Rechercher dans ce blog ? Entrez vos mots-clés !

dimanche 23 juin 2019

∆∆∆ La gauche, c'est quoi ? quelles valeurs ? quel socialisme ? A chaque époque son capitalisme, à chaque époque son socialisme | DIALECTIQUE 11/06/2019

L’histoire politique de la France s’est plu à identifier ce qu’on appelle la gauche au Socialisme, si bien que plusieurs partis politiques se sont cru autorisés à s’en réclamer. Au point qu’aujourd’hui, on finit par ne plus trop savoir ce qui fait la gauche, ni ce qui identifie la gauche à telle ou telle position politique, encore moins, à tel parti politique plutôt qu’à tel autre. 

Pourquoi ce flou ?

On sait que la gauche ne fait que désigner la place occupée par les membres d’une assemblée : à gauche de celui qui préside, qu’il soit roi ou représentant du peuple. C’est Philippe IV le Bel, qui détermina cette géographie, en réunissant, pour la première fois, des Etats Généraux, en 1302, et plaça les représentants du Tiers Etat à sa gauche, la noblesse et le clergé étant à sa droite.

On peut penser que cette décision n’était pas tout à fait neutre. Depuis les textes les plus anciens, on a toujours considéré que « la gauche » n’avait pas la même signification ni la même valeur que la droite. La plupart des religions ont ensuite consacré cette différence. L’élu est toujours à la droite de Dieu car la main droite est celle du Bien et de la Justice. On lève la main droite pour jurer. Les représentants du Tiers Etat ne pouvaient être dans ce camp-là.

Notre langue ne dit rien d’autre : est gauche celui qui n’est pas a-droit... Quand on gauchit, on déforme, on s’écarte de la droite, qui est le plus court, donc le plus sûr chemin pour aller d’un point à un autre.

C’est ainsi que peu à peu, la gauche désignera tout ce qui s’écarte du droit chemin, donc de l’ordre établi, l’ordre social, l’ordre politique, l’ordre idéologique, tout ce qui s’identifie au pouvoir en place.

La gauche deviendra donc, d’abord implicitement, le lieu politique où se trouveront confusément rassemblés, tous ceux qui subissent ou contestent ce pouvoir établi auquel ils ne participent pas. Explicitement c’est en 1832 qu’un certain Pierre Leroux « inventera » le terme « socialisme » pour désigner cette réalité qui pouvait bien constituer la première prise de conscience d’un engagement dans une voie nouvelle.

Bien sûr, la Révolution de 1789, avait donné, sans le savoir, le coup d’envoi et sonné la charge d’un mouvement qui devait prouver son avenir. En 1838 Lamartine dira : « la charité , c’est le socialisme ; l’égoïsme, c’est l’individualisme. » La connotation chrétienne n’était pas étrangère au poète, mais ce qui semble nouveau, c’est plutôt l’affirmation que le socialisme doit être une démarche collective, altruiste.

Dans tout le XIX° siècle, nous verrons ainsi se développer d’une manière concomitante la montée en puissance d’une bourgeoisie possédante exploitant, pour en tirer profit, « égoïstement », les possibilités offertes par une progrès technique galopant et l’utilisation d’une main d’œuvre rurale déracinée qui n’avait que ses bras et sa force de travail, pour tout viatique. En même temps, on assistait à l’émergence d’un contre-pouvoir philosophique, converti, peu à peu, en force revendicative, puis révolutionnaire. C’est ainsi que se développent les conceptions diverses de ceux qu’on appellera « les socialistes utopistes » constructeurs de « sociétés idéales », capables de se substituer à celles qui étaient en train d’asservir les peuples de toute l’Europe et de l’Amérique industrielles.

La gauche , c’est quoi ?

La gauche politique prenait forme en se représentant ce que pourrait être une autre société et ce que devait être l’organisation d’une contestation qui se révolte contre l’exploitation de populations entières opprimées. Depuis, la puissance de l’action ne cessera de s’appuyer sur la cohérence et le fondement de la raison. La parole et l’écrit en seront l’outil et le véhicule. Ainsi on peut comprendre que Marx et « le Capital » ait conservé toute sa pertinence et son actualité, jusqu’à notre XXI° siècle. Conception de la société et conception de la politique ne font qu’un. La gauche est forcément socialiste . Elle préconise des objectifs communs et solidaires, pour des ouvriers-prolétaires « de tous les pays » qui doivent s’unir pour arracher à une bourgeoisie omnipotente la maîtrise des moyens de production. D’où l’apparition de projets collectifs et d’un puissant courant coopératif. Ce faisant, la gauche est, pour l’essentiel, le vecteur du mouvement ouvrier, directement conditionnée par une sociologie de la lutte des classes, engendrée elle-même par un capitalisme naissant puis triomphant.

Les valeurs-guides de la gauche, incarnées par le socialisme, relevaient d’une sorte de nouvelle morale politique : au triptyque des valeurs républicaines : liberté, égalité , fraternité, se sont ajoutés la solidarité et l’altruisme. L’engagement politique n’est pas charitable, il est altruiste. Il est héroïque et affectif. L’épisode des 40 heures et des congés payés, l’enthousiasme et l’espérance des années 36-38, sont encore des témoignages vivants. Mais le passé , si pédagogique soit-il, n’est que le passé.

Que peut-on penser et dire de la gauche aujourd’hui et du socialisme actuel ?

Le débat qui porterait uniquement sur la fidélité aux valeurs fondatrices, n’est plus de mise. Mais pour autant, pourquoi faudrait-il renier ces valeurs au motif que les temps ont changé ? Le problème ne se pose pas à propos du reniement mais sur l’actualisation. Or, actualisation ne veut pas dire adaptation. Nous n’avons pas à adapter nos valeurs au capitalisme actuel, fut-il si différent de celui du XIX° siècle. Nous avons à nous demander comment et pourquoi ce nouveau capitalisme a réussi à ronger le socialisme au point de laisser croire que ce dernier n’aurait plus sa place sur l’échiquier politique et qu’il serait dépassé.

Il reste à savoir comment et pourquoi l’économie de marché, qui s’est imposée partout dans les sociétés développées ou en cours de développement, a fait tellement évoluer ces sociétés qu’elles en viennent à faire comme si, victimes d’une sorte de fatalité économique, elles devaient toutes, et en tout, se rendre à son évidence et l’accepter sans réagir.

Or la question n’est pas de se contenter d’obéir et donc de « s’adapter », mais de savoir comment s’y prendre pour désobéir sur tous les plans où justement les valeurs socialistes sont attaquées ou oubliées. Et ce n’est ni dans la fuite en arrière, portée par des incantations radicales, ni dans la fuite en avant par des politiques d’accommodements successifs, qu’on trouvera la bonne voie vers un socialisme moderne.

Sans faire l’impasse sur le devoir d’opposition vis-à-vis des pouvoirs destructeurs de la démocratie et des politiques inégalitaires, il est urgent de consacrer nos efforts à la réflexion sur le devenir de nos propres valeurs.

Quelles valeurs ?

Depuis une vingtaine d’années ces valeurs ont surtout nourri le discours politique, comme si la magie du verbe devait résister seule à l’érosion des faits. C'est-à-dire à l‘évolution d’une société qui se transforme sous l’effet de ses propres progrès. Convaincue , au nom de l’égalité, de devoir lutter pour améliorer les conditions de vie d’un peuple qui souffre de ne pas être appelé à partager les fruits du progrès, notamment technique, la gauche socialiste s’est mobilisée pour apporter, elle aussi, (elle surtout) ce bien-être matériel, depuis si longtemps et à juste titre convoité. C’est ici que la dérive commence. Les socialistes pensent, en effet, qu’ils sont bien capables en exerçant le pouvoir, de gérer, à leur tour , la société selon les règles de l’économie. Les mêmes que celles que le capitalisme s’est donné pour triompher. Les socialistes ont donc voulu relever ce défi en démontrant une capacité identique à celle des docteurs de la droite à la botte des multinationales. Mais vouloir faire comme eux n’exigeait pas nécessairement de devenir comme eux. Formés dans le même moule des mêmes grandes écoles, nos idéologues , ne pouvaient guère faire autrement que donner la priorité aux critères et exigences de l’économie, en vigueur, c'est-à-dire l’économie de marché. En devenant à leur tour des professionnels de l’économie, les cadres du parti socialiste, deviennent des professionnels de cette économie de marché. D’où le succès grandissant des grandes écoles de commerce qui supplantent les grandes écoles scientifiques traditionnelles. Les impératifs de l’économie de marché commandent alors les impératifs politiques. Si bien que les partis socialistes, qui, de fait, sont devenus résolument réformistes, continuent cependant à se faire passer, à longueur de discours et de Congrès, pour fidèles à une tradition révolutionnaire. Et à tenter de continuer de mobiliser les foules avec des slogans usés. Le malentendu ne cessera de s’amplifier depuis les années 80. A ce triste jeu le parti communiste deviendra l’ombre de lui-même.

En se faisant à leur tour les chantres de la société de consommation, croyant apporter le bonheur par les super marchés, les gouvernants socialistes ont, eux-mêmes, engendré leurs propres contradictions. En favorisant l’acquisition de biens matériels jusqu’ici dévolus à la seule bourgeoisie, ils ont contribué à générer une classe moyenne hypertrophiée, dans laquelle les « petites gens » ont pu croire qu’ils avaient ainsi échappé à la pauvreté et à relégation. Depuis Rousseau on sait bien qu’avec l’accession à la propriété, si ténue soit-elle et si illusoire soit-elle dans les mailles des crédits bancaires, on transforme la mentalité de ceux, qui possédant à leur tour, vont défendre leur propriété envers et contre tous, et se laisser séduire par les sirènes du profit.

On se rend compte aujourd’hui que la perspective de gagner plus n’est pas un gage du « vivre mieux »

Le développement de la consommation et la perspective de pouvoir accéder à de plus en plus de biens immédiats, pouvaient laisser croire que la croissance économique lors des « trente glorieuses », permettrait de réaliser une bonne partie des objectifs que la gauche s’était fixé, dans l’après guerre, afin que le plus grand nombre puisse accéder à une certaine suffisance. Ce faisant, on ne s’est pas rendu compte, des transformations sociologiques que cet envol de l’économie allait provoquer. Les décennies suivantes devaient faire disparaître le prolétaire d’hier, pour le transformer en petit propriétaire, puis en petit actionnaire, s’intégrant ainsi, souvent à son corps défendant, dans un système capitaliste qui avait dû et su prendre en compte l’évolution des mentalités. Avec cette différence que lui le réalisait à son entier profit, comme il convient à toute démarche capitalistique.

Une autre société

Dès 1984, la gauche, et avec elle, le parti socialiste s’est engagée dans une sorte de compétition, armée de tout son arsenal idéologique historique, afin de se mesurer avec la droite sur le même terrain qu’elle. S’identifiant traditionnellement au mouvement ouvrier dont elle continuait à revendiquer, à elle seule, la représentativité formelle, elle n’a pas tardé à voir fondre sa représentativité réelle dans le monde du travail, tandis qu’elle accédait au pouvoir politique. Jusqu’ici, entièrement portée par une morale militante, la gauche s’engage dans une démarche marchande. Elle, que l’opinion publique considérait comme représentative des actions militantes d’hommes et de femmes désintéressés, disponibles, convaincus de travailler au bonheur des autres, assez utopistes pour croire en la vertu et en l’aboutissement de leurs idéaux, se laisse gagner par les mêmes dérives que celles qu’elle condamnait : celles des « affaires ». Certains de ses leaders , et non des moindres, se faisaient surprendre, la main dans le sac , à la quête des profits personnels, des pouvoirs durables, des postes de responsabilité, davantage pour la position qu’ils assurent que par l’action qu’ils permettent. Nos militants d’hier, deviennent des professionnels de la politique. De ceux qui se dessinent des profils de carrière et qui se procurent des leaderships de circonstance. Les principaux partis de gauche, cramponnés à leurs structures , figés dans leur organisation et leur bureaucratie, rabâchant des mots d’ordre éculés au nom d’une fidélité formelle aux valeurs de tradition, deviennent des administrations parallèles, copiant les modèles officiels.

A la base, les militants doivent se contenter d’être les harkis des patrons politiques et de leurs experts. Les dirigeants du parti socialiste, ne voulant pas être en reste vis-à-vis des recettes courantes dans les autres partis, essentiellement de droite, se sont arrogé des droits de jugement sur leurs propres infanteries appelées à suivre leurs mots d’ordre, à se battre pour mériter d’être parfois consultés, sans pour autant être suffisamment entendus. Aux Docteurs de l’Eglise, aux Docteurs de la Loi, prennent ainsi rang les Docteurs de la Politique. La cathédrale de Solferino, comporte ses chapelles adjacentes où chacun de ces docteurs du socialisme officiel officie, pour inviter ses ouailles à partager la doctrine de « leur gauche ». Et chacun d’entonner leur chant de partisans : « Plus à gauche que moi, tu meurs » ! Et chacun de distribuer ces brevets de bien - penser ou ses décrets d’ excommunication. Ces donneurs de leçons politiques émettent sur la même longueur d’onde que les professeurs de morale.

Partis usés

La rue de Solferino, dans ses murs historiques, devient le siège majestueux du Ministère du Socialisme et le Palais de la gauche arrivée. Le discours continue de faire illusion dans un décalage croissant avec la réalité du pouvoir exercé, quand les socialistes sont au gouvernement, ou avec les comportements de tant d’élus et de responsables, lorsqu’ils s’adonnent à une opposition de plus en plus verbeuse. Le parti socialiste ne fédère même plus ses courants de pensée qui sont devenus des écuries où se recruteront les troupes pour les futurs scrutins. L’action politique devient une course où les foulées s’individualisent, où rivalisent les couleurs des propriétaires de courant et leurs entraîneurs.

Pendant ce temps, dans la connivence de leur tribune libérale, les capitalistes financent une politique de captation des masses par tous les biais et les manœuvres de la société de consommation qu’ils ont consciencieusement développée, sachant que c’est par son truchement que les masses seront prises au piège des illusions bourgeoises. Tous consommateurs, tous propriétaires, tous actionnaires et la société pourra ronronner dans sa suffisance , toutes luttes de classes abolies au profit d’une classe moyenne fourre-tout et hypertrophiée, au point de ne plus distinguer les exploiteurs des exploités. Et les soubresauts de l’Economie passent pour être les avatars d’une sorte de fatalité devant laquelle les revendications et les luttes se cherchent des raisons d’être et des points d’appui. Le patron responsable qu’on peut identifier n’est plus atteignable. Il fait partie, lui aussi, du grand mouvement planétaire qui agite les océans économiques, partout où la mythique mondialisation s’est plu à gouverner les affaires du monde. Le capitalisme lui-même s’est pris à ses propres pièges.

La grenouille économique a cru malin de se faire aussi grosse que le bœuf financier. Elle s’y éclate en mille bulles étonnées

La société politique tombe en panne. Les partis sont dépassés et avouent leur incapacité à comprendre et à réagir. Le Capitalisme traditionnel atteint ses propres limites, découvrant les effets de ses propres contradictions, et se cherche un nouveau visage. Les socialistes paniqués multiplient leurs fractions, en face des 6 partis qui aujourd’hui, se positionnent « plus à gauche que la gauche ». L’univers de la gauche est en expansion suicidaire, comme ces espèces animales qui se mettent à proliférer, pour répondre à une menace d’extinction. Les valeurs de progrès, de bien et de service public ont cédé devant un consumérisme glouton qui a tout bouffé des valeurs sociales, héritées des Lumières et que la gauche a contesté sans pouvoir le limiter ou le maîtriser. Sans oser le combattre véritablement. Les illusions se sont évanouies, au gré des endettements prometteurs, des surconsommations destructrices de la santé et de l’environnement ( la Nature seule semble réagir aux excès) ; au gré de l’affaiblissement progressif du pouvoir d’achat de tous ceux qui se voyaient déjà aux portes de l’opulence. Les supermarchés ont brillé comme autant de miroirs aux alouettes, plumées en douceur.

On ne lutte plus pour satisfaire nos besoins essentiels, mais pour répondre à de nouveaux besoins, non vitaux, qui génèrent de nouvelles envies.

Beaucoup s’interrogent sur ces dérives et leurs conséquences sur l’évolution de la société et donc sur le rôle et la place de la politique. On commence à entendre que l’individualisme ne fera plus recette, et que les catéchismes d’hier ne seront plus aussi crédibles et aussi reproductibles.

Quelle conjoncture ? A chaque époque son capitalisme, à chaque époque son socialisme

L’un, opportuniste et toujours puissant, sait rebondir et s’adapter. Sa religion n’a qu’un dogme : le profit. Il saura tirer parti de ses propres excès, et d’une société où la recherche de la propriété à n’importe quel prix, débite avec publicité un évangile qui semble à la portée de tous.

L’autre, le socialisme, qui doit se demander dans quelles conditions et à quel prix, il importe de rappeler les valeurs qui l’ont fondé et ont fait son identité. Or ces valeurs doivent rester vivantes et ne plus se figer dans les tables d’une Loi qui ne pourrait être transgressée.

Une des leçons de Marx dont on est en train de reconnaître l’actualité, c’est justement de considérer que l’histoire et, avec elle, les sociétés obéissent à une loi de fonctionnement fondamentale : celle du changement et de la transformation. Cette loi est dialectique, elle exprime le fait que tout phénomène humain, individuel comme collectif évolue naturellement au long de sa vie et que comprendre cette vérité simple, c’est s’attendre à ce que demain ne soit pas l’exacte réplique d’aujourd’hui, encore moins d’hier. Une réplique n’est qu’une relique. Les conditions changent, appelant la remise en cause des fondamentaux, sur le plan de leur capacité à répondre aux attentes et aux espérances d’une société qui n’est en rien comparable à celle d’hier. Cette fuite en avant à coups de medias et de technologies les plus sophistiquées, dans tous les domaines, a laissé traîner au bord du chemin et au long de nos hésitations à marcher, nos idéaux les plus sûrs.

A quelles conditions un parti qui se réclame de la gauche sans plus trop savoir où elle se trouve et de quoi elle est encore faite, peut-il s’affirmer encore socialiste ?

Le socialisme, demain

Il n’y a pas de réponse immédiate. Mais une invitation urgente à s’atteler à cette tâche de réflexion difficile et qui pourtant s’impose. Le parti socialiste doit être le seul à pouvoir mettre en œuvre les transitions, c'est-à-dire affirmer la pérennité des valeurs qui ont motivé nos luttes et qui doivent rester opérationnelles chaque fois que sont mises en cause les libertés, que l’égalité se trouve vidée de sa substance, que la fraternité n’est plus dans les cœurs, parce que la main tendue et les bras ouverts ne craignent ni le ridicule ni l’humilité. Restaurer les démarches nourries d’ambitions collectives face aux égoïsmes ,aux ambitions personnelles et aux plans de carrières politiques, dépolluer le parti des pratiques partisanes et hypocrites, débrider notre organisation, libérer nos consciences pour lancer des actions décomplexées et ne pas craindre d’afficher des sentiments qu’on a cru malin et viril d’effacer de nos paroles et de nos actes, voilà sans doute, des voies à explorer, en privilégiant l’ « esprit » à la « lettre », en nous débarrassant des formalismes qui nous stérilisent. En nous demandant aussi, et parfois surtout, ce qui dans nos comportements et choix de notre propre vie, celle de tous les jours, et celle de demain, en quoi nous sommes encore dans la conformité aux idéaux généreux qui nous ont mobilisés. On est en droit de se demander ce que répondraient à ce genre de question, certains ( et ils ne sont pas rares), qui prétendent nous enseigner les préceptes de la gauche en s’accrochant aux pouvoirs rémunérateurs, en contemplant la politique depuis leurs oasis verdoyants, en n’étant pas sourds aux appels de la droite pour venir à la soupe, ou pour participer à l’administration des intérêts mondiaux du capitalisme .

La rencontre des hommes ne se fait pas par ces voies ambigües et dérobées

Elle doit se faire directe et offerte avec le plus de générosité possible. Il faut se persuader peut être que la politique n’est pas seulement un savoir, et une habileté, mais une suite de dons consentis par conviction. Il est remarquable qu’Obama a galvanisé les foules et donné des espoirs insensés, en se rendant capable de nourrir son discours d’investiture d’expressions qui auraient attiré bien des souries condescendants de nos experts en politique. Ainsi, déclare-t-il :« je me tiens aujourd’hui devant vous avec un sentiment d’humilité » « nous sommes réunis parce que nous avons préféré l’espoir à la crainte, l’union au conflit et à la dissension » « chercher le bonheur qui nous revient ». Il honore ceux « qui voyaient l’Amérique comme plus vaste que la somme de nos ambitions individuelles, allant au-delà des différences de naissance, de richesse et d’opinion », il cite « les qualités modératrices que sont l’humilité et la retenue » et déclare encore : « nous vous tendrons la main si vous êtes prêts à desserrer le poing » il ose même évoquer « la gentillesse de ceux qui accueillent un étranger, » « de l’altruisme des travailleurs » des « valeurs dont dépend notre réussite : travail acharné et honnêteté, courage et fair-play, tolérance et curiosité, loyauté et patriotisme »

Mais nous sommes aux USA et ce n’est « qu’un noir » qui nous parle . Il se passera, sans doute, encore un certain temps avant que des propos du même genre viennent fleurir le discours de tel ou tel député ou gourou socialistes, dans notre beau pays de langue et de tradition françaises.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire