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dimanche 30 juin 2019

▲L’athéisme de Marx, par Jean-Marie Rosier – La Parfaite Union - Mons | Logos 102

Mes Frères, je pense qu’il ne vous viendrait pas à l’esprit de plonger dans Marx pour trouver réponse si une angoisse métaphysique vous étreignait. 

A l’évidence, les préoccupations de l’auteur du Capital ne portent pas sur l’existence ou non d’un Etre suprême, créateur ou sauveur ou consolateur de l’humanité. 

Certes, l’époque obligeait à la fréquentation d’établissements scolaires religieux et Marx, de ce fait, maîtrise les textes bibliques qu’il s’amuse souvent à détourner en références métaphoriques.

Ainsi, Marx compare le travailleur exploité à l’agneau sacrifié sur l’autel de la production de la plus value et l’accumulation primitive du capital au péché originel. Pour le matérialisme historique dont Marx élabore la théorie, la genèse de la religion est de nature sociale et si le communisme est une entreprise d’émancipation, la lutte contre la religion fait figure de propédeutique. Il faut, dit en substance Marx, sortir très vite de ce débat théorique d’autant que le développement économico-scientifique verra la fin du reflet religieux. En bon dialecticien, Marx croit à l’unité des contraires, ce qui l’amène à soutenir que l’athéisme est le dernier degré du théisme ou la reconnaissance négative de Dieu, faute de ne pas introduire la pratique dans le théorique et de rester dans le champ philosophique.

Pour Marx, il faut sortir de cette critique du ciel et revenir “à la critique du réel” ; ne pas supprimer Dieu, mais en comprendre le besoin. Pour Marx, c’est la défectuosité de l’état, l’ignorance de la servitude économique ou le monde déraisonnable qui prouve Dieu comme compensation et consolation. En effet, Dieu n’est pas responsable des conditions d’aliénation et d’exploitation dans notre société.

Bref, la religion n’est plus aujourd’hui qu’une forme de conscience subordonnée à l’ordre bourgeois.
Dès lors, Marx peut écrire qu’il a “la haine de tous les dieux” (thèse de doctorat) et soutenir que “chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels sans que la police y fourre son nez.” Nulle justification donc chez Marx d’une politique répressive stalinienne. Certes, rien n’est simple chez Marx dont la lisibilité est toujours adjointe du dehors ; en cause, les chantiers multiples ouverts et inachevés dont l’œuvre de Marx porte témoignage.

Ainsi, la mémoire militante a brandi comme un étendard la célèbre phrase : “La religion est l’opium du peuple” (dont Marx n’a pas le monopole). Or la lecture du contexte où cette phrase s’insère montre à l’évidence tout autre chose que l’invite au combat antireligieux. Marx écrit que “lutter contre la religion, c’est lutter contre ce monde-là dont la religion est l’arôme spirituel, c’est renoncer à une situation qui a besoin d’illusions.”

L’athéisme de Marx est donc un athéisme de conséquence et non de postulat (un philosophe déclare que “Marx n’est pas contre la foi, il est ailleurs”). L’irréligiosité de Marx est irréductible. Marx a lutté contre l’état prussien théocratique, plaidé pour la séparation de l’église et de l’état, dénoncé l’absence de droits politiques des citoyens de confession juive et considéré le christianisme comme une religion immorale parce qu’elle a justifié l’esclavage, glorifié le servage et approuvé l’exploitation du prolétariat.

Il n’empêche, tout un courant chrétien déclare compatible marxisme et foi en Dieu en exploitant (de ce point de vue) le caractère prophétique de l’idéal communiste (A chacun selon ses besoins…). Ainsi, le marxisme devient un avatar sécularisé du messianisme chrétien, identifiant la pratique de Jésus comme unepratique de lutte de classes. Ainsi, les théologiens de la Libération compriment l’avenir dans une utopie, le communisme et la cité de Dieu, pensée étrangère à Marx qui croit à la lutte et s’accommode de l’imprévisible.

Ce qui est clair, c’est que Marx utilise le schéma religieux, pas l’idéologie religieuse, pour passer de la théorie de l’aliénation au fétichisme de la marchandise et présenter le capitalisme comme une société à l’envers, victime du fétichisme de la marchandise, de l’argent et du capital. “Chrétien ou fétichiste, c’est la même chose.” écrit Marx. Marx donc, et je terminerai par là, qui ne supprime pas Dieu, mais le besoin de Dieu.

De mon point de vue, tout qui veut se débarrasser de toute croyance non fondée en raison, bref qui cherche une spiritualité athée et qui pense que l’immanence peut engendrer la transcendance, trouvera que la lecture des textes de Marx sur la religion est toujours d’actualité, lui qui écrivait encore que “Plus Dieu s’enrichit et plus l’homme s’appauvrit”. ▲

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