien » « fondateur du pragmatisme », Claudine Tiercelin qui a été enseignante-chercheuse à Paris et à Fordham à New York, membre de l’Institut de Recherche Jean Nicod, est devenue en 2011 la première femme titulaire d'une chaire de philosophie au Collège de France, et elle a fait entrer, pour la première fois depuis 1530 dans l’institution pluriséculaire et son programme de recherche, le mot "métaphysique". Cette ancienne normalienne, passée par Berkeley, titulaire depuis 2011 de la chaire de Métaphysique et philosophie de la connaissance au Collège de France, tisse un stimulant dialogue entre l’Europe et les États-Unis, entre le passé et le présent.

Dans sa présentation, Claudine Tiercelin souligne :

« Politique, connaissance et vérité sont censées ne pas faire bon ménage. Mais la démocratie va de pair avec l’idée de citoyens égaux, rationnels et autonomes. Défendre la démocratie, contre le sceptique, le relativiste et le cynique, c’est se situer dans un « espace de raisons », théoriques et pratiques, où l’on peut apporter des justifications et viser, non le seul consensus, mais la vérité. » Voilà pour les enjeux de ce cours d’ouverture, où l’on sent dès les premières minutes que le chemin choisi sera exigeant,

Roger-Pol Droit qui a consacré à Claudine Tiercelin un beau portrait après sa leçon inaugurale, publié dans Le Monde, le 30 juin 2011 notait :

"Récemment élue au Collège de France, la chercheuse se réclame d'une métaphysique "réaliste" (…) Elle n'ignore pas que son programme de métaphysique scientifique peut susciter malentendus ou scepticisme. (…) Son projet, en une phrase ? "Reformuler les problèmes de la métaphysique classique en tenant compte des acquis de la science."

Pour la philosophe logicienne, dans le cadre de cette nouvelle série, intitulée, « Connaissance, vérité et démocratie », il s’agit d’avancer

« une certaine conception de la connaissance, indissociable, à ses yeux, d’une conception de l’enquête, mais aussi d’une authentique éthique intellectuelle ».

Citant la préface à Rationalité, démocratie et vérité, volume issu du colloque organisé en présence de Noam Chomsky par la chaire de Philosophie du langage et de la connaissance de Jacques Bouveresse, elle s’attache au constat de Jean-Jacques Rosat dans ce 1er cours :

« Il est largement admis que les tyrannies s’appuient sur le mensonge et les préjugés, et que la démocratie suppose l’existence d’un espace public des raisons où s’affrontent pacifiquement des citoyens éclairés. Mais il est largement admis aussi que le savoir confère habituellement à celui qui le possède une supériorité et une autorité sur celui qui ne le possède pas. De nombreux penseurs en ont conclu à l’existence d’un antagonisme irréductible entre vérité et rationalité d’une part, et démocratie de l’autre. »

Claudine Tiercelin rappelle les défis de notre nouveau siècle et les tentations du relativisme et du scepticisme :

« A bien des égards, placés comme nous le sommes en ce moment, dans une situation historique où non seulement le mensonge semble tenir lieu exclusivement de politique, mais où l’importance de la réalité des faits eux mêmes est à ce point déniée que l’on en vient à évoquer des faits « alternatifs », on peut sérieusement se demander s’il ne faut pas plutôt donner raison, en ce sens, aux pessimistes et aux cyniques. »

Cela posé, elle entreprend d’analyser "la démocratie comme espace de raisons" et elle s’attache en particulier aux travaux de Michael Lynch qui a publié en 2012 « un beau texte », nous dit-elle, « Democracy as a space of reasons », dans un recueil intitulé Truth and Democracy.

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